Note expresse de
l'Institut d'Emission des Départements d'Outre-Mer
N° 41
Téléchargeable :
http://www.iedom.fr/download.asp?nom=NotExp41_Martinique_filiere_banane.pdf.
En Martinique, la banane
constitue la principale activité agricole
que ce soit en terme de surface agricole
utilisée, de nombre d’exploitations, de
production, de création de richesse agricole
ou de créations d’emplois. La filière
engendre près de 12 000 emplois, dont 6 000
à 8 000 emplois indirects. Toutefois, en
terme de création de richesse, son poids
dans l’économie est relativement faible (1,6
%). La valeur ajoutée du département
provient en effet principalement du secteur
des services (48,5 % de la valeur ajoutée).
Le poids du secteur primaire dans la
création de richesse locale demeure
cependant élevé (3,7 %) comparé à la moyenne
nationale (2,4 %) ou communautaire (1,3 %).
La Martinique s’est
convertie depuis moins d’un siècle à cette
culture qu’elle a orienté exclusivement vers
l’exportation en raison de l’étroitesse du
marché intérieur et de la vivacité de la
demande extérieure. Près 98 % de la
production consistent en des bananes de
variété d’exportation Cavendish, cultivé
principalement au nord-est, dans la zone du
Lorrain et du Marigot et dans le sud-est,
dans la région du Vauclin. La banane figue
(moins de 2 % du volume de production) est
cultivée sur seuls 300 hectares à
destination du marché local.
Sur les marchés extérieurs,
la banane martiniquaise est exposée à une
concurrence des bananes dollars et des
bananes d’Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP)
qui tend à se renforcer avec l’ouverture
totale du marché communautaire intervenue au
1er janvier 2006, suite à la réforme du
volet externe de l’Organisation commune de
marché (OCM) de la banane. Compte tenu des
écarts de compétitivité entre les
producteurs-exportateurs et de l’importance
de la filière dans l’équilibre
socio-économique des Antilles françaises,
l’Union européenne assure un revenu garanti
aux producteurs dans le cadre du volet
interne de l’OCM banane, lui aussi réformé
cette année. 2006 est ainsi une année de
changement pour la banane martiniquaise en
particulier et la banane européenne en
général. Afin de renforcer son
positionnement à l’extérieur, la filière
martiniquaise s’organise, améliore son
système productif et dessine une stratégie
commerciale afin de gagner en compétitivité
et devenir de plus en plus concurrentielle.
1 – La banane, première
activité agricole, premier produit
d’exportation

La Martinique se caractérise
par une forte spécialisation agricole. La
culture de la banane qui génère l’essentiel
de la valeur ajoutée agricole (43 %, contre
4 % pour la filière cannière) s’est
fortement développée suite à l’effondrement
des cours du sucre à la fin des années 1960,
par substitution à la culture de la canne à
sucre.
Près de 5 % de la population
active martiniquaise et 49 % des actifs
agricoles travaillent dans cette filière qui
est le premier employeur dans près de 60 %
des communes. L’exploitation d’un hectare de
bananiers nécessite en moyenne 0,7 unité de
main d’œuvre. Selon les dernières données
disponibles, 6 066 actifs travaillent dans
les bananeraies en 2005 quand 1 614
personnes sont occupées par la filière
cannière. La majorité des travailleurs sont
des salariés permanents (58 %) ou
saisonniers (23 %). Seuls deux actifs sur
dix sont de composante familiale, contre 4
sur 10 en moyenne dans le département pour
les autres productions agricoles.
Entre 2000 et 2005,
parallèlement à la diminution du nombre
d’exploitations et à la réduction de la
surface en banane, la population active
bananière s’est repliée de 16 % (soit 1 000
emplois de moins) contre - 46 % dans le
secteur agricole.
