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"L'impact récessif
n'est pas une
erreur, c'est une
stratégie"
par
Thomas Coutrot,
coprésident d'Attac
Début 2010, la
"troïka" (Commission
européenne, Banque
centrale européenne,
Fonds monétaire
international)
impose à la Grèce
son premier plan
d'austérité. Il
apparaît alors qu'on
a décidé de profiter
de la crise
financière pour
porter des coups
décisifs aux
compromis sociaux
concédés après la
deuxième guerre
mondiale. La
parenthèse
"keynésienne" –
consistant à laisser
filer temporairement
les déficits publics
pour éviter que
l'effondrement de
Lehman Brothers ne
se transforme en
cataclysme
incontrôlable – est
refermée, et
l'offensive décrétée
contre les dépenses
publiques et les
droits sociaux en
Europe.
L'Espagne, le
Portugal, l'Italie,
la France, la
Grande-Bretagne, et
même l'Allemagne,
suivent ensuite le
même chemin :
blocage des salaires
et/ou réduction du
nombre des
fonctionnaires,
réformes des
retraites, de
l'assurance-maladie,
remise en cause des
politiques et
prestations
sociales,
privatisations… Des
mesures – qui n'ont
qu'un rapport très
lointain avec les
déficits et la dette
– sont imposées avec
la même urgence :
les patrons grecs et
espagnols pourront
licencier plus
facilement et se
débarrasser des
conventions
collectives, le
salaire minimum
irlandais est
réduit… Dans une
incroyable lettre
secrète, expédiée le
5 août, M. Trichet
enjoint à M.
Berlusconi de
réformer le système
de négociation
collective, de
réduire la
protection des
salariés contre les
licenciements et de
mener "une vaste
réforme de
l'administration
publique afin
d'améliorer
l'efficacité
administrative et la
bienveillance à
l'égard des
entreprises"…
Personne ne pouvait
ignorer qu'en
présence d'un
chômage massif
approchant ou
dépassant déjà 10 %,
réduire partout les
dépenses publiques
en Europe allait
nécessairement
provoquer une
récession et une
crise sociale
majeure. Les pays de
l'Union ont tous
comme principaux
clients d'autres
pays européens. Si
chacun se serre la
ceinture, aucun ne
peut espérer
compenser la chute
de sa demande
intérieure par une
hausse de ses
exportations. La
récession est
désormais une
réalité, aggravée
par la crise
bancaire.
"UN IMPACT RÉCESSIF
ÉVIDENT"
Peut-on croire que
nos dirigeants n'ont
pas vu l'évidence ?
L'impact récessif de
ces politiques était
tellement prévisible
que l'hypothèse
d'une erreur
d'appréciation ne
tient pas. S'ils
s'acharnent à mener
des politiques qui
provoquent récession
et chômage, c'est
pour préserver
quelque chose de
plus important à
leurs yeux que la
stabilité économique
et le bien-être des
populations. Il
s'agit de sauver à
tout prix l'édifice
institutionnel de la
zone euro. Celui-ci
repose sur deux
principes : les
capitaux et les
marchandises doivent
circuler librement
dans la zone euro et
avec le reste du
monde ; les Etats
doivent financer
leurs déficits en
empruntant sur les
marchés financiers,
sous la férule des
agences de notation.
Ces deux règles
garantissent que les
gouvernements et les
travailleurs
européens
demeureront soumis à
la discipline exigée
par l'industrie
financière.
L'union monétaire a
été construite sans
budget commun,
soumise aux marchés,
ouverte à tous les
vents de la
spéculation, et avec
interdiction
expresse de toute
solidarité entre
Etats. Cette
dernière clause a du
être abandonnée par
la force des choses,
et il va falloir
réformer les traités
pour pérenniser le
Fonds européen de
stabilité
financière. Mais nos
dirigeants veulent
conserver
l'essentiel : grâce
la libre circulation
des capitaux et des
marchandises, rien
ne doit venir
limiter la
concurrence entre
salariés européens,
ni entre ceux-ci et
les travailleurs des
pays du Sud. La
crise bancaire et
financière qui
s'aggrave désormais
de façon
irrémédiable, la
récession et le
chaos économique qui
va s'ensuivre,
pourraient permettre
dans les années à
venir de réduire
d'environ un tiers
la protection
sociale et les
salaires en Europe,
comme les Grecs en
font déjà
l'expérience.
La restauration de
la compétitivité de
la vieille Europe
face à la Chine et
aux Etats-Unis se
ferait ainsi au prix
de convulsions
sociales et
politiques majeures
en revenant sur les
droits sociaux
existants et en
renonçant à toute
Europe sociale ;
mais il semble que
les détenteurs du
capital et leurs
alliés dans les
technocraties
européennes jugent
que le jeu en vaut
la chandelle. Ils
sont d'ailleurs
prêts, comme en
Grèce, à chercher
des alliances très à
droite pour le
faire. Il y a
véritablement de
quoi s'indigner.
Thomas Coutrot,
coprésident d'Attac
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