Par THOMAS PIKETTY directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie
de Paris
Selon
toute
vraisemblance,
le gouvernement s’apprête à annoncer, demain, lors du sommet social, un transfert massif de cotisations sociales sur un mélange de TVA et de CSG. S’il choisit de suivre le scénario haut présenté
par le Medef en novembre, la réforme pourrait consister à transférer
près de 50 milliards de cotisations patronales vers la TVA (afin d’alléger le coût du travail) et plus de 20 milliards d’euros de cotisations salariales vers la CSG (afin d’augmenter les salaires nets à la veille des élections et mieux faire passer la pilule de la hausse de TVA). Face à un tel activisme de dernière minute, la gauche ne peut pas se contenter de stigmatiser l’agitation perpétuelle
du
président
candidat,
prêt
à tout pour sauver son poste. La réforme du financement de la protection sociale est une vraie question. L’opposition doit saisir cette occasion pour sortir du cafouillage fiscal des deux dernières semaines et montrer au pays qu’elle est prête à gouverner, en formulant des contre-propositions
précises,
à la fois plus justes et plus efficaces que celle de la droite.
par Jean-Luc
Gaffard, Sarah Guillou, Lionel Nesta, OFCE Sciences Po
La campagne électorale
donne du poids aux propositions simplistes quand elles ne sont pas simplement démagogiques.
Il en est ainsi du slogan "acheter français" qui semble faire écho à la nécessité
de
réindustrialiser
la France. Quoi de plus simple, en effet, pour y parvenir que de convaincre les résidents d'acheter les produits de leur propre pays. C'est, en outre, davantage acceptable politiquement que de prôner d'entrée de jeu le retour au protectionnisme. L'emploi devrait y gagner en même temps que la balance du commerce extérieur.
Mais
voilà,
l'économie
n'est pas une arithmétique sociale.
Quand Sarkozy proposait aux Français
de le sanctionner s'il ne parvenait pas à 5% de chômeurs
500
milliards
envolés
en cinq ans...
La scène est surréaliste.
"Tu vois, j'ai gagné ! J'ai gagné !" lance, triomphant et vengeur, Nicolas Sarkozy au député
du Nouveau Centre Charles de Courson, présent à l'Élysée
pour une cérémonie
début
2010. De quelle victoire si importante se prévaut donc le président
de la République
? D'avoir fait baisser le chômage ou rétabli l'équilibre
du commerce extérieur
? Rien de tout cela, bien sûr. Nicolas Sarkozy se félicite
des 390 millions d'euros qui vont échoir au couple Tapie (dont 45 au titre du préjudice
moral)
à la suite d'un arrêt du Conseil d'État qui rejette le recours intenté par quelques députés,
dont Courson, contre les conclusions d'un tribunal arbitral sur l'affaire Adidas-Crédit
lyonnais.
"J'ai
gagné ! J'ai gagné !" Stupéfiant
car, si victoire il y a, c'est celle de Tapie, l'ami du président.
Et pas du tout celle de l'État, contraint de faire un gros chèque.
Auteurs d'Un quinquennat à 500 milliards, Mélanie Delattre, journaliste au Point, et Emmanuel Lévy, à Marianne, recensent avec gourmandise et sévérité
les petites et grandes libéralités
du
président
de la République
avec ses "amis" Liliane Bettencourt ou Guy Wildenstein, ou, fait moins connu, avec Hubert Martigny, auquel l'État a racheté à prix d'or la salle Pleyel. Quand ils ne cherchent pas la petite bête, les deux auteurs se mettent aussi en surplomb pour livrer aux lecteurs-électeurs
le "vrai bilan" économique
du quinquennat Sarkozy. Et là ils ne font pas dans la dentelle. Leur audit étant assez terrifiant, on pourrait le juger militant. Mais les faits sont les faits.
Contre
le discours dominant sur la dette publique par Geneviève Azam, Etienne Balibar, Thomas Coutrot, Dominique Méda, Yves Sintomer
Il y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, "vit depuis plus de trente ans à crédit". L'enjeu pour la gauche serait seulement de "donner du sens à la rigueur" en attendant de "relancer la croissance".
Ce scénario semble aussi évident que l'air que nous respirons. Il est pourtant contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative apparaît mieux fondée. Ainsi selon le rapport sur "La dépense publique et son évolution", publié par Bercy, la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8 % dans les années 1990 à... 52,9 % dans les années 2000. Si les déficits et la dete ont flambé, ce n'est pas du fait d'une envolée des dépenses, mais à cause d'une réduction des recettes. Le manque à gagner annuel dû aux exonérations et baisses d'impôts consenties dans les années 2000 est chiffré par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, à plus de 100 milliards d'euros. Et la crise financière a provoqué une chute brutale des recettes publiques déjà érodées par cette contre-révolution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du néolibéralisme,
pas des assurés sociaux ni des citoyens.
TVA sociale : Valls n'est plus d'accord avec lui-même
Il y a à peine de deux mois, Manuel Valls, alors candidat à la primaire socialiste, assurait que la TVA sociale était "la solution". Mais depuis que Nicolas Sarkozy a relancé cette même idée, le désormais directeur de la communication de François Hollande se montre beaucoup plus circonspect. Récit d'un changement d'avis.
Manuel Valls
Lors du deuxième débat à la primaire socialiste, Manuel Valls avait fermement défendu le concept da la TVA sociale.
"La solution, c'est la TVA sociale". La phrase n'est pas signée Nicolas Sarkozy mais Manuel Valls. Lorsqu'il était candidat à la primaire socialiste, l'actuel directeur de la communication de François Hollande s'était démarqué de ses rivaux en défendant cette idée, désormais reprise par le chef de l'Etat. Manuel Valls en avait même fait l'une de ses mesures phares en cas de victoire, quitte à faire l'unanimité contre lui lors du deuxième débat entre candidats à la primaire socialiste sur i-Télé.
Dans une tribune publiée dans Les Echos le 7 octobre dernier et intitulée "Oui, la TVA sociale est une mesure de gauche", il s'insurgeait aussi contre ceux qui s'opposaient à sa création : "Mais à peine la TVA est-elle évoquée dans nos rangs que j’entends les uns convoquer l’"injustice" et les autres jouer l’indignation. Pourtant s’il est une mesure capable de mener à bien l’Etat sur la voie du désendettement et de la maîtrise de ses déficits, c’est bien la TVA".
La TVA sociale "n'a pas de sens"
Une situation embarrassante pour celui qui doit désormais assumer son rôle d'opposant à cette taxe, comme le fait tout le reste de l'équipe de François Hollande. Alors, quand il est interrogé sur sa position sur la TVA sociale, le malaise est palpable. Lundi matin, interrogé sur le souhait de Nicolas Sarkozy de relancer la TVA sociale sur le plateau des Quatre vérités de France 2, le député-maire d'Evry est resté évasif. "Le président de la République va beaucoup parler parce qu'il est candidat. Il va essayer de faire croire aux Français – et je crois qu'ils ne sont pas dupes – qu'en quatre mois, il peut faire ce qu'il n'a pas fait en quatre années et demi. Personne ne va le croire", a ainsi argué Manuel Valls.
Alors pour ou contre la TVA sociale? "Aujourd'hui, elle n'est pas applicable, elle n'a pas de sens", a-t-il estimé, avant de balayer : "Aujourd'hui, parlons d'abord de l'augmentation de la TVA de 5,5 à 7%. Parlons des taxes qui frappent les Français". Sauf qu'il plaidait lors de la primaire socialiste pour l'augmentation d'un point de la TVA (réduite, Ndlr) à 19,6% et à 5,5%, à l'exception des produits de première nécessité. Il arguait aussi, toujours dans la tribune aux Echos : "Rejeter toute augmentation de la TVA, sans rechercher d’autres marges de manœuvre immédiates constituerait alors une faute économique et politique". Mais en l'espace d'un mois et demi - durant lequel il est passé du statut de candidat outsider à celui de directeur de la communication de François Hollande - Manuel Valls semble avoir revu sa position.
Un changement d'avis qui donne des armes à la droite pour attaquer le camp socialiste. L'UMP n'a d'ailleurs pas tardé à souligner ces contradictions, par la voix de Bruno Beschizza, secrétaire national du parti majoritaire : "Aujourd’hui Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande a perdu ses convictions et son courage, à l'instar de son candidat et de son incapacité à assumer qui l’amène si souvent à renoncer et à se renier."
Caroline Vigoureux - leJDD.fr
lundi 02 janvier 2012
Les mirages de la TVA sociale
par
Jean-Charles Simon, économiste en chef de Scor
On attribue beaucoup de vertus à la TVA sociale, qui permettrait d'alléger les cotisations. En fait, les réformes de ce type à prélèvements constants se révèlent souvent neutres économiquement, voire négatives, en raison des ajustements incertains par les prix. Le bonneteau fiscal ne peut tenir lieu de politique économique.
Depuis quelques semaines, le débat sur la "TVA sociale" revient en force. À l'instar de projets analogues de transferts des cotisations sociales vers d'autres prélèvements, le motif en paraît bien légitime : alléger les charges exorbitantes pesant en France sur les salaires. Ces propositions ne sont d'ailleurs pas nouvelles. La création puis la hausse de la CSG ont eu en partie cet objet, pour la part salariale des cotisations sociales, notamment lors du transfert massif des cotisations maladie vers la CSG sous le gouvernement Jospin. Même si le but principal était bien, en l'espèce, de disposer d'une assiette plus large, frappant tous les revenus, pour financer des dépenses sans cesse croissantes...
Pourquoi
faut-il que
les Etats
payent 600
fois plus
que les
banques ?
La Réserve fédérale a
secrètement
prêté
aux
banques
en
difficulté
la somme
de 1 200
milliards
au taux
incroyablement
bas de
0,01 %.
par Michel
Rocard, ancien
premier
ministre, et
Pierre
Larrouturou,
économiste
Ce sont
des
chiffres
incroyables.
On
savait
déjà
que, fin
2008,
George
Bush et
Henry
Paulson
avaient
mis sur
la table
700
milliards
de
dollars
(540
milliards
d'euros)
pour
sauver
les
banques
américaines.
Une
somme
colossale.
Mais un
juge
américain
a
récemment
donné
raison
aux
journalistes
de
Bloomberg
qui
demandaient
à leur
banque
centrale
d'être
transparente
sur
l'aide
qu'elle
avait
apportée
elle-même
au
système
bancaire.
Après
avoir
épluché
20 000
pages de
documents
divers,
Bloomberg
montre
que la
Réserve
fédérale
a
secrètement
prêté
aux
banques
en
difficulté
la somme
de 1 200
milliards
au taux
incroyablement
bas de
0,01 %.
Au même
moment,
dans de
nombreux
pays,
les
peuples
souffrent
des
plans
d'austérité
imposés
par des
gouvernements
auxquels
les
marchés
financiers
n'acceptent
plus de
prêter
quelques
milliards
à des
taux
d'intérêt
inférieurs
à 6, 7
ou 9 % !
Asphyxiés
par de
tels
taux
d'intérêt,
les
gouvernements
sont
"obligés"
de
bloquer
les
retraites,
les
allocations
familiales
ou les
salaires
des
fonctionnaires
et de
couper
dans les
investissements,
ce qui
accroît
le
chômage
et va
nous
faire
plonger
bientôt
dans une
récession
très
grave.
La rémunération des patrons a bondi de 17 % en Europe
Selon une étude du cabinet AlphaValue, les revenus moyens des dirigeants français, s'ils ont augmenté de 21 %, restent cependant inférieurs de 10 % à ceux de leurs voisins.
En pleine période d'austérité, le constat risque de faire quelques vagues. Selon une étude du cabinet d'analyse financière , reprise par le quotidien , la rémunération moyenne des patrons européens a grimpé de 17 % en 2010 par rapport à 2009.
L'organisme a étudié les informations publiées par 460 sociétés cotées dans 17 pays européens, dont 93 entreprises françaises. Le constat paraît étonnant au regard de la morosité économique actuelle, mais il est en fait la conséquences des politiques de relance mises en place l'année dernière qui ont boosté certains secteurs. L'automobile est ainsi l'activité où les salaires des patrons ont le plus progressé, notamment grâce aux primes gouvernementales et aux marchés émergents. AlphaValue constate ainsi une hausse de 225 % de la rémunération. Le secteur minier, avec un bond de 156 % des revenus, a également profité du développement des pays émergents. Les banquiers en tête
Par Thalia Breton, Magali De Haas, Julie Muret Porte-parole d’Osez le féminisme ! Sabine Salmon Présidente de Femmes solidaires et Carine Delahaie Rédactrice en chef de «Clara Magazine»
Le plan d’austérité annoncé par François Fillon le 7 novembre, socialement inefficace et économiquement injuste, constitue une double peine pour les femmes. Ces mesures semblent neutres : elles s’appliqueront aux femmes comme aux hommes. En fait, compte tenu de la situation dans laquelle se trouvent les femmes en matière d’emploi et de précarité, plusieurs des mesures vont directement accroître les inégalités femmes-hommes.
Pour Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la seule issue à la crise qui secoue l'Europe serait une action forte de la Banque centrale européenne (BCE), qui achèterait massivement des obligations d'Etat. Mais les Allemands la refuseront tant qu'ils ne seront pas impactés par la récession. Le risque est grand d'une longue stagnation, sous l'effet des politiques budgétaires restrictives.
Comment sortir de la crise qui secoue l'Europe ?
L'Europe est organisée de façon très singulière... Lors de la rédaction du traité de Maastricht, on a refusé d'envisager le cas de crises. Pire, les pays fondateurs de la zone euro se sont engagés à supprimer une fonction qui échoit normalement aux banques centrales, celle de prêteur en dernier ressort. Plus précisément, la Banque centrale européenne joue ce rôle vis-à-vis des banques, leur apportant des refinancements quand elles ne les trouvent pas sur le marché, mais elle a interdiction de remplir cette fonction s'agissant des États. Du coup, les pays européens se trouvent en situation de vulnérabilité sans possibilité de repli derrière cette ligne majeure de défense.
L'éclairage L'idée que l'indiscipline budgétaire est à l'origine de la crise est fausse. D'où l'incapacité franco-allemande à offrir les bonnes solutions.
L'accord du lundi 5 décembre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, que ceux-ci ont réussi à imposer à leurs " partenaires " européens au sommet des 8 et 9 décembre à Bruxelles est-il une solution audacieuse aux dilemmes du continent, ou une insipide bouillie ?
Deux têtes, dit-on, valent mieux qu'une. On ne peut pas dire que le couple formé par la chancelière allemande et le président français ait confirmé l'adage. Comme les Bourbon, ces dirigeants donnent plutôt l'impression de n'avoir rien appris ni rien oublié.
Il a été décidé, semble-t-il, de ne pas contraindre les détenteurs d'obligations privés à essuyer des pertes lors des sauvetages de pays de la zone euro, même si l'on n'écarte pas la possibilité de restructurations volontaires. De rendre plus probables, mais pas automatiques, les sanctions à l'égard de pays qui échoueraient à respecter les limites imparties aux déficits budgétaires. D'inscrire dans la législation des pays membres l'obligation d'un budget équilibré. De mettre en place le Mécanisme européen de stabilité (MES) - l'instrument permanent de sauvetage - dès juillet 2012 et non plus en juin 2013. Et enfin, de prévoir pendant la durée de la crise, des réunions mensuelles des chefs d'Etat et de gouvernement européens afin de superviser la coordination des différentes politiques.
Par Danièle Blondel Professeur émérite à l’université Paris-Dauphine
Tout le monde savait le gouvernement court-termiste et moins sensible aux valeurs culturelles qu’à la cote des marchés boursiers. Mais la dernière initiative du ministre de l’Intérieur à l’égard des diplômés étrangers fait déborder le vase.
Certes, le drainage de nos «cerveaux» par le canal de l’émigration est difficile à mesurer. Et il ne nous est pas forcément préjudiciable, car la mondialisation des savoirs est un phénomène naturel et profitable à tous, à condition que la balance des entrées et des sorties s’équilibre dans une coopération intellectuelle de long terme. Mais, depuis que l’équilibre budgétaire est devenu la finalité unique de la politique intérieure, c’est le gouvernement lui-même qui organise de manière de plus en plus suicidaire la dévalorisation de notre intelligence collective et la régression future de notre économie. A l’impéritie des milieux économiques se combine désormais la myopie des responsables du budget.
Où est la gauche à l’heure de la tourmente économique ?
Par Serge Halimi
Alors que le capitalisme connaît sa crise la plus sérieuse depuis celle des années 1930, les principaux partis de gauche semblent muets, embarrassés. Au mieux, ils promettent de ravauder le système. Plus souvent, ils cherchent à prouver leur sens des responsabilités en recommandant eux aussi une purge libérale. Combien de temps ce jeu politique verrouillé peut-il durer alors qu’enflent les colères sociales ?
Les Américains qui manifestent contre Wall Street protestent aussi contre ses relais au sein du Parti démocrate et à la Maison Blanche. Ils ignorent sans doute que les socialistes français continuent d’invoquer l’exemple de M. Barack Obama. Contrairement à M. Nicolas Sarkozy, le président des Etats-Unis aurait su selon eux agir contre les banques. S’agit-il seulement d’une méprise ? Qui ne veut pas (ou ne peut pas) s’attaquer aux piliers de l’ordre libéral (financiarisation, mondialisation des flux de capitaux et de marchandises) est tenté de personnaliser la catastrophe, d’imputer la crise du capitalisme aux erreurs de conception ou de gestion de son adversaire intérieur. En France, la faute incombera à « Sarkozy », en Italie, à « Berlusconi », en Allemagne, à « Merkel ». Fort bien, mais ailleurs ?
Département Analyse et Prévision, sous la direction de Xavier Timbeau
Les perspectives de croissance pour les pays développés et plus particulièrement européens se sont dégradées spectaculairement au cours des dernières semaines. La dépréciation " volontaire et négociée " des titres de dette souveraine grecque, qui n'est autre qu'un défaut souverain, la vague de plans de restriction budgétaire annoncés alors que les lois de finance sont encore en train d'être débattues, l'impuissance de l'Union Européenne à mobiliser ses forces dans la crise sont autant de facteurs qui ont rendu les prévisions faites il y a deux mois obsolètes. L'année 2012 sera marquée par une récession dans plusieurs pays européens, dont la France.
Publiés en août 2011, les chiffres de croissance pour le deuxième trimestre 2011 dans les pays développés ont relativisé les signaux positifs du début de l'année 2011. Au troisième trimestre 2011, les comptes nationaux ont été meilleurs qu'attendus, mais le répit serait de courte durée. Les indicateurs conjoncturels pour la majorité des pays développés (cf. infra) annoncent une réduction de l'activité au quatrième trimestre 2011 et au début de l'année 2012. La zone euro stagnerait en 2012 ; avec +0,4 % de croissance du PIB, l'Allemagne enregistrerait la "meilleure" performance de la zone euro.
La première phase de la grande Récession, en 2008-2009, a induit le gonflement des dettes publiques (de l'ordre de 16 points dans la zone euro, de plus de 30 points aux Etats-Unis et au Royaume Uni). La phase II sera conditionnée par la façon dont sont digérées ces dettes publiques induites par la crise : ou bien les taux d'intérêts bas permettent de reporter l'ajustement des déficits publics à plus tard et les économies peuvent rebondir, allégeant en conséquence l'ajustement nécessaire ; ou bien l'ajustement est fait immédiatement, amplifié par la hausse des taux publics et par la persistance du sous emploi. Parce que l'Europe est soumise à la peur du défaut, elle transforme la grande Récession amorcée en 2008 en très grande Récession.
par Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir,
pour le
collectif
des membres
de la
Commission
de la
sécurité des
consommateurs
Alors
qu'en
2012, la
Commission
de la
sécurité
des
consommateurs
amorce
sa
trentième
année,
l'heure
n'est
malheureusement
pas aux
préparatifs
de cette
célébration
mais à
la
désolation
pour les
membres
de cette
autorité
administrative
indépendante
dont le
bon
fonctionnement
ne cesse
d'être
altéré
depuis
la
réforme
de 2010
tendant
à
rapprocher
cette
instance
de
l'Institut
national
de la
consommation.
Les
craintes
exprimées
à
l'heure
de la
réforme
d'un
affaiblissement
de cette
autorité
participant
activement
à la
sécurité
des
citoyens
ne se
sont pas
dissipées
au
contraire.
Plus
d'un an
après
l'officialisation
du
rapprochement
avec l'INC,
la
pertinence
de la
réforme
ne
résiste
pas à
l'épreuve
des
faits :
le
nombre
de
conseillers
techniques
dont la
compétence
est
indispensable
pour
l'instruction
des
dossiers
est
passé de
6 à 4 ;
la crise
majeure
que
traverse
actuellement
l'Institut
national
de la
consommation
le rend
incapable
d'assurer
l'accueil
de
commissions
indépendantes
dans des
conditions
minimum
de bon
fonctionnement.
Ainsi la
Commission
va-t-elle
être
logée
dans des
locaux
provisoires,
loin de
l'INC,
sans
aucune
visibilité
sur
d'éventuels
projets
de
relogement
futur.
Comment
admettre
un tel
délitement
d'une
institution
qui, par
ses avis
sur tous
les
produits
et
services
susceptibles
de
présenter
un
risque
pour les
consommateurs
– plus
de 400
depuis
sa
création
-
concourt
à une
mission
d'intérêt
public ?
Comment
cautionner
l'affaiblissement
d'une
institution
qui
œuvre
notamment
à la
prévention
et la
lutte
contre
les
accidents
de la
vie
courante
alors
que
ceux-ci
occasionnent
chaque
année
près de
20 000
décès et
4,5
millions
de
blessés
?
Comment
ne pas
s'inquiéter
de la
poursuite
d'un
rapprochement
à marche
forcée
entre un
établissement
public à
caractère
industriel
et
commercial
et une
autorité
administrative
dont
l'indépendance
est l'un
des deux
fondements
essentiels
? Faute
de
conseillers
techniques
propres,
de
fonctionnement
technique
et de
dotation
budgétaire
garantissant
sans
ambiguïté
son
indispensable
autonomie,
le
risque
de
conflit
d'intérêts
entre
les
fonctions
d'instructions
des avis
de la
Commission
et les
fonctions
commerciales
de
l'Institut
national
de la
consommation
est
réel…
Nous,
les
membres
de la
Commission
de la
sécurité
des
consommateurs,
représentants
des
grands
corps de
l'Etat,
d'associations
de
consommateurs,
d'organisations
professionnelles,
experts
et
personnes
qualifiées,
refusons
la
paralysie
d'une
institution
qui a
fait ses
preuves
et
appelons
de nos
vœux -
la
période
est
propice
- la
restauration
des
moyens
matériels
et
humains
de la
Commission
de la
sécurité
des
consommateurs.
Une
motion
en ce
sens,
adoptée
à une
très
large
majorité
en
séance
plénière
en
décembre,
a été
adressée
au
secrétaire
d'Etat à
la
consommation.
A lui de
prendre
- la
période
est
toujours
propice
- cette
bonne
résolution
aux fins
de
garantir
la
sécurité
des
consommateurs
dont il
a la
charge.
Alain
Bazot,
président
de l'UFC-Que
Choisir,
pour le
collectif
des
membres
de la
Commission
de la
sécurité
des
consommateurs
LEMONDE.FR |
02.01.12
|
TVA sociale : Valls n'est plus d'accord avec lui-même
Il y a à peine de deux mois, Manuel Valls, alors candidat à la primaire socialiste, assurait que la TVA sociale était "la solution". Mais depuis que Nicolas Sarkozy a relancé cette même idée, le désormais directeur de la communication de François Hollande se montre beaucoup plus circonspect. Récit d'un changement d'avis.
Manuel Valls
Lors du deuxième débat à la primaire socialiste, Manuel Valls avait fermement défendu le concept da la TVA sociale.
"La solution, c'est la TVA sociale". La phrase n'est pas signée Nicolas Sarkozy mais Manuel Valls. Lorsqu'il était candidat à la primaire socialiste, l'actuel directeur de la communication de François Hollande s'était démarqué de ses rivaux en défendant cette idée, désormais reprise par le chef de l'Etat. Manuel Valls en avait même fait l'une de ses mesures phares en cas de victoire, quitte à faire l'unanimité contre lui lors du deuxième débat entre candidats à la primaire socialiste sur i-Télé.
Dans une tribune publiée dans Les Echos le 7 octobre dernier et intitulée "Oui, la TVA sociale est une mesure de gauche", il s'insurgeait aussi contre ceux qui s'opposaient à sa création : "Mais à peine la TVA est-elle évoquée dans nos rangs que j’entends les uns convoquer l’"injustice" et les autres jouer l’indignation. Pourtant s’il est une mesure capable de mener à bien l’Etat sur la voie du désendettement et de la maîtrise de ses déficits, c’est bien la TVA".
La TVA sociale "n'a pas de sens"
Une situation embarrassante pour celui qui doit désormais assumer son rôle d'opposant à cette taxe, comme le fait tout le reste de l'équipe de François Hollande. Alors, quand il est interrogé sur sa position sur la TVA sociale, le malaise est palpable. Lundi matin, interrogé sur le souhait de Nicolas Sarkozy de relancer la TVA sociale sur le plateau des Quatre vérités de France 2, le député-maire d'Evry est resté évasif. "Le président de la République va beaucoup parler parce qu'il est candidat. Il va essayer de faire croire aux Français – et je crois qu'ils ne sont pas dupes – qu'en quatre mois, il peut faire ce qu'il n'a pas fait en quatre années et demi. Personne ne va le croire", a ainsi argué Manuel Valls.
Alors pour ou contre la TVA sociale? "Aujourd'hui, elle n'est pas applicable, elle n'a pas de sens", a-t-il estimé, avant de balayer : "Aujourd'hui, parlons d'abord de l'augmentation de la TVA de 5,5 à 7%. Parlons des taxes qui frappent les Français". Sauf qu'il plaidait lors de la primaire socialiste pour l'augmentation d'un point de la TVA (réduite, Ndlr) à 19,6% et à 5,5%, à l'exception des produits de première nécessité. Il arguait aussi, toujours dans la tribune aux Echos : "Rejeter toute augmentation de la TVA, sans rechercher d’autres marges de manœuvre immédiates constituerait alors une faute économique et politique". Mais en l'espace d'un mois et demi - durant lequel il est passé du statut de candidat outsider à celui de directeur de la communication de François Hollande - Manuel Valls semble avoir revu sa position.
Un changement d'avis qui donne des armes à la droite pour attaquer le camp socialiste. L'UMP n'a d'ailleurs pas tardé à souligner ces contradictions, par la voix de Bruno Beschizza, secrétaire national du parti majoritaire : "Aujourd’hui Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande a perdu ses convictions et son courage, à l'instar de son candidat et de son incapacité à assumer qui l’amène si souvent à renoncer et à se renier."
Caroline Vigoureux - leJDD.fr
lundi 02 janvier 2012
Les mirages de la TVA sociale
par Jean-Charles Simon, économiste en chef de Scor
On attribue beaucoup de vertus à la TVA sociale, qui permettrait d'alléger les cotisations. En fait, les réformes de ce type à prélèvements constants se révèlent souvent neutres économiquement, voire négatives, en raison des ajustements incertains par les prix. Le bonneteau fiscal ne peut tenir lieu de politique économique.
Depuis quelques semaines, le débat sur la "TVA sociale" revient en force. À l'instar de projets analogues de transferts des cotisations sociales vers d'autres prélèvements, le motif en paraît bien légitime : alléger les charges exorbitantes pesant en France sur les salaires. Ces propositions ne sont d'ailleurs pas nouvelles. La création puis la hausse de la CSG ont eu en partie cet objet, pour la part salariale des cotisations sociales, notamment lors du transfert massif des cotisations maladie vers la CSG sous le gouvernement Jospin. Même si le but principal était bien, en l'espèce, de disposer d'une assiette plus large, frappant tous les revenus, pour financer des dépenses sans cesse croissantes...