Il subsiste 577
exploitations en 2006, soit 172 de moins
qu’en 2001. En 2006, 11 exploitations
fruitières ont clôturé leur activité pour
insuffisance d’actifs, 7 sont en liquidation
judicaire et 4 en redressement judiciaire,
ce qui porte à 22 le nombre de procédures
collectives, soit 61 % des procédures
collectives du secteur primaire et 4 % tous
secteurs confondus.
Les fermetures
d’exploitations sont toutefois moins
fréquentes que dans les autres filières
agricoles. Quand 52 % des exploitations
agricoles ont disparu en Martinique en cinq
ans, 23 % ont été touchées dans la filière
banane. Les fermetures ont concerné
principalement de petites exploitations de
moins de cinq hectares et de moyennes
exploitations de plus de 10 hectares,
localisées dans le Nord avec des cycles de
production plus longs et une plus forte
consommation de main d’oeuvre. Sur cinq ans, les
bananeraies ont gagné proportionnellement du
terrain dans le partage de la surface
agricole du département. En 2006, la surface
agricole utilisée (SAU) en bananes (7 209
hectares) représente 28,4 % de la SAU du
département, contre 28,1 % en 2001, la
réduction de la SAU en bananes (-20 % de
2001 à 2006) étant légèrement moins élevée
que celle du département (-20,7 %). Par
ailleurs, une part de plus en plus
importante des exploitations se consacre à
la culture de la banane. En 2006, près de 18
% des exploitations sont des bananeraies
contre 11,1 % en 2001.
La banane, de la production
à la commercialisation
La récolte des bananes
s’effectue toute l’année. Les cycles de
production varient entre 9 et 12 mois selon
l’altitude et le degré de pluviométrie. Pour
se développer, la plante a besoin de chaleur
et d’humidité. Les bananiers produisent un
seul régime à la fois qui est coupé vert
avant d’être acheminé vers un centre d’empotage où les «
mains » sont détachées des régimes puis
nettoyées, triées et classées selon trois
catégories : extra, catégorie I et catégorie II.
Les bananes sont disposées dans des palettes
puis entreposées dans des conteneurs
réfrigérés de la Compagnie générale maritime
(CMA CGM) qui assure leur transport.
Les fruits arrivent verts, au terme de 8 à 10
jours, sur les ports du Havre, de Dunkerque et,
depuis peu Marseille, puis sont vendus à des
mûrisseries par l’Union des groupements de planteurs
de bananes de la Guadeloupe et la Martinique
(UGPBAN) où ils achèvent la
transformation de leur amidon en sucre. Les mûrisseries
revendent ensuite lesb ananes aux commerces, et
notamment à la grande distribution.
En dépit des réductions de
surface, en 2006, la production s’élève à
219,3 milliers de tonnes et dépasse donc
légèrement le quota ouvrant droit à l’aide
compensatoire (219 000tonnes). La production a
baissé de 7,5 % entre 2001 et 2006, avec une
moyenne quinquennale de 241,1
milliers de tonnes selon les données de la
Direction de l’Agriculture et des Forêts
(DAF). En 2007, elle devrait avoisiner les
215 000 tonnes.
Cette moindre baisse
s’explique par une amélioration de la
productivité des exploitations. De 26,3 tonnes à l’hectare
en 2001, le rendement moyen passe à 30,4
tonnes en 2006.Cette évolution est
corrélative à l’extension de la taille
moyenne des exploitations quis ’établit à 12,5 hectares en
2006 contre 12 hectares en 2001.
Selon les dernières données
disponibles, en 2005, les 64 exploitations
industrielles de plus de 50 hectares enregistrent
un rendement moyen de 33,7 tonnes à
l’hectare et produisent67 % du tonnage alors
qu’elles représentent à peine 11 % des
exploitations. A contrario, les 289 exploitations
conventionnelles de moins de cinq hectares, c’est-à-dire 50 %
des exploitations, affichent un rendement moyen de 16,3
tonnes à l’hectare et produisent 6 % du tonnage.
La banane demeure le premier
produit d’exportation hors hydrocarbures de l’île,
représentant 95 % des exportations agricoles et 31
% des exportations totales hors hydrocarbures.
