A l'affiche
Cinéma
Expositions
Musique

Théâtre

 

 

 


powered by

FreeFind

Lien1
Lien2 Lien3

Les " émeutes de la faim " gagnent les rues de
Port-au-Prince

 

EDUARDO MUNOZ/REUTERS

 

Des violentes manifestations contre la vie chère se sont étendues, mardi 8 avril, dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où des casques bleus brésiliens ont déployé des blindés légers pour protéger le palais présidentiel. Une quinzaine de personnes ont été blessées par balles, un véhicule de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) a été incendié et plusieurs commerces ont été pillés.

Depuis le début des " émeutes de la faim ", le 3 avril dans la ville méridionale des Cayes, cinq personnes ont été tuées et une cinquantaine d'autres blessées lors de violents affrontements avec la police haïtienne appuyée par les casques bleus. Les prix des denrées de base, le riz, le maïs et le sucre, se sont envolés ces dernières semaines.

Mardi, des groupes de manifestants très excités ont tenté d'enfoncer, à l'aide de poubelles, les grilles de l'imposant palais présidentiel, au centre de Port-au-Prince. Un photographe, Jean-Jacques Augustin, et un cameraman, Leblanc Makenzy, ont été blessés par des balles en caoutchouc tirées par les soldats onusiens pour disperser les manifestants.

Des groupes de casseurs ont endommagé de nombreux véhicules et attaqué à coup de pierres les locaux du quotidien Le Matin, dans la banlieue résidentielle de Pétionville. Des barrages de pneus enflammés ont interrompu la circulation dans les quartiers populaires de Martissant, de Fontamara et de Cité Soleil, où des manifestants réclamaient la démission du président René Préval.

Le secrétaire d'Etat à la sécurité publique, Eucher-Luc Joseph, a lancé une sévère mise en garde aux casseurs. " Nous ne tolérerons pas que la vie des gens soit menacée, les forces de sécurité agiront avec vigueur ", a-t-il lancé à la télévision. Le 4 avril, le premier ministre, Jacques Edouard Alexis, a accusé les trafiquants de drogue et les contrebandiers, très actifs dans le sud du pays, " de manipuler " les manifestants.

A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé son appui au gouvernement haïtien et à la Minustah. Le chef de cette mission, le Tunisien Hedi Annabi, a souligné " l'extrême fragilité " des progrès accomplis pour " stabiliser " Haïti, où l'ONU a envoyé 9 000 militaires et policiers, pour la plupart latino-américains.

Le premier ministre vient d'annoncer le rapide déblocage de 1,6 milliard de gourdes (27 millions d'euros) pour la création d'emplois, l'ouverture de restaurants communautaires et l'octroi de microcrédits. Des mesures bien tardives pour les dizaines de milliers de manifestants dont le cri de ralliement est " Nou grangou " - " Nous avons faim ", en créole.

Jean-Michel Caroit

© Le Monde 10/04/08

*********

L'Afrique risque un " tsunami économique " selon l'UE

La flambée du prix des produits de première nécessité fait courir à l'Afrique un risque de " vrai tsunami économique et humanitaire ", a mis en garde, mardi 8 avril, Louis Michel, commissaire de l'Union européenne chargé du développement, après une entrevue avec le président de la commission de l'Union africaine, Jean Ping. Ce dernier a parlé d'un " défi majeur " et appelé la communauté internationale à se mobiliser pour réinvestir dans l'agriculture en Afrique, selon le communiqué de la commission.

Au Burkina Faso, une grève de deux jours a ainsi été lancée par les syndicats, mardi, pour protester contre la hausse des prix. La première journée de grève a été moyennement suivie. Le mouvement a été déclenché pour exiger notamment du gouvernement une réduction " significative et effective " des prix des produits de base tels que le riz, le mil, le maïs, le haricot, l'huile, le sel, le sucre et le lait. Les syndicats demandent également la réduction de plusieurs taxes, dont celle sur les produits pétroliers. - (AFP.)