Pourquoi
faut-il que
les Etats
payent 600
fois plus
que les
banques ?
La Réserve fédérale a
secrètement
prêté
aux
banques
en
difficulté
la somme
de 1 200
milliards
au taux
incroyablement
bas de
0,01 %.
par Michel
Rocard, ancien
premier
ministre, et
Pierre
Larrouturou,
économiste
Ce sont
des
chiffres
incroyables.
On
savait
déjà
que, fin
2008,
George
Bush et
Henry
Paulson
avaient
mis sur
la table
700
milliards
de
dollars
(540
milliards
d'euros)
pour
sauver
les
banques
américaines.
Une
somme
colossale.
Mais un
juge
américain
a
récemment
donné
raison
aux
journalistes
de
Bloomberg
qui
demandaient
à leur
banque
centrale
d'être
transparente
sur
l'aide
qu'elle
avait
apportée
elle-même
au
système
bancaire.
Après
avoir
épluché
20 000
pages de
documents
divers,
Bloomberg
montre
que la
Réserve
fédérale
a
secrètement
prêté
aux
banques
en
difficulté
la somme
de 1 200
milliards
au taux
incroyablement
bas de
0,01 %.
Au même
moment,
dans de
nombreux
pays,
les
peuples
souffrent
des
plans
d'austérité
imposés
par des
gouvernements
auxquels
les
marchés
financiers
n'acceptent
plus de
prêter
quelques
milliards
à des
taux
d'intérêt
inférieurs
à 6, 7
ou 9 % !
Asphyxiés
par de
tels
taux
d'intérêt,
les
gouvernements
sont
"obligés"
de
bloquer
les
retraites,
les
allocations
familiales
ou les
salaires
des
fonctionnaires
et de
couper
dans les
investissements,
ce qui
accroît
le
chômage
et va
nous
faire
plonger
bientôt
dans une
récession
très
grave.
"L'impact récessif n'est pas
une erreur, c'est une stratégie"
par Thomas Coutrot, coprésident d'Attac
Début
2010, la "troïka" (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds
monétaire international) impose à la Grèce son premier plan d'austérité. Il
apparaît alors qu'on a décidé de profiter de la crise financière pour porter
des coups décisifs aux compromis sociaux concédés après la deuxième guerre
mondiale. La parenthèse "keynésienne" – consistant à laisser filer
temporairement les déficits publics pour éviter que l'effondrement de Lehman
Brothers ne se transforme en cataclysme incontrôlable – est refermée, et
l'offensive décrétée contre les dépenses publiques et les droits sociaux en
Europe.
L'Espagne, le Portugal, l'Italie, la France, la Grande-Bretagne, et même
l'Allemagne, suivent ensuite le même chemin : blocage des salaires et/ou
réduction du nombre des fonctionnaires, réformes des retraites, de
l'assurance-maladie, remise en cause des politiques et prestations sociales,
privatisations… Des mesures – qui n'ont qu'un rapport très lointain avec les
déficits et la dette – sont imposées avec la même urgence : les patrons
grecs et espagnols pourront licencier plus facilement et se débarrasser des
conventions collectives, le salaire minimum irlandais est réduit… Dans une
incroyable lettre secrète, expédiée le 5 août, M. Trichet enjoint à M.
Berlusconi de réformer le système de négociation collective, de réduire la
protection des salariés contre les licenciements et de mener "une vaste
réforme de l'administration publique afin d'améliorer l'efficacité
administrative et la bienveillance à l'égard des entreprises"…
Par Guy Verhofstadt, Daniel Cohn-Bendit, Isabelle Durant, Sergio Cofferati et
Andrew Duff Cofondateurs du groupe Spinelli qui aspire à créer une Europe
politique et fédérale
Alors que nos concitoyens s’étonnent s’inquiètent, s’énervent chaque jour
de l’incapacité de l’Europe à lutter contre la crise, il est temps pour les
fédéralistes européens du groupe Spinelli de rappeler les doux rêveurs
inter-gouvernementalistes aux réalités : l’euro est une monnaie unique qui ne
pourra survivre si chaque Etat nation continue d’en faire à sa guise en matière
économique et budgétaire. C’est cette conciliation de l’impossible à laquelle se
livrent les chefs d’Etat et de gouvernement depuis des mois et les résultats ne
sont pas au rendez-vous. Le fait est que gérer une monnaie unique avec 17
politiques économiques séparées relève de la quadrature du cercle. Certes,
depuis 2008, des décisions fortes ont été prises. A force d’atermoiements,
toutefois, elles sont intervenues trop tard et n’ont pas eu la portée requise.
Le plan du 21 juillet l’a démontré. L’eurozone a besoin des instruments d’une
vraie politique économique, budgétaire et fiscale.
Restructurer la
dette grecque, sortir de l’imposture
Par ROMAIN RANCIÈRE est chercheur à l'Ecole des Ponts et professeur associé
à lEcole déconomie de Paris.
Le moment est venu de restructurer la dette de la Grèce. Malgré des coupes
budgétaires massives et le soutien financier international, Athènes n’a pas été
en mesure de stabiliser sa dette qui atteint désormais près de 160% du PIB. La
baisse du PIB de 14% en termes réels entre 2008 et 2011 a empêché tout
accroissement significatif des recettes fiscales. La Grèce est piégée dans un
cercle vicieux où tout accroissement additionnel de la pression fiscale déprime
l’activité, ce qui entraîne un accroissement supplémentaire de la pression
fiscale, qui contracte encore davantage l’activité et ainsi de suite.
Le plan européen de juillet inclut une proposition de restructuration volontaire
de la dette grecque négociée avec The Institute for International Finance (IIF)
représentant les grandes banques internationales créancières. Selon ce plan, un
détenteur de 100 euros de dette grecque l’échangerait contre 80 euros d’une
nouvelle dette, qui aurait une maturité plus longue et un taux d’intérêt en
moyenne plus élevé. Le remboursement du principal à l’échéance, 80 euros, serait
garanti par le dépôt par la Grèce d’un collatéral [une garantie, ndlr] formé
d’obligations notées AAA, c’est-à-dire sans risque.
La crise financière actuelle a
l'étrange parfum des années 1930
Frédéric Salat-Baroux
Quand des personnalités aussi inconciliables que Arnaud Montebourg,
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon soufflent sur les mêmes braises, c'est qu'un
mal profond est à l'oeuvre. Au thème ravageur du pacifisme, durant
l'entre-deux-guerres, a succédé celui du protectionnisme. Mais - toutes
proportions gardées bien sûr - le danger est le même, la peur d'affronter la
réalité : hier la guerre inévitable contre l'Allemagne nazie ; aujourd'hui la
guerre industrielle.
Que de similitudes sur la nature du sel que ces tribuns jettent sur les plaies
d'une société en souffrance : des solutions qui donnent l'illusion que l'on
pourra s'en sortir sans se battre : la ligne Maginot hier, les droits de douane
ou la sortie de l'euro aujourd'hui ; des boucs émissaires : la finance dite
cosmopolite à l'époque, les banques depuis 2008 ; la mise en cause de la
légitimité du régime : les attaques contre la République dans les années 1930,
le thème de la VIe République actuellement. Et bien sûr le thème du " tous
pourris, tous corrompus ".
C'est une plaisanterie bien connue : Dieu a inventé les économistes pour
que les météorologistes aient l'air moins bêtes. C'est aussi une vieille
plaisanterie, car la météo a beaucoup progressé. Avec des modèles de plus en
plus détaillés et des ordinateurs de plus en plus puissants, les scientifiques
de l'atmosphère parviennent à décrire la circulation des grandes masses d'air et
d'eau dans le ciel. Alors que les économistes, avec les mêmes ordinateurs et des
modèles eux aussi de plus en plus sophistiqués, restent incapables de prévoir la
moindre tempête. Encore plus gênant : quand la tempête se lève, comme en 2008,
ils ont le plus grand mal à l'expliquer. Mais alors... à quoi servent les
économistes ?
Les contre-vérités présidentielles sont-elles
volontaires?
par Georges Uguex, banquier d'affaires
Il y avait dans la conférence de presse du président Sarkozy plus de
substance que d'habitude. Admettre la nécessité d'une vraie austérité et le
surendettement de la France n'était pas facile d'autant plus qu'il refusait
d'accepter qu'il est responsable d'une hausse de l'endettement d'environ 500
milliards d'euros, soit près de 50 %. S'il a admis avec sobriété la gravité de
la situation, il n'a pas accepté les conséquences de ce diagnostic et s'est
dérobé aux questions des journalistes qui ont - en vain - essayé d'extraire des
décisions concrètes et un calendrier.
Cet aspect positif ne permet cependant pas de prendre des libertés avec la
vérité. J'ai relevé une douzaine de contre-vérités :
A court terme, la crise requiert la plus grande attention. Mais par-delà
ceci, les acteurs politiques ne devraient pas oublier les défauts de
construction qui sont au fondement de l'union monétaire et qui ne pourront pas
être levés autrement que par une union politique adéquate : il manque à l'Union
européenne les compétences nécessaires à l'harmonisation des économies
nationales, qui connaissent des divergences drastiques dans leurs capacités de
compétition.
Le " pacte pour l'Europe " à nouveau renforcé ne fait que renforcer un vieux
défaut : les accords non contraignants dans le cercle des chefs de gouvernements
sont ou bien sans effets ou bien non démocratiques, et doivent pour cette raison
être remplacés par une institutionnalisation incontestable des décisions
communes. Le gouvernement fédéral allemand est devenu l'accélérateur d'une
désolidarisation qui touche toute l'Europe, parce qu'il a trop longtemps fermé
les yeux devant l'unique issue constructive que même la Frankfurter Allgemeine
Zeitung a décrit entre-temps par la formule laconique : " Davantage d'Europe ".
Tous les gouvernements concernés se retrouvent désemparés et paralysés face au
dilemme entre d'une part les impératifs des grandes banques et des agences de
notation et d'autre part leur crainte face à la perte de légitimation qui les
menace auprès de leur population frustrée. L'incrémentalisme écervelé trahit le
manque d'une perspective plus large.
Un port de transbordement pour mieux développer la
Martinique
par Jean
Crusol
Vendredi dernier s’est tenue à l’hôtel Batelière la « Conférence portuaire ». La
question de la mise en place des ports de transbordement dans les Antilles
Françaises à été largement évoquée.
Qu’est-ce qu’il faut en
retenir ?
Une réelle
opportunité s’ouvre en 2015, nous ne devons pas la compromettre
L’ouverture du 3e
jeu
d’écluses du Canal de Panama crée une réelle opportunité pour la Grande Caraïbe
en général et, en particulier, pour la Guadeloupe et la Martinique, ces îles
restées jusqu’ici en marge de la réorganisation des réseaux de transport
maritime entamée depuis les années 1980. Avec le passage aux gros navires
transportant entre 7000 et 13000 containeurs, dès 2015, et la reprise attendue
du commerce mondial, la demande de transbordement dans la zone, actuellement de
7 millions de containeurs, pourrait atteindre, à terme, 9 à 11 millions. Soit 2
à 4 millions d’unités supplémentaires. Les positions exprimées à Batelière
autorisent à dire que tant nos responsables politiques, nos chefs d’entreprises,
que nos représentants syndicaux ont pris la mesure de l’enjeu. Et nous devons
nous réjouir de ce que, dqs l’abord, les responsables Guadeloupéens et
Martiniquais ont su éviter un danger qui serait suicidaire pour nos deux îles
sœurs : opter pour la guerre plutôt que la coopération.
Par BRUNO
AMABLE
professeur de
sciences
économiques
à
luniversité
Paris-I
Panthéon-
Sorbonne,
membre de
l'Institut
universitaire
de France.
Comme
prévu
la crise
financière
de 2008 a
débouché
sur une crise
des finances
publiques.
Les
«marchés»
sont inquiets
devant la
croissance des
dettes
publiques et
les Etats, en
particulier la
France,
craignent de
perdre le
triple A
décerné
par les
agences de
notation,
lorsqu’ils
l’ont encore.
Cette perte
amènerait
une
augmentation
de la prime de
risque sur les
titres publics
et aggraverait
les
problèmes
de
financement.
Pour faire
face, les
Etats se
tournent vers
l’austérité
budgétaire.
Le
Royaume-Uni,
l’Espagne,
l’Italie et
bien sûr
la
Grèce
ont mis en
œuvre des
plans
drastiques de
compression du
déficit
et surtout des
dépenses
publiques. Par
comparaison,
la
réaction
française
avec le plan
d’économie
annoncé
par
François
Fillon est
plus
modérée
; mais il
n’aura
échappé
à
personne qu’il
y a des
élections
l’an prochain.
Le principal
viendra
après.
Dans l’imbroglio de
la crise qualifiée
de financière,
chacun allant de sa
propre tirade, il
semble que le fil
conducteur de tous
soit la volonté de
rendre encore plus
opaque et plus
inaccessible aux
populations, une
vérité pourtant
tombant sous le
sens.
Certains mettent
l’accent sur le
manque de rigueur
budgétaire des Etats
(la Grèce
singulièrement).
D’autres montrent du
doigt les banques et
la dérégulation (les
prêts non mesurés
aux Etats ou l’achat
d’actifs pourris),
ou les
contradictions de
l’Union européenne
handicapée par
l’absence d’une
politique de
croissance
indispensable à
l’emploi (la BCE
privilégiant de
forts taux d’intérêt
pour lutter contre
l’inflation,
valoriser l’euro et
attirer les
financements
spéculatifs). Un
troisième groupe
dénonce le caractère
inadapté et inique
du Système monétaire
international rejeté
dès le milieu des
années 1960 par le
général de Gaulle
(le SMI ne servant
plus qu’à enrichir
les Etats-Unis
surtout depuis
l’arrêt de la
convertibilité en or
du dollar, en 1971).
Pour Dan
Ariely, celui qui a popularisé la théorie de
l'économie comportementale, auteur du best-seller international
C'est vraiment moi qui décide (blog),
la crise économique de 2008 est la preuve que nos décisions, même en matière
d'argent, ne sont pas toutes rationnelles, comme il le clame depuis
longtemps. Mais si l'approche rationnelle des marchés ne peut pas nous
protéger de nous-mêmes, quel modèle devons-nous utiliser, lui
demande Karen Christensen pour in Business ?
ERRARE HUMANUM EST : LE PROGRÈS À BESOIN D'ÊTRE MIEUX GÉRÉ
“Le modèle rationnel est malléable. Il n'est pas parfait, mais c'est le
meilleur modèle que nous ayons”, reconnait le chercheur. “Cependant, que
seraient nos autoroutes s'ils avaient été conçus par des économistes
rationnels ? Nous n'aurions pas de bande d'arrêt d'urgence parce que nous
n'aurions pas eu besoin de goudronner une voie où personne n'était supposé
conduire. Nous n'aurions pas de lignes pour délimiter les voies, ni de
limites de vitesse si les gens étaient aussi rationnels qu'on voudrait le
croire.” S'il n'y a qu'une seule façon d'être rationnel, il y en beaucoup à
être irrationnel. Et nos irrationalités engendrent de nombreux problèmes qui
évoluent dans le temps et selon les technologies que l'on utilise et que la
société tente sans arrêt de régler. Pour répondre à la rapidité de nos
voitures, nous avons conçu des airbags, des ceintures de sécurité et des
limites de vitesse. A l'heure du téléphone mobile, nous avons besoin de
nouvelles règles pour dire aux gens de ne pas conduire en téléphonant…
Par BRUNO AMABLE
professeur de sciences économiques à luniversité Paris-I Panthéon- Sorbonne,
membre de l'Institut universitaire de France.
Comme prévu la crise financière de 2008 a débouché sur une crise des
finances publiques.
Les «marchés» sont inquiets devant la croissance des dettes publiques et les
Etats, en particulier la France, craignent de perdre le triple A décerné par
les agences de notation, lorsqu’ils l’ont encore. Cette perte amènerait une
augmentation de la prime de risque sur les titres publics et aggraverait les
problèmes de financement.
Pour faire face, les Etats se tournent vers l’austérité budgétaire. Le
Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et bien sûr la Grèce ont mis en œuvre des
plans drastiques de compression du déficit et surtout des dépenses
publiques. Par comparaison, la réaction française avec le plan d’économie
annoncé par François Fillon est plus modérée ; mais il n’aura échappé à
personne qu’il y a des élections l’an prochain. Le principal viendra après.
Un rapport parlementaire
dresse un bilan sévère de la
défiscalisation des heures
supplémentaires. Cette mesure
phare du quinquennat de Nicolas
Sarkozy serait inefficace et
trop chère.
La loi Tepa ("Travail, emploi et
pouvoir d'achat"), votée à l'été
2007 et symbole du quinquennat
de Nicolas Sarkozy, es
aujourd'hui une coquille vide.
Seule tient encore la
défiscalisation des heures
supplémentaires, concrétisation
du slogan de campagne
"travailler plus pour gagner
plus". Mais peut être plus pour
longtemps. Un rapport
parlementaire publié ce jeudi
dresse en effet un bilan peu
flatteur du dispositif, qui
exonère de charges sociales les
entreprises et les salariés sur
les heures travaillées au-delà
de la durée légale. Réalisé au
nom du comité d'évaluation et de
contrôle des politiques
publiques par deux députés issus
de la majorité et de
l'opposition, l'UMP Jean-Pierre
Gorges et le socialiste Jean
Mallot, ce rapport conclut à
l'inefficacité et au coût trop
élevé - 4,5 milliards d'euros en
moyenne par an de manque à
gagner pour les finances
publiques - de ces incitations
fiscales et sociales en faveur
des heures supplémentaires. Au
total, la mesure a coûté 0,23%
du PIB et n'a rapporté que
0,15%.
Quand, en 1941, Altiero Spinelli, Eugenio Colorni
et Ernesto Rossi signèrent le
fameux Manifeste de Ventotene,
ils appelaient à une "Europe
libre et unie". La déclaration
de Milan qui suivit en 1943,
fondant le Mouvement fédéraliste
européen, réaffirma cet
engagement pour une Europe unie
et démocratique. Tout cela
s'inscrivait dans le
prolongement naturel de la quête
démocratique de l'Europe
inaugurée par le mouvement
européen des Lumières, qui, à
son tour, inspira le monde
entier.
C'est pourquoi il est très
affligeant que l'on soit aussi
peu inquiet du danger qui menace
aujourd'hui le régime
démocratique de l'Europe, lequel
se manifeste insidieusement par
la priorité accordée aux
impératifs financiers. La
tradition du débat public
démocratique est sapée par le
pouvoir incontrôlé que
détiennent les agences de
notation qui de facto dictent
aux gouvernements démocratiques
leurs programmes, souvent avec
le soutien d'institutions
financières internationales.
Notre modèle social serait menacé par la fraude et l'assistanat. C'est en tout cas l'idée qu'a défendue le président de la République dans son discours prononcé à Bordeaux le 15 novembre.
N'hésitant pas à invoquer les mânes de De Gaulle et de la Résistance, il a tout particulièrement dénoncé les fraudes aux prestations sociales, qui constitueraient une trahison intolérable de l'esprit de 1945.
Ces dernières représentent, selon le rapport de la Cour des comptes sur la Sécurité sociale de 2010, 3 milliards d'euros par an. C'est évidemment trop.
Le Parlement européen prend position contre la spéculation financière : que va faire la France ?
Le Parlement européen vient d'émettre deux signaux forts à destination des gouvernements, de la Commission européenne et des marchés financiers.
Il a voté aujourd'hui 8 mars, à une forte majorité, le rapport de l'eurodéputée socialiste grecque Anni Podimata "sur les financements innovants à l'échelon mondial et à l'échelon européen", qui recommande la mise en place d'une taxe sur les transactions financières. Surtout, il a adopté (à une majorité plus faible mais nette) un amendement au rapport Podimata indiquant que l'Union européenne devrait mettre en place la taxe même de façon unilatérale (sans l'accord d'autres pays comme les USA ou le Japon, qui y sont hostiles). Le Commissaire européen à la fiscalité, Algirdas Semeta, a immédiatement réagi en affirmant que la Commission n'accepterait pas de mettre en danger la compétitivité européenne par une mesure unilatérale.
Hier 7 mars, la commission des affaires économiques du Parlement avait voté, à l'instigation de l'eurodéputé vert français Pascal Canfin, une disposition interdisant une forme banalisée mais particulièrement scandaleuse de spéculation contre les États : la "vente à nu à découvert" de CDS (Credit Default Swaps). Les CDS sont ces titres qui permettent aux investisseurs de s'assurer contre le défaut d'un État sur sa dette. La "vente à nu à découvert" a connu son heure de gloire avec la crise grecque, quand le Premier ministre Papandréou a accusé les spéculateurs d'acheter une assurance sur la maison de leur voisin et d'y mettre le feu pour toucher la prime. C'est en effet ce que faisaient les banques et les fonds spéculatifs, en achetant des CDS grecs alors même qu'ils ne possédaient pas ou peu (achat " à nu ") des titres sous-jacents (des obligations de l' État grec). Ce faisant, ils faisaient grimper la valeur des CDS, comme si la Grèce s'approchait de la faillite, et provoquaient la flambée des taux d'intérêt sur la dette grecque, du fait de l'inquiétude croissante des investisseurs.
Lors de leur réunion du 14 mars, les ministres des finances doivent se prononcer sur l'interdiction de la spéculation sur les CDS. La position de Christine Lagarde et du gouvernement français sera très attendue. Attac exhorte le gouvernement français à cesser son double jeu systématique, consistant à dénoncer en paroles la spéculation financière tout en refusant en pratique la moindre mesure concrète pour l'entraver. La France doit se prononcer énergiquement et immédiatement pour l'interdiction de la spéculation sur les CDS et pour la mise en place à court terme d'une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne.
Pour lire d'autres notes, rendez-vous sur le site d'Attac ATTAC | 01.04.11 |
L'économie comme science "complexe"
par Rémi Sussan
Les sciences de de la complexité ont le vent en poupe, notamment chez les adeptes des nouvelles technologies. La question est toutefois : servent-elles à quelque chose ? En clair, peuvent-elles prédire ? Ou sont-elles condamnées à produire des analogies et des graphismes, certes impressionnants, mais dont la valeur heuristique est nulle ou presque ?
La recherche d’applications pratiques… C’est ce Graal que les chercheurs du domaine traquent activement. On l’a vu dans un récent article où Dirck Helbing tentait de simuler le monde.
(Necsi). Il s’efforce de comprendre comment les systèmes complexes se manifestent dans les différents domaines de la connaissance : écologie, économie, politique… Il s’attaque ainsi à la question des crises économiques, nous apprend unrécent article de Wired.
La loi française a édulcoré la directive européenne
qui vise à «équilibrer» les rémunérations variables
et fixes des banquiers.
Des banquiers hors les lois et un pays (la France)
qui ne respecte pas les textes européens en matière
de régulation des bonus. Voilà qui fait très mauvais
genre au moment où le gouvernement s’emploie à
vendre le bilan des quatre ans de présidence de
Nicolas Sarkozy. Or le chef de l’Etat avait fait de
la régulation de la finance mondiale son vaillant
destrier, et de l’encadrement des bonus, une arme
qu’il aimait exhiber sur la table quand l’ambiance
tournait vinaigre. Mais aujourd’hui, il semble bien
que nos chers banquiers français (mais soyons
honnêtes aussi européens) n’ont pas renoncé à leurs
rémunérations indécentes depuis la crise financière.
A la lumière de la publication de leurs revenus pour
cette année, il apparaît que les principaux
dirigeants des banques françaises ne respectent pas
la directive européenne sur les bonus. La
porte-parole de Michel Barnier, le commissaire
européen au marché unique en charge de ces
questions, le confie à «Libération» : «Les
comportements n’ont pas changé autant qu’on le
souhaite. Les banques n’ont pas respecté l’esprit et
la lettre de notre directive.» Et d’annoncer que la
commission s’apprête à procéder à une enquête
approfondie pour savoir comment les pays membres de
l’Union ont transposé les textes européens et
surtout comment ils les ont fait respecter.
La nouvelle est tombée la semaine dernière : hors
stock-options et autres actions gratuites, le
salaire moyen des patrons des PDG du CAC 40 s’est
fixé en 2010 à 2,4 millions d’euros : 150 fois le
salaire minimum. En hausse de 20% par rapport à
2009, lorsqu’il fallait montrer que les patrons eux
aussi souffraient dans leur chair suite à la crise
financière et économique. «Profits et bonus
obscènes», avait déclaré Barak Obama dans son
discours de l’Union en janvier 2010 pour s’offusquer
des pratiques de Wall Street. Les rémunérations
obscènes sont devenues le vecteur emblématique de la
crise idéologique ouverte par la crise de 2008.
L’enrichissement extrême permis par la
libéralisation financière est devenu la passion
dominante de la finance et de la banque bien sûr,
mais aussi de la direction des grandes entreprises.
On la trouve également dans l’industrie du
spectacle, sportif ou non.
Par BRUNO AMABLE
professeur de sciences
économiques à
l’université Paris-I
Panthéon- Sorbonne,
membre de l'Institut
universitaire de France.
A première vue, le débat
économique de l’élection
présidentielle de 2012,
du côté du PS tout au
moins, risque d’être
centré sur les questions
d’imposition et de
redistribution. Ceci
soulève certaines
questions.
Pour la pensée libérale,
l’économie est gouvernée
par des lois qui ont
quasiment le statut de
lois naturelles.
L’absence d’intervention
publique dans est à la
fois le respect du droit
naturel des individus à
échanger et la
conséquence de la
complexité des
mécanismes économiques,
qui oblige les Etats à
être prudents et à
n’intervenir que très
indirectement sur ce
qu’ils sont incapables
d’influencer
directement. A
l’extrême, cela débouche
sur le trop fameux
«laisser-faire», la
glorification du
caractère
«autorégulateur» des
marchés, et l’Etat qui
est un problème et non
une solution comme
disait Ronald Reagan.
72 euros
pour fabriquer une
Nintendo 3DS, 239 euros
pour un iPad 2
Les coûts de fabrication
des deux gadgets
high-tech dernier cri
sont bien loin de leur
prix de vente.
Une Nintendo 3DS
coûterait 72 euros à
fabriquer pour un prix
de vente de 249 euros
(DR) Une Nintendo 3DS
coûterait 72 euros à
fabriquer pour un prix
de vente de 249 euros
72 euros pour une
Nintendo 3DS, 239 euros
pour un iPad 2... Ce
sont les coûts de
fabrication des deux
gadgets high-tech,
sortis vendredi 25 mars,
pour des prix de ventes
respectifs de 249 euros
et 711 euros.
Ainsi, la 3DS coûterait
environ 72 euros à
Nintendo pour
l'élaboration du système
et la fabrication, selon
une estimation de
TechInsights UBM pour le
site Eurogarmer. Un prix
auquel il convient
d'ajouter "le marketing,
l'emballage et la
distribution", précise
le site sans chiffrer
ces coûts. Selon une
source anonyme d'Eurogamer,
les revendeurs
achèteraient la console
environ 194 euros, pour
un prix de vente final
de 249 euros.
De son côté, la version
32 Go Wi-Fi + 3G de l'iPad
2 coûterait environ 239
euros à Apple, pour un
prix de vente de 711
euros, selon le cabinet
d'études IHS iSuppli,
cité par eWeek. En
comparaison, l'iPad
premier du nom coûtait
227 euros à fabriquer,
tandis que l'iPhone 4
revient à 152 euros.
Par ROMAIN RANCIÈRE est chercheur à l'Ecole des Ponts et professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris.
Dans un récent ouvrage intitulé les Décennies aveugles, Philippe Askenazy fait une revue implacable des erreurs de politiques économiques des trente dernières années, erreurs provenant autant de la démagogie que de l’incompétence. Et dans ce domaine, la récente prime promise, par Nicolas Sarkozy, aux salariés des entreprises de plus de 50 employés dont les dividendes sont en croissance, mériterait un glorieux épilogue. Cette mesure n’a strictement aucun sens ni du point de vue de la fiscalité, ni du point de vue du marché du travail, ni du point de vue de la structure de financement des entreprises.