Toutefois, en 2006, la Martinique a réduit son offre sur les
marchés extérieurs. Près de216 827 tonnes de bananes
ont été expédiées vers l’Hexagone, selon les
données de la DCCRF (Direction de la consommation, de la
concurrence et de la répression des fraudes),
soit le volume le plus bas de ces dix dernières années, en
baisse de 5 % sur un an et 11,4 % sur cinq ans.
2 – Des écarts structurels
de compétitivité sur les marchés extérieurs
En 2006, la production
mondiale de bananes-dessert s’élève à 61
millions de tonnes, pour un commerce mondial
avoisinant les13,8 millions de tonnes.
Selon les données de l’Organisation des
Nations Unies pour l’Alimentation et
l’Agriculture (FAO), la Martinique est le 32ème
producteur mondial derrière l’Inde, le
Brésil, la Chine, l’Equateur, les
Philippines et l’Indonésie qui concentrent près de 80 % de
la production mondiale. Trois pays
fournissent 65 % des bananes à l’exportation
: l’Equateur, le Costa Rica et la Colombie.
Le marché mondial est contrôlé à environ 75
% par cinq firmes multinationales :
Chiquita Brands International
(Etats-Unis) et Dole Food Co
(Etats-Unis) qui totalisent près de la
moitié des parts de marché, Del Monte
Fresh Produce (Emirats Arabes
/ Unis- Etats-Unis ; environ 15 % du
commerce mondial), Noboa (Equateur,
environ 9 %) et Fyffes
(Irlande; environ 7 %). Les
pays du Nord sont les principaux
importateurs des bananes produites au Sud.
En 2006, l’Union européenne figure en tête,
concentrant 32 % des importations mondiales,
soit 4,8 millions de tonnes et une
consommation par habitant de 10,5 kg en
moyenne par an. Elle est suivie des
Etats-Unis (31 % des importations
mondiales), de l’Extrême-Orient (13 %) et de l’Europe centrale et la
Russie (9 %).

Sur le marché communautaire,
la Martinique est le deuxième fournisseur de bananes issu
de l’Union européenne derrière les Canaries, avec 35,2 % de la
production européenne en 2006,proportion stable sur cinq
ans (44 % pour la banane antillaise). Le poids de la banane
canarienne augmente légèrement passant de 51,8 % à 53,7 %, le
volume de production ayant baissé en2005 suite au passage de la
tempête Delta.
Tous exportateurs confondus,
la Martinique détient 4,7 % des parts de marché dans l’Union
européenne contre 6,8 % en 2001.Alors que les importations
communautaires ont progressé de22 % sur cinq ans, la
production européenne a diminué de 16 %pour s’établir à 641,7
millions de tonnes. La part de marché des producteurs communautaires
(Canaries, Martinique, Guadeloupe, Madère, Grèce et Chypre) est
tombée à 13,3 % en 2006 (19,3 %en 2001), au profit de la
banane-dollar qui totalise 68 % des approvisionnements en 2006
(62,1 % en 2001) et de la banane d’Afrique-Caraïbes-Pacifique
(18,7 % en 2006 contre 18,4 % en2001). En 2006, tous les
producteurs-exportateurs latinoaméricain sont augmenté leurs
expéditions vers l’Union européenne, à l’exception de
l’Equateur, et ce malgré des conditions climatiques
défavorables début 2006. Cette évolution peut découler en partie de
l’ouverture totale du marché européenau 1er janvier 2006.
Cette augmentation des
importations extracommunautaires touche également le marché
hexagonal, où la Martinique détient32 % des parts de marché en
2006. La banane antillaise a comme principaux concurrents la
Côte d’Ivoire (149 526 t. en 2006contre 145 429 t. en 2005)
et le Cameroun (72 025 t. en 2006contre 60 766 t. en 2005).