 

*********

POSITION DE LA FUSION DES SOCIAUX-DÉMOCRATES FACE À LA CONJONCTURE




La FUSION DES SOCIAUX DÉMOCRATES constate la dégradation accélérée de la situation sociopolitique et pense que dans l’intérêt de la stabilité politique menacée, il est impératif que le Président de la République prenne en urgence et sans plus attendre de fortes mesures d’état pour répondre aux revendications légitimes de la population contre la vie chère. A cette fin, la FUSION recommande les mesures suivantes :

1.. Sur le plan politique : envoyer un signal clair en mettant en place une nouvelle équipe gouvernementale pour créer un nouveau climat général et mettre en œuvre une nouvelle politique.
2.. Sur le plan économique et social :
1.. Distribution de provisions alimentaires aux citoyens des zones marginalisées pendant six mois
2.. Subvention provisoire aux restaurants populaires à travers les mairies
3.. Ouvertures des chantiers capables d’absorber une main d’oeuvre abondante, par exemple curage des canaux d’irrigation, réparation de routes etc.
4.. Crédit supervisé aux femmes pauvres pratiquant le petit commerce ;
5.. Campagne de reboisement des bassins versants
6.. Subvention des engrais et des semences indispensables à la production agricole ;
7.. Financement même partiel des frais de scolarité des écoliers et étudiants appartenant aux couches défavorisées.
Pour se donner les moyens financiers de cette nouvelle politique économique et sociale, le gouvernement doit entre autres:

1.. Recourir aux ressources de l’État haïtien ;
2.. Réduire un certain nombre de dépenses telles :
a.. Les per diem accordés aux ministres, parlementaires et grands fonctionnaires à l’occasion des voyages à l’étranger ;
b.. Réduction de la taille des délégations pour les voyages des officiels à l’étranger
c.. Limitation de la quantité de carburant alloué aux officiels et grands fonctionnaires.
3.. Bloquer pour deux ans l’acquisition par l’état de nouveaux véhicules;
1.. Déclencher un mouvement de solidarité nationale en obtenant de la part des fonctionnaires touchant plus de vingt cinq mille gourdes (HTG25.000,00) par mois un pourcentage de dix pourcent (10 %).
Ces mesures interventionnistes nous paraissent indispensables pour sortir de la crise conjoncturelle et préparer le terrain pour l’application d’une politique de changement durable, portant sur le long terme. La Fusion tout en restant un parti pacifique, hostile à toute forme de violence, comprend le mécontentement de la population qui manifeste contre la vie chère.

Fait à Port-au-Prince, le 7 avril 2008


Victor BENOIT

Président

*********

COMMUNIQUE DU RDNP



Le RDNP n'est pas surpris par les manifestations qui se déroulent tant dans les villes de province, particulièrement aux Cayes, mais aussi dans la capitale.

Nous assistons à ce que l'on appelle des "émeutes de la faim", évènements classiques lorsque dans un pays la population voit ses moyens et sa qualité de vie se dégrader en raison de la cherté du coût de la vie et que, face à la misère du plus grand nombre, le gouvernement en place démontre son incapacité, son manque de responsabilité qui confinent à une indifférence quant au sort du plus grand nombre.

Ces manifestations tant qu'elles demeurent pacifiques, le RDNP les trouve compréhensibles et justifiables et, de ce fait, il les appuie, car il s'est toujours montré réceptif aux revendications et à la colère de la population exprimés sur tous les tons et depuis trop longtemps. "Nou grangou !!" tel est le cri lancé par les foules et on ne saurait ne pas les entendre! Ce sont des expressions de frustration, d'impuissance et de désespoir. La voix du peuple est poignante et cette image de manifestants mangeant des feuilles devant le Palais National est hautement significative. Lorsqu'une population est réduite à ce stade de privations et de pauvreté, il est normal et prévisible qu'elle recoure aux manifestations publiques et pacifiques. Et tout en gardant la tête froide face aux débordements possibles et surtout en prévision des dérives probables et d'une exploitation politique indue d'une situation qui interpelle la conscience citoyenne, le RDNP attire l'attention sur un certain nombre de points.



1. Tout d'abord, il exprime son émotion devant la mort violente de 5 citoyens dont certains n'étaient même pas concernés par les manifestations et il adresse ses condoléances à leurs familles doublement frappées par les privations et par la mort irrémédiable d'un proche. Il déplore aussi les blessés dont le nombre est incertain. Lorsqu'une situation s'engage dans des actes de violence, il y a lieu de craindre une spirale incontrôlable pouvant déboucher sur le pire.