Par Marc Landré INFOGRAPHIE - Les titulaires de diplômes professionnels ont moins de risques de tomber au chômage et touchent un salaire supérieur si leur emploi est en adéquation avec leur formation.
En 2008, un salarié français gagnait 18.800 euros net, en moyenne, par an. Il a vu son salaire progresser de 1% en moyenne chaque année depuis 2004. Les femmes ont un revenu inférieur de 27% à celui des hommes et les moins de 25 ans gagnent 60% de moins qu'un salarié de plus de 40 ans. Dans le secteur privé, les cadres affichent un revenu salarial annuel moyen de 38.800 euros, ce qui signifie qu'ils sont environ trois fois mieux payés qu'un ouvrier ou un employé.
Dans le public, un agent de l'État gagne 8000 euros de plus qu'un fonctionnaire territorial et 2500 de plus qu'un agent hospitalier. Tels sont quelques-uns des enseignements de l'édition 2011 de l'enquête «Emploi et salaires» de l'Insee.
Par LUC BEHAGHEL Ecole d’économie de Paris et Crest (Centre de recherches en économie et statistique), BRUNO CRÉPON (Crest) chercheur en économie, et auteur du «Rapport sur l’évaluation d’impact du CV anonyme» dans le cadre de J-PAL Europe, laboratoire d’action contre la pauvreté, THOMAS LE BARBANCHON (Crest) est chercheur en économie, et auteur du «Rapport sur l’évaluation d’impact du CV anonyme» dans le cadre de J-PAL Europe, laboratoire d’action contre la pauvreté
Dans un rapport mis en ligne le 31 mars, nous rendons publics les premiers résultats d’une évaluation du CV anonyme expérimenté par Pôle Emploi entre novembre 2009 et novembre 2010. Il ne nous appartient pas, en tant que chercheurs, de tirer les conséquences politiques de ces résultats. Mais il nous semble utile de préciser ce que l’étude dit, ce qu’elle ne dit pas, et les pistes qu’elle ouvre.
L’évaluation permet de mesurer de façon fiable et transparente l’effet du CV anonyme sur les chances d’accès aux entretiens et aux recrutements des candidats, pour un ensemble d’entreprises dont les recruteurs ont accepté le principe de l’expérimentation. L’objectif est d’améliorer notre connaissance des mécanismes de recrutement, afin de mieux comprendre le rôle joué par l’information présente ou manquante sur les candidats.
Le bouclier fiscal a coûté près de 600 millions d'euros en 2010
Un formulaire de déclaration de revenus
Le dispositif du bouclier fiscal a coûté 591 millions d’euros en 2010, selon le bilan provisoire transmis aux députés de la commission des Finances, affirme le quotidien Les Echos dans son édition de mardi.
Le montant moyen restitué aux quelque 14.400 bénéficiaires du bouclier fiscal, qui plafonne les impôts directs à 50% de leurs revenus, s’est élevé à 40.908 euros lors de la campagne 2010, indique Les Echos.
Par THOMAS PIKETTY directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Plus c’est gros, plus ça passe. Telle est apparemment la logique du pouvoir en place. Premier mensonge : pendant trois ans, de 2007 à 2010, Nicolas Sarkozy a justifié son bouclier fiscal en prétendant sur toutes les télés, devant des millions de Français, qu’il existait un bouclier en Allemagne… qui en réalité n’existait pas.
Qu’à cela ne tienne : en 2010, le chef de l’Etat annonce la suppression du bouclier, mais invente un second mensonge. «La France est le seul pays à avoir un impôt sur le patrimoine», il faut donc supprimer ou fortement réduire l’ISF. Répété en boucle dans tous les médias, ce mensonge pur et simple a fini par convaincre une partie de l’opinion. Sauf que c’est faux : en réalité, dans tous les pays, il existe des impôts assis sur le patrimoine des ménages, notamment sur le patrimoine immobilier, sous la forme de taxes foncières, beaucoup plus lourdes que l’ISF. En France, les ménages acquittent environ 15 milliards d’euros de taxe foncière et 4 milliards d’ISF. Si nous avions la fiscalité américaine ou britannique, nous devrions payer environ 25 milliards de taxe foncière (property tax).
ID-Ghana, une microfinance sociale au service des familles les plus démunies
par Laetitia Raginel, Entrepreneurs du monde
Glefe, dans la périphérie d'Accra, capitale du Ghana. Si ce n'était l'horloge accrochée à l'arbre et la liasse de billets soigneusement empilés sur une petite table à l'ombre, on pourrait croire à une réunion entre voisines. Dans un coin, une bassine en métal débordant de tongs en plastique et de brosses à dents, une petite caisse vitrée remplie de poissons séchés… Une vingtaine de femmes et quelques enfants sont assis à l'ombre. Le groupe Anoyinting, Dieu vous Bénit en langue locale, se réunit tous les lundis à 9 heures avec Francis, agent de crédit d'ID-Ghana. Cette semaine, Godknows, responsable Mission sociale, est aussi là pour dispenser une formation sur le choléra, pendant que Francis et les responsables du groupe collectent l'épargne hebdomadaire et le remboursement des crédits. Un enfant chantonne une comptine apprise à l'école sur le même thème : "Maman, soyons propres, le choléra a peur de ça." Depuis deux mois, 638 nouveaux cas ont été recensés au Ghana…
Par ROMAIN
RANCIÈRE professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris.
La théorie économique peut-elle faciliter notre compréhension des
mouvements révolutionnaires dans le monde arabe et du renversement des
régimes totalitaires en Tunisie, en Egypte et, sans doute demain, en
Libye ? Ces moments extraordinaires d’accélération du cours de
l’histoire ne renvoient-ils pas l’analyse économique à ses propres
limites ?
Pourquoi Tunis ou Le Caire plutôt qu’Alger ou Amman ? La situation
économique mesurée, par exemple, par le taux de chômage ou la fraction
de la population vivant sous le seuil de la pauvreté est très
comparable en Jordanie et en Egypte. Elle est bien pire en Algérie
qu’en Tunisie. L’insurrection traverse aussi bien des pays pétroliers
comme la Libye ou Bahreïn que des pays fortement dépendants du tourisme
comme l’Egypte ou la Tunisie. L’analyse de la conjoncture économique
semble de peu d’utilité pour expliquer le vent de révolte qui balaye le
monde arabe.
Productivisme.
Abus
de pesticides, élevage intensif, irrigation mal
gérée Isabelle Saporta
dénonce ce système absurde*.
Si Candide voyageait sur nos terres, il
serait saisi
d'effroi. Il chercherait les champs aux couleurs bigarrées,
fleuris de
colza, sorgho et autres petits pois, les veaux, vaches, cochons qui
s'ébrouent sur la paille et gambadent en plein air, les
boulangers qui
pétrissent le pain... Il aurait beau chercher, il ne
trouverait pas.
Car, dans le monde de l'élevage intensif, les porcs,
gavés aux hormones
et aux antibiotiques et confinés sur caillebotis,
dépriment dans leurs
déjections ; les tomates sous perfusion chimique
transpirent, onze mois
sur douze, dans des usines à gaz ; les pommes de terre
industrielles,
parfaitement calibrées et dopées aux
anti-germanitifs, sont stockées
dans des frigos énergivores ; les champs de maïs,
arrosés aux aides
européennes, à l'irrigation intensive et aux
pesticides interdits,
prolifèrent comme des champignons. La liste est longue, le
constat
édifiant." Notre agriculture coûte cher, le budget
de la PAC atteint 57
milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de l'Union ; elle est
gourmande en pesticides, pollue nos cours d'eau, sacrifie les paysans
et propose au consommateur des produits médiocres. Bref, la
facture
sociale, environnementale et en santé publique est
astronomique ",
dénonce Isabelle Saporta, auteur du " Livre noir de
l'agriculture ",
qui paraît cette semaine chez Fayard (1). Pendant deux ans,
cette
journaliste a sillonné la France, frappé
à la porte des agriculteurs,
des éleveurs, des industriels et des ingénieurs
agronomes." Je voulais
mettre au jour les rouages qui nous ont poussés, tels des
Shadoks, à
faire toujours le mauvais choix en matière d'agriculture ou
d'élevage.
" La faute aux paysans ?" Non. Ils ne sont que les boucs
émissaires
d'un système qu'ils subissent en première ligne.
"Isabelle Saporta
verrait plutôt du côté des politiques et
du productivisme à outrance.
Par THOMAS PIKETTY directeurd’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris
En moins de deux semaines, près de 200 000 personnes se sont connectées sur Révolution-fiscale.fr et plus de 350 000 simulations de réformes fiscales ont été réalisées. Plus de 350 000 fois, des visiteurs ont modifié taux et seuils des impôts et ont voulu connaître l’impact de leur réforme sur le déficit budgétaire, les inégalités entre groupes sociaux, etc. Cela démontre l’appétit des citoyens pour un débat fiscal précis et chiffré.
Le problème, c’est que les responsables politiques s’en tiennent souvent à des principes généraux en matière d’impôts et ne s’engagent sur à peu près rien - d’où l’absence de réforme de fond après les élections et l’accumulation de rustines et de niches qui caractérisent notre système fiscal. Ainsi, les responsables socialistes font semblant de s’être mis d’accord sur l’idée de fusionner l’impôt sur le revenu (IR) et la contribution sociale généralisée (CSG). En vérité, personne ne dit pourquoi et comment cette fusion devait se faire : la CSG individuelle et prélevée à la source doit-elle absorber l’IR familial et déclaratif ou bien est-ce le contraire ? Avec Camille Landais et Emmanuel Saez, nous défendons une solution précise : la CSG absorbe l’IR, mais avec un barème progressif. C’est selon nous la meilleure façon d’éviter les blocages : l’actuel impôt sur le revenu est tellement mité par les niches fiscales et la complexité qu’il ne peut plus être réformé - il doit être supprimé. Chacun est libre de proposer une solution alternative, à condition qu’elle soit précise et chiffrée.
Par PIERRE-YVS GEOFFARD professeur à l’Ecole d’économie de Paris et directeurd’études à l’EHESS.
Peut-être un pays dont les dépenses qu’il consacre à la justice le classent au 37e rang des 43 pays du Conseil de l’Europe, devrait-il admettre que les défaillances de son système judiciaire relèvent d’un choix politique. Peut-être les gouvernements devraient-ils assumer ces choix, et expliquer à la population que oui, sans doute, c’est terrible qu’une jeune fille se fasse assassiner, que certes son assassin présumé aurait dû être suivi et que ce suivi aurait peut-être retenu son acte, mais que la France n’a pas les moyens de le faire. Hélas, soyons-en certains, faute de moyens accrus consacrés à la justice, d’autres crimes seront commis qui pourraient être prévenus.
Mais ce qui est vrai de la justice l’est aussi d’autres services publics : des budgets en baisse conduisent à renoncer à des actions dont on sait pourtant qu’elles seraient utiles. Le scandale du Mediator en fournit un excellent exemple. Ici, pas d’assassinat sordide par un maniaque sexuel, mais un médicament distribué à des millions de doses par une entreprise pharmaceutique française, dont «on» finit par se rendre compte qu’il provoque des décès. Le scandale est à plusieurs facettes. Tout d’abord, le laboratoire savait-il que son produit était dangereux ? S’il le savait, il est criminel de l’avoir tu. S’il ne le savait pas, c’est tout aussi choquant, mais pour d’autres raisons.
La rémunéation des présidents de conseils d'administration des entreprises u CAC 40 est repartie à la hausse en 2009 avec quelque 928 000 euros en moyenne contre un peu plus de 864 000 euros en 2008, année marquée par la crise financière, a indiqué lundi le cabinet Proxinvest.
Ils sont ainsi "les mieux payés d'Europe", souligne l'étude annuelle de ce cabinet, qui déplore qu'en 2010 encore les grandes sociétés aient refusé de soumettre "au contrôle de l'assemblée les rémunérations des présidents non exécutifs".
Les planters des Antilles perçoivent 15.000 euros par hectare de banane, 30 fois plus que la moyenne des aides par hectare reçues par les agriculteurs français.
15.000 euros par hectare de banane: voici le montant exorbitant des aides agricoles perçues par les planteurs des Antilles. C'est 30 fois plus que la moyenne des aides par hectare reçues par les agriculteurs français. Or comme le dénonce la Cour des comptes, cette politique n'a pas empêché la chute des effectifs dans les plantations de bananes (-47 % en Guadeloupe et - 38 % en Martinique de 2000 à 2007).
En outre, l'utilisation d'un pesticide très toxique dans les plantations a conduit à fermer la moitié des exploitations aquacoles des Antilles ! Autre dégât, les subventions massives accordées à la banane et la canne à sucre n'ont pas aidé au développement des cultures vivrières. Résultat, pour les départements d'outre-mer, les exportations de produits agricoles et alimentaires ne couvrent que 20 % du montant des importations. Pourtant, les aides publiques ont représenté 28,6 % de la production agricole outre-mer, soit deux fois plus qu'en Métropole…
La Cour alerte aussi sur le système de santé de Polynésie, en lourd déficit et qui absorbe 48,7 % du budget de la collectivité territoriale. Les ménages polynésiens contribuent très peu à son financement (6 %, contre 23,2 %, en métropole).
Enfin la Cour pointe les défaillances dans le contrôle des arrivées d'immigrés et l'insuffisance de la protection face aux risques naturels outre-mer (les bâtiments publics n'étant même pas tous aux normes antisismiques)
Jacques Brasseul,
Petite Histoire des
faits économiques
(des origines aux
subprimes),
collection « U »,
Armand Colin, 2e
éd., Paris, 2010,
320 p.
Par Michel Herland.
Jacques Brasseul est
l’auteur, chez le même
éditeur, d’une Histoire des
faits économiques et sociaux
magistrale, en trois
volumesi. Il en a tiré une
édition condensée, une
Petite Histoire (2001) dont
il nous donne aujourd’hui
une version augmentée. Pour
qui souhaite s’instruire (ou
se rafraîchir la mémoire)
sur les différentes étapes
qui ont conduit l’humanité
depuis les temps primitifs
jusqu’à aujourd’hui, cette
nouvelle Petite Histoire
rédigée par un spécialiste
incontesté du domaine est le
choix qui s’impose.
La Chine a procédé, pour le
second semestre, à une
réduction drastique de 72 %
de ses exportations de
terres rares. Les terres
rares sont essentielles pour
la quasi-totalité des
technologies du futur. Les
pays industriels commencent
à s'inquiéter pour leur
approvisionnement.
En Allemagne, le précédent
gouvernement a créé, au
printemps, l'Agence des
matières premières
Rohstoffagentur qui devrait
permettre de répondre aux
besoins essentiels de
l'industrie allemande. Une
telle initiative doit être
reprise au niveau européen.
«L'économie
mondiale est en train de connaître un véritable séisme». Les
économistes de la banque HSBC ne parlent pas de la crise, mais du
profond bouleversement qui devrait prendre place d'ici 2050. A savoir
l'irrésistible montée en puissance des grands pays émergents, Chine et
Inde en tête.
Deux rapports ont été publiés ces derniers jours sur le sujet. HSBC et,
d'autre part, la société de conseil et d'audit PricewaterhouseCooper
(PwC). Cette dernière prédit qu'ensemble, les sept principaux pays
émergents, (Chine, Russie, Inde, Brésil, Mexique, Indonésie, Turquie)
dépasseront avant 2020 le groupe des économies du G7 (États-Unis,
Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Canada). Et ce, en
mesurant la richesse produite en parité de pouvoir d'achat,
c'est-à-dire si les taux de change des monnaies reflétaient
parfaitement les niveaux de vie. En comparant simplement les produits
intérieurs bruts (PIB), les pays en voie de développement dépasseront
les pays développés d'ici 2032, selon PwC.
de
Camille Landais, Thomas
Piketty et Emmanuel Saez
"Pour une
révolution fiscale. Un impôt
sur le revenu pour le XXIe
siècle", par Camille
Landais, Thomas Piketty,
Emmanuel Saez. Seuil, 134
pages, 12,50 euros.
"Pour une révolution
fiscale. Un impôt sur le
revenu pour le XXIe siècle",
par Camille Landais, Thomas
Piketty, Emmanuel Saez.
Seuil, 134 pages, 12,50
euros.DR
Va-t-il faire un carton,
comme Indignez-vous !, de
Stéphane Hessel (éditions
Indigène, 32 pages), en tête
des meilleures ventes
d'essais ? C'est en tout cas
le nouveau petit livre dont
tout le monde parle. Ses
auteurs - 36 ans de moyenne
d'âge - ont décidé de
frapper un grand coup.
Pour Thomas Piketty,
professeur à l'Ecole
d'économie de Paris, Camille
Landais, chercheur à
Stanford, et Emmanuel Saez,
enseignant à Berkeley, c'est
tout le système fiscal
français, "asphyxié" par son
manque de transparence,
qu'il faut revoir. Et en
particulier l'impôt sur le
revenu.
Il y a quelque
chose d'insultant pour
les millions de chômeurs
recensés ou non, de
travailleurs précaires
ou épuisés, de salariés
contraints au temps
partiel, de s'entendre
dire à nouveau, cette
fois-ci par Manuel
Valls, député PS de
l'Essonne, qu'il leur
serait possible de
gagner plus en
travaillant plus.
Cependant, le florilège
de déclarations
tonitruantes sur les 35
heures a au moins
l'avantage de rouvrir le
débat sur la durée du
travail.
C'est le moment, parce
que les pays qui ont le
mieux réussi à contenir
la montée du chômage
durant la crise ont pu
le faire "en
encourageant notamment
des réductions du temps
de travail afin d'éviter
des licenciements",
comme le souligne l'OCDE
en faisant allusion au
chômage partiel. Ce qui
ne l'empêche pas, fidèle
à son idéologie, de
prôner "le retrait
progressif de ces
mesures à mesure que la
reprise économique se
confirme" parce qu'elles
coûtent cher, soit aux
entreprises, soit aux
finances publiques.
La réduction des
dépenses publiques et la
reconstitution des
marges des entreprises
passeront donc avant la
lutte contre le chômage.
C'est dans ce contexte
que s'inscrit la
nouvelle offensive
déclenchée par l'UMP et
par le secrétaire d'Etat
chargé du commerce,
Hervé Novelli, secondés
par Manuel Valls contre
les 35 heures : il
s'agit de faire sauter
l'une des dernières
digues contre
l'individualisation du
rapport salarial, la
notion de durée légale
du travail.
Où va le capitalisme ? Cet essai ambitieux,
mais toujours très clair, entend rouvrir "
le chantier conceptuel " du capitalisme. Un
système économique " discutable ", écrit
Frédéric Lordon, directeur de recherches au
CNRS. Ne serait-ce que parce qu'il est daté
historiquement. On finirait par l'oublier.
Depuis Karl Marx (1818-1883), de l'eau a
coulé sous les ponts. Frédéric Lordon fait
référence à l'auteur du Capital pour ce qui
concerne la " servitude ". Mais c'est
surtout dans l'usage qu'il fait de Baruch
Spinoza (1632-1677) et du concept, central
chez ce philosophe, de désir, que sa pensée
est singulière.
Il est toujours drôle de voir les concerts
de louanges sur les Nobel. Surtout en
économie, où on n’arrive pas à savoir quelle
est la « découverte » méritant un tel
honneur. Ce n’est pas en lisant les
déclarations des « experts » qu’on apprendra
quelque chose.
En attendant la bouillie confuse que nous
déverseront Le Monde, Libé, Les Echos, etc.
écrite par des épigones qui chercheront à
prouver l’intérêt des travaux de ces grand
hommes, quelques citations d’un article de
l’AFP sur Boursorama (commentaires en
italiques) :
« Ils ont mis au point des outils
formidables, des modèles qui rendent compte
de l’économie telle qu’elle est », affirme à
l’AFP Etienne Wasmer.
Les autres rendaient donc compte de
l’économie « telle qu’elle n’est pas » ? Y
compris les 50 ou plus Pris Nobel ?
L’arbuste du délabrement financier de la Grèce avait déjà
suffi à dissimuler la forêt des déficits étasuniens. De
même, la dette irlandaise vient d’éclipser l’annonce du
nouveau programme de rachat massif de bons du trésor par la
Réserve fédérale américaine (FED). Cette opération de
quantitative easing consiste à faire marcher la planche à
billets et à enclencher une baisse des taux d’intérêts sur
les obligations d’Etat. Elle doit permettre une injection de
600 milliards de dollars dans l’économie d’outre-Atlantique.
La FED avait déjà introduit une somme de 1 700 milliards de
dollars dans le circuit économique étasunien. Ce nouveau
programme d’injection de liquidités nous montre que cette
politique monétaire a largement échoué, puisqu’une nouvelle
phase de rachat s’avère nécessaire. Surtout, il nous indique
que le quantitative easing n’est plus une politique
d’exception. Elle s’inscrit dans la durée et devient ainsi
une procédure normale.
Contrairement aux déclarations du Trésor, la création
monétaire lancée par les Etats-Unis n’a pas pour objectif de
permettre aux banques d’accorder des crédits aux
particuliers et aux entreprises. Vu la conjoncture
économique, cette demande est actuellement faible et les
institutions financières disposent d’importantes réserves.
Par BRUNO AMABLE professeur de sciences économiques à l’université
Paris-I Panthéon- Sorbonne.
Dans un article de 1933,
Irving Fisher exposa sa «théorie des grandes dépressions par la dette
et la déflation». Si jamais pour une raison ou une autre, les agents
endettés doivent diminuer leur niveau d’endettement, la baisse de
l’activité qui en découle conduit à une baisse des prix, la déflation,
qui augmente le poids réel des dettes et amène les débiteurs les plus
fragiles à faire faillite, ce qui renforce le mouvement initial et mène
tout droit à la dépression. Dans des économies où l’un des problèmes
principaux est la dette élevée des agents privés (l’endettement des
ménages représentait en 2008 128% de leur revenu disponible aux
Etats-Unis, 130% en Espagne et 160% au Royaume-Uni), la déflation est
un danger dont il faut se prémunir. C’est pourquoi les polémiques
autour du danger inflationniste que feraient courir les politiques
monétaires expansionnistes semblent assez curieuses. Aux Etats-Unis en
particulier, le débat sur le risque d’accélération de l’inflation que
ferait courir la politique monétaire expansionniste connue sous le nom
de «Quantitative Easing» (QE), qui consiste pour la Fed à agir sur les
taux à long terme par l’achat de titres, est assez animé. Les
défenseurs d’une politique expansionniste peuvent facilement montrer
que le danger inflationniste est assez faible, que les taux d’intérêt
nominaux à court terme sont proches de zéro et qu’entre deux maux,
déflation et inflation, on sait bien lequel il faut choisir.
Par FRÉDÉRIC
WORMS Professeur de philosophie à l’université de Lille-III et
directeur du Centre international d’étude de la philosophie française
contemporaine
On pourrait s’étonner
qu’après avoir été évoqué comme le thème majeur d’une politique
générale, le soin ou le «care» soient absents du débat sur une question
aussi vitale que celle de la retraite. Loin d’être un aménagement
mineur et sentimental, une politique du soin est une politique qui
change profondément le regard. En voici quatre exemples, quatre angles
de vue qui dessinent une autre figure de la question.
Considérer la retraite sous l’angle du soin ce n’est pas l’isoler
encore, pour ainsi dire en fin de parcours, auprès du souci, légitime
et de plus en plus partagé, pour le vieillissement et ses conséquences.
Bien au contraire, c’est la situer d’abord (et le vieillissement avec
elle) dans le cadre plus général d’un souci de soi, ou plutôt d’un
accomplissement de soi, qui comprend ces autres tâches que sont
l’éducation et le travail. Qui voudrait réserver le soin de soi pour la
fin de la vie ? S’occuper de la retraite, ce n’est pas l’opposer au
travail, c’est au contraire réinsérer le travail lui-même, et avant lui
l’éducation, dans un rapport général à soi et à sa vie. On pense en
général l’éducation comme accès au travail, voire au marché du travail,
la retraite en serait la sortie ; c’est le contraire : soin, éducation
et travail sont des activités, des étapes ou des dimensions
complémentaires de l’accomplissement de soi, qu’il est stérile et
dangereux d’opposer, de jouer l’une contre l’autre, alors qu’ils sont
toujours en rapport, alors que, par exemple, un travail réussi comprend
une dimension d’éducation et de soin (ainsi que de respect et de
justice), et inversement.
Le
marasme financier mondial, on le sait, a été déclenché à la suite de la
crise immobilière américaine, dite des subprimes, et ce dès l'année
2007. Cette ruée vers l'immobilier américain fut en réalité et à la
base un phénomène purement financier car les hypothèques étaient avant
la seconde guerre mondiale un instrument peu commun.
Nos grands-parents avaient effectivement l'habitude de payer comptant
leurs acquisitions immobilières, d'où le faible nombre de propriétaires
(comparativement à aujourd'hui) jusque vers les années 1950. En fait,
ce n'est qu'à la faveur de la fondation par les Etats-Unis (juste avant
le deuxième conflit mondial) d'organismes dont la mission consistait à
acheter les hypothèques détenues par les banques locales que le secteur
immobilier connut une montée en puissance ayant atteint son climax dès
l'an 2000, et son délitement dès 2007.
Que n'a-t-on pas entendu en 2008 et
2009 à propos de la crise économique et financière et de la nécessité
de "moraliser le capitalisme". De beaux discours assurément. Mais les
faits sont têtus. Il y a soixante-dix ans, le sociologue américain
Edwin Sutherland s'interrogeait déjà sur le traitement modéré réservé à
la délinquance en col blanc : des "actes commis par des individus de
statut social élevé en rapport avec leurs activités économiques et
professionnels", qui sont bien des actes délinquants mais qu'"on traite
comme si ce n'était pas le cas avec pour effet et peut-être pour but
d'éliminer tous les stigmates faisant référence au crime". Et nous
allons montrer non seulement que la France contemporaine vérifie la
règle, mais encore que les pouvoirs publics actuels accordent une
impunité croissante à la délinquance économique et financière.
par
Louis Maurin, Directeur
de l'Observatoire des
inégalités
Ce n'est plus un secret
pour personne. La
France, comme la plupart
des pays riches, va
devoir augmenter
fortement les impôts. La
dette publique
représente 1 500
milliards d'euros,
l'équivalent des
deux-tiers de la
richesse produite chaque
année. Le budget de
l'Etat est en déficit de
150 milliards, presque
la moitié de ses
recettes annuelles.
Le retour à l'équilibre
par le biais de la
croissance est une vue
de l'esprit. On peut
limiter les dépenses
inutiles, mais elles
sont sans rapport avec
l'ampleur de l'effort
demandé, à moins de
toucher au cœur des
missions de l'Etat.
Politiquement, il serait
suicidaire d'enchaîner
une séquence de forte
réduction des dépenses
après une décennie de
baisses d'impôts.
Comment expliquer que
les cadeaux aux riches
doivent être payés
ensuite par les couches
populaires et moyennes ?
Reste à mesurer
l'ampleur de la hausse
et qui doit payer.
Le 4 septembre 2000,
l'indice parisien était au
plus haut de son histoire,
tutoyant les 7000 points.
Dix ans plus tard, le CAC 40
a fondu. Eclatement de la
bulle Internet, crise des «subprimes»,
faillite de Lehman Brothers
et les dettes souveraines
des pays développés ont
paralysé les investisseurs.
Une décénnie perdue pour la
Bourse parisienne. Sur les
dix ans écoulés, le CAC 40 a
traversé cinq ans de crise.
Le bilan est lourd : alors
que le 4 septembre 2000,
l'indice phare de la place
de Paris touchait son record
historique, cotant à 6944,77
points en séance, dopé par
une bulle Internet
phénoménale, il évolue
laborieusement autour des
3600 points aujourd'hui.