Cette concurrence tend à se diversifier avec le développement de
nouveaux opérateurs tels que le Surinam (45 676 t. en 2006
contre 37 021 t. en 2005), le Ghana(14 600 t. en 2006 contre
730 t. en 2005) ou le Costa Rica (35 185 t. contre 17 689 t. en 2005).
Ainsi, la Martinique
conserve sa place sur les marchés extérieurs, mais a perdu des parts de
marché d’une part parce qu’elle a réduit son offre de bananes
sur les cinq dernières années et, d’autre part, parce qu’elle
doit composer avec des surcoûts qui génèrent des écarts de
compétitivité par rapport aux producteurs des Canaries ou d’Amérique
latine. En comparaison avec la production des bananes
dollar, ces surcoûts proviennent principalement de
contraintes structurelles liées en
particulier à :
- la topologie : près de
65 % des exploitations ont une pente supérieure à 10 % et près de
18 % une pente supérieure à25 %, ce qui génère des
surcoûts en terme d’investissement en voiries notamment;
- l’échelle : les
exploitations latino-américaines s’étendent
surdes centaines d’hectares de
terrains plats ce qui permet
d’abaisser le coût de production ;
le coût de la main d’œuvre
: aux Antilles, le salaire journalier
est de 73,6 euros (8,03 euros par heure)
contre 6,2 euros au CostaRica et 3,6 euros en
Equateur. Or la part salariale représente 40
% du coût de production au stade « sortie du
hangar expéditions » (SHE).
En comparaison avec la
banane des Canaries, ces écarts proviennent
principalement de l’éloignement des marchés destinataires. Les professionnels évaluent
ce surcoût à environ 224,5 euros la tonne.
Quand la banane martiniquaise arrive en 10
jours sur le marché européen, la banane
des Canaries met 2 jours. L’allongement de
la durée du transport génère des surcoûts
dans le contrôle des maladies post-récoltes,
la maîtrise de la durée de vie des bananes
vertes (qui se traduit par une perte d’au
moins 10 % de la production) et l’utilisation
d’emballages adaptés aux transports de
longue durée. S’y ajoute le coût du fret qui
représente en moyenne 40 % du prix au
stade SHE. Ainsi, le coût de revient de la
banane martiniquaise se situe dans une
fourchette de 0,84 à0,87 euros le kilo, sachant
qu’il existe une forte hétérogénéité entre
les exploitations. En 2006, elle est vendue
0,58 euros le kilo aux mûrisseries et son prix
de vente sur le marché s’établit à 1,50 euro
le kilo en moyenne.
3 – La garantie du revenu
des producteurs dans le cadre d’une
Organisation commune de
marché (OCM) de la banane réformée
En raison des coûts de
production et de commercialisation précités
et de l’importance de la filière dans
l’équilibre socioéconomique de l’île, la banane
bénéficie d’un régime protecteur au sein de
l’Union européenne. Cet appui prend la forme d’aides financières à la
production et/ou à l’investissement, opérées
dans le cadre de l’Organisation commune de
marché (OCM) de la banane ou dans celui
de la politique de cohésion sociale de
l’Union. Ainsi, sur ce dernier point, le
Document unique de programmation budgétaire (DOCUP)
2000-2006 a permis la validation, par le
Comité de programmation et de suivi, de 773demandes de financement,
pour un coût total de 71,6 millions
d’euros1, financé à 31,3 % par l’Union
européenne (FEOGA) et à14,1 % par les instances
nationales. Au 5 avril 2007, 74,5 % de cette
enveloppe était payée aux bénéficiaires.
En 2006, l’Union européenne
a réformé le système de l’OCM banane. En
application de la politique agricole commune
(PAC),l’OCM banane prévoyait un
régime d'aide au revenu destinée aux
producteurs communautaires (volet interne)
et un régime commun pour les échanges avec les pays
tiers fondé sur un contingentement tarifaire
(volet externe).