2. Les causes des manifestations sont évidentes et il est pour le moins audacieux, irresponsable et inutilement offensant de la part du gouvernement et de ceux qui l'appuient de dénoncer des boucs émissaires. Il est probable que certains secteurs aient infiltré les manifestants, mais ces soulèvements sont dus, fondamentalement, à la misère et à la colère de la population qui n'en peut plus, toutes classes sociales confondues, mais certainement à des degrés plus insupportables pour les plus démunies. C'est le moment de faire appel à la sagesse de la population pour qu'elle ne suive pas des mots d'ordre qui incitent au désordre, au pillage indiscriminé de magasins de citoyens honnêtes et peut-être même sympathiques à leur cause.



3. Pourquoi la vie chère ? Des indicateurs réguliers alertent depuis longtemps au sujet de l'élévation du coût de la vie. Le RDNP se fait le devoir de tenir des dossiers régulièrement alimentés à partir des informations recueillies dans la capitale et aussi en province (supermarchés, boutiques, marchés publics, chauffeurs de tap-tap, marchandes de "chin jambé" d'arlequins et de "maléré pa brital"). Les causes sont d'abord nationales car le pays ne fournit pas assez de biens pour nourrir la population et, faute de politique adéquate, il se trouve en situation de cessation de production. Elles sont aussi internationales car il doit importer les produits essentiels, le pétrole aussi bien que le riz, et il ne maîtrise ni les espaces et les facteurs de production, ni les circuits, ni les prix. Soit. Mais le rôle d'un gouvernement responsable est de le SAVOIR, de s'informer, ce qui n'est pas difficile, et surtout de PREVOIR, afin de ne pas se laisser surprendre par l'augmentation des prix internationaux et d'adopter certaines mesures afin que la population n'en subisse pas directement et brutalement les effets. D'autres pays le font et réussissent à limiter les chocs d'importation et le stress collectif consécutif à une brusque montée des prix sur le marché international. Haïti peut aussi le faire, à condition que ceux qui la dirigent en aient le souci, la compétence et la détermination.



4. Ces mesures, quelles sont-elles ? Certainement pas celles qui sont annoncées et qui ne sont que des palliatifs, au demeurant irréalistes non dans leur nature mais dans les mécanismes de leur mise en ouvre par un Etat dont les structures sont si vermoulues par l'inefficacité et la corruption qu'il donne l'impression d'être inexistant, mais en ce qui concerne leur opportunité pour répondre à la conjoncture de l'heure, car elles sont inappropriées et en plus tardives car la population a épuisé ses réserves de patience et elle n'a pas confiance en ceux qui gouvernent le pays. Ces mesures annoncées font songer à un pansement au mercurochrome sur une jambe cassée !



5. Le RDNP l'a déjà dit et publié, elles doivent être d'abord comprises en termes d'urgence, afin de stopper la montée des prix et, pour cela, il convient d'avoir une exacte mesure des besoins ce qui permet d'évaluer l'opportunité des décisions adéquates en consultation avec les secteurs de production (il y en a encore qui poursuivent une action courageuse pleine de foi dans l'avenir du pays) et les entreprises importatrices. La consommation de riz qui est de 450.000 tonnes par année est une donnée à retenir pour fonder une véritable approche agricole et économique de ce produit. Du côté de l'Etat, l'intervention fiscale est indispensable pour faire baisser les prix. Parallèlement et à moyen terme, il y a lieu de monter des stocks stratégiques des produits les plus demandés afin d'agir sur les prix. Mais la solution la plus radicale se situe à deux niveaux :

* la relance sérieusement planifiée de la production nationale de façon à diminuer le volume des importations de riz, d'oufs ou de pois;

* de l'autre une vaste politique d'information et d'éducation afin d'orienter les Haïtiens vers la consommation locale au lieu de l'étrangère (revaloriser le traditionnel akasan par rapport aux corn flakes, le riz national par rapport à l'importé, deux exemples parmi d'autres).



Oui, cela est possible ! Et il est urgent d'y penser ! Mais une telle stratégie demande du courage, de l'expertise fonctionnelle, du respect pour la population qui ne mange pas selon ses besoins, encore moins à sa faim, un peu de décence dans l'utilisation des ressources de l'Etat à des fins personnelles, et suffisamment de crédibilité pour faire accepter des mesures, sans doute difficiles, mais qui correctement expliquées paraîtront moins dures à entériner. Et en donnant l'exemple de la sobriété et du partage. Il ne s'agit pas de faire des miracles mais de prendre le pays au sérieux et par des gens sérieux!



Mirlande Manigat

Secrétaire Générale