Si la situation actuelle est
plutôt morose, l'ambiance, à
la fin des années 1990,
était pour le moins
euphorique. La bulle
technologique, qui a
commencé en 1995 avec
l'entrée en Bourse de
Netscape - fracassante -
s'est intensifiée au delà de
la raison avec l'explosion
du marché de la
télécommunication (France
Télécom était de loin la
plus grosse capitalisation
du CAC 40) et le phénomène
des start-ups. Le monde a
accueilli Internet comme la
révolution qui changerait le
monde, caractérisé par la
prospérité, l'argent facile
et la spéculation. Les
actions étaient surenchéries
sans aucun lien avec la
réalité des comptes des
entreprises.
Par LUC LAMPRIÈRE Directeur
général d’Oxfam France
«Réduire de moitié, d’ici
2015, la pauvreté et la
faim» : les chefs d’Etat
réunis à New York cette
semaine ne pourront que
constater que le premier des
objectifs onusiens, dits «du
Millénaire» pour le
développement (OMD) et fixés
par leurs prédécesseurs en
2000, est, s’agissant
d’alimentation, assez mal
engagé. Pire : loin de
régresser, la faim continue
de gagner du terrain. Fin
2008, 109 millions de
personnes de plus avaient
rejoint les rangs de ses
victimes. Et en 2010, malgré
un léger recul, ce sont
toujours près d’un milliard
de personnes qui en
souffrent quotidiennement.
Il y a deux ans, les émeutes
de la faim avaient révélé le
paradoxe de décennies de
mauvais choix internationaux
en matière agricole et
commerciale.
Pour justifier la réforme
des retraites, le gouvernement français pointe fréquemment
en direction de nos voisins européens qui, eux aussi, sont
en train de reculer l’âge de la retraite de leurs citoyens.
L’idée est bien sûr de montrer que la France n’est pas la
plus mal lotie quant à son système de retraites… voire
qu’elle figure parmi les systèmes les plus avantageux, ce
qui justifie un alignement vers le bas. Le site Christian
Science Monitor (CSM) est donc allé voir qui, en Europe,
avait les meilleures retraites. Toutes choses n’étant pas
forcément égales par ailleurs, s’en dégage un “top 5″ dont —
surprise — la France ne fait pas partie.
Par THOMAS PIKETTY directeur d’études à l’EHESS et
professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Comment qualifier la «réforme» des retraites défendue par le
gouvernement ? Il s’agit d’un médiocre exercice de
rafistolage, qui ne règle en rien l’équilibre financier à
long terme. Comparé aux rustines précédentes (Balladur 1993,
Fillon 2003), le cru Sarko 2010 brille en outre par son
cynisme et son injustice.
Le gouvernement exploite à fond la complexité des systèmes
de retraites pour accréditer des comparaisons
internationales mensongères, aidé en cela par des médias
aussi complaisants qu’incompétents, et pour fragiliser les
plus fragiles. En France, le calcul des pensions dépend de
multiples paramètres : la durée de cotisations requise pour
une retraite à taux plein (41 ans) ; l’âge minimum
permettant d’ouvrir des droits (60 ans) ; et l’âge
permettant de partir à taux plein sans décote pour années
manquantes (65 ans). En décidant de ne pas toucher à la
durée et de tout miser sur des mesures d’âge, le pouvoir
choisit par définition de faire peser tout l’ajustement sur
ceux qui ont commencé à travailler tôt (passage de 60 ans à
62 ans) et sur les carrières précaires et incomplètes
(passage de 65 ans à 67 ans).
Le
président de la République a décidé de
réformer les retraites à la hâte. Une
réforme alibi pour faire oublier toutes celles qu'il a
manquées ; une réforme pour tenter de rassurer des
marchés qui s'inquiètent de notre situation
financière et donner des gages à une Allemagne qui,
agacée de recevoir des leçons de la France, conditionne
désormais le maintien de ses relations
privilégiées avec nous à l'instauration d'une
politique de rigueur dénuée d'ambiguïté.
Fragilisé financièrement, le gouvernement cherche
à rassurer les investisseurs, puisque toutes les politiques
engagées depuis 2002, et particulièrement depuis 2007,
ont été financées par la dette, depuis le paquet
fiscal de l'été 2007 jusqu'au grand emprunt, en passant
par la taxe professionnelle et la baisse de la TVA dans la restauration.
Par THOMAS PIKETTY directeur d’études à l’EHESS
et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Au-delà de l’évidente
question du conflit d’intérêt avec le pouvoir en
place, l’affaire Bettencourt illustre à la
perfection plusieurs défis fondamentaux auxquels
se trouvent confrontées les sociétés
contemporaines : le vieillissement de la fortune
; l’importance croissante de l’héritage,
évolution longue qui remet profondément en cause
l’idéal méritocratique ; et, par-dessus tout, l’inéquité
de notre système fiscal. «Les distinctions
sociales ne peuvent être fondées que sur
l’utilité commune», dit l’article 1 de la
Déclaration des droits de l’homme. De toute
évidence, le fait que Liliane, octogénaire, et
sa fille Françoise, quinquagénaire, contrôlent
le capital de L’Oréal et siègent à son conseil
d’administration, n’est que de peu d’utilité
pour l’économie et la société françaises. Ce ne
sont pas des entrepreneuses : ce sont des
héritières, des rentières, surtout occupées à se
battre comme des chiffonnières. Un système
fiscal rationnel, c’est-à-dire juste et
efficace, fondé sur l’utilité commune, devrait
en toute logique les taxer lourdement, de façon
à ce que leurs titres soient progressivement
vendus à des actionnaires moins riches et plus
dynamiques.
L'économiste Michel
Aglietta estime que le ralentissement américain risque de se
produire dans six mois en Europe
La banque centrale américaine prête à agir
"
Pour la plupart des pays, la reprise et l'oeuvre de
redressement de l'économie restent loin d'être achevés ", a
déclaré, vendredi 27 août, Ben Bernanke, président de la
Réserve fédérale américaine (Fed), lors du symposium annuel
des banquiers centraux à Jackson Hole (Wyoming). " Je
prévois que l'économie continuera de croître au second
semestre, bien qu'à un rythme relativement lent. " Selon
lui, " à ce stade ", les risques de déflation ou d'inflation
trop forte sont " faibles ". Mais il a souligné que la Fed a
les moyens d'agir et est " prête " à le faire. Toutefois,
elle ne le fera que " si les perspectives de l'économie
devaient se détériorer fortement ". Dans le même discours,
M. Bernanke insiste sur le fait que " la liste des motifs
d'inquiétude pour l'économie indique que le retour à une
croissance robuste et stable exigera des réponses efficaces
de la part d'un large éventail de responsables de la
politique économique ".
La bêtise ou
l'ignorance n'a pas de limites, mais elle a au moins un nom
: Guy Sorman.
Sa diatribe contre le communisme à l'occasion du procès
- justifié, je le précise - d'un responsable des crimes des
Khmers rouges (Le Monde du 10 août) témoigne d'une radicale
incompréhension du projet de Marx, faute sans doute de
s'être un tant soi peu renseigné à ce propos.
Une remarque préalable : sauf à verser dans le nominalisme
qui fait du mot la chose, ce n'est pas parce que le régime
cambodgien et les régimes "totalitaires" du XXe siècle qu'il
dénonce se disaient "communistes" qu'ils l'étaient.
Par BERNADETTE GROISON Secrétaire générale de la FSU
Comme toujours, notre pays serait en retard d’une réforme. A défaut de
le rattraper, le pire des avenirs viendrait punir les générations à
venir ! Le gouvernement a réduit ce débat de société à une question
financière. Il s’agit d’adresser des signaux forts aux marchés plutôt
que préserver les retraites par répartition : travailler plus longtemps
et gagner moins pour conserver à la France la note AAA ?
Or, il faut avoir le courage de traiter les vraies questions posées par
cette excellente nouvelle qu’est l’allongement de la durée de la vie.
Souhaitons-nous que cet allongement se traduise par une intensification
du travail pour ceux qui ont un emploi et par un appauvrissement
général des retraités avec un accroissement des inégalités ? Ou
voulons-nous développer de nouvelles solidarités entre actifs et
retraités, jeunes et vieux, hommes et femmes en réduisant les
inégalités et en donnant à chacun les moyens de profiter de ce gain
d’espérance de vie ? Allons-nous vers des régressions sociales ou
prolongeons-nous un mouvement séculaire d’accroissement du temps pour
soi sur le temps contraint du travail ?
J’entends fréquemment avancer l’idée
que le relèvement de l’âge légal serait une mesure injuste. C’est
désormais l’argument principal avancé par Martine Aubry, qui nous
explique que l’augmentation de l’âge légal conduira à exiger des
salariés qui ont déjà travaillé très longtemps, et qui pourraient donc
partir dès 60 ans, de travailler encore plus. Et si ces salariés sont
au chômage, la réforme du gouvernement les prolongerait dans cette
situation encore plus longtemps. La réforme serait donc injuste, pour
ces deux raisons. Ce raisonnement est tout simplement faux. Il est
fondé sur une caricature qui ne résiste ni au bon sens, ni aux
chiffres, ni aux comparaisons européennes.
de Cécile Bastidon-Gilles, Jacques Brasseul et Philippe
Gilles (Paris, Armand-Colin, 2010, 376 p.).
Par Michel Herland.
Il ne fallait pas moins de
trois auteurs pour dénouer l’écheveau compliqué des événements qui ont
conduit à la crise dans laquelle – à quelques exceptions remarquables
près – le monde se trouve aujourd’hui plongé. La perspective historique
adoptée dans cet ouvrage ne nous apprend pas seulement comment nous en
sommes arrivés là. Elle illustre aussi la tendance inhérente à
l’anarchie et au désordre du système capitaliste, tendance qui ne peut
être combattue sans un effort de régulation délibéré et puissant.
Hélas ! les hommes ont la mémoire courte. Les cataclysmes
économiques les poussent à réagir, à encadrer les comportements
spontanés par un ensemble de règles plus ou moins strictes. Puis, le
temps passant, on oublie que le respect des règles est la condition de
la prospérité. On observe que leur relâchement permet, dans un premier
temps au moins, d’obtenir des gains faramineux. Cependant la logique
économique reprend rapidement ses droits et une nouvelle crise ne tarde
pas à arriver.
Plus qu'une manifestation, la journée
d'action du 6 mai, dans la culture,
constitue un avertissement à l'attention du
gouvernement. A 14h30, du Cirque d'hiver au
Centre Pompidou, à Paris, en passant par le
Palais-Royal, où se trouve le ministère de
la culture, des artistes, des directeurs de
lieux, des syndicalistes vont exprimer une
nouvelle fois leurs inquiétudes, après la
mobilisation du 29 mars.
Des actions sont prévues en province
(Clermont-Ferrand, Rennes…). Des spectacles
sont annulés. La première d'Une maison de
poupées, d'Ibsen, mis en scène par Nils
Öhlund, au Théâtre de
l'Athénée-Louis-Jouvet, à Paris, n'aura pas
lieu, par solidarité avec le mouvement.
"Cela va mal, très mal", s'inquiète Patrice
Martinet, directeur de l'Athénée et du
festival Paris, quartier d'été.
par
Christian BOUTANT,
Délégué SACEM,
Membre du CCEE
Les Etats Unis ont été les premiers à
comprendre les synergies devant exister
entre les arts, leur production , leur
distribution ,leur encadrement , et les
politiques de développement .
Très tôt en effet , par le biais notamment
du cinéma et de la musique, ce pays a
littéralement promotionné aux quatre coins
du monde ses expressions culturelles et
artistiques soutenues par une véritable
activité industrielle et d' innovations dans
cette économie libérale à souhait .
Les discussion et autres initiatives en
cours depuis plusieurs années , accélérées
depuis quelques mois notamment dans les
cadre des accords de partenariats signés
entre l'Europe et les membres du CARIFORUM
montrent que les pays de la caraïbe
anglophone sont prêts à intégrer de plus en
plus ce type de problématique et ces
réflexions dans leurs projets de
développement.
Plusieurs operateurs nous ont d'ailleurs
rendu visite fin 2009 dans le cadre des
échanges régionaux et fait état de leur
volonté très nette de favoriser le
développement des échanges et l'ouverture
des espaces économique de la caraïbe , des
Antilles françaises et de l'Europe à leurs
productions culturelles et artistiques . Le
service de coopération du conseil régional
est d’ailleurs très investi dans
l'approfondissement des dispositifs qui en
découlent.
Le gouvernement prépare une réforme des retraites qu'il annonce "juste". Il
envisage notamment un nouvel allongement de la durée de cotisation exigée
pour une pension à taux plein et/ou un durcissement du système de décote (la
décote est une minoration supplémentaire de la pension qui s'applique
lorsque la durée de cotisation validée est inférieure à la durée exigée).
Or, ces mesures, pénalisantes pour tous, toucheraient de manière
disproportionnée deux groupes de personnes : celles aux carrières courtes,
qui sont essentiellement des femmes, et les jeunes puisqu'on constate au fil
des générations la montée de leurs difficultés d'insertion dans l'emploi,
diminuant d'autant leur capacité à valider un nombre suffisant d'annuités
pour leur retraite.
Par ROMAIN RANCIÈRE professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris.
Décembre 1997, New York. La banque JP Morgan présente dans le salon d’un
grand hôtel un produit révolutionnaire : le Collateralized Debt Obligations
(CDO) synthétique. Il s’agit alors pour la banque américaine de transférer à
des investisseurs externes, via des produits dérivés, le risque de défaut
d’une partie de son portefeuille d’obligations. Le produit est offert par
tranches : de la tranche la plus junior qui absorbe les premières pertes à
la plus senior qui couvre le risque d’un défaut généralisé.
Le vendeur de JP Morgan est extatique : «Ce que nous vous offrons, c’est la
possibilité unique de posséder indirectement une partie du portefeuille
fabuleux de JP Morgan.»
En 1992, le milliardaire George Soros avait réussi à faire "sauter" la
Banque d'Angleterre en spéculant contre la livre. Les marchés arriveront-ils
à se payer la Grèce en spéculant contre son risque de défaut?
Les dirigeants européens sont remontés. Ils dénoncent la spéculation des
marchés financiers qui testent la solidité financière des Etats après les
avoir sortis de la crise.
Les marchés sont schizophrènes. D'un côté, ils s'inquiètent des risques qui
pèsent sur les finances grecques et font payer ce risque de défaut au prix
fort en exigeant des rendements de plus en plus élevés. De l'autre côté, ils
achètent toujours massivement de la dette souveraine et y compris des
emprunts grecs. La dette, comme actif sûr, étant toujours très recherchée.
La législation sur la régulation financière
est-elle à même d’éviter une autre panique ?
> Cet article a été publié le 26 avril sur
le sur le site de Newsweek.
La seule chose dont on puisse être sûr quant
à la "réforme" financière qui s’achemine
actuellement vers un probable vote positif
du congrès, c’est qu’on nous l’a survendue,
déclare l’économiste Robert Litan de la
Fondation Kauffman. On nous a assuré qu’elle
éviterait à jamais une répétition de la
récente crise financière, qu’elle
extirperait la corruption de Wall Street,
qu’elle éliminerait les "plans de
sauvetages", qu’elle protégerait le
consommateur de la cupidité des prêteurs. Vu
l’hostilité ambiante envers Wall Street,
personne ne veut se voir reprocher de
dorloter les marchands d’argent de
l’Amérique.
Les grandes déflagrations économiques,
sociales et monétaires permettent de passer
d'un système à un autre. Le krach de 2007
nous oblige à réinventer un modèle de
croissance, car le néolibéralisme
patrimonial touche à sa fin
L'histoire du capitalisme se confond avec
l'histoire de ses crises. Sur la période
1970-2007, on ne compte pas moins de 124
crises bancaires, 208 crises de change et 63
crises de la dette souveraine ! Même si la
plupart d'entre elles restent limitées à des
pays périphériques, cela n'en demeure pas
moins un constat très impressionnant.
Devant de tels chiffres, l'idée d'une
autorégulation par les marchés apparaît
comme insuffisante. Pour comprendre comment
le capitalisme gère ses excès, il semble que
l'hypothèse alternative d'une régulation par
les crises ne manque pas d'arguments. Pour
s'en convaincre, il n'est que de considérer
ce qu'on nomme les " grandes crises " ou
crises structurelles. Parce qu'elles sont
des périodes de profonde mutation, leur rôle
dans l'évolution historique du capitalisme
est crucial. La plus célèbre d'entre elles
est la Grande Dépression (1929-1939).
Les gérants des fonds spéculatifs (hedge
funds) ont touché des sommes records en
2009, les cinq premiers gagnant chacun plus
d'un milliard de dollars, grâce au
redressement des places financières, selon
le classement annuel du magazine AR Absolute
Return+Alpha dévoilé par le New York Times.
Le leader de ce classement est l'Américain
David Tepper, du fonds spéculatif Appaloosa
Management, qui a parié sur le redressement
des banques et sur la dette du géant
américain de l'assurance AIG, sauvé de la
faillite par l'Etat en 2008. Il a perçu 4
milliards de dollars en 2009, du jamais-vu
dans le secteur. Le financier américain
d'origine hongroise George Soros (Soros Fund
Management), arrive en deuxième position
avec 3,3 milliards de dollars. Il est suivi
par James Simmons (Renaissance Technologies)
avec 2,5 milliards de dollars. L'Américain
John Paulson, éponyme du fonds, qui détenait
déjà le record de rémunération avec 3,7
milliards de dollars en 2007, est quatrième
avec 2,4 milliards de dollars. Le cinquième
est Steve Cohen de Sac Capital avec 1,4
milliard de dollars.
Ce classement prend en compte la valeur de
leur part dans le fonds et les émoluments
reçus. L'essentiel de la rémunération est
lié aux frais de gestion et aux commissions
de performances. Au total, les vingt-cinq
dirigeants de fonds spéculatifs les plus
payés au monde ont perçu 25,33 milliards de
dollars (18,6 milliards d'euros), soit le
double de ce qu'ils avaient gagné en 2008,
au plus fort de la crise financière.
LEMONDE.FR avec AFP | 02.04.10 |
Les riches toujours plus
riches...
Les inégalités se creusent «par le haut»,
selon une nouvelle étude de l'Insee.
Les inégalités se sont creusées entre
Français les plus aisés et le reste de la
population entre 2004 et 2007, relève
l’Insee vendredi.
La moyenne des très hauts revenus a augmenté
«plus rapidement que (celle) de l’ensemble
de la population» contribuant ainsi à
creuser les inégalités «par le haut», note
l’étude 2010 de l’Insee intitulée «Les
revenus et le patrimoine des ménages».
Alors qu’elles ne représentent qu’1% de la
population, ces personnes à très hauts
revenus perçoivent 5,5% des revenus
d’activité, 32% des revenus du patrimoine et
48% des revenus exceptionnels déclarés
(plus-values, levées d’options).
Le nombre de personnes riches est en forte
augmentation: entre 2004 et 2007, 70% ont
gagné 500.000 euros par an et 28% plus de
100.000 euros par an.
Le niveau de vie moyen: 1.760 euros par mois
Ce qui conduit l’Insee à constater qu’en
2007 le niveau de vie annuel moyen des
personnes vivant en France métropolitaine
s’est établi à 21.080 euros soit environ
1.760 euros par mois contre 20.750 en 2006
soit 1.730 euros par mois en 2006 (+1,6%).
Ce sont les 50-64 ans qui sont les mieux
pourvus, avec près de 25.000 euros annuels.
Le niveau de vie médian (50% des ménages
gagnent plus, 50% gagnent moins) était en
hausse de 2,1% par rapport à 2006, à 18.170
euros, soit 1.510 euros par mois.
Le «niveau de vie» se calcule en divisant
les revenus du ménage par le nombre de
personnes qui le compose mais en tenant
compte des économies d’échelle induites par
la vie en commun (un seul réfrigérateur) et
du fait que les enfants consomment moins que
les adultes.
Autre signe de creusement des inégalités,
les salariés les mieux rémunérés du privé,
souvent dirigeants ou financiers, sont payés
sept fois plus que la moyenne des salariés à
temps complet et ont bénéficié de hausses de
salaires «substantielles» de 2002 à 2007,
bien supérieures à l’ensemble des salariés.
8 millions de personnes sous le seuil de
pauvreté
A l’autre bout du spectre, le taux de
pauvreté connaît «une relative stabilité
après une longue baisse», a expliqué
Jean-Louis Lhéritier, un expert de l’Insee,
lors d’une conférence de presse.
En 2007, le seuil de pauvreté correspond à
un niveau de vie de 908 euros par mois et
concerne 13,4% de la population, soit huit
millions de personnes.
Les familles monoparentales, les personnes
vivant dans un ménage immigré et les
chômeurs restent particulièrement exposés au
risque de pauvreté monétaire.
«Plus de 30% des personnes vivant au sein
d’une famille monoparentale sont ainsi
confrontées à la pauvreté», note l’Insee.
Les risque d’être pauvre est 4,7 fois plus
élevé si on est au chômage.
Enfin, plus du tiers des personnes
appartenant à un ménage immigré vit sous le
seuil de pauvreté, selon l’Insee.
(Source AFP)
Selon un avis du Conseil national de
l'alimentation (CNA) publié mardi, les
produits alimentaires d'entrée de gamme, y
compris les premiers prix ou ceux vendus en
maxi-discompte, ne sont pas moins bons sur
le plan nutritionnel que ceux vendus par les
marques. Contrairement à une idée répandue,
les produits alimentaires les moins chers ne
sont ni plus gras ni plus sucrés que les
autres, et le CNA regrette que les médias
"expliquent une obésité plus répandue dans
les populations défavorisées par une trop
forte densité énergétique des aliments
premiers prix comparativement à celles des
aliments de marque".
Pour Alain Blogowski, secrétaire du CNA et
coordinateur du projet, cette abondance
d'idées reçues est directement à l'origine
de l'étude. "Notre groupe de travail a été
mis en place en décembre 2008, indique-t-il,
or cette année-là, beaucoup d'informations
erronées ont circulé sur la qualité des
produits des magasins hard-discount. Nous
voulions mettre tous les acteurs de la
chaîne alimentaire – consommateurs,
industriels, médecins... – autour d'une
table pour émettre un avis consensuel et
mettre fin à la cacophonie." L'avis a été
voté hier à l'unanimité.
Athènes emprunte à un taux d'environ 6% à
sept ans. (Crédit : Andrew®)
Athènes emprunte à un taux d'environ 6% à
sept ans. (Crédit : Andrew®)
La Grèce a écoulé à nouveau de la dette sur
les marchés ce lundi. Les banques
européennes, favorisées dans cette émission
d'obligations à 7 ans, peuvent réaliser de
jolis bénéfices.
La Grèce, forte du soutien des autres pays
de la zone euro, est de retour ce lundi sur
les marchés. Elle refinance sa dette sous
forme d'obligations à 7 ans. Cette émission
de titres du Trésor grec représente une
bonne affaire pour les banques européennes,
qui semblaient en milieu d'après-midi
honorer l'offre d'Athènes. En début
d'après-midi, les ordres d'achat se sont
montés à environ 7 milliards d'euros,
Athènes s'est contentée de 5 milliards.
La crise ne fera que la renforcer. Voilà comment. Cet article a été publié sur
le site de l'hebdomadaire américain Newsweek le 5
février.
Les spéculateurs commencent
à parier sur une sortie à courte
échéance de la zone euro de la Grèce,
un pays politiquement corrompu et incorrigible, qui déguise
depuis des années les statistiques sur sa dette publique et
doit aujourd’hui faire face à des
années de stagnation — voire de
déflation et de dépression — du fait
des coupes nécessaires dans ses déficits publics
et ses salaires pour redevenir compétitif. Dans un rapport
confidentiel qu’une fuite a porté le mois dernier
à la connaissance du public, la Commission
européenne s’inquiète de voir les
"déséquilibres" entre états forts et
faibles à l’intérieur de la zone euro
menacer l’existence de l’euro lui-même.
La Commission se trompe. Les unions monétaires
n’éclatent pas en raison du départ de
leurs membres les plus faibles. Si la Grèce se mettait
à imprimer à nouveau des drachmes, la valeur de
celle-ci s’écroulerait immédiatement
vis-à-vis de l’euro. Une drachme super-faible
rendrait le vin grec et les vacances en Grèce
extrêmement abordables pour les étrangers, mais ce
gain de compétitivité serait plus que
compensé par la panique bancaire, l’inflation
généralisée et le poids du
remboursement des anciennes dettes en euro avec une nouvelle devise
dont la valeur est quasi-nulle. Quand bien même la classe
politique inepte qui dirige la Grèce décidait de
tenter l’aventure — ce qui n’est pas
inconcevable, du fait de l’opportunité qui se
présente de faire porter le chapeau sur
l’étranger — la zone euro n’en
éclaterait pas pour autant. L’euro sera
à peine moins stable sans la Grèce, voire sans
l’Espagne ou le Portugal (ensemble, ces trois pays comptent
pour 18 % du PIB de la zone euro). Au contraire, un euro
centré sur l’Allemagne, la France et quelques-unes
des économies les plus avancées
d’Europe centrale, la Pologne par exemple, renforcerait
l’union plutôt que de l’affaiblir. Le
risque, ici, n’est pas tant le résultat final que
les bouleversements financiers et politiques engendrés au
passage.
Par THOMAS PIKETTY directeur d'études
à l'EHESS et professeur à l'Ecole
de l'Economie de Paris.
Quels seront les effets de la crise
financière mondiale de 2007-2009 sur
la répartition des richesses ?
Contrairement à ce que l’on entend
souvent, il est peu probable que la
crise conduise à une réduction
durable des inégalités. La chute des
valeurs boursières et des prix
immobiliers affecte certes en
premier lieu les détenteurs de
patrimoines. Mais ceux qui ne
possèdent que leur travail sont
également durement frappés par la
dégradation de l’emploi. Il en va
ainsi de toutes les récessions.
L’effet immédiat est généralement
une réduction des inégalités entre
le milieu et le haut de la
distribution (baisse des profits et
des primes des supercadres), et un
accroissement des inégalités entre
le milieu et le bas de la
distribution (montée du chômage). Si
l’on examine maintenant les effets à
moyen et à long terme, les choses
sont encore plus complexes.
Inflation et fin
des mesures
d'aide : le coup
de frein sera
brutal en 2010
C'est à partir
de maintenant
que la crise va
faire sentir ses
effets sur le
pouvoir d'achat.
L'année 2009,
celle de la plus
grave crise
économique
depuis
l'entre-deux-guerres,
aura été
paradoxalement
plutôt bonne
dans ce domaine.
D'après l'Insee,
le pouvoir
d'achat des
ménages
retrouvera cette
année un rythme
de progression
conforme à sa
tendance
annuelle moyenne
des dix-huit
dernières années
(+ 2,1 %) et
augmentera plus
de trois fois
plus vite qu'en
2008. Rien de
tel n'est prévu
en 2010 :
l'année de la
sortie de crise
pourrait même
être marquée par
une baisse du
niveau de vie
des Français.
L'institut COE-Rexecode,
le plus
optimiste sur la
croissance (+
2,2 %), voit le
pouvoir d'achat
des ménages
augmenter de
seulement 0,8 %
en 2010. HSBC
France, qui
s'attend à une
quasi-stabilisation
du produit
intérieur brut
(+ 0,2 %), table
sur une
progression
encore limitée
(+ 0,3 %).
L'Insee fera
connaître, le 16
décembre, ses
prévisions pour
le premier
semestre 2010.
Mais il
anticipait un
coup d'arrêt dès
le second
semestre 2009.
«Le RSA contribue à favoriser l'émiettement
du travail»
L'Insee prévoit que le Revenu de solidarité
active (RSA) sera plus efficace que la Prime
pour l'emploi pour lutter contre la
pauvreté. L'économiste Thomas Piketty, pour
sa part, appelle à un équilibrage entre les
deux dispositifs.