Dans un contexte de refonte
générale de la PAC et de renouvellement des Programmes d’options
spécifiques à l’éloignement et à
l’insularité (POSEI), la Commission
européenne a engagé cette réforme dès 2001.Les problèmes de l’OCM
banane tenaient, pour le volet externe, au
fait qu’elle était jugée
incompatible avec les principes de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC),
et, pour le volet interne, au fait que, d’une part, le montant de
l’aide compensatoire étant fixe, ce
mécanisme avait abouti à des écarts de
compensation entre les producteurs des différentes régions, selon
leur degré de compétitivité et que, d’autre
part, toute variation des
prix se répercutant sur le montant de l’aide compensatoire et sur
l’enveloppe globale du régime d’aide auxproducteurs, cela posait des
difficultés en terme de prévisibilité budgétaire du montant de
l’aide.
Ancien régime d’aide compensatoire
(1993-2006)
Le montant de l’aide
compensatoire était en effet fixe quelque
soit la région concernée. Il correspondait à
la différence entre la recette forfaitaire de
référence de 64,03 euros/100 kg et la
recette moyenne perçue par les producteurs
en fonction des prix du marché. Ces deux recettes
sont établies au stade « sortie hangar
expéditions » (SHE, ou « sortie hangar de
conditionnement »)La recette à la production,
pour les bananes commercialisées en dehors
de la région de production, a été déterminée
en fonction de la moyenne des prix des
bananes des régions productrices, ramenés au
stade « premier port de débarquement -
marchandise non déchargée », déduction
faite d'un montant forfaitaire de 18,7
euros/100 kg correspondant aux coûts moyens
de transport et de mise en FOB (Free on
Board). Pour les bananes commercialisées
dans la région de production, la recette à
la production moyenne a été déterminée sur
la base de la moyenne des prix de vente
constatés sur les marché locaux, déduction
faite d'un montant forfaitaire de 0,29 euros/100 kg
correspondant aux frais d'approche des
marchés concernés.

L’aide était liée aux
quantités produites. Avec l’entrée de Chypre dans
l’Union européenne, la quantité
maximale de bananes ouvrant droit à l'aide
compensatoire est passée de 854 000 tonnes à
867 500 tonnes dont 219 000 tonnes pour la
Martinique,150 000 tonnes pour la
Guadeloupe, 420 000tonnes pour les Canaries, 50
000 tonnes pour Madère, 15 000 tonnes pour
la Crète et 13 500 tonnes pour Chypre.
L ’aide était versée aux
planteurs en six avances et un solde, par
l’intermédiaire des organisations dont ils
étaient membres, pour des bananes conformes aux
normes communes et mises sur le marché dans
l'Union européenne. L’avance correspondait à
70 %de l'aide définitive de
l'année précédente et était assortie d'une
caution à hauteur de 50 % de son montant, à
payer dans les trois mois suivant le bimestre
considéré. Le solde, acquitté sur la base du
montant définitif de l'aide, correspondait à
l'ajustement des montants versés pour les six
bimestres. Pour 2006, ce solde s’élève à
185,60 euros la tonne et a été versé à la
fin du premier semestre 2007, ce qui permet
à la filière de bénéficier de financements
en attendant la fin de l’année.
En 2006, pour la Martinique
le prix SHE (stade Sortie Hangar
Expéditions) retenu par la Commission
européenne pour le calcul de l’aide compensatoire
s’établit à 268,60 euros la tonne (249,10
euros pour la Guadeloupe) et est inférieur
de 38 % au SHE de2005, où les cours de la
banane s’étaient avérés particulièrement
élevés en raison d’un sous-approvisionnement
du marché européen de l’ordre de 200
000 tonnes, lié à l’entrée des dix nouveaux
Etats-membres. Pour corriger cette
sous-compensation, la Martinique recevra un
complément d’aide de 139,50 euros par tonne
(154,20 euros pour la Guadeloupe).
