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Manifestations contre la vie chère violemment réprimées en Côte d’Ivoire et au Sénégal

 
2 avril 2008

A Dakar et Abidjan la police a violemment réprimé des manifestations contre la vie chère. Abdoulaye Bathily, un des leaders de l’opposition sénégalaise, a récemment déclaré qu’en raison de la pauvreté grandissante et du non-respect des droits humains constatés au Sénégal, le pays était aujourd’hui « une bombe qui pourrait exploser à tout moment ».

SÉNÉGAL : La police réprime durement une manifestation contre la cherté de la vie

IRIN, 1 avril 2008

La manifestation organisée dans Dakar, la capitale, le 30 mars, par des citoyens sénégalais pour protester contre la cherté de la vie a été réprimée « brutalement » par la police, selon des organisations de défense des droits humains.

« Le ministère de l’Intérieur ou tout au moins les forces de police pensent que maintenir l’ordre signifie durcir la répression », a confié à IRIN Léonard Vincent, directeur Afrique de Reporters sans frontières, une organisation de défense de la liberté de la presse, sise à Paris.

La police a fait usage de grenades lacrymogènes et de matraques pour disperser la manifestation organisée par l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) pour protester contre la hausse récente du prix du riz, de l’huile et du savon.

Selon les autorités de Dakar, la manifestation était interdite. Au moins 24 personnes ont été arrêtées et bon nombre sont encore détenues, d’après l’Agence France Presse.

Quant à la RADDHO (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme), un collectif d’organisations de défense des droits humains, sis à Dakar, elle a indiqué dans un communiqué du 30 mars, qu’elle condamnait fermement les actes « innommables » commis par les forces de sécurité, qui « violent » les droits humains.

La RADDHO, qui a assimilé l’utilisation présumée de matraques électriques à un acte de « torture », appelle à l’ouverture d’une enquête sur « tous les actes de violence et les mauvais traitements infligés aux manifestants ».

Les agents de police responsables de tels actes devraient être arrêtés et punis, d’après le communiqué de la RADDHO.

Les forces de sécurité auraient également brutalisé des journalistes et confisqué les vidéos de certains cameramen. « Effacer les images des affrontements et empêcher leur diffusion sur une chaîne de télévision n’est pas la manière la plus efficace de maintenir l’ordre », a déclaré Reporters sans frontières, dans un communiqué publié le 31 mars.

En Afrique de l’Ouest et dans d’autres régions du monde, les populations sont descendues dans la rue pour protester contre la hausse du prix du carburant, des denrées alimentaires de base, et d’autres produits de première nécessité.

Dans un récent entretien avec la presse, Abdoulaye Bathily, un des leaders de l’opposition, avait déclaré qu’en raison de la pauvreté grandissante et du non-respect des droits humains constatés au Sénégal, le pays était aujourd’hui « une bombe qui pourrait exploser à tout moment ».

Pour sa part, Bacar Dia, le porte-parole du gouvernement, avait déclaré peu de temps avant les manifestations que le coût élevé de la vie était un phénomène mondial, et avait accusé les partis politiques de l’opposition d’inciter les jeunes à enfreindre la loi en les faisant descendre dans la rue pour participer à une marche illégale.

M. Dia n’était toutefois pas joignable pour commenter les récentes accusations de brutalité, formulées à l’encontre de la police.

Source IRIN

CÔTE D’IVOIRE : Manifestations contre la vie chère

IRIN, 1 avril 2008

(JPG) Au moins une dizaine de manifestants ont été blessés au cours d’affrontements avec la police qui ont duré plusieurs heures, le 31 mars, alors qu’ils réclamaient l’intervention du gouvernement pour freiner la hausse du prix des denrées alimentaires.

« Nous avons déjà recensé huit blessés à l’hôpital de Yopougon et quatre autres à Cocody », a expliqué à IRIN Thomas Kacao de l’Association des consommateurs de Côte d’Ivoire (ACCI), l’une des organisations de la société civile à l’origine de la marche.

La manifestation s’est déroulée à Cocody, le quartier où se situe la résidence du président ivoirien Laurent Gbagbo, et à Yopougon, un quartier commerçant très animé la nuit.