JUSTINE LAFON
Des téléopérateurs répondent aux questions
sur le revenu de solidarité active (RSA), le
27 avril 2009 au Mans
Des téléopérateurs répondent aux questions
sur le revenu de solidarité active (RSA), le
27 avril 2009 au Mans (AFP Jean Francois
Monier)
Le Revenu de solidarité active - dispositif
créé en juin 2009 pour encourager l'emploi
et réduire la pauvreté des travailleurs -
devrait être plus efficace pour améliorer le
niveau de vie des travailleurs pauvres que
l'ancien dispositif de Prime pour l'emploi (PPE),
estime l'Insee dans son "Portrait social" de
la France. Une prévision optimiste
relativisée par Thomas Piketty, directeur
d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole
d'économie de Paris, qui évoque, pour sa
part, les effets pervers du RSA.
La
campagne de lobbying des banques s’intensifie contre les
projets de nouvelles réglementations financières discutés en
Europe. Les banques utilisent la même stratégie que celle
qui a si bien fonctionné, pour elles, depuis le début de la
crise : le chantage. Si les Etats imposaient de nouvelles
réglementations qu’elles jugeraient trop restrictives, en
particulier sur les capitaux propres qu’elles doivent
détenir, elles affirment qu’elles devraient restreindre
fortement le crédit replongeant ainsi l’économie dans la
récession. C’est à peu près l’argument qu’elles avaient
utilisé après la faillite de Lehman. Sans sauvetage public,
les faillites en cascade des banques feraient imploser
l’économie réelle. Ce chantage avait réussi et les
gouvernements avaient cédé à juste titre. En revanche, ils
ne doivent pas se soumettre au chantage actuel. Deux ans
après la crise, force est de constater cependant qu’aucune
nouvelle réglementation n’est entrée en vigueur.
Par SLAVOJ ZIZEK
Philosophe communiste, chercheur au Birkbeck College,
Londres. «Parallaxe», Fayard 2008.
Le
géant américain Starbucks a entamé sa nouvelle campagne
publicitaire : «Lorsque vous achetez Starbucks, que vous le
sachiez ou non, vous investissez dans bien plus qu’une
simple tasse de café. Vous souscrivez à une éthique du café.
Par le biais de notre programme Starbucks Shared Planet,
nous achetons plus de café équitable qu’aucune entreprise au
monde. […] Ce café, c’est l’assurance d’un bon karma […] Et
n’oubliez pas qu’une petite partie du prix d’un café
Starbucks permet de vous offrir un lieu convivial,
confortable, de la bonne musique, une atmosphère propice à
la rêverie, au travail ou à la conversation. […] En
choisissant Starbucks, vous buvez le café d’une entreprise
responsable. Pas étonnant qu’il soit si bon !»
C’est ce qu’on appelle le «capitalisme culturel». La
plus-value culturelle apparaît ici au grand jour : le prix
d’un café y est plus élevé que nulle part ailleurs puisque
ce que vous achetez en vérité, c’est «l’éthique du café» :
respect de l’environnement, responsabilité sociale et un
lieu où vous pouvez participer à la vie collective (depuis
le début, Starbucks a conçu ses cafés comme des lieux quasi
civiques). Et si ça ne suffit pas, si vos exigences éthiques
sont encore insatisfaites, si vous continuez malgré tout à
vous soucier de la misère du tiers-monde, ...
Cyril
Comte, chef d’entreprises et vice-président du MEDEF
Martinique,
"L’économie martiniquaise ou
le syndrome de la grenouille
Avec
l’état des indices calculés par l’IEDOM, l’économie
martiniquaise, comme dans les autres Départements ou
Collectivités d’Outre-Mer, ne peut constater sa performance
économique qu’avec un décalage de deux à trois ans.
Aujourd’hui, le dernier rapport disponible de l’IEDOM date
de 2008 et nous n’y apprenons l’état de santé de l’économie
régionale avec précision que pour 2004, le Produit Intérieur
Brut pour les années 2005 et 2006 n’étant connu que par
estimation du CEROM. A l’échelle d’un pays, il faudrait
ainsi imaginer que la France ou les Etats-Unis, selon le
même régime statistique connu en Martinique, ne
constateraient leur croissance ou leur récession qu’avec
deux ans de retard. Naturellement, à l’échelle d’un pays,
les indicateurs économiques sont suivis trimestre après
trimestre pour permettre à la puissance publique de réagir
avant qu’il ne soit trop tard.
Par LAETITIA PIHEL
Maître de conférences à
l'institut d'économie et
de management de Nantes
Les
réactions
qui
s’expriment
actuellement
chez France
Télécom nous
parlent
d’une
difficulté à
vivre
l’entreprise
avec les
règles
qu’elle
impose
aujourd’hui
dans le
cadre des
restructurations.
Si la
souffrance
et
la déception
touchent
l’ensemble
des
personnels,
il semble
que la
population
la plus
fragilisée
soit celle
des agents
les plus
âgés, dont
l’ancienneté
dans
l’entreprise
est de
vingt ans,
trente ans
ou plus.
Entrés
massivement
dans les
années 70
et 80 sur la
base d’un
emploi à
vie, ils ont
alors fait
le choix
d’une
carrière
dans une
administration
qui assurait
le respect
d’un certain
nombre de
principes :
conscience
professionnelle,
égalité de
traitement
des usagers,
intérêt
général… A
l’époque
France
Télécom
disposait
d’un système
social dédié
contribuant
à organiser
la relation
qui la lie à
son
personnel
sur une
logique de
don et de
contre-don.
Elinor Ostrom est la
première femme
lauréate du Prix
Nobel d'Economie.
par Perrine Créquy
Elinor
Ostrom a commencé à
s'intéresser au
développement soutenable
dès son enfance, bien
avant que la notion
devienne incontournable,
du fait du réchauffement
climatique.
Elinor Ostrom
cherche à optimiser
l'utilisation des
ressources
naturelles
collectives depuis
son enfance. A 76
ans, cette native de
Los Angeles n'a
jamais dévié de cet
axe de recherche, et
vient de se voir
décerner un Prix
Nobel d'Economie
pour ses travaux,
réalisés notamment
avec Oliver
Williamson. Son
intérêt pour le
développement
durable et le
partage des
ressources a germé
en elle très tôt, en
voyant sa mère
entretenir un jardin
victorien pendant le
Grande Dépression,
alors que l'eau
était devenue une
denrée de prix. De
cette expérience,
elle déduit une
conviction qui va
guider l'ensemble de
ses recherches
ultérieures : la
plupart des gens,
quand ils sont
confrontés à des
problèmes de
ressources, peuvent
coopérer et agir
pour le bien commun.
LE
MONDE BOUGE - De plus en
plus concentré, le système bancaire qui
émerge de la crise est encore plus dangereux
que le précédent, estime cet économiste pas
comme les autres, qui explique dans la
première partie de cette interview pourquoi
il ne faut rien attendre du G20 de
Pittsburgh. Pour Frédéric Lordon, l'unique
solution passe par une refonte totale de
tout le cadre de la finance internationale.
[...]
Frédéric Lordon a fait le choix d'une
participation rare dans les médias,
convaincu qu'il y a moins à gagner qu'à
perdre à leur fréquentation, surtout
quand on développe, comme lui, une
pensée anticonformiste et très
structurée contre la déréglementation
financière. A la veille d'un nouveau
sommet du G20 dont il n'attend rien, cet
économiste, directeur de recherche au
CNRS, estime que les principaux
dirigeants n'ont pas pris la mesure du
cataclysme financier de 2008 et qu'il
n'est plus temps d'aménager le cadre du
capitalisme mais d'en changer. Radical
et argumenté.
Après le krach boursier, la faillite intellectuelle : au
nombre des victimes collatérales du naufrage financier
figurent la poignée d’économistes qui dispensent la bonne
parole dans les médias. Libéralisation, déréglementation,
privatisation : leur credo tenait en trois mots. Quand bien
même une pendule arrêtée donne l’heure juste deux fois par
jour, ces « spécialistes » ont étalé leur constance dans
l’erreur. En détailler le menu évite que leur ardoise se
trouve subitement effacée, à l’instar de celle des
banquiers.
Par
Frédéric Lordon
Economiste, auteur de Et la vertu sauvera le monde...
Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?,
Raisons d’agir, 2003.
Le président Colom a déclaré l’état d’urgence
nationale après la mort de 500 personnes, dont 54 enfants. Le pays
affronte la pire sécheresse depuis trente ans
Cette année au Guatemala, ce ne sont pas les ouragans et les pluies
diluviennes qui ont détruit les récoltes, mais le soleil et la
chaleur, un effet meurtrier du Niño, ce courant chaud qui court le
long des côtes pacifiques. La sécheresse touche l’ensemble du
Guatemala mais, dans sept départements, 90 % des cultures de maïs et
de haricots noirs ont séché sur pied.
23 millions de personnes menacées par la disette en
Afrique de l'Est
L'organisation Oxfam lance un appel de fonds pour
venir en aide à ces personnes menacées par une vague de
sécheresse.
Plus de 23 millions de personnes sont menacées par la
disette et la pauvreté en Afrique de l'Est, touchée par
la crise la plus grave depuis une décennie, a averti
l'organisation humanitaire Oxfam qui lance un appel de
fonds pour quelque 10 millions d'euros.
Une vague de sécheresse qui sévit depuis cinq ans
dans sept pays africains est la cause de grandes
souffrances exacerbées par le niveau élevé des prix
alimentaires et les conflits armés, a souligné Oxfam
dans un communiqué.
«Les pluies sont de plus en plus imprévisibles et
rares en Afrique de l'Est tandis que les saisons des
pluies se raccourcissent à cause de l'influence
grandissante du changement climatique», a souligné
le directeur régional d'Oxfam, Paul Smith Lomas.
3,8 millions de Kenyans - un dixième de la population
- a besoin d'une aide d'urgence après la pire sécheresse
depuis une décennie et un bond des prix alimentaires qui
sont 180% plus élevés que leur niveau moyen, selon
l'organisation.
En Ethiopie, 13,7 millions de personnes risquent la
famine, et deux millions de personnes ont besoin de
secours en Ouganda. La Somalie, en prise aux conflits
armés, fait face à la crise humanitaire la plus grave
depuis 1991 avec 3,8 millions de personnes affectées.
Au début du mois, la fédération internationale de la
Croix rouge et ses organisation affiliées avaient lancé
un appel urgent pour venir en aide à quelque 10 millions
de Kenyans touchés par la sécheresse.
C'est un chiffre dérisoire et accablant. Les
entreprises minières qui travaillent en République démocratique
du Congo (RDC) auraient dû verser en 2008 un peu plus de 200
millions de dollars de taxes, d'impôts et de redevances au
Trésor public. La somme ne paraît pas exorbitante lorsqu'on
connaît le poids du secteur minier dans l'ex-Zaïre. Et pourtant
cet argent n'est jamais arrivé dans les caisses de l'Etat. Les
sociétés minières n'ont acquitté que 92 millions de dollars,
révèle un rapport d'enquête documenté que vient de publier le
Sénat.
Bien
sûr, on sait bien qu'il s'agit, lors de tels événements, de
commémorer avec quelque solennité l'entente entre les peuples.
Mais cela justifie-t-il de passer par pertes et profits la
déclaration finale du G20, sans plus de commentaires ? S'y
intéresser me paraît pourtant indispensable pour mesurer le
niveau de conscience des dirigeants de la planète sur l'état
réel de l'économie mondiale.
Le terme "croissance" apparaît à onze reprises dans le texte, en
trois pages seulement. Il faudra pourtant que l'on se mette un
jour à penser en d'autres termes. Il est vrai que l'on constate
sur ce point un frémissement, le seul véritable acquis de cette
réunion : la fin des subsides pour les combustibles fossiles,
autrement dit la prise de conscience d'un monde de demain bâti
sur d'autres bases qu'une prolongation de l'orgie énergétique.
Beaucoup plus inquiétant : rien dans le texte de la déclaration
commune ne suggère que la nature de la crise ait été comprise au
sommet. Le répit constaté aujourd'hui est probablement
accidentel, ce qui rejoint une remarque faite récemment aux
États-Unis : puisqu'en septembre 2008, au plus fort de la crise,
on a poussé simultanément sur toutes les commandes du tableau de
bord pour tenter de redresser la situation, on est bien en peine
aujourd'hui de déterminer quelles furent les mesures qui
contribuèrent à cet arrêt dans la chute !
Il a été entendu plus
d’une fois lors des multiples et riches discussions qui ont
foisonné lors du mouvement de février/mars, que Sarkozy, à la
différence de Chirac, n’était pas l’homme des békés.
Cette idée, le discours de Sarkozy à l’ex-aéroport du Lamentin
fin juin lui a donné de l’épaisseur avec non seulement sa
dénonciation des situations de rente et de monopole identifiées
( exclusivement à tort ) aux békés, mais également avec son
plaidoyer en faveur de ceux qui osent entreprendre, de ceux qui
prennent des risques, et de ceux qui refusent les petites
combinaisons et la médiocrité…
Un discours à l’apparence du parler vrai, mais en réalité très
mesuré et très consensuel, reçu globalement de manière favorable
par l’ensemble de la classe dirigeante politique et économique
présente (de l’UMP aux opposants institutionnels) en raison du
partage par tous de l’idée, qu’avec la crise, la réponse aux
difficultés économiques et à notre mal-développement se trouvait
essentiellement du côté du libéralisme ( flexibilité,
concurrence…) d’une part et de la responsabilisation de chacun
d’autre part.
Le
deuxième sexe constitue le « marché émergent » le plus
dynamique de la planète.
Moins touchées que les hommes
par le chômage durant la récession, leurs perspectives de
pouvoir d'achat s'annoncent bien meilleures.
La femme est l'avenir de l'homme. Cette
fameuse parole d'Aragon, Goldman Sachs et le Boston Consulting
Group (BCG) la reprennent à leur compte, en la détournant à
peine. «L'avenir de l'économie est dans les mains des femmes»,
proclament la banque la plus «virile» de Wall Street et le
groupe de consultants le plus chic d'Amérique. Ils viennent de
publier coup sur coup une étude, The Power of the Purse («Le
pouvoir du porte-monnaie») et un ouvrage, Women Want More («Les
femmes veulent plus»), consacrés au beau sexe. Leur conclusion
est identique: le «marché émergent» qui va dynamiser l'économie
mondiale dans les cinq prochaines années, ce n'est ni la Chine
ni l'Inde, mais le «deuxième sexe», pour reprendre l'expression
de Simone de Beauvoir.
Dans leur dernier essai, les économistes américains George Akerlof et Robert Shiller reprennent et élargissent la notion « d’esprits animaux », dont Keynes est à l’origine, pour définir tout comportement s’éloignant de celui de l’ homo oeconomicus optimisateur. Ils distinguent cinq principales composantes de cette notion : confiance, équité, corruption, illusion monétaire et histoires.
Ouvrage recensé : George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits : How Human Psychology Drives the Economy, and Why It Matters for Global Capitalism, Princeton University Press, 2009, 264 pp.
Keynes revient à la mode, et l’hypothèse d’efficience des marchés fait ricaner comme autrefois le keynésianisme le faisait à Robert Lucas. C’est donc avec un parfait sens du timing que George Akerlof et Robert Shiller sortent un ouvrage théorique développant une vision keynésienne de l’économie et l’appliquant à quelques problèmes essentiels. Bien qu’il s’agisse d’un ouvrage théorique, il n’y a pas une ligne de maths dans tout le livre, qui se veut pédagogique et accessible à tous. Le titre – Animal Spirits – résume bien l’idée fondamentale : nous ne sommes pas des homo oeconomicii rationnels et omniscients et la plupart de nos décisions sont influencées par nos « esprits animaux ».
Beaucoup d’entre nous à la Martinique
espèrent pouvoir TOUJOURS payer le
carburant automobile au coût actuel sans
jamais se demander si cela est
réellement possible.
DECLIC972, s’interroge d’abord sur la
possibilité que les autorités ont eu à
ramener le coût de l’essence à ce niveau
dans les trois Départements Français
d’Amérique après la mobilisation des
populations. Aujourd’hui, la seule
Secrétaire d’Etat annonce déjà la
remontée du coût des carburants
s’appuyant, semble-t-il, sur un document
SARA montrant les pertes de cette
entreprise qui doit bénéficier, de ce
fait, de 44 millions de crédits
budgétaires de la part de l’Etat. Cette
même SARA devrait mieux jouer le jeu des
fluctuations du prix du baril de pétrole
surtout lorsqu’il est en baisse.
La prégnance,
notamment médiatique aujourd’hui, de certains concepts,
idées, mots d’ordre ou slogans, font que le citoyen se
trouve embarqué dans des logiques qui en découlent, sans
qu’on ne l’ait éclairé toujours très précisément, sur ce
qui se cache derrière ces concepts, idées, mots d’ordre
ou slogans, modernes ou actualisés.
Trope,
métonymie,
ambivalence,
oxymore,
etc.
participent
à ce
contexte
d’ambiguïté
du
langage
moderne.
Même un
concept
comme
celui de
« développement »,
utilisé
par nous
tous,
n’est
pas si
évident
qu’on
pourrait
le
croire.
De plus
en plus
de gens,
de
grands
philosophes,
comme
Serge
Latouche,
par
exemple
(« Décoloniser
l’imaginaire »,
2005)
remettent
en cause
radicalement
ce
concept
de
développement ;
en
particulier
tel
qu’il
est
conçu
dans le
monde
occidental.
Ainsi,
par
exemple,
de plus
en plus
de
citoyens
martiniquais
sont
probablement
« convertis »
au
développement
durable ;
et c’est
sans
doute
tant
mieux.
Mais il
ne leur
a pas
toujours
été
précisé
que le
développement
durable
c’est
d’abord
du
développement ;
et que
contrairement
à l’idée
dominante
ambiante,
confortée
par les
institutions :
le
développement
durable
est
souvent
administré
par des
services
de
l’environnement ;
des
trois ou
quatre
piliers
du
développement
durable,
c’est
l’équité
sociale,
après la
viabilité
économique
qui
conduit
à la
durabilité,
d’où
découlent
des
exigences,
des lors
incontournables,
de
préservation
de
l’environnement,
ou
d’épanouissement
culturel.
Ce qui
fait
que, du
modèle
théorique,
idéal,
du
développement
durable,
à la
réalité,
même
comme
perspectives,
la
distance
est
longue
et la
démarche
complexe.
Selon l'Institut,
après des baisses continues de janvier à
septembre, le PIB pourrait se stabiliser au
dernier trimestre 2009. En revanche, 590.000
pertes de postes sont attendues en 2009, avec un
taux de chômage remontant à 10,1% pour la
première fois depuis 1999.
L'Institut
national de la statistique (Insee) annonce, vendredi
19 juin, que la France va connaître en 2009 la
plus forte contraction de son
activité depuis l'après-guerre (-3%). Cette
récession devrait toutefois s'atténuer en fin
d'année, sauf si le chômage en pleine explosion
s'aggrave au point de menacer la reprise.
Après avoir baissé de 1,2% au
premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB)
français devrait encore reculer de 0,6%
au deuxième trimestre et de 0,2%
au troisième, avant de se stabiliser au dernier
trimestre, selon les dernières prévisions de
l'Institut de la statistique.
La
baisse des prix négociée à l'issue du conflit social
ne satisfait pas les habitants et le tourisme peine
à se remettre de la grève prolongée, dont l'effet a
été amplifié par la crise économique.
Ni la
Guadeloupe ni la Martinique n'ont pansé leurs
plaies. Trois mois après les
cinq semaines de conflit social qui ont
embrasé les Antilles, la vie a repris son
cours mais le mécontentement est toujours là.
L'accord de mars dernier sur l'augmentation
des bas salaires, qui se traduit par une hausse
moyenne de 200 euros des feuilles de paie les
plus faibles, divise. Ceux qui en profitent ne
savent pas pendant combien de temps ils pourront
le faire. Les chefs d'entreprise considèrent de
leur côté qu'il est de nature à fausser la
concurrence.
De même,
la baisse des prix dans les magasins, âprement
discutée dans la grande distribution, ne
satisfait personne. Partagée par les enseignes,
la Région et les sociétés de transport, elle
concerne près de 400 produits et est de l'ordre
de 20 % par rapport aux tarifs appliqués avant
les émeutes du printemps. Mais les articles qui
ne sont pas de première nécessité ont dans le
même temps augmenté plus qu'à l'ordinaire, se
plaignent les ménagères guadeloupéennes comme
martiniquaises.
Symbole
aux Antilles comme ailleurs de la vie chère,
l'essence reste une autre source de conflit avec
la métropole. Certes, les tarifs à la pompe ont
diminué, mais ils demeurent opaques. «Il est
indispensable d'améliorer la transparence du
système et de clarifier les règles
d'administration des prix», réclamait en avril
une commission d'experts. Elle jugeait en outre
que les 3 000 personnes employées par exemple
en Guadeloupe pour servir les clients - la
distribution n'est pas automatisée - coûtaient
trop cher.
Le
gouvernement a commandé une étude pour mettre en
place un indice de comparaison des prix de
l'essence entre la métropole et les départements
d'outre-mer. Malheureusement, elle ne sera
disponible qu'au milieu de l'année prochaine.
Chômage
dans le bâtiment
Entre-temps, le tourisme a plongé. Trois hôtels
ont fermé leurs portes en Guadeloupe, faute de
clients. Sur les 9 250 salariés qui bénéficient
du chômage partiel depuis février,
1 000 appartiennent ainsi au secteur
touristique. Et les entreprises, déjà
fragilisées par la crise économique mondiale,
ont le plus
grand mal à se remettre des grèves.
«Dans le
bâtiment et les travaux publics, nous avons
perdu 2 000 emplois entre janvier et mai, le
chiffre d'affaires a chuté de 40 % et il n'y a
plus aucun projet dans l'immobilier privé »,
déplore Cyril Comte, président de la commission
économique du Medef à Fort-de-France. Les
patrons sont
souvent assimilés à des «profiteurs». À tel
point que certains se disent prêts à baisser les
bras et à quitter les Antilles.
À
l'évidence, le seul déblocage par l'État d'une
enveloppe de 580 millions d'euros pour la
Guadeloupe et la Martinique en février dernier,
assortie de mesures spécifiques de soutien en
faveur des familles et des entrepreneurs, est
très loin d'avoir calmé les esprits.
Pas de restriction budgétaire à
l'Elysée. Quand le budget de l'Etat a augmenté
de 2,8 % en 2008 par rapport à l'année
précédente, celui de la présidence de la
République a connu une progression de 18,5 %.
Les dépenses de fonctionnement enregistrent,
quant à elles, une croissance de 21,7 %.
La loi de finances initiale
avait prévu une dotation de 101,157 millions
d'euros. Malgré les 9,2 millions de crédits
complémentaires votés fin 2008, le montant total
des dépenses exécutées en fin d'exercice –
dotation d'investissement comprise – s'élève à
113,182 millions d'euros, soit un dépassement de
2,8 millions, selon le document "Pouvoirs
publics" figurant en annexe du projet de loi de
règlement des comptes de 2008.
Chacun sait maintenant ce que furent
les subprimes : la crise financière, puis bancaire,
puis économique et maintenant sociale qu'a
déclenché, au niveau mondial, le dérèglement de ce
mécanisme, nous le rappelle cruellement, si besoin
est. Et le monde n'a pas encore fini d'en payer le
prix !
Pourtant, le système financier se met à redouter une
autre crise, dont la puissance est ignorée mais
terriblement crainte, car cette fois ce ne sont pas
que des banques qui risquent d'être touchées mais
des entreprises : et elles risquent bien de tomber
en cascade… avec leurs emplois avec elles !
C'est une vraie bombe à retardement qui menace. Et
dont, semble-t-il, le mécanisme de déclenchement
s'est mis en route. Signe peut-être avant-coureur,
l'annonce, la semaine dernière, de la perte de 250
millions € du fonds d'investissement, PAI Partners
(majoritaire au capital du fabricant de tuiles
Monier) a mis le milieu financier en émoi.
La prégnance, notamment médiatique
aujourd’hui, de certains concepts, idées, mots
d’ordre ou slogans, font que le citoyen se trouve
embarqué dans des logiques qui en découlent, sans
qu’on ne l’ait éclairé toujours très précisément,
sur ce qui se cache derrière ces concepts, idées,
mots d’ordre ou slogans, modernes ou actualisés.
Trope, métonymie,
ambivalence, oxymore, etc. participent à ce contexte
d’ambiguïté du langage moderne. Même un concept
comme celui de « développement », utilisé par nous
tous, n’est pas si évident qu’on pourrait le croire.
De plus en plus de gens, de grands philosophes,
comme Serge Latouche, par exemple (« Décoloniser
l’imaginaire », 2005) remettent en cause
radicalement ce concept de développement ; en
particulier tel qu’il est conçu dans le monde
occidental.
Ainsi, par exemple, de
plus en plus de citoyens martiniquais sont
probablement « convertis » au développement
durable ; et c’est sans doute tant mieux. Mais il ne
leur a pas toujours été précisé que le développement
durable c’est d’abord du développement ; et que
contrairement à l’idée dominante ambiante, confortée
par les institutions : le développement durable est
souvent administré par des services de
l’environnement ; des trois ou quatre piliers du
développement durable, c’est l’équité sociale, après
la viabilité économique qui conduit à la durabilité,
d’où découlent des exigences, des lors
incontournables, de préservation de l’environnement,
ou d’épanouissement culturel. Ce qui fait que, du
modèle théorique, idéal, du développement durable, à
la réalité, même comme perspectives, la distance
est longue et la démarche complexe.
L'assurance
chômage s'attend à 639.000 chômeurs de plus cette
année. "On n'a jamais vu une telle rapidité de
croissance du chômage depuis l'après-guerre et
peut-être la crise de 1929", selon l'ex-directeur de
l'Unedic.
Les
entreprises, telles Goodyear, Altis, ABB ou EDA
cette semaine, continuent à égrener des suppressions
d'emplois portant sur des centaines de postes, au
moment même où l'Unedic (régime d'assurance chômage)
déclare s'attendre à 639.000 chômeurs de plus cette
année.
Dans
l'hypothèse d'un recul de 3% du PIB, le nombre de
chômeurs (catégories A+B+C c'est-à-dire y compris
ceux ayant une activité réduite, ainsi que les
seniors dispensés de recherche d'emploi),
actuellement d'environ 3,5 millions, augmenterait de
639.000 en 2009.
Les
destructions nettes d'emplois salariés atteindraient
591.000, selon ces prévisions de l'Unedic assombries
par rapport aux mois de février et mars.
La Réserve Fédérale a indiqué hier s'attendre à un
repli du PIB de 1.3% à 2%, contre une fourchette de
0.5% à 1.3% pressentie jusqu'alors. Le chômage
devrait frôler les 10% fin 2009.
On se demandait
depuis quelques jours quel événement ou statistique
pourrait arrêter la progression de Wall Street. Ce
seront finalement les minutes de la Fed qui ont
provoqué hier un retournement assez net de la
tendance sur les marchés. Ce compte rendu de la
réunion du comité de politique monétaire de la
banque centrale américaine, publié trois semaines
après la réunion des 28 et 29 avril,
a été l'occasion pour la Réserve Fédérale américaine
de publier en annexe un ajustement de ses prévisions
sur la conjoncture, marqué par un abaissement
significatif des estimations de croissance pour 2009
et 2010.
Pour l'année en
cours, la Réserve Fédérale pense que le produit
intérieur brut devrait baisser de 1,3% à 2% en 2009,
contre une fourchette de 0.5% à 1.3% pressentie
jusqu'alors. Si le haut de la fourchette des
nouvelles prévisions était atteint, ceci
constituerait la pire année dans l'histoire
économique des Etats-Unis depuis 1946.
Le président américain
Barack Obama a commencé à démanteler l’héritage
fiscal de George W. Bush en rétablissant les taux
d’imposition les plus élevés appliqués aux ménages
fortunés et en supprimant nombre de «niches»
utilisées par les entreprises.