Nouveau système : transfert
de l’OCM banane vers le POSEI et réforme des
volets interne et externe
Le principe d’un soutien à
la filière a été maintenu. Le volet interne
de l’OCM banane est intégré dans le nouveau
POSEI, avec un transfert budgétaire de
l’ordre de 278,8 millions d’euros dont 129,1
millions d’euros pour la Guadeloupe et la
Martinique. Le montant de cette aide a été
calculé selon un système de référence
historique défini pour chaque planteur,
établi sur la base de la production des cinq
dernières années, corrections faites de la
meilleure et de la plus mauvaise année afin
d’établir une moyenne historique. Les planteurs
doivent alors maintenir un niveau de
production minimum de 70 % de leur
production actuelle pour recevoir une aide
correspondant à 100 % de leur référence
historique. En 2009, un premier bilan de
l’OCM banane devra êtretiré entre les Etats-membres
concernés (France, Espagne, Portugal) et la
Commission européenne, en vue de
rectificatifs si nécessaire.
Désormais, l’aide est versée
intégralement au 1er décembre, conformément
à la règle qui prévaut pour toutes les aides
agricoles. Ce versement couvre la
période allant du 1er décembre de l’année N
au 30 juin de l’année N +1. Pour accompagner
la réforme, le Gouvernement a arrêté en
avril 2007 un plan national de modernisation
de la filière banane des Antilles françaises
qui regroupe l’ensemble des
mesures nationales de soutien à la filière.
Ce plan 2007-2013, élaboré en liaison avec
les professionnels du secteur, prévoit
notamment une aide au désendettement des
planteurs à hauteur de 40,5 millions d’euros
qui sera exécutée dès l’accord de la
Commission européenne. En l’attente d’une
décision, le paiement des échéances du 31
juillet 2007 sera reporté au 31 janvier 2008.
Par ailleurs, une aide nationale de 12,5
millions d’euros devra être versée aux
groupements sous forme de prêt courant de
l’année 2007.
Au niveau externe, l’Union
européenne a remplacé le système de quotas
tarifaires d’importation par un tarif
douanier unique de176 euros par tonnes pour
les pays NPF (« nation la plus favorisée »).
Le nouveau système prévoit un contingent
d’importation de 775 000 tonnes réservé
aux pays d’Afrique - Caraïbes - Pacifique
(ACP), dont 19 % consentis aux opérateurs
ayant importé en 2006 des bananes
originaires des pays ACP et 81 % gérés selon
le principe « premier arrivé – premier servi
» (PAPS), avecune délivrance bimestrielle
de 104 692 tonnes. Ces tonnages et le tarif
douanier font encore l’objet de négociations
dans l’enceinte de l’OMC.
4 – Une filière en
restructuration
L’aide compensatoire a
généré des déséquilibres entre producteurs
communautaires qui se sont manifestés par
des sur et sous compensations selon le degré
de compétitivité des filières. Toutefois,
cette aide, combinée aux aides nationales et
locales, a permis d’améliorer la
performance du système productif et a
favorisé l’adoption de méthodes de
production moins intensives. La culture de bananes,
caractérisée une forte atomisation, tend à
se concentrer. La Région Martinique
accompagne ce processus : fin 2006, dans
le cadre du contrat de progrès signé entre
l'Etat et la filière, elle a adopté un
dispositif d'aide au départ volontaire des petits
producteurs pouvant bénéficier de la
préretraite ou de la retraite. Selon les
professionnels, la mise en place de l’OCM banane a eu comme
effets notamment :
- un redéploiement des
surfaces cultivées avec une réimplantation
des bananes sur les terres fertiles du sud,
dans la région du Vauclin notamment, grâce à
l’extension du système d’irrigation ;
- une restructuration des
exploitations avec l’extension des surfaces,
la création de stations d’emballages et
l’amélioration des systèmes de voiries et
d’irrigation ;- une amélioration des
rendements;
- un développement de
techniques de production intégrées ou
biologiques ;
- et une réorganisation de
la profession. Alors qu’en 2004 coexistaient
quatre groupements de planteurs (SICABAM,
GIPAM, COBAMAR et BANALLIANCE), en
2006, la production de bananes se structure
autour de deux organisations de producteurs : Banamart,
issue en 2005 de la fusion de SICABAM et
GIPAM et regroupant 420 planteurs (90 % de
laproduction) ; et
Banalliance, créée en 1996 comptant 157
membres totalisant environ 7 % de la
production. En septembre2003 a été créée l’Union
des groupements de producteurs de bananes de
Guadeloupe et Martinique (UGPBAN) qui rassemble les deux
groupements martiniquais et le groupement
guadeloupéen Les Producteurs de
Guadeloupe (LPG). Par ailleurs, depuis novembre
2005, les dirigeants de Banamart et LPG et
les responsables de l’Union des groupements,
entourés de planteurs de Guadeloupe
et Martinique, se rencontrent dans le cadre
de séminaires qui se tiennent tous les 6 ou
7 mois afin d’analyser la filière de
production antillaise et identifier les
améliorations possibles. De plus, à
l’échelle européenne, les groupements se concertent dans le cadre
de l’APEB (Association des planteurs de
bananes européens).