La police ivoirienne a fait usage de grenades lacrymogènes et de matraques pour disperser les manifestants, qui ont incendié des pneus et renversé des véhicules en stationnement.

Au plus fort de la manifestation, avant que la police antiémeute ne commence à lancer des grenades lacrymogènes, quelque 1 500 manifestants scandaient : « Nous avons faim, mettez un terme à nos souffrances », ou encore « La vie est trop chère, vous allez nous tuer ».

« Le kilo de viande de bœuf est passé de 700 francs CFA (1,68 dollar américain) à 900 francs CFA (2,16 dollars américains) en trois jours », a affirmé à IRIN Amélie Koffi, une manifestante. « Dans le même temps, le prix du litre d’huile est passé de 600 francs CFA (1,44 dollar) à 850 francs CFA (2,04 dollars) ».

« Nous ne mangeons qu’une fois dans la journée, maintenant », s’est désolée Alimata Camara, une autre manifestante. « Si les prix de la nourriture augmentent encore, mais que va-t-on donner à manger à nos enfants pour qu’ils aillent à l’école ? ».

Selon M. Kacao, l’ACCI a constaté une hausse « interminable » du prix des denrées de base au cours des trois derniers mois. Pour certains produits, les prix ont grimpé de pas moins de 30 ou 60 pour cent d’une semaine à l’autre.

« Lorsque les femmes se rendent au marché, elles ne cessent de se plaindre de l’augmentation des prix des produits. Aujourd’hui, avec 2 000 francs CFA (4,80 dollars américains), elles ne peuvent pas nourrir dans la journée une famille de cinq personnes », a déploré M. Kacou.

Pour Marcellin Kpangui, qui a créé une nouvelle organisation non-gouvernementale (ONG) appelée Non à la vie trop chère, l’augmentation du coût des denrées alimentaires en Côte d’Ivoire est due à la hausse du prix du pétrole, qui est répercutée sur les consommateurs.

« Plusieurs fois, nous avons interpellé les gouvernants [pour qu’ils fassent quelque chose], mais nous avons l’impression qu’ils sont plus sourds qu’avant », a affirmé M. Kpangui.

IRIN a souhaité recueillir la réaction du ministère du Commerce, à qui les critiques de l’ONG de M. Kpangui étaient adressées, mais celui-ci s’est refusé à faire le moindre commentaire.

Un membre du cabinet du ministre a néanmoins confié à IRIN : « Je pense que le gouvernement va intervenir à la télévision dans les heures qui viennent pour calmer les foyers ».

Yacouba Fandio, chauffeur de taxi à Abidjan, a affirmé que, comme beaucoup de gens en ville, il souhaitait prendre part aux manifestations, mais qu’il n’en avait pas encore eu l’occasion.

« À chaque fois qu’ils ont annoncé des manifestations contre la cherté de la vie, des personnes se sont désistées à la dernière minute. Cette fois, la manifestation va être totale pour se faire entendre du [gouvernement] », a-t-il déclaré.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), la hausse mondiale du prix du carburant, l’augmentation de la demande en produits alimentaires sur les marchés, plus riches, d’Asie et d’Amérique latine et la demande croissante en biocarburant sont à l’origine de la hausse du prix des denrées alimentaires dans le monde.

Jusqu’à présent, l’instabilité la plus grande, résultant de cette hausse des prix a été ressentie en Afrique de l’Ouest, une région qui compte bon nombre des pays les plus pauvres de la planète.

Au Sénégal et en Mauritanie, la hausse du prix des produits faits à base de blé et de riz importés avait provoqué des manifestations à la fin de l’année 2007.

Le 30 mars, de nouveaux affrontements ont eu lieu entre les manifestants et les forces de l’ordre dans la capitale sénégalaise, et la police a suspendu temporairement la diffusion d’une chaîne de télévision qui retransmettait en direct la répression policière des manifestations.

Au Cameroun, les manifestations contre la hausse des denrées alimentaires qui se sont déroulées fin février avaient donné lieu à des scènes de violence, et au Burkina Faso, cette année, des manifestations semblables ont eu lieu dans toutes les grandes villes et des centaines de manifestants ont été arrêtés.

Source IRIN


Illustrations : IRIN - 1) échauffourées à Dakar 2) police anti-émeute dans le quartier de Cocody à Abidjan