Dans un «Livre vert»
publié mardi, le département du Trésor a annoncé le
rétablissement du taux maximal d’imposition de 39,6%
pour les contribuables les plus riches et de 36%
pour la tranche suivante.
En contrepartie, ce document
annonce des réductions d’impôts pour «la classe
moyenne», conformément à la promesse de
campagne de M. Obama.
Ce cadeau, dont bénéficieront 95%
des familles américaines, coûtera au total 736
milliards de dollars sur dix ans et permettra à un «couple
type» d’économiser 800 dollars par an, a
indiqué le Trésor dans un communiqué.
Voici
les conséquences pour l'internaute des dispositions
du projet de loi sur "la diffusion et la protection
de la création sur internet", qui devait être voté
mardi en nouvelle lecture à l'Assemblée avant une
adoption définitive par un ultime vote du Sénat
mercredi.
Par Philippe
Couderc (président de la Fédération des
producteurs et éditeurs indépendants
d'Aquitaine, Feppia) et Eric Petrotto (président
de la Fédération nationale de labels
indépendants, CD1D)
Alors que la loi «Création et Internet» revient au
Parlement, nous, producteurs indépendants de
musique, voulons interpeller les députés et
apporter, dans les débats actuels, un éclairage
radicalement différent de celui promu par les
grandes compagnies du disque. Les acteurs
indépendants de la musique sont plus de 600 en
France, et cumulent plus de 3 000 productions par
an. Pour paraphraser le syndicat de l’artisanat, ils
constituent «la plus grande maison de disques de
France», produisant 90 % de la création originale.
Très souvent hors des sentiers battus, ils
représentent la véritable diversité culturelle que
ce pays se flatte à raison de défendre. Sans eux,
les Dominique A, Yann Tiersen, Ogres de Barback,
High Tone… n’auraient jamais débuté…
La
contestation de la croissance économique est un
fondement de l'écologie politique. Il n'est pas de
croissance infinie possible sur une planète finie.
Trop dérangeante, car en rupture radicale avec notre
développement actuel, cette critique fut vite
abandonnée au profit de concepts plus souples, comme
le "développement durable". Pourtant,
rationnellement, il n'existe guère d'autres voies
pour les pays riches (20 % de la population
planétaire et 80 % de la consommation des ressources
naturelles) que de réduire leur production et leur
consommation afin de "décroître".
Il n'est pas besoin d'être
économiste pour comprendre qu'un individu, ou une
collectivité, tirant la majeure partie de ses
ressources de son capital, et non de ses revenus,
est destiné à la faillite. Tel est pourtant bien le
cas des sociétés occidentales, puisqu'elles puisent
dans les ressources naturelles de la planète, un
patrimoine commun, sans tenir compte du temps
nécessaire à leur renouvellement. Non content de
piller ce capital, notre modèle économique, fondé
sur la croissance, induit en plus une augmentation
constante de ces prélèvements. Les économistes
ultra-libéraux comme les néo-marxistes ont éliminé
de leurs raisonnements le paramètre «nature», car
trop contrariant. Privé de sa donnée fondamentale,
notre modèle économique et social se trouve ainsi
déconnecté de la réalité physique et fonctionne dans
le virtuel. Les économistes vivent en fait dans le
monde religieux du 19e siècle où la nature était
considérée comme inépuisable. Nier la réalité au
profit d'une construction intellectuelle est le
propre d'une idéologie. Nous pouvons donc considérer
que l'économie actuelle est avant tout de nature
idéologique, fût-ce par défaut. La réalité est plus
complexe, car le système économique est en fait
largement livré à lui-même, sans contrôle politique.
Par Dani Rodrik, qui enseigne
l'économie politique à la John F. Kennedy School of
Government d'Harvard.
Alors que le monde
s'enfonce dans le marasme, certaines critiques
s'interrogent sur le rôle des économistes. A juste
titre, car ils ont à répondre de nombreux
dysfonctionnements. Ils ont légitimé et popularisé
l'idée que la finance sans entraves était une
aubaine pour la société. Ils ont mis en garde d'une
voix quasi unanime contre les "dangers de la
surrégulation des gouvernements". Avec leur
expertise technique, ils avaient une position
privilégiée de leaders d'opinion, ainsi qu'un accès
aux coulisses du pouvoir.
Rares sont
ceux (aux exceptions notables de Nouriel Roubini et
Robert Shiller) qui ont alerté sur la crise à venir.
Pire, la profession a échoué à fournir des outils
utiles pour sortir de la pagaille actuelle. Sur
l'incitation fiscale keynésienne, leurs points de
vue varient de "absolument essentielle" à
"inefficace et dangereuse". Sur le retour à la
régulation de la finance, il y a beaucoup de bonnes
idées mais peu de convergence. D'un quasi-consensus
sur les vertus d'un modèle mondial centré sur la
finance, la profession est passée à une absence
quasi-totale de consensus sur ce qu'il faut faire.
Pourtant, sans
la boîte à outils des économistes, impossible de
donner un sens à la crise. En fait, ce n'est pas
l'économie, mais les économistes qui sont fautifs.
Ils (et ceux qui les écoutent) ont eu une confiance
démesurée dans leurs modèles : les marchés sont
efficaces, l'innovation financière transfère le
risque vers les plus aptes à le supporter,
l'autorégulation est ce qui marche le mieux et
l'intervention des gouvernements est dommageable.
L'orgueil crée des angles morts. Si une chose a
besoin d'être remise à niveau, c'est bien la
sociologie de la profession. Les manuels sont, eux,
très bien.
CAMBRIDGE – Le capitalisme est plus durement touché
qu’il ne l’a été depuis des décennies. Forte
récession, chaos économique planétaire, et
nationalisations en force de grands pans du secteur
financier des économies avancées se conjuguent pour
mettre à mal l’équilibre entre marchés et Etats. Où
le nouvel équilibre va-t-il se situer, personne
n’est en mesure de le dire.
Ceux qui
annoncent la mort du capitalisme ne peuvent ignorer
une donnée historique importante, le pouvoir quasi
illimité qu’a le capitalisme de se réinventer. Cette
résilience lui permet, depuis des siècles, de
surmonter ses crises périodiques et de résister à
une longue série de critiques dont celles de Karl
Marx n’étaient que le début. Il ne s’agit pas de se
demander si le capitalisme est capable de survivre –
il en est capable – mais si les dirigeants de la
planète feront preuve du leadership qu’il faudra
pour l’accompagner vers la phase suivante, dès que
nous serons sortis de nos difficultés.
Le
capitalisme est sans égal pour ce qui est de libérer
les énergies économiques collectives des sociétés
humaines. C’est pourquoi toutes les sociétés
prospères sont capitalistes au sens large du terme:
elles s’articulent sur la propriété privée et
confient aux marchés la tâche de répartir les
richesses et d’assurer les bénéfices économiques. Le
problème, c’est que ni les droits de propriété ni
les marchés ne peuvent fonctionner de manière
autonome. Ils ont besoin d’être soutenus par des
institutions sociales.
TRIBUNE - Après le tollé provoqué par l'affaire des
stock-options de la Société générale, l'essayiste
Alain Minc (*) fustige le comportement du patronat
français en cette période de crise, lui reprochant
son «autisme» et son «inconscience».
Nul ne
peut me soupçonner d'être votre ennemi : c'est
plutôt le reproche inverse que je subis à longueur
de colonnes dans les journaux. Mais je suis
aujourd'hui inquiet pour vous car je ne comprends ni
vos réactions, ni vos raisonnements, ni
- pardonnez-moi le mot - votre autisme. La France
n'est pas l'Allemagne : elle a toujours eu des
difficultés à établir sur des bases claires un
contrat social entre patrons, salariés et pouvoirs
publics. De là le poids des symboles. Les syndicats
essaient de canaliser tant bien que mal le
mécontentement et donc de préserver l'ordre social.
Les pouvoirs publics s'efforcent de tenir
l'équilibre entre les dépenses nécessaires pour
aider les plus malheureux et l'obligation de ne pas
déstabiliser, au-delà du raisonnable, les règles de
bonne gestion. Les petits patrons se battent pour
leur carnet de commandes, courent derrière leurs
lignes de trésorerie et sont en fait, face à la
crise, du même côté que leurs salariés. Et pendant
ce temps, vous qui avez les yeux fixés au-delà du
Rhin pour y chercher l'exemple de la modération
salariale, vous n'avez pas remarqué le code de
conduite en temps de crise signé par le patronat et
le gouvernement de Berlin !
Malgré la débâcle
financière et l'urgence climatique, on continue de croire
que tout va comme avant. Sans comprendre qu'en réalité nous
avons changé d'époque
par Harald
Welzer
Peu
de temps avant la banqueroute de Lehman Brothers,
Josef Ackermann, le président de la Deutsche
Bank, avait laissé courir le bruit que le pire
était passé. Dans les semaines fiévreuses qui se
sont succédé depuis, les politiques et les
spécialistes se sont surpassés dans la recherche
de moyens destinés à doper la consommation,
comme si le capitalisme était en mouvement
perpétuel et qu'il suffisait de relancer son
cycle de création continue.
L'idée que, cette fois, il s'agit peut-être de
plus que d'une " crise ", n'est apparemment
venue à personne. La vie suit son cours : on
emprunte, on donne un tour de vis fiscal, et on
espère, avec tout ça, passer le cap au plus
vite. Le manque de la plus élémentaire
clairvoyance de la mesure et des conséquences de
la débâcle financière indique pourtant bien que
ce qui est arrivé n'a pas été anticipé. Des
faillites bancaires massives, des groupes
d'assurances entamés, des Etats eux aussi au
bord de la ruine ? Et les milliards requis pour
tout ça, que sont-ils, sinon de l'argent virtuel
injecté dans un système lui-même au bord de
l'implosion, à cause, justement, de la nature
virtuelle de ses échanges ?
Bien
que la catastrophe économique déploie
implacablement son cours à une allure défiant
toute concurrence, frappant une branche après
l'autre, le bricolage, le raboutage et le
rembourrage, et les sempiternels sommets
continuent à donner l'apparence que la crise est
gérée. Les réactions des gens sont graves, mais
pas paniquées. En dépit du lot quotidien de
nouvelles horrifiques en provenance de la
Global Economy, citoyennes et citoyens ne
sont que modérément agités.
Le Moule, berceau de la canne à
sucre et symbole de la
Guadeloupe en grève
Il y avait Justinien, Serdot,
Dernon, et puis une femme
enceinte, Marignan Dulac, qui se
trouvait au mauvais endroit, ce
jeudi 14 février 1952. Les CRS
avaient tiré à vue dans les rues
du Moule, faisant quatre morts
et quatorze blessés, après trois
mois et demi de grève des
ouvriers de la canne à sucre. Le
massacre de la Saint-Valentin,
disent les Guadeloupéens.
Samedi 14 février, une
manifestation organisée par le
LKP, le Collectif contre
l'exploitation, doit rassembler
plusieurs milliers de personnes
au Moule, in memoriam.
Au 25e jour de
grève en Guadeloupe, ce samedi,
la canne n'est pas coupée.
L'immense usine Gardel, près du
Moule, 16 000 m2 de
bâtiments, 32 hectares, est une
usine fantôme. C'est la seule
qui reste sur l'île, pour
traiter les 12 000 tonnes de
canne. En 1952, on en comptait
encore seize, à Petit-Bourg,
Capesterre, Comté, Beauport,
Bonne Mère... - là où la grève
avait commencé, en novembre
1951. Les ouvriers réclamaient
une augmentation du prix de la
journée de travail afin que
leurs salaires soient alignés
sur ceux des Français. Forts de
la loi du 16 mars 1946 qui
assimilait les colonies à des
départements, ils avaient cessé
le travail. Au fil des semaines,
le mouvement s'était étendu aux
petits colons et aux planteurs,
exigeant un meilleur prix de la
canne à la tonne. "Voilà la
combinaison qui avait mis le feu
dans les champs", résume
l'historien Raymond Gama.
Interview de Romain Bolzinger,
réalisateur des Derniers maîtres de la Martinique
Qu’avez-vous
présenté aux Békés comme projet pour qu’ils vous ouvrent
ainsi leurs portes ?
Ça ne s’est pas passé comme ça. On voulait faire un
reportage sur la Martinique d’aujourd’hui : son économie, sa
société, ses grandes figures. Évidemment pour bien
comprendre ce qui se passe sur l’île en 2008, il est
nécessaire d’ appréhender ses spécificités historiques très
fortes ! Je me suis donc d’abord intéressé aux grands
patriarches de la communauté béké. Je suis allé voir Eric de
Lucy, grand patron de la banane et directeur général du
groupe Bernard-Hayot, et j’ai également rencontré Alain
Huyghues-Despointes et bien d’autres personnalités non béké.
J’ai bien-sûr dit que j’étais journaliste, je leur ai dit
que je faisais un reportage sur l’économie de la Martinique
et ses grands acteurs. Et que je voulais faire le portrait
de ces personnalités qui jouent un rôle dans l’ économie de
l’île. Ils jouent un grand rôle et ne s’en cachent pas. Ils
voulaient me montrer qu’ils étaient puissants, ils m’ont
emmené à l’Elysée, à Bruxelles au ministère de l’agriculture
et de l’outremer, partout où ils défendent leurs intérêts
économiques… Je ne suis pas venu les voir en leur disant que
je faisais un reportage sur la communauté Béké. J’ai essayé
de comprendre d’abord qui ils étaient, comment ils
fonctionnaient. Et pour cela, il me fallait du temps. On a
établi une relation de confiance, ils m’ont longuement
exposé les spécificités de leur communauté, ils savaient
donc pertinemment que j’allais en parler.
"Que
voit le Guadeloupéen après soixante années de
départementalisation ?,
interroge Patrick Karam, le délégué
interministériel pour l'égalité des chances des
Français d'outre-mer. Des prix plus
élevés que dans l'Hexagone, un revenu par
habitant très inférieur à la moyenne nationale,
des enfants surdiplômés au chômage, et des
métropolitains qui occupent les postes de
cadres."
Une partie des maux de
l'outre-mer est ainsi résumée. Il omet cependant
d'en analyser les racines : ce que le romancier
martiniquais Patrick Chamoiseau appelle
"cette tutelle coloniale qui nous maintient dans
l'irresponsabilité et la dépendance". Pour
Christiane Taubira, députée (divers gauche) de
la Guyane, la situation en Guadeloupe "frôle
l'apartheid social". Elle met en cause
"une caste qui détient le pouvoir économique et
en abuse".
C'est à ces maux endémiques que... ne répond pas
le projet de loi pour le développement de
l'outre-mer (Plodeom) examiné - en principe - en
mars au Sénat. Auditionné mardi 17 février par
les commissions des affaires économiques et des
affaires sociales, le secrétaire d'Etat, Yves
Jégo, ne peut ignorer que l'explosion sociale en
Guadeloupe et ses risques d'extension ont rendu
obsolète le texte présenté en juillet 2008 en
conseil des ministres.
L'entreprise
occupe une place singulière dans le capitalisme.
Elle en est le moteur parce qu'elle est le lieu
de la création de richesses. Elle en est le
régulateur puisqu'elle règle le partage de la
valeur ajoutée entre le travail, le capital et
les prélèvements qui financent les services
publics. Elle en est le modernisateur puisque
ses transformations déterminent les changements
du système productif : ainsi les fabriques
sont-elles indissociables de la révolution
industrielle, la grande entreprise de la montée
en puissance du salariat, les sociétés
multinationales de l'apogée de la société
industrielle, les groupes-plate-formes de l'âge
de la mondialisation.
Si l'intervention
de l'Etat est indispensable face à la dynamique
de la déflation par la dette, c'est autour de
l'entreprise que se décideront la sortie de
crise et les bouleversements dans la régulation
du capitalisme mondialisé, qu'il s'agisse de
l'équilibre entre l'Etat et les marchés, entre
la rémunération du travail et celle du capital,
entre les grands acteurs du système multipolaire
du XXIe siècle. Or l'entreprise reste le parent
pauvre de la théorie et de la politique
économiques. Pour les marxistes, elle se résume
à l'exploitation du travail ; pour John Maynard
Keynes, elle se confond avec l'équilibre de
sous-emploi ; pour les libéraux, elle est une
machine à maximiser le profit. Au cours des deux
dernières décennies, l'obsession qui a présidé à
son gouvernement a paradoxalement conduit à la
nier en tant qu'institution.
Nous
vivons une époque où l'éthique semble avoir
envahi l'espace : le commerce est éthique, la
finance est éthique, les entreprises adoptent
des chartes éthiques, etc. Pourtant le
capitalisme est dans tous ses états ; jamais
"l'amour de l'argent", comme dirait Keynes,
ne l'avait conduit à de telles extrémités :
rémunérations extravagantes des plus aisés,
rendements chimériques, obscénité de la misère,
explosion des inégalités, dégradation de
l'environnement... L'émergence de l'éthique
est-elle une réaction au spectacle affligeant
des conséquences morales et sociales d'un monde
économique déserté par l'éthique ?
Car on ne peut
rejeter avec légèreté l'hypothèse que l'oubli de
l'éthique aujourd'hui, comme hier, a conduit le
système à la crise. "Les deux vices marquants
du monde économique où nousvivons,
écrivait Keynes, sont que le plein emploi n'y
est pas assuré et que la répartition de la
fortune et du revenu y est arbitraire et manque
d'équité." D'où vient que l'on puisse porter
un tel jugement ? L'économie ne se donne-t-elle
pas comme la science par excellence disjointe de
toute considération éthique ?
Une enquête
pointe la nécessité de prendre en compte le
temps de travail domestique
Un nourrisson
noué dans le dos, une bassine de manioc ou
un fagot de bois maintenu sur la tête : les
femmes africaines déambulent rarement les
bras ballants. Si l'intensité de leur
travail, aisément perceptible, relève de
l'évidence, leur contribution à l'économie
passe largement inaperçue. Ainsi, le taux
d'activité des femmes africaines (62 %) est
supérieur à celui qui prévaut en Europe (49
%). Mais, reléguées dans des activités
informelles, voire non marchandes, et
assignées aux tâches ménagères, elles ne
pèsent guère dans les indicateurs qui
reflètent l'état des sociétés et sont censés
inspirer les politiques.
Un chercheur
de l'Institut de recherche pour le
développement (IRD), Jacques Charmes, a
entrepris depuis des années de lever le
voile sur la réalité de l'emploi du temps
des Africaines, en enquêtant minutieusement
sur leurs activités quotidiennes. Afin de
leur rendre justice et d'inciter à un
partage plus équitable des tâches entre les
sexes. Mais aussi pour montrer de quelle
façon la surcharge de travail qui pèse sur
les femmes compromet le développement
économique.
La Guadeloupe coûte déjà 2,5 milliards d'euros à
l'État et la Martinique 1,8 milliard.
Avec un taux de chômage qui dépasse les
20 % et une proportion de RMistes presque
quatre fois plus élevée qu'en métropole, les
Antilles souffrent de nombreux handicaps
économiques. Pourtant, l'État ne lésine pas sur
les moyens qu'il accorde à l'outre-mer.
L'effort global programmé jusqu'à présent pour
2009 est de 16,7 milliards d'euros. Pour la
Guadeloupe, la facture s'élève à 2,5 milliards,
et pour la Martinique à 1,8 milliard.
«Toutefois, ces chiffrages agrègent tous les
coûts, y compris ceux liés aux missions
régaliennes de l'État, comme l'Éducation, la
Justice, la police, qui existent dans l'ensemble
des départements français», nuance Éric Doligé,
sénateur UMP rapporteur du budget de
l'outre-mer. Or ces charges «habituelles» ne
sont pas négligeables : en Guadeloupe, l'État
dépense près de 700 millions d'euros pour
l'enseignement scolaire. «Il est donc plus juste
de se concentrer sur le coût, pour l'État, des
mesures spécifiques à ces territoires», explique
Jérôme Cahuzac, député socialiste, rapporteur de
ce budget à l'Assemblée.
L'année 2009
s'annonce économiquement très difficile pour la
France. Selon Les Echos et Le Figaro
de lundi, Christine Lagarde devrait annoncer
mercredi une prévision de croissance révisée de
-1,5% pour l'exercice en cours. Le déficit
public devrait lui passer à 5,5% du PIB, et
atteindre ainsi la somme de 100 milliards
d'euros. Ces chiffres, confirmés par Bercy, sont
les pires depuis... 1945.
Cette fois, Christine Lagarde aura bien du mal à
afficher son traditionnel optimisme forcené. Face à
la crise économique et financière, la ministre de
l'Economie et des Finances avait à plusieurs
reprises laissé entendre, parfois contre l'évidence,
que la croissance de la France pour 2009 serait
positive. En janvier encore, elle avait fait état de
prévision oscillant entre 0,2 et 0,5% pour
l'exercice en cours. Mais face au ralentissement de
l'économie et la baisse sensible des
investissements, ces chiffres ne semblaient guère
plausibles. Petit à petit d'ailleurs, Christine
Lagarde avait laissé entendre que les chiffres ne
seraient pas à la hauteur des attentes.
Mercredi, le nouveau discours sera donc radicalement
différent de celui asséné ces derniers mois. En
conseil des ministres, Christine Lagarde devrait
annoncer, à l'occasion de la présentation du projet
de loi de Finances rectificative pour 2009, de
nouveaux chiffres, extrêmement mauvais. Selon Le
Figaro et Les Echos de lundi, les
nouvelles prévisions de croissance pour 2009
devraient se situer entre -1 et -1,5%, des chiffres
synonymes de récession. Quant au déficit public,
évalué par la même Christine Lagarde à 4,4% en
janvier, il devrait en fait atteindre 5,5% du PIB,
et pourrait ainsi franchir la barre symbolique des
100 milliards d'euros. Au-dessus, très au-dessus
même, des 3% autorisés par l'Union européenne.
Ces chiffres ont été confirmés lundi matin par
Frédéric Lefebvre. "Je crois qu'il faut dire les
choses clairement, c'est -1,5% la réalité de ce qui
est devant nous", a déclaré le porte-parole de
l'UMP sur BFM TV/RMC. On sait parfaitement que
devant nous ça va être très dur. "Il va falloir
construire une loi de finances rectificative qui
tienne compte de l'impact de cette crise",
a-t-il ajouté, avant de tenter de rassurer en
précisant que "la France tient mieux que les
autres pays". N'empêche. La récession annoncée
est bel et bien la pire depuis... 1945.
Le PIB japonais a enregistré en
2008 un repli de 0,7 %, son plus mauvais
résultat annuel depuis 1998.Crédits photo : AP
Fin 2008, le
PIB du pays s'est effondré de 13 % en rythme annuel.
Le pays n'avait pas connu une situation aussi
catastrophique depuis 1974
Les Japonais,
à qui l'on apprend dès le plus jeune âge à ne
surtout pas exprimer leurs émotions, s'autorisent
désormais tous les superlatifs. Leur pays a connu un
recul de 0,7 % du PIB l'année dernière. Ce chiffre,
apparemment mauvais sans être dramatique, cache un
incroyable plongeon au dernier trimestre. Le produit
intérieur brut des trois derniers mois de 2008 a
reculé de 3,3 % par rapport aux trois mois
précédents, et de 12,7 % par rapport à la même
période en 2007. C'est «la pire crise depuis la fin
de la guerre», affirme Kaoru Yosano, ministre de la
Politique économique et budgétaire. L'économie
nippone est à ses yeux «littéralement ravagée». Le
langage est inhabituel. Mais il est vrai qu'il faut
remonter au grand choc pétrolier et au premier
trimestre de 1974 pour trouver un recul aussi brutal
(- 11,6 %). Effondrement des exportations de 45 % en
un an - essentiellement en raison du coup de frein
des achats américains de voitures et d'appareils
électroniques -, chute de l'investissement privé des
entreprises de 19,5 %, production industrielle en
repli de 20,8 % entre décembre 2008 et décembre
2009, tous les chiffres démontrent que l'Archipel
est au plus bas.
Le travail
intensif peut altérer les capacités mentales. C'est
à cette conclusion qu'aboutit une étude, parue dans
la livraison du mois de mars de
The American Journal of Epidemiology.
Le phénomène est d'autant plus préoccupant que le
sur-travail est monnaie courante. "Les longues
plages horaires sont communes dans le monde entier ;
dans les Etats membres de l'Union européenne,
entre 12 % et 17 % des actifs ont effectué des
heures supplémentaires en 2001", rappellent les
auteurs de l'étude.
Une équipe finlandaise a étudié le cas de 2 200
fonctionnaires britanniques, âgés de 35 à 55 ans,
sur une longue période, entre 1997 et 1999, puis
entre 2002 et 2004. Parmi les sondés, 39 % ont
rapporté des horaires hebdomadaires inférieurs à 40
heures, alors que 53 % ont déclaré un emploi du
temps de 41 à 55 heures.
Les résultats montrent que ceux qui travaillent plus
de 55 heures par semaine ont des capacités mentales
amoindries par rapport à ceux qui ont une durée de
travail hebdomadaire de 40 heures. Ceux qui avaient
une surcharge de travail sont moins bons dans les
tests d'évaluation du raisonnement et du
vocabulaire.
RAISONS OBSCURES
Les effets constatés sont par ailleurs cumulatifs :
selon l'étude, plus la semaine de travail est dense,
plus les effets indésirables se font ressentir. Pour
parvenir à de tels résultats, les employés ont été
soumis à cinq tests différents. Parmi ceux-ci, les
scientifiques ont soumis à l'échantillon une liste
de vingt mots de une à deux syllabes, en leur
donnant deux minutes pour en retenir un maximum.
Si le diagnostic est désormais établi, les causes
sont plus obscures. Les scientifiques n'ont pas pu
déterminer pour quelles raisons précises la
surcharge de travail affectait les facultés
mentales. Ils ont toutefois relevé un faisceau de
facteurs explicatifs, parmi lesquels figurent une
qualité de sommeil inférieure, de la dépression et,
d'une manière générale, une hygiène de vie moins
bonne.
Cette étude ne constitue qu'une base de départ pour
ceux qui l'ont réalisée, car, de leur propre aveu,
elle demeure limitée. "La durée de la période
d'étude ne semble pas suffisante pour détecter le
déclin des fonctions cognitives en général",
jugent les auteurs. L'analyse, qui prend pour base
des fonctionnaires, "n'est pas représentative de
la population active globale", poursuivent-ils.
Les tarifs
bancaires baissent en 2009 mais le recours aux
packages (forfaits comprenant différents produits et
services bancaires) augmente la facture des clients,
selon l'étude annuelle CLCV Mieux Vivre Votre
Argent.
Tarifs des
services à l'unité contre tarifs des forfaits.
Pour la première fois cette année, l'association
CLCV et le magazine Mieux Vivre Votre Argent ont
inclus dans leur étude annuelle sur les tarifs
bancaires, la comparaison entre les prix des
services à la carte et les prix des packages,
qui concernent près d'un client sur deux des
banques. Fondé sur la comparaison des tarifs
disponibles au 1er février 2009 de 124
établissements, le résultat de l'étude est sans
appel. Dans la majorité des banques, «il est
plus intéressant financièrement de souscrire des
services à la carte que d'opter pour un
package», selon l'association de consommateurs.
Ainsi, pour le profil petit consommateur (compte
peu actif, sans produit d'épargne), la facture
annuelle moyenne s'élève à 73,14 euros, s'il
paie les services à l'unité. En revanche, s'il
souscrit un package, la facture grimpe à 111,62
euros, soit un surcoût de 50%. Pour un petit
consommateur, il n'est intéressant de souscrire
un forfait que dans sept établissements sur
l'ensemble du panel. Pour un couple actif
(compte joint, utilisant une gamme assez large
de services bancaires et disposant d'un plan
d'épargne en actions), le package est toujours
moins intéressant mais il peut parfois permettre
de substantielles économies de l'ordre de 46%.
