L'Insee prévoit que le Revenu de solidarité
active (RSA) sera plus efficace que la Prime
pour l'emploi pour lutter contre la
pauvreté. L'économiste Thomas Piketty, pour
sa part, appelle à un équilibrage entre les
deux dispositifs.
JUSTINE LAFON
Des téléopérateurs répondent aux questions
sur le revenu de solidarité active (RSA), le
27 avril 2009 au Mans
Des téléopérateurs répondent aux questions
sur le revenu de solidarité active (RSA), le
27 avril 2009 au Mans (AFP Jean Francois
Monier)
Le Revenu de solidarité active - dispositif
créé en juin 2009 pour encourager l'emploi
et réduire la pauvreté des travailleurs -
devrait être plus efficace pour améliorer le
niveau de vie des travailleurs pauvres que
l'ancien dispositif de Prime pour l'emploi (PPE),
estime l'Insee dans son "Portrait social" de
la France. Une prévision optimiste
relativisée par Thomas Piketty, directeur
d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole
d'économie de Paris, qui évoque, pour sa
part, les effets pervers du RSA.
La généralisation du RSA a modifié le
système de la PPE, créé en 2001 pour
compléter les revenus des travailleurs peu
rémunérés. A la différence de la PPE qui
avait une «condition minimale de revenu
d'activité fixée à 0,3 fois le Smic», le RSA
«apporte un soutien accru aux travailleurs à
temps partiel ou n'ayant pas travaillé toute
l'année».
Ainsi «les effets redistributifs attendus de
ce nouveau dispositif au bénéfice des
ménages les plus modestes sont plus
importants que ceux de la PPE», selon
l'Institut national de la statistique et des
études économiques. En 2007, seuls 6% des
travailleurs sortaient de la pauvreté grâce
à la Prime pour l'emploi (PPE), d'après les
statistiques de l'Insee.
«Des effets plus importants sur la pauvreté»
Pour mesurer l'efficacité de l'ancien et du
nouveau système, l'Institut national de la
statistique a simulé les législations
relatives à la PPE et au RSA «sur un
échantillon de ménages représentatifs (du
point de vue des revenus et des
caractéristiques socio-démographiques) en
France métropolitaine en 2008».
Mais, les résultats sont à prendre avec
prudence car ils «ne tiennent pas compte de
la dégradation de la situation économique
(crise sur l'emploi et les revenus) au-delà
de l'année 2008», prévient l'Insee.
En déplaçant «la cible des bénéficiaires
vers des personnes dont le niveau de vie est
plus faible (travailleurs à temps partiel ou
une personne alternant période d'emploi et
de chômage)», le RSA «permettrait de faire
sortir 920.000 individus de la pauvreté,
dont 470.000 travailleurs, contre 370.000
individus dont 190.000 travailleurs» avec
l'ancien système.
Les ménages les 10% les plus pauvres (1er
décile du niveau de vie) percevraient en
moyenne 1360 euros par an avec le nouveau
dispositif, contre 640 avec l'ancien,
d'après les statistiques de l'Insee.
Le père du RSA, Martin Hirsch, estimait pour
sa part en mai que 700.000 travailleurs
pauvres passeraient au-dessus du seuil de
pauvreté grâce au RSA.
Interrogé par Libération.fr, Thomas Piketty,
confirme ces conclusions: «Globalement, la
PPE était vraiment faite pour les smicards à
plein temps, alors que le RSA est fait pour
les smicards à mi-temps, or comme le temps
partiel est très développé actuellement,
mécaniquement le revenu des plus pauvres va
augmenter».
«Ce qui est absurde c'est de privilégier
l'emploi à temps partiel»
S'il ne remet pas en cause les prévisions de
l'Insee sur l'amélioration des revenus les
plus pauvres, Thomas Piketty met en garde
contre les effets pervers du RSA.
Indépendamment de la conjoncture, «il y a un
risque que les plus pauvres se pérennisent
dans la pauvreté », car le «RSA contribue à
favoriser l'émiettement du travail, le temps
partiel et à déresponsabilier les
entreprises».
«Ce qui est absurde c'est de privilégier
l'emploi à temps partiel, il faut encourager
l'emploi à temps plein», déplore-t-il.
Si le RSA augmente le revenu des plus
pauvres, sa limite est également de
contribuer à la baisse du pouvoir d'achat
des travailleurs à temps plein qui sont au
Smic. En «gelant la PPE», les smicards à
temps plein «qui ne sont pas bien riches non
plus», vont subir une perte nette d'argent,
explique l'économiste.
«La PPE était excessive, un rééquilibrage
était nécessaire, mais le RSA l'est aussi,
il faut trouver un juste milieu. La
multiplication des mesures n'est pas
forcément une bonne chose. Même si
l'intention est bonne, la façon de faire est
invraisemblable. Le système du RSA est
bizarrement conçu, les gens n'y comprennent
rien. On n'a pas du tout atteint un objectif
de transparence», poursuit-il.
Autre problème, selon Thomas Piketty, «le
pouvoir en place a complètement traficoté la
mesure de la pauvreté en passant d'une
définition en terme relatif (par rapport au
niveau de vie moyen du pays) à une
définition en terme absolu (fixe dans le
temps et qui ne prend pas en compte
l'évolution du coût de la vie)». Et, il
prévient qu'avec cette nouvelle façon de
mesurer la pauvreté, «on a beau faire des
étude ou des simulations, elle baissera
mécaniquement».