La réforme interne et
externe de l’OCM banane pourrait accélérer
ce processus de restructuration. Alors
qu’auparavant, les producteurs étaient
artificiellement isolés des évolutions du
marché, désormais leurs revenus dépendent de
leur productivité et de leur compétitivité.
Les planteurs antillais
s’engagent dans un programme d’amélioration
du rendement des exploitations.
L’augmentation du rendement passe par
l’amélioration de la qualité du produit et
donc un assainissement des sols autrefois
contaminés par l’utilisation excessive de
pesticides, notamment le chlordécone,
premier problème de santé publique aux
Antilles actuellement. En collaboration étroite
avec les organismes de recherche agronomique
(CIRAD, IRD, Cemagref), les planteurs
expérimentent la mise en place de systèmes
intégrés de culture qui combinent la veille
climatique, la surveillance des pathogènes,
la rotation des cultures (notamment avec
la canne à sucre), la jachère, l’utilisation
de vitro plants débarrassés de nématodes et
la recherche de variétés plus résistantes
aux pathogènes. La proportion de terres
mises en jachères a ainsi augmenté,
représentant 12,4 % de la surface bananière en 2006
contre 10,3 % en 2001. La conjonction de ces
démarches a permis de réduire de moitié
l’utilisation des pesticides en huit ans.
Cette restructuration de la
production autorise une certification de
qualité, représentant un avantage comparatif
sur les marchés extérieurs. Désormais, 50 %
de la production martiniquaise de bananes
est certifiée, soit environ 110 000 tonnes.
D’ici fin 2007,140 000 tonnes devraient
l’être. Les bananes de Guadeloupe et
Martinique sont toutes porteuses du logo RUP
(Région ultrapériphérique), attribué par la Commission
européenne et synonyme de produit d’origine
et de qualité. L’objectif 2007 est d’obtenir la certification
Eurepgap et Agriculture raisonnée pour 60 %
des planteurs, ce qui appelle un cahier des
charges précis dans les domaines social,
fiscal et environnemental.
Ces actions en faveur de la
production s’accompagnent de réels efforts
de commercialisation, impulsés par l’UGPBAN
qui met désormais en vente 90 % de
la production antillaise. Le renforcement
des capacités commerciales concerne en
priorité les marchés hexagonal et
communautaire mais tend également à se
décliner au niveau local, dans la mesure où
la conclusion -encours- des Accords de
partenariat économique (APE) entre l’Union
européenne et les pays ACP va s’accompagner
d’une libéralisation progressive
des échanges de produits et de services à
compter du 1er janvier 2008. Au 2e semestre
2005,l’UGPBAN a lancé une vaste
campagne de promotion de la banane locale,
en direction du marché national et local,
sous le slogan « La banane
antillaise, Rien ne peut la battre ».
