elon un avis du Conseil national de
l'alimentation (CNA) publié mardi, les
produits alimentaires d'entrée de gamme, y
compris les premiers prix ou ceux vendus en
maxi-discompte, ne sont pas moins bons sur
le plan nutritionnel que ceux vendus par les
marques. Contrairement à une idée répandue,
les produits alimentaires les moins chers ne
sont ni plus gras ni plus sucrés que les
autres, et le CNA regrette que les médias
"expliquent une obésité plus répandue dans
les populations défavorisées par une trop
forte densité énergétique des aliments
premiers prix comparativement à celles des
aliments de marque".
Pour Alain Blogowski, secrétaire du CNA et
coordinateur du projet, cette abondance
d'idées reçues est directement à l'origine
de l'étude. "Notre groupe de travail a été
mis en place en décembre 2008, indique-t-il,
or cette année-là, beaucoup d'informations
erronées ont circulé sur la qualité des
produits des magasins hard-discount. Nous
voulions mettre tous les acteurs de la
chaîne alimentaire – consommateurs,
industriels, médecins... – autour d'une
table pour émettre un avis consensuel et
mettre fin à la cacophonie." L'avis a été
voté hier à l'unanimité.
DISCOURS ANXIOGÈNE
"Pour la plupart des membres du groupe de
travail, ces conclusions n'étaient pas
surprenantes, admet-il, mais d'autres
avaient effectivement des idées préconçues,
largement partagées par une grande partie de
la population, du type 'si ce n'est pas
cher, ce n'est pas bon'. Mais nous avons
compilé toutes les études sur le sujet de la
qualité nutritionnelle du hard-discount, il
y en avait à ce jour une dizaine, et toutes
parviennent aux mêmes conclusions."
Selon lui, le message sur les produits
hard-discount est brouillé. "On confond la
qualité de l'alimentation et la qualité des
produits ; si vous mangez des chips et du
cassoulet, vous grossirez, quelle qu'en soit
la marque", souligne-t-il. "L'idée était
donc de prouver que la qualité
nutritionnelle d'un même produit, quelle que
soit sa densité énergétique, ne variait pas
en fonction du prix." Avec également pour
ambition de "rassurer les consommateurs".
"Actuellement, le discours autour de
l'alimentation est très anxiogène ; nous
voulions dire aux consommateurs, après
l'avoir vérifié, qu'on pouvait bien se
nourrir à bas coût, à condition évidemment
de choisir des aliments sains."
Le CNA estime à ce titre possible de
respecter les recommandations
nutritionnelles gouvernementales qui fixent
la somme minimale pour s'alimenter
correctement à 3,50 euros par jour et par
personne, à condition de sélectionner "les
aliments (frais ou industriels, NDLR) dans
la partie basse de la fourchette des prix".
Interrogé sur la persistance du surpoids
dans les classes défavorisées, qui forment
une grande partie de la clientèle des
hard-discount, Alain Blogowski rappelle que
"l'obésité est un phénomène multifactoriel,
il s'agit plus d'un problème d'équilibre
alimentaire global que de qualité des
aliments".
En revanche, la mission du groupe de travail
du CNA ne porte que sur la teneur en
protéines, glucides et lipides des aliments,
mais pas sur la qualité des nutriments ou
des matières premières utilisées. Il
recommande à ce titre que des études de ce
type soient menées.
Pour en savoir plus : consultez
l'intégralité de l'avis du CNA
Audrey Fournier
Qu'est-ce que le CNA ?
Le Conseil national de l'alimentation a été
créé en 1985. Il s'agit d'un organisme
consultatif sous triple tutelle (ministères
de l'alimentation – aujourd'hui de
l'agriculture –, de la santé et de
l'économie), associant tous les acteurs de
la chaîne alimentaire : consommateurs,
industriels, grande distribution, médecins,
agriculteurs, restaurateurs...
Le conseil est composé de 49 membres nommés
par arrêté ministériel. Il est saisi
périodiquement par les ministères ou par des
collèges (associations, par exemple) pour
rendre un avis et formuler des
recommandations.
Les ministères de tutelle n'ont pas de droit
de vote sur les avis, et le président du
Conseil n'est pas un membre issu de
l'administration, ce qui permet de garantir
son indépendance.