Qui n'a pas lu, ou
entendu parler, de Millénium, la trilogie
policière du Suédois Stieg Larsson ? Dès la fin
2007, la passion du public pour Lisbeth Salander,
une jeune femme qui se défend seule contre une
monstrueuse conspiration, propulsait les ventes à
plus de 8 millions d'exemplaires dans le monde. Un
best-seller international qui est également un "
long seller " : en Europe, les trois volumes
sont, depuis soixante-quinze semaines, en tête des
ventes.
Cet engouement durable pour Millénium
s'explique par le fait que la saga fait partie de
ces livres rares qui disent " quelque chose " sur
l'époque au sein de laquelle ils surgissent. Au-delà
de l'aspect romanesque apparent, le message
subliminal que distille Millénium pourrait
être le suivant : nous vivons au sein d'un monde
chaviré où la loi et l'ordre règnent en apparence,
alors qu'en réalité des mafieux tirent les ficelles.
Le
secrétaire d’état à l’outre-mer, Yves Jégo, a
diligenté une mission d’inspection, qui examine
depuis le mois de décembre 2008 le système de
distribution de l’essence dans les DOM-TOM. Le
rapport final doit être présenté fin février, mais
un rapport d’étape a déjà été rédigé, que Le
Monde s’est procuré. Il est accablant pour les
compagnies pétrolières.
Dans Le Journal du dimanche, du 8 février, M.
Jégo évoque "un questionnement sur un enrichissement
sans cause des compagnies pétrolières" qui pourrait
se terminer "par une action judiciaire de l’Etat"
contre elles.
L’Etat non plus n’est pas exempt de reproches, selon
ce pré-rapport : "Le dispositif actuel
d’administration des prix par les préfets prend
l’eau de toute part" et les services de l’Etat "sont
incapables de justifier la base des calculs sur
lesquels repose leur évaluation", en Guyane, en
Martinique et en Guadeloupe écrit l’inspecteur.
Mais les pétroliers apparaissent comme les plus
fautifs. Ainsi, le coût des approvisionnements (brut
importé pour être raffiné et produits finis ou
semi-finis) n’est pas déterminé sur la base des
approvisionnements réels "mais sur celle d’une
formule intangible", avec une clé de répartition
invariable entre brut et produits finis. Même quand
la SARA (Société anonyme de raffinement des
Antilles) a été arrêtée pendant deux mois… D’où le
soupçon d’enrichissement indu.
Keynes et Hayek
sont deux penseurs majeurs dont les œuvres,
plusieurs fois enterrées et ressuscitées, ont
toujours à nous apprendre. Ils se sont durement
affrontés, tout en se respectant et en
entretenant même des liens d'amitié. Leurs
analyses du fonctionnement des économies
capitalistes étaient radicalement opposées.
Ainsi, pour Keynes, rien ne garantit l'atteinte
du plein emploi, une économie pouvant se trouver
indéfiniment en situation d'équilibre de
sous-emploi. Pour Hayek, le libre fonctionnement
des marchés mène spontanément au plein emploi.
Elle a
cinquante ans. Que peut bien conserver de
révolutionnaire une quinquagénaire? En lisant la
presse internationale ce mois-ci, j’ai parfois
eu l’impression que c’est à l’aune de cette
question que le régime castriste est évalué –
critiqué, plus souvent que jamais. D’un côté, il
y a le registre des tares et des manques : la
dictature des Castro incapables de passer la
main politiquement; le traitement réservé aux
dissidents; les multiples pénuries qui
maintiennent les Cubains « dans la misère ».
D’un autre côté, les dirigeants et la presse
cubaine rappellent, à grand coups de dates, de
statistiques et de citations, la trajectoire de
la révolution depuis l’épopée héroïque jusqu’à
l’âpre résistance après la chute du Mur de
Berlin et les réalisations sociales du régime.
Par-delà les pour et les contre, il y a bien
entendu les vieilles lignes de fracture
idéologiques, mais les débats les plus sérieux
en la matière indiquent que, dans les réflexions
sur les perspectives futures à Cuba, se joue un
ensemble de questions que les nouvelles réalités
mondiales comme la crise économique, l’élection
de Barack Obama ou encore la montée de la gauche
en Amérique Latine remettent à l’ordre du jour.
Une
des plus grandes victoires de Fidel Castro est
sans doute d’avoir réussi à imposer une image
très schématique et déformée de ce qu’était le
Cuba d’avant la révolution de 1959, pour en
faire un repoussoir au service de sa propagande.
Le Cuba de 1958 n’était certes pas un paradis,
mais il n’était pas non plus l’enfer décrit par
le discours officiel. Les indices économiques de
Cuba en 1958 sont parlants: parmi les pays
d’Amérique latine, Cuba se classait en quatrième
position pour l’espérance de vie et en PIB par
habitant avec un revenu qui était alors
comparable avec celui des pays pauvres d’Europe
comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. Cuba était
aussi le pays d’Amérique latine qui possédait le
plus de kilomètres de voies ferrées et
d’appareils électroménagers par habitant. Le
peso cubain circulait alors à parité avec le
dollar. Aujourd’hui, il vaut vingt fois moins.
Le taux d’alphabétisation de Cuba était alors de
76,4 % soit la quatrième place sur le continent
latino américain après l’Argentine, l’Uruguay et
le Chili.
François
Bourguignon directeur de l’Ecole d’économie de
Paris.
Quel
beau thème que ce «Savoirs contre pauvreté»
retenu par le Collège de France, en association
avec l’Agence française du développement, pour
cette nouvelle chaire internationale inaugurée
dans l’affluence jeudi dernier ! Avec plus d’un
milliard de pauvres dans le monde, la lutte
contre la pauvreté requiert certes une volonté
politique et des ressources financières
supplémentaires. Mais elle demande aussi du
savoir afin que ces ressources soient utilisées
de façon indubitablement efficace.
Qui mieux
qu’Esther Duflo pouvait assurer le premier
enseignement de cette chaire ? Chercheuse
passionnée, elle est l’une des spécialistes
mondiales de l’évaluation et l’expérimentation
des programmes de lutte contre la pauvreté.
L’identification rigoureuse de l’impact d’un
programme est essentielle pour juger et
améliorer son efficacité. C’est aussi la seule
façon d’accumuler un savoir transposable à
d’autres contextes et participant ainsi au
progrès durable des politiques de développement
dans le monde. Les méthodes d’évaluation
d’impact aujourd’hui disponibles résultent de
l’adaptation, relativement nouvelle, à
l’économie de techniques des sciences
expérimentales. Esther Duflo est depuis le début
à la pointe de ce mouvement.
Parmi les "
bienfaits " des colonisations conduites au XIXe
siècle, il y eut l'introduction forcée et la culture
obligatoire du coton dans les régions de savanes
africaines : au Tchad, par exemple, chaque chef de
famille était tenu de cultiver une " corde " de
coton, soit environ un demi-hectare, afin
d'approvisionner l'industrie textile française. En
contrepartie, sa récolte lui était payée et, quand
on lui avait retenu les avances sur les semences,
les engrais et les pesticides, il lui restait trois
sous pour participer aux débuts de la société de
consommation.
On
était à la fin des années 1920. Les paysans
tchadiens ignoraient ce qu'était l'anticolonialisme,
mais ils avaient bien compris que la nouvelle tâche
qui leur était imposée était inique : elle tombait à
la même saison que la culture du sorgho vivrier,
elle doublait la quantité de travail, et elle
occupait une parcelle consacrée à l'indispensable
jachère, seule technique possible de régénération
des sols. Beaucoup se révoltèrent, mais la " chicote
" coloniale eut tôt fait de les calmer, et les
courageuses dénonciations d'André Gide ne furent
guère entendues en métropole.
A
l'aube du XXIe siècle, la décolonisation est -
dit-on - achevée, le travail forcé est interdit, et
le monde entier peut être informé en temps réel de
la plus petite exploitation de l'homme par l'homme,
fût-elle commise au coeur de la Nouvelle-Guinée ou
de l'Amazonie. Et pourtant, aussi insidieuse que
légale, une nouvelle forme de colonisation des
terres a commencé à s'instiller dans les régions les
plus pauvres de la planète, et nul ne proteste. Au
contraire, les premiers intéressés sont même parfois
demandeurs, comme ces représentants de la région
indonésienne de Papouasie qui ont démarché des
investisseurs saoudiens en leur offrant un million
d'hectares pour qu'ils puissent y produire les
céréales dont manque l'Arabie saoudite, moyennant
quelques investissements dans les infrastructures et
quelques miettes vivrières pour les populations
locales.
Le
courtier au cœur du scandale était une légende
de Wall Street, ainsi qu'une incarnation du rêve
américain. Ce maître nageur à Long Island a créé
son fonds d'investissement à l'âge de 22 ans,
avec 5 000 dollars. Réputé intuitif,
ultra-rapide mais aussi très "éthique",
il avait fini par s'imposer dans la communauté
financière. Au point de devenir président du
Nasdaq, la prestigieuse Bourse des valeurs
technologiques, de 1990 à 1991. Mondain, jovial,
il parvenait à capter la confiance de ses futurs
clients. Figure de la communauté juive
new-yorkaise, le "génial" financier
était très présent dans les activités
caritatives et culturelles.
Comment a-t-il escroqué ses clients ?
M.
Madoff recevait par le biais de son fonds
(Bernard Madoff Investment Securities) des
capitaux à gérer, qu'il investissait dans des
hedge funds (fonds d'investissement à
risque), dont la performance était réputée
supérieure à la moyenne. Lorsque la performance
n'était pas au rendez-vous, au lieu de diminuer
le rendement distribué aux investisseurs, il
prenait tout simplement l'argent des nouveaux
investisseurs et l'utilisait pour payer les
anciens. De ce fait, il donnait l'impression
d'une performance exceptionnelle, sur la base de
laquelle il attirait de plus en plus
d'investisseurs, mais année après année, il
dilapidait le capital que ceux-ci lui avaient
confié.
Quand la crise boursière éclate, nombre
d'investisseurs veulent récupérer leur mise.
Trop en même temps. M. Madoff ne peut pas rendre
l'argent. Il fait part de la situation à son
fils, qui prévient les autorités. Le 11
décembre, Bernard Madoff est arrêté par le FBI.
LA FRAUDE DE MADOFF
"Les marchés financiers
fonctionnent presque comme des sectes"
Comment
le gérant de fonds américain Bernard Madoff
a-t-il pu dissimuler aussi longtemps une
supercherie engageant quelques unes des plus
grandes banques mondiales ?
- Bernard Madoff a pu jouer sur sa crédibilité
auprès des investisseurs. Cela montre à quel
point les marchés financiers sont totalement
irrationnels et fonctionnent presque comme des
sectes religieuses. Il a pu fonctionner ainsi
parce qu'il appartenait à la communauté
financière et qu'il en était l'un des piliers.
La SEC (Securities and Exchange Commission),
chargée de réglementer et de contrôler les
marchés financiers a complètement failli à sa
tâche. Madoff a réussi à engager des sommes
colossales malgré les alertes de l'hebdomadaire
économique Barron's. La SEC, elle-même, a
enquêté à deux reprises sur le fonds Bernard
Madoff Investment Services. Ces investigations
n'ont malheureusement pas été suivies d'effet.
Le système financier mondial est-il
capable d'affronter la fraude démesurée du
gérant de fonds new-yorkais Bernard Madoff,
seulement deux mois après avoir enduré la
faillite de la banque d'affaires américaine
Lehman Brothers ?
- On ne sait pas quelle réaction en chaîne cette
fraude peut provoquer, des organismes risquent
de faire faillite. On parlait de faible
exposition lors de la faillite de Lehman
brothers, et chaque trimestre, l'addition
devenait de plus en plus salée. Par ailleurs,
depuis plusieurs mois, quelques acteurs
économiques français et étrangers avaient
anticipé les difficultés de certains hedge funds.
On n'imaginait pourtant pas qu'elles puissent
s'adonner à des pratiques frauduleuses d'une
telle ampleur. Les pertes accumulées par Bernard
Madoff représentent tout de même dix fois le
montant perdu par Jérome Kerviel.
A quel degré d'affectation les banques
françaises et européennes sont-elles exposées ?
- On croyait la BNP à l'abri de ce genre de
crash financier, grâce à la politique de
prudence observée jusque-là. Or on se rend
compte qu'elle n'a pas été épargnée par cette
fraude. Pour Natixis, cette perte de 450
millions d'euros est beaucoup plus
problématique, proportionnellement à la taille
de la banque. D'autant plus que ses deux
actionnaires principaux ont été déjà très
affaiblis par la crise des "subprimes". La
Caisse d'Epargne a également été victime de la
mauvaise gestion d'un trader.
La fraude de Bernard Madoff donne du crédit à
ceux qui avancent qu'il faut réguler d'avantage
le marché, qu'il faut le munir de règles plus
strictes.
Interview d'Odile Benyahia-Kouider par Sélim
Batikhy
(le lundi 15 décembre 2008) journaliste au
service économie du Nouvel Observateur
Les plans de relance concoctés par les divers pays
européens sont désormais connus. Ils procèdent
manifestement de philosophies très différentes d’un
pays à l’autre et tiennent compte de situations, des
finances publiques notamment, diamétralement
opposées. Il vaut la peine de s’attarder un moment à
essayer de décrypter ces logiques et de comparer les
chances des uns et des autres.
C’est la première fois depuis le premier choc
pétrolier, il y a 35 ans, que tous les pays
s’accordent sur la nécessité de mesures budgétaires
de relance de l’activité économique. Ces mesures
sont motivées par une récession très profonde,
devant laquelle la politique monétaire s’avère
inefficace, à la fois parce que la baisse des taux
d’intérêt ne peut compenser le pessimisme radical
des anticipations et parce qu’il ne faut pas compter
sur la BCE, toujours en retard d’une baisse, pour
mesurer la gravité de la situation.
A quoi sert une politique budgétaire de relance ?
Pour les économistes orthodoxes, il faut le
rappeler, elle ne sert à rien. Elle est inutile, car
les mécanismes du marché suffiront à remettre
l’économie sur sa trajectoire de croissance. Elle
n’accroît pas la demande, car les agents privés,
sachant que les dépenses publiques d’aujourd’hui
sont les impôts de demain, réduisent leur
consommation pour faire face à l’inévitable hausse
des impôts. Elle arrive après la bataille, car les
délais de mise en œuvre de cette politique sont
longs et variables. Fermez le ban.
En
Martinique, la banane constitue la principale
activité agricole que ce soit en terme de surface
agricole utilisée, de nombre d’exploitations, de
production, de création de richesse agricole ou de
créations d’emplois. La filière engendre près de 12
000 emplois, dont 6 000 à 8 000 emplois indirects.
Toutefois, en terme de création de richesse, son
poids dans l’économie est relativement faible (1,6
%). La valeur ajoutée du département provient en
effet principalement du secteur des services (48,5 %
de la valeur ajoutée). Le poids du secteur primaire
dans la création de richesse locale demeure
cependant élevé (3,7 %) comparé à la moyenne
nationale (2,4 %) ou communautaire (1,3 %).
La
Martinique s’est convertie depuis moins d’un siècle
à cette culture qu’elle a orienté exclusivement vers
l’exportation en raison de l’étroitesse du marché
intérieur et de la vivacité de la demande
extérieure. Près 98 % de la production consistent en
des bananes de variété d’exportation Cavendish,
cultivé principalement au nord-est, dans la zone du
Lorrain et du Marigot et dans le sud-est, dans la
région du Vauclin. La banane figue (moins de 2 % du
volume de production) est cultivée sur seuls 300
hectares à destination du marché local.
Sur les marchés extérieurs, la banane martiniquaise
est exposée à une concurrence des bananes dollars et
des bananes d’Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) qui
tend à se renforcer avec l’ouverture totale du
marché communautaire intervenue au 1er janvier 2006,
suite à la réforme du volet externe de
l’Organisation commune de marché (OCM) de la banane.
Compte tenu des écarts de compétitivité entre les
producteurs-exportateurs et de l’importance de la
filière dans l’équilibre socio-économique des
Antilles françaises, l’Union européenne assure un
revenu garanti aux producteurs dans le cadre du
volet interne de l’OCM banane, lui aussi réformé
cette année. 2006 est ainsi une année de changement
pour la banane martiniquaise en particulier et la
banane européenne en général. Afin de renforcer son
positionnement à l’extérieur, la filière
martiniquaise s’organise, améliore son système
productif et dessine une stratégie commerciale afin
de gagner en compétitivité et devenir de plus en
plus concurrentielle.
Les planteurs
antillais veulent faire contre-poids à la baisse
programmée des droits de douane appliqués en
Europe aux bananes sud-américaines, dites "bananes
dollar". Le système leur a jusqu'à présent conféré
un accès privilégié aux marchés du Vieux
continent.
C'est dans la suite logique des différentes
actions qui ont été entamées depuis quelques
années par la filière banane de Guadeloupe et de
Martinique qu'un protocole d'accord instituant
la mise en place d'un "plan banane durable" sur
la période 2008-2013 a été signé le 5 décembre
2008 par les instances professionnelles et les
pouvoirs publics, en présence du ministre de
l'Agriculture, Michel Barnier.
Les
producteurs des deux îles françaises ont décidé
de revendiquer la spécificité de leurs
bananeraies et d'accélérer leur démarche
environnementale alors que l'Union européenne
devrait "à terme" abaisser les droits de douanes
sur la "banane dollar" (cf encadré).
L'objectif du plan ? Faire contre-poids à la
baisse programmée des droits de douane appliqués
aux "bananes dollar" importées par l'Union
Européenne, système qui leur a jusqu'à présent
conféré un accès privilégié aux marché du Vieux
continent (comme ceux de la zone
Afrique-Caraïbes-Pacifique). La crainte des
producteurs antillais ? La disparition de tout
ou partie de leurs petites exploitations,
piliers de l'économie domienne, à l'instar des
exploitations de canne à sucre. Avec 270.000
tonnes produites, la banane est en effet le
premier produit exporté de Martinique et de
Guadeloupe. Ces quantités - au demeurant
modestes au regard d'une consommation européenne
qui avoisine 5,3 millions de tonnes - permettent
non seulement de consolider l'activité des
transporteurs vers la métropole mais surtout de
faire de la filière le premier employeur privé
des deux îles, avec 709 planteurs et 10.000
emplois directs et indirects.
Georges Baron engloutit un dernier morceau.
Ce retraité résidant à Evry vient de manger sa
banane quotidienne. Il l'a achetée le matin même à
l'hypermarché du centre commercial Evry 2, mettant
un terme à une vie de fruit de trente-deux semaines
et à un itinéraire de 7 329 kilomètres.
L'histoire de la banane de Georges Baron commence
curieusement dans le Languedoc. Les nouvelles
pousses plantées en Martinique après les dégâts
provoqués par le cyclone Dean, en août 2007,
proviennent en effet de Saint-Mathieu-de-Tréviers,
dans l'Hérault, où est installée l'entreprise
Vitropic. "Nous fournissons la semence",
résume Yvan Mathieu, son directeur. Mais l'honneur
antillais est sauf : Vitropic s'est approvisionné en
Martinique pour cloner des bananiers. L'avion qui
convoie ces semences obtenues en laboratoire (des "vitroplants")
vers l'aéroport Martinique-Aimé-Césaire ne fait donc
que leur offrir un retour au pays natal...
Jeunes gens
qui avez étudié les mathématiques financières en
rêvant d’une Ferrari à trente ans, vous êtes vous
jamais demandé d’où provenait la matière première de
votre art ?
Elle avait la même
origine que la crise, et cela commence à se savoir.
Il y avait beaucoup trop d’argent sur les marchés
financiers - c’est ce qui provoquait le
renchérissement artificiel des actions et des
matières premières. Il n’y en avait pas assez dans
les poches des salariés – c’est ce qui les poussait
à vivre à crédit. Entre les deux, d’imaginatifs
financiers perfectionnaient jour après jour la pompe
aspirante qui assurait l’équilibre du système. Un
équilibre très précaire, compte tenu des risques
accumulés.
Des revenus mal
répartis entre salaires et profits, entre les plus
riches et les autres : cela provoqua la crise de
1929, comme l’avait si bien analysé Marriner Eccles,
qui présida la banque centrale américaine de 1934 à
1948.
Le même diagnostic
peut être posé sur la crise actuelle. L’OCDE vient
d’apporter sa pierre à la démonstration, dans sa
plus récente livraison (1). Celle-ci se fait l’écho
des travaux de maints économistes, synthétisés par
Andrew Leigh.
La crise résiste
aux interventions étatiques. En verra-t-on un
jour le bout ?
Pour le savoir,
il faut d'abord poser le bon diagnostic. Or, ce
qui frappe, c'est le silence de la science. Les
grands économistes se taisent. Les politiques ne
parlent que de finance. Et ils n'osent pas
appeler un chat un chat. La vérité, c'est que
planquer des créances pourries parmi d'autres,
grâce à la titrisation, comme l'ont fait les
banques, c'est du vol. Les précautions de
vocabulaire sont malséantes. Nommer correctement
les choses permet de bien appliquer la sanction.
On reste trop révérencieux à l'égard de
l'industrie de la finance et de l'industrie
intellectuelle de la science financière. Des
professeurs de maths enseignent à leurs
étudiants comment faire des coups boursiers. Ce
qu'ils font relève, sans qu'ils le sachent, du
crime contre l'humanité.
Plus d'un an
avant que le problème des prêts dits
"toxiques" n'éclate au grand jour, un
cabinet de conseil en finances locales avait
alerté le ministère de l'Intérieur sur le
danger que couraient les collectivités en
acceptant de tels produits. La Seine
Saint-Denis, comme d'autres, s'est fait
piéger. Claude Bartolone en veut au
ministère.
Au ministère
de l'Intérieur, on le jure, main sur le
coeur: aucune collectivité n'est aujourd'hui
au bord de la faillite. Reste que les prêts
toxiques ont infiltré les comptabilités des
municipalités, des conseils généraux ou
régionaux. Rien que chez Dexia, l'une des
banques privilégiées par les élus locaux, on
compte plus de 4000 collectivités à avoir
contracté des prêts de ce type.
En première
ligne, la Seine-Saint-Denis. Dans le
département francilien, 98% des prêts
relèvent de ces produits structurés dits
"toxiques". Toxiques parce les
remboursements se font sur des taux très bas
les premières années (parfois 0%), avant
d'évoluer suivant des valeurs telles que le
cours du yen ou du franc suisse. Le risque
de dérapage est grand. Claude Bartolone,
président PS du conseil général, s'attend
ainsi à une hausse vertigineuse de la dette
départementale: "+ 3 millions en 2009, + 13
en 2010, + 18 en 2011". Face à une telle
situation, l'élu socialiste envisage de
porter plainte contre les banques qui ont
proposé de tels produits, et met en cause la
Direction générale des collectivités locales
(DGCL).
Par
Pierre Dockès, professeur émérite à l'université
Lyon II.
Dans
le maelström d'une
crise de liquidité,
il est indispensable
d'injecter
massivement des
liquidités
sur les marchés
monétaires et de
baisser les taux ;
les banques
centrales l'ont
fait, plus ou moins
vite et fort. De
même, il est
nécessaire de
nationaliser les
banques en faillite
et de garantir les
dépôts bancaires
afin d'éviter le
"run"
des particuliers aux
guichets des banques
criant
«I want my money
back».
Si cela a permis
d'éviter
l'effondrement du
système, c'est
insuffisant pour
sortir de la crise.
Racheter les
créances «pourries»
des banques avec le
plan Paulson pouvait
sembler une issue.
Non seulement cela
pose de sérieux
problèmes (à quel
prix ? N'est-ce pas
un cadeau aux
banques ? Le
lobbying et les
conflits d'intérêts
sont
omniprésents...),
mais, à l'évidence,
cela n'a pas suffi.
Aujourd'hui, à la
suite de Gordon
Brown, les
gouvernements
européens se sont
décidés à deux
mesures
complémentaires :
recapitaliser par
des fonds publics
les banques en
difficulté qui en
font la demande et
assurer les prêts
interbancaires (si
l'Allemagne a
garanti ces prêts,
la France a préféré
l'ouverture d'un
guichet public). Les
Etats-Unis viennent
de prendre à leur
compte une partie de
ce plan en
recapitalisant les
grandes banques sur
la base du
volontariat (250
milliards de dollars
pris sur les 700 du
plan Paulson).
Economiste
iconoclaste, John Kenneth Galbraith a consacré
en 1990 un livre aux bulles spéculatives qui
scandent l'histoire du capitalisme. Nous
reproduisons ici l'intégralité du dernier
chapitre de cet ouvrage, qui reste ô combien
d'actualité
"Les imbéciles
sont tôt ou tard séparés de leur argent", par
John Kenneth Galbraith
Il est peu de
points de repère plus couramment invoqués dans
la vie que les "leçons de l'Histoire". Ceux qui
ne la connaissent pas sont condamnés à la
répéter. Mais les leçons de l'Histoire sont
parfois d'une ambiguïté troublante, et tout
spécialement peut-être en économie. C'est que la
vie économique est engagée dans un processus
continu de mutation ; ce qu'ont observé les
savants du passé - Adam Smith, John Stuart Mill,
Karl Marx, Alfred Marshall - est donc un guide
incertain pour le présent ou l'avenir.
Comme il le fait deux
fois par semaine depuis vingt ans, Paul Krugman, 55
ans, professeur à l'université de Princeton, a
publié, lundi 13 octobre au matin, sa chronique
économique dans le Times. Et comme d'habitude, de
tous les éditorialistes, c'est lui qui recueillait
le plus de réactions de lecteurs sur le site
Internet du quotidien.
M. Krugman a un
talent : doué d'un remarquable sens didactique, il
explique l'économie aux béotiens comme personne ; et
il ne cherche pas à cacher sous des oripeaux
scientifiques les implications politiques de ses
conceptions. Ses partisans - à gauche, généralement
- adorent. Ses adversaires - ultralibéraux - adorent
le conspuer. Pour gagner en notoriété, on ne fait
guère mieux. Ou plutôt si : on peut aussi être sacré
Prix Nobel. C'est ce qui lui est advenu, lundi 13
octobre, quelques heures après la parution de son
article.
Plusieurs
organisations d'aide aux démunis constatent un
nombre croissant d'appels à l'aide «de personnes qui
ne pensaient pas tomber aussi bas». Martin Hirsch
les convie à une réunion de travail sur les effets
de la crise.
«On est habitué à
se serrer la ceinture. Depuis quelques semaines,
on se la serre un peu plus encore, c'est tout !»
Marie-France Ziemer garde le sourire. Pourtant,
avec son RMI, ses deux parents malades, sa fille
qui n'est pas encore autonome, et la jeune femme
qu'elle héberge, car «sinon elle serait à la
rue», difficile de joindre les deux bouts. Cette
militante active d'ATD
Quart-Monde et adepte forcée des files
d'attente des
Restos du Cœur d'Epinal, livre un constat
sans appel : «Chez les plus démunis, c'est moins
marquant, mais il y a une très nette
augmentation des appels à l'aide de personnes
qui ne pensaient pas tomber aussi bas».
C'est-à-dire ? «Des jeunes couples qui viennent
de s'installer, des étudiants, des gens qui
travaillent et qui ont des crédits… On le voit
bien, ils n'y arrivent plus ces derniers temps
!»
Signataire du
manifeste du Forum social de Porto Alegre
("Douze propositions pour un autre monde
possible"), en 2005, vous êtes considéré comme
l'un des inspirateurs du mouvement
altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le
Centre Fernand-Braudel pour l'étude de
l'économie des systèmes historiques et des
civilisations de l'université de l'Etat de New
York, à Binghamton. Comment replacez-vous la
crise économique et financière actuelle dans le
"temps long" de l'histoire du capitalisme ?
Immanuel
Wallerstein :
Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps
de la "longue durée", qui voit se succéder dans
l'histoire humaine des systèmes régissant les
rapports de l'homme à son environnement
matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le
temps des cycles longs conjoncturels, décrits
par des économistes comme Nicolas Kondratieff
(1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950).
Nous sommes aujourd'hui clairement dans une
phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé
il y a trente à trente-cinq ans, après une phase
A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des
cinq cents ans d'histoire du système
capitaliste.