L’Union a reçu en juin 2007, pour la
première fois, un chargement de bananes sur le port de
Marseille, un des axes de la stratégie de
conquête du Sud de la France, où le taux de
pénétration de la banane antillaise s’établit
à 11 % contre 50 % sur la région parisienne
ou 47 % dans l’Ouest. Parallèlement, l’UGPBAN encourage un élargissement
de la gamme des produits avec l’introduction
notamment de la « banane de montagne », elle multiplie les accords avec
la grande distribution et tente de
concurrencer la banane des Canaries sur son
propre marché, l’Espagne, en y expédiant
des bananes de catégorie I de qualité
inférieure aux bananes extra.
Ainsi, en prévision du
réexamen du système d’aide européen en 2009,
les planteurs guadeloupéens et martiniquais
se mobilisent conjointement afin
d’améliorer leur situation financière,
restructurer la filière et obtenir des gains
concurrentiels sur les marchés extérieurs. La valorisation
du produit peut permettre à la banane
antillaise de s’ancrer davantage dans les
habitudes de consommation, d’autant que
la consommation de fruits est fortement
encouragée par l’Organisation mondiale de la
santé dans son plan de lutte contre
l’obésité et que, selon les estimations, la
consommation de bananes sur le marché
européen atteindrait les 6 300 milliers de tonnes à l’horizon
2013, soit une augmentation du niveau de
consommation actuel de 37 %.
Glossaire
Glossaire
Certification Agriculture
raisonnée : Référentiel issu de l’association
interprofessionnelle FARRE (Forum de
l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de
l’Environnement). Peuvent être certifiés tous les exploitants
agricoles, toutes les régions et toutes les productions. Le référentiel
porte sur le respect de l’environnement, la maîtrise des risques
sanitaires, la santé et la sécurité au
travail et le bien-être des animaux.
Certification Eurepgap
(Euro-Retailers Produce Working group
for Good Agricultural
Practices). Référentiel élaboré par la
grande distribution nord européenne
pour la filière fruits et légumes. Peuvent être certifiés les
producteurs individuels et les organisations de producteurs
qui s’engagent à respecter les exigences en matière de
respect de l’environnement, de sécurité des aliments et de santé, de
sécurité et de protection sociale des
ouvriers agricoles.
Chlordécone :
Pesticide organochloré utilisé aux Antilles
pour lutter notamment contre la
recrudescence du charançon de la banane. Ce polluant
organique persistant a été breveté aux
Etats-Unis, homologué en France au
début des années 1980, interdit en1990 et utilisé aux Antilles
jusqu’en 1993.
Jachère : Terre non
cultivée temporairement pour permettre la reconstitution de la
fertilité du sol.
Nématode : ver
vivant dans le sol ou en parasite de l’homme
ou desanimaux.
Vitro plants :
plants issu d’une culture in vitro. Ce
procédé tend à remplacer la méthode
traditionnelle qui consiste à prélever les
rejets autour du bananier pour en
faire des boutures, le plus souvent infestées de nématodes. Le
procédé des vitro plants permet d’obtenir des plants
indemnes de maladies et correspondant à des critères agronomiques et
économiques spécifiques.
Pour en savoir plus
CEROM, « Les comptes
économiques de la Martinique en 2005 »,
septembre 2006.CEROM, « L’économie
martiniquaise au passage de l’an 2000 : une
trajectoire vertueuse ? », juin 2005.IEDOM, « La Martinique en
2006 », Rapport annuel, juin 2007.IEDOM, « La filière banane à
la Martinique », Note de l’Institut
d’Emission, juin 2005, 46 pages.
Directeur de la publication
: A. VIENNEY - Responsable de la rédaction :
A. BELLAMY-BROWN - Rédaction : C. RESID Editeur et imprimeur : IEDOM Achevé d’imprimé : le 24
juillet 2007 - Dépôt légal : Juillet 2007
ISSN 1952-9619
Emplacement
original de cet article :
http://www.iedom.fr/download.asp?nom=NotExp41_Martinique_filiere_banane.pdf.