Dans une phase A,
le profit est généré par la production
matérielle, industrielle ou autre ; dans une
phase B, le capitalisme doit, pour continuer à
générer du profit, se financiariser et se
réfugier dans la spéculation. Depuis plus de
trente ans, les entreprises, les Etats et les
ménages s'endettent, massivement. Nous sommes
aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase
B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel
devient réel, et que les bulles explosent les
unes après les autres : les faillites se
multiplient, la concentration du capital
augmente, le chômage progresse, et l'économie
connaît une situation de déflation réelle.
Si spectaculaire
soit-elle, la débâcle boursière, dont les
gouvernements et les grandes banques centrales
peinent à venir à bout, n'est que la partie
émergée d'une crise en train de se propager à
l'économie réelle. Une spirale baissière et
récessive s'est enclenchée. Les marchés
anticipent une chute des profits des
entreprises, qui font face à des perspectives
d'activité dégradées. Ils vendent leurs titres.
Les entreprises ne peuvent plus se financer sur
les marchés actions, et elles commencent à être
confrontées au resserrement du crédit. Certaines
d'entre elles, notamment les PME, ne s'en
relèveront pas. Partout, les perspectives
d'embauche se détériorent, le chômage s'accroît,
les revenus diminuent. Comme toujours en
pareilles circonstances, ce sont les plus
vulnérables parmi les entreprises et les ménages
qui seront les premiers touchés.
Paul
Krugman, professeur d'économie à l'université de
Princeton et éditorialiste au journal New York
Times, vient de recevoir le prix Nobel de
l'économie 2008. Dans cet entretien paru
dans le numéro d'octobre d'Alternatives
Economiques, il analyse la situation sociale
américaine.
Les
Etats-Unis viennent de connaître un cycle
d'expansion économique important et pourtant les
inégalités et la pauvreté s'accroissent. Comment
l'expliquez-vous?
Cela tient en grande partie à un changement des
rapports de force politiques. La masse des salariés
a beaucoup perdu de pouvoir de négociation et comme
je l'explique dans mon dernier livre (1), les
conditions politiques ont une influence essentielle
sur la répartition du revenu.
Quel a été le rôle
des politiques suivies par le gouvernement Bush?
Bush a fait deux choses. Il a modifié le système
fiscal dans un sens très régressif, avec de fortes
baisses d'impôts sur les revenus les plus élevés,
les dividendes et les gains en capital. Ce qui
profite aux plus riches et a également réduit les
fonds disponibles pour les politiques publiques
d'aide aux plus démunis. On peut estimer que 35 % à
40 % des baisses d'impôts de Bush ont servi les
revenus des personnes gagnant plus de 300 000
dollars par an [environ 210 000 euros], ce qui
représente une redistribution importante en faveur
de ceux qui sont pourtant le plus à même de payer
des impôts. Le gouvernement Bush a par ailleurs
accéléré la perte de pouvoir de négociation des
salariés en réduisant fortement la possibilité de
toute forme d'organisation syndicale.
«30 milliards de dollars seulement
permettraient de nourrir durant un an les
925 millions de personnes qui souffrent de
la faim dans le monde.»
Interview de Sébastien Fourmy, porte-parole
d'Oxfam France, de retour des assemblées
annuelles du FMI et de la Banque mondiale,
déplore l'écart entre les moyens mis en
œuvre dans un cas et la passivité dans
l'autre.
Recueilli par Eliane Patriarca
A l'issue des assemblées annuelles du
Fonds monétaire international (FMI) et de la
Banque mondiale, plusieurs ONG se sont
inquiétées que la crise financière ait relégué
les difficultés des pays pauvres au second plan.
Aux côtés des représentants des pays en
développement, elles ont multiplié les appels à
ne pas réduire l'aide dans ces temps difficiles
pour les budgets des Etats.
Ainsi, dans un communiqué, l'organisation non
gouvernementale Oxfam affirme que «ces
réunions ont offert un nombre de solutions
scandaleusement faible pour les pays les plus
pauvres. Les dirigeants mondiaux reconnaissent
qu'il y a une crise mondiale de la pauvreté,
mais l'ont ignorée». Or, la faim et la
malnutrition ne cessent de progresser : plus de
925 millions de personnes souffrent de la faim.
«Alors que le monde
développé a dégagé plus de 1000 milliards de
dollars en quelques semaines pour empêcher ses
banques de faire faillite, il ne parvient pas à
trouver 1% de cette somme pour aider les pays
les plus pauvres à surmonter la crise
alimentaire»,ajoute Oxfam. Entretien
avec Sébastien Fourmy, coordinateur des
campagnes d'Oxfam France-Agir Ici, et de retour
de Washington.
La banque Fortis,
qui a frôlé la faillite, a organisé « un évènement
culinaire » de luxe dans l'un des meilleurs
restaurants de Monaco, quelques jours après son
rachat par BNP-Paribas.
Après le très cher séminaire d'AIG, le cas
Fortis. Sauvée en urgence par l'état belge et à
peine rachetée par BNP-Paribas, la branche
assurances de Fortis a invité 50 personnes à un
« événement culinaire » dans l'un des
restaurants les plus chers de Monaco : le Louis
XV. On compte parmi les convives,
essentiellement des courtiers externes et
quelques membres de la direction. Coût de
l'opération : 150.000 euros, révèle le quotidien
belge De Morgen. Une bagatelle pour un groupe au
bord de la faillite, il y a encore quelques
semaines.
Selon le guide Lonely Planet, le Louis XV,
restaurant de l'Hôtel de Paris Monte-Carlo,
abrite l'une des plus prestigieuses cave de vins
au monde, avec quelque 250.000 bouteilles dont
certaines parmi les plus chères du marché. La
moyenne d'un repas y atteint environ 300 euros
et une chambre 1000 euros. Sans compter les
billets d'avion et autres frais de voyage.
A la
mi-septembre, l'assureur américain AIG avait
organisé un séminaire dans un hôtel de luxe
californien avec cure et remise en forme, pour
440.000 dollars, une semaine seulement après son
sauvetage par les autorités américaines. Le
groupe s'est défendu en expliquant que ces
dépenses, prévues depuis des mois, entraient
dans le cadre d'opérations commerciales
habituelles dans le secteur de l'assurance. Il
expliquait également, que le séjour a été offert
à des courtiers indépendants, et non à ses
dirigeants. Plusieurs parlementaires américains
s'étaient émus des sommes engagées dans le
complexe hôtelier californien.
Fortis Assurances, de son côté, se dit « bien
conscient de la sensibilité du grand public sur
la crise financière »..
Aurélia Vertaldi (lefigaro.fr)
avec AFP
10/10/2008
Le
17 septembre dernier, la banque centrale américaine
sauve de la faillite AIG, le premier assureur du
pays, en lui accordant un prêt de 85 milliards
d'euros en échange de 79,9 % des parts de la
société. Un renflouement réalisé grâce à l'argent du
contribuable, au grand dam des citoyens, furieux de
voir leurs impôts servir au sauvetage des
institutions financières imprudentes.
À peine une semaine plus tard, certains dirigeants
d'AIG n'ont rien trouvé de mieux que d'utiliser cet
argent pour se payer une retraite, du 24 au 28
septembre, dans
un complexe luxueux de Californie, le St Regis de
Monarch Beach. Facture de ce séminaire luxueux :
443.343,71 dollars, dont près de 200.000 pour payer
les chambres (à 1.000 dollars la nuit ou plus), et
plus de 150.000 dollars pour les repas, ainsi que
23.000 dollars de soins de remise en forme", selon
le démocrate américain Henry Waxman auditionné par
la commission de la transparence et de la réforme du
gouvernement de la Chambre des représentants.
La
crise financière va-t-elle conduire à un retour en
force de l’Etat sur la scène économique et sociale ?
Il est trop tôt pour le dire. Au moins est-il utile
de dissiper quelques malentendus et de préciser les
termes du débat. Les sauvetages de banques et les
réformes du système de régulation financière
orchestrés par le gouvernement américain ne
constituent en soi pas un tournant historique. La
rapidité et le pragmatisme avec lesquels le Trésor
américain et la Federal Reserve adaptent chaque jour
leur doctrine et se lancent dans des
nationalisations temporaires de pans entiers du
système financier sont certes impressionnants. Et
même s’il faudra du temps pour connaître le coût
final net pour le contribuable, il est possible que
l’ampleur des interventions en cours dépasse les
niveaux atteints dans le passé. On parle maintenant
de montants compris entre 700 et 1 400 milliards de
dollars, soit entre 5 et 10 points de PIB américain,
alors que la débâcle des Savings and Loans des
années 80 avait coûté environ 2,5 points de PIB.
Le
monde n'est pas tendre
envers le néolibéralisme, ce
fourre-tout d'idées basées
sur la notion
fondamentaliste que les
marchés sont autocorrecteurs,
qu'ils distribuent
efficacement les ressources
et servent l'intérêt
général. C'est le
fondamentalisme de marché
qui a soutenu le
thatchérisme, la «
reaganomique » et le «
consensus de Washington »
favorables aux
privatisations, à la
libéralisation économique et
à des banques centrales
indépendantes préoccupées
uniquement par l'inflation.
Après un quart de siècle
d'expérimentations parmi les
pays en développement, les
perdants apparaissent
clairement : non seulement
ceux qui ont adopté une
politique néolibérale ont
perdu la course à la
croissance, mais quand il y
a eu croissance, elle a
bénéficié de manière
disproportionnée aux plus
riches.
Même si les néolibéraux se
refusent à l'admettre, leur
idéologie a échoué aussi à
l'égard d'un autre critère,
celui de l'allocation des
ressources, comme à la fin
des années 1990 avec les
investissements consacrés à
la fibre optique. Cette
erreur a eu au moins un
avantage inattendu : le coût
des communications a baissé
et l'Inde et la Chine se
sont intégrées plus avant
dans l'économie mondiale.
Les
Etats-Unis vont racheter aux banques leurs
actifs invendables.
par Nicolas Cori
Mille?
Deux mille milliards ? La somme est encore inconnue,
mais c’est un plan d’une ampleur exceptionnelle que
le gouvernement américain prépare pour sauver le
système financier. Vendredi après-midi, George Bush
et son secrétaire au Trésor Henry Paulson ont
confirmé qu’ils étaient prêts à dépenser «des
centaines de milliards de dollars du contribuable»
afin de mettre en place un mécanisme permettant aux
investisseurs (banques, assurances, fonds…) de se
débarrasser de leurs actifs «toxiques». C’est-à-dire
de tous les produits financiers structurés à base ou
non de subprimes devenus invendables depuis le début
de la crise.
Revirement. «Nous sommes à un moment crucial pour
l’économie de l’Amérique, a déclaré Bush depuis la
Maison Blanche. Etant donnée la précarité de la
situation sur les marchés financiers et leur
importance vitale pour la vie quotidienne des
Américains, l’intervention du gouvernement n’est pas
seulement nécessaire, elle est essentielle.» Un
revirement complet par rapport aux convictions
libérales de son administration.
Les régulations traditionnelles n'ont pas
résisté à la crise financière. Il faut
s'attaquer à la racine du mal
Depuis
que la crise immobilière
des subprimes a éclaté
aux Etats-Unis il y a
plus d'un an, pour
atteindre les
principales banques et
autres fonds de
placement, beaucoup se
sont demandé comment la
contenir. Aujourd'hui,
les nouvelles faillites
de Lehman Brothers et de
Merril Lynch montrent,
s'il était besoin, que
cette question est
doublement dépassée.
Deux digues, en effet,
ont été rompues.
D'abord, en raison de la
globalisation du
capital, ce ne sont pas
seulement les
institutions financières
américaines qui ont été
touchées, mais une bonne
partie de celles du
monde entier, tellement
la circulation des
titres hypothécaires
avait été grande.
Ensuite, déjouant les
pronostics de nombreux
experts qui se voulaient
rassurants, la crise
bancaire et financière a
franchi la barrière de
l'économie réelle
puisque l'économie
américaine et celle de
l'Europe sont au bord de
la récession (- 0,3 %
pour le PIB français au
deuxième trimestre, -
0,5 % en Allemagne et -
0,2 % dans la zone euro)
et que, au niveau
mondial, le
ralentissement de la
croissance est désormais
certain.
La raréfaction du crédit
consécutive à la
fragilisation de
nombreuses banques a
conduit les banques
centrales, notamment la
Réserve fédérale et la
Banque centrale
européenne (BCE), à
injecter des centaines
de milliards de dollars
et d'euros et, pour la
première à réduire son
taux directeur, mais
cela n'a suffi ni à
sauver la mise de
certaines institutions
financières ni surtout à
éviter que l'économie
productive soit
gangrenée.
Certains
industriels du secteur agro-alimentaire ont recours
à différents procédés comme les changements
d'emballage, la modification de recettes ou la
diminution de la quantité des produits pour
camoufler des "hausses de prix", selon une enquête
du mensuel "60 millions de consommateurs" à paraître
jeudi et que "conteste formellement" Jean-René
Buisson, le président de l'Association nationale des
industries alimentaires.
La
technique "la plus fréquente" consiste à "diminuer
la quantité du produit contenu dans l'emballage",
affirme "60 millions de consommateurs", dénonçant
ainsi une "inflation masquée". Le magazine donne
l'exemple du fromage blanc Jockey, de la marque
Danone: vendu auparavant en pot de 1kg, il ne
contient désormais plus que 850g.
Dans la même marque, les pots de crème dessert
pèsent 125g en packs de quatre, mais seulement 115g
lorsqu'on les achète par douze ou seize, selon
l'article, qui cite aussi les paquets de gâteaux
Prince de Lu, passés de 380g avant l'été à 300g
aujourd'hui.
C'est
du petit marché des subprimes, du nom de ces
crédits hypothécaires américains risqués, que
tout est parti. Parce que des banquiers ont
octroyé des crédits immobiliers à des ménages
aux revenus très modestes peu solvables en
calculant leur capacité d'emprunt sur la valeur
de la maison achetée. Tant que les prix
immobiliers progressaient ce système
fonctionnait. Mais lorsque l'immobilier a
commencé à se replier aux Etats-Unis en 2007,
l'effet pervers de cette mécanique s'est
enclenché. Les ménages n'ont plus été capables
de rembourser leurs emprunts, et les
établissements de crédit qui les avait accordés
se sont effondrés. La crise s'est ensuite
diffusée à tout le système financier par le
canal de la titrisation, cette technique née
dans les années 1970 consistant à transformer
des prêts bancaires en obligations achetées par
les investisseurs du monde entier.
La crise est,
d'une manière plus générale encore, la
conséquence des excès observés sur le marché du
crédit aux Etats-Unis. Dans les années 1990, la
politique monétaire très souple - c'est-à-dire
des taux d'intérêt très bas, rendant le crédit
très peu cher - menée par le président de la
Réserve fédérale américaine (Fed), Alan
Greenspan, avait conduit à la formation d'une
bulle spéculative à la Bourse de New York,
notamment sur les valeurs Internet. Celle-ci
avait fini par éclater au printemps de l'année
2000.
Après ce krach,
la politique monétaire de la Fed a de nouveau
été assouplie pour permettre à l'économie
américaine de se relever. Après les attentats du
11 septembre 2001, les taux d'intérêt ont même
été abaissés à 1 %. Cette réduction du coût de
l'argent a certes permis de stimuler la
consommation des ménages américains, leurs
achats de logements et les investissements des
entreprises. Mais elle a aussi permis aux
financiers de multiplier les mécanismes
d'emprunts de plus en plus sophistiqués et de
plus en plus audacieux. "Les crédits ont agi
comme des stéroïdes pour doper la croissance
américaine. Mais il y a eu overdose. L'Amérique
est aujourd'hui en cure de désintoxication",
explique Joseph Stiglitz, économiste, Prix Nobel
d'économie en 2001.
Pour un
nouveau New Deal
Paul Krugman propose une lecture résolument politique de la
question sociale aux Etats-Unis
Les
traductions imposent parfois des changements de titre
significatifs. Si celui de l'essai de l'économiste Paul
Krugman avait été traduit fidèlement, il se serait
intitulé La Conscience d'un libéral. Tout indique
que l'éditeur a craint des malentendus. C'est que, en
France, quiconque se dit " libéral " a de fortes chances
d'être aussitôt catalogué comme un idéologue du
libre-échange et un adversaire résolu de
l'Etat-providence. Comme Krugman défend des positions
aux antipodes de ce libéralisme-là, l'éditeur a préféré
annoncer la publication du livre sous le titre La
Conscience d'un démocrate, avant d'opter pour
L'Amérique que nous voulons.
Pourtant,
on sait que, aux Etats-Unis, un " libéral " se situe " à
gauche " : " Quand les Américains disent de quelqu'un
"il est libéral", notait Raymond Aron en 1959, en
gros, ils veulent dire que ce quelqu'un est plutôt du
côté de l'égalité des races, plutôt du côté de l'égalité
sociale, plutôt contre le grand capitalisme, plutôt pour
les réformes. " Surtout, ce " quelqu'un " se réclame de
l'expérience du New Deal de Franklin D. Roosevelt
(1882-1945), marquée par le choix d'affronter la Grande
Dépression économique des années 1930 à travers une
politique d'intervention des pouvoirs publics destinée à
corriger les mécanismes du marché et à garantir une
distribution plus égale des richesses.
Rien
n'arrête l'explosion de la montée des prix au
Zimbabwe, qui a établi un record mondial en juin à
11,2 million de pourcent sur un an. En cause selon
les spécialistes : la réforme agraire de 2000,
lancée par Mugabe.
Le
taux annuel d'inflation au Zimbabwe poursuit sa
flambée aussi incroyable que catastrophique, en
atteignant un nouveau record mondial de 11,2
millions de pour cent en juin, selon l'Office
central des statistiques (CSO), cité mardi 19
août par le quotidien d'Etat The Herald.
"Le taux annuel d'inflation s'est élevé à 11,2
millions de pourcent en juin", peut-on lire dans
le journal qui cite le CSO.
Le précédent record datait du moi précédent, les
dernières statistiques faisant état d'une
inflation de 2,2 millions de pour cent en mai.
Cependant, ce taux avait été mis en cause par
les analystes qui estimaient que les chiffres
officiels restaient encore sous-estimés.
L'économie du Zimbabwe est en ruine. Outre cette
hyperinflation, le taux de chômage approche les
80%, la production s'effondre, provoquant des
pénuries récurrentes.
Chaque jour, les prix grimpent de 30 à 40% dans
ce pays d'Afrique australe, quatre habitants sur
cinq vivent au-dessous du seuil de pauvreté.
Malgré la baisse du pouvoir d'achat, 79% des
salariés préfèrent profiter de leurs RTT plutôt
que les faire racheter par leur entreprise.
C'est ce que révèle un sondage publié lundi.
Plus des trois quarts des salariés n'envisagent
pas de faire racheter des jours de RTT cette
année, contre 11% qui pensent faire usage de
cette possibilité créée en février par le
gouvernement, selon un sondage LH2/Les
Echos/L'Institut de l'entreprise, publié lundi.
Relancer
la production ", affirmait une banderole,
mercredi 11 juin, derrière le président vénézuélien
Hugo Chavez au moment où celui-ci annonçait des
mesures visant à atteindre cet objectif. "
L'investissement, c'est le Venezuela ",
proclamait un autre slogan. On aurait pu en ajouter
un troisième : il est urgent de contenir
l'inflation.
Produire plus, investir et freiner la hausse des
prix sont les trois priorités économiques actuelles
du socialisme vénézuélien. En dépit du boom
pétrolier, qui va rapporter environ 75 milliards de
dollars (48,9 milliards d'euros) en 2007 - le pays
est le 10e producteur mondial de brut -, la
croissance a décliné.
L'économie américaine va mal. Les dégâts de la crise
financière, provoqués par l'effondrement des
subprimes, ces crédits immobiliers à risque, sont
visibles. Mardi 29 avril, le président des
Etats-Unis, George W. Bush, a affirmé que l'activité
économique était " très lente " et estimé que
cela se refléterait dans les chiffres de la
croissance du premier trimestre publiés mercredi.
Ces chiffres appartiennent-ils déjà au passé ? Sur
les marchés règne le sentiment que le pire de la
crise financière est peut-être passé. Que les
subprimes, qui ont suscité une véritable psychose
chez les investisseurs de part et d'autre de
l'Atlantique, seront, bientôt, un mauvais souvenir.
Pour preuve, la Bourse qui a atteint des plus bas
entre janvier et mars, aux Etats-Unis comme en
Europe, se stabilise. Le dollar, qui avait plongé à
des niveaux historiques face aux principales
devises, en particulier face à l'euro, se redresse.
Le billet vert, qui s'est échangé jusqu'à 1,60 euro
le 22 avril, est remonté à 1,55 euro. La
quasi-totalité des analystes interrogés par l'agence
Bloomberg présagent désormais que la Réserve
fédérale américaine (Fed), qui a réduit de manière
agressive ses taux pour contrer la crise, annoncera,
mercredi soir, une nouvelle baisse de 0,25 point,
portant le loyer de l'argent de 2,25 % à 2 %. Mais
celle-ci devrait être la dernière avant un certain
temps. " C'est encore un peu hésitant mais l'on
commence à penser à un scénario de sortie de crise.
Et si tel est le cas, la Fed n'a plus de raison de
baisser ses taux ", explique Christian Parisot,
économiste chez Aurel Leven.
Robert B.
Zoellick, Président de la Banque mondiale
La
crise présente fournit l'occasion de transformer
la hausse de la demande en nourriture en
opportunité de progrès.
Ces images troublantes devraient pousser à l'action
la communauté internationale : émeutes en Haïti,
manifestations en Egypte, violences dans de nombreux
autres pays, toutes provoquées par la hausse des
prix des denrées alimentaires. Selon les estimations
du groupe de la Banque mondiale, le doublement des
prix alimentaires sur les trois dernières années
pourrait aggraver la situation de pauvreté que
vivent 100 millions de personnes dans les pays à
faibles revenus. Et il ne s'agit pas d'un problème
passager : réalités démographiques, évolution des
comportements alimentaires, prix de l'énergie,
culture des biocarburants et changements
climatiques, laissent craindre une hausse durable
des prix alimentaires.
Sylvie Brunel
professeur des
universités à Paris-Sorbonne, ancienne
présidente d’Action contre la faim.
Il a suffi d’une baisse conjoncturelle de
production de 10 %, liée à de mauvaises
récoltes dans les grands pays producteurs de
l’hémisphère Nord et en Australie, pour que
le monde s’affole : nous courons à la famine
!
Pourtant, cette flambée s’explique d’abord pour
des raisons spéculatives et des achats de
précaution : peur de manquer, volonté de
certains grands pays exportateurs, comme la
Thaïlande et le Vietnam de réserver leur
production à leur marché interne, opérations
boursières se sont conjuguées pour créer
l’illusion d’une pénurie mondiale. Pourtant, si
de tels emballements des cours se sont déjà
produits par le passé, en 1973-1974 ou en
1996-1997, ils mettent aujourd’hui en évidence
l’extrême vulnérabilité et la dépendance de
nombreux pays en développement à l’égard de
leurs importations alimentaires. Au moment de la
crise de la dette, la plupart d’entre eux ont
fait le choix, sous la pression des institutions
financières internationales, d’ouvrir leurs
frontières et de nourrir les citadins grâce aux
marchés mondiaux. La surproduction dans les pays
du Nord, liée aux sommes investies dans
l’agriculture, avait créé un excédent de denrées
alimentaires qu’Europe et Etats-Unis ont pris
l’habitude d’exporter. Le prix mondial du blé,
du maïs, du riz s’est ainsi établi au niveau du
producteur le plus compétitif, d’autant plus
compétitif que les subventions à l’exportation
puis, quand l’OMC les a interdites, les aides
directes au revenu agricole ont tiré à la baisse
les cours mondiaux, sans relation aucune avec
les coûts de production réels.
Les 248
habitants de Madan Belizè font partie de cette
majorité des Haïtiens qui survit dans l'extrême
pauvreté. Au bout d'une piste rocailleuse, au milieu
de cactus et de massifs d'épineux, les masures en
torchis sont éparpillées en bordure du lac Azueï,
appelé aussi étang saumâtre, à la frontière de la
République dominicaine. Longtemps, les habitants se
sont nourris des poissons du lac. Cette ressource
s'est épuisée, et les villages du bord du lac n'ont
survécu que de l'élevage de quelques chèvres.
Depuis quelques mois, l'espoir renaît à Madan Belizè.
Grâce à la ténacité de Patrick Vilaire, un sculpteur
qui multiplie les programmes de développement dans
les communautés pauvres, et à l'expertise de
Valentin Adé, un Ivoirien émigré en Haïti après un
doctorat en pisciculture à l'université Auburn
(Alabama, Etats-Unis). Avec un financement de la
coopération française, 250 000 euros, les deux
hommes ont créé une ferme piscicole, qui produit des
alevins pour les pêcheurs du lac Azueï. Ces alevins,
d'une trentaine de grammes lorsqu'ils sont plongés
dans des cages en plastique dans les eaux du lac,
sont le fruit d'un croisement hautement symbolique
entre des spécimens venus d'Egypte et d'Israël.
Une
entreprise basée à Montpellier (Hérault) a été
condamnée lundi par le conseil des prud'hommes local
pour avoir licencié un salarié ayant annoncé sa
volonté de devenir transexuel. La société multimédia
Kaliop devra verser 25.000 euros de dommages et
intérêts à cet employé prénommé Baptiste avant de
devenir Clarisse, ainsi que 32.440 euros de rappel
de salaires. Néanmoins, la société a décidé de faire
appel de ce jugement, a annoncé son avocat, Me
Michel Pierchon.
En juin 2005, Baptiste, marié et père de famille,
avait été embauché par la société Kaliop en tant que
directeur administratif. 15 mois plus tard, après
avoir annoncé à ses collègues et à sa direction
qu'il souhaitait changer de sexe, il était licencié
pour "manquements professionnels". Mais pour celui
qui est devenu Clarisse, les motifs de son
licenciement s'expliquent par son changement de
sexe.
Depuis plusieurs jours,
des manifestations
populaires prennent
forme dans de nombreux
pays du Sud. Les raisons
de ce mécontentement
sont partout
semblables ; les prix de
la nourriture de base
ont augmenté de manière
aussi brutale
qu’importante et les
populations, déjà
paupérisées par la
mondialisation, se
retrouvent dans
l’incapacité d’assumer
cette charge
supplémentaire. Les
peuples ont faim ! Les
causes de cette flambée
sont multiples mais
elles sont globalement
issues des jeux
économiques. D’une part,
une spéculation de
replis sur les denrées
alimentaires suite à la
crise des subprimes,
d’autre part la
production d’agrocarburants
et le réchauffement
climatique. Pourtant,
certains journalistes
pointent dans leurs
articles les autorités
locales africaines comme
responsables des choix
catastrophiques en
matière de politiques
alimentaires, semblant
ignorer que les
politiques agricoles des
pays du Sud sont
soumises aux
conditionnalités de la
Banque mondiale, du
Fonds monétaire
international (FMI) ou
encore aux Accords de
partenariat économique
(APE). Ceux qui
façonnent l’opinion
publique font ici preuve
d’une légèreté
étonnamment orientée.
C’est ainsi que l’on
peut lire dans la presse
écrite belge : « de
nombreux pays du
continent
[africain]
importent des aliments
au lieu de les produire,
parce que les
autorités locales
donnent la priorité aux
cultures d’exportation
afin d’en retirer les
devises pour acheter ce
qu’ils ne produisent pas |.
Raccourci étonnant.
Aussi étonnant que
simplificateur et qui
dédouane à peu de frais
les politiques
néolibérales de
privatisation, de plans
d’ajustement structurel,
imposés depuis bientôt
trente ans par les
institutions financières
internationales (IFI) et
les gouvernements du
Nord au reste de la
planète.
En ne permettant pas aux
jeunes filles de suivre une scolarisation
régulière, l'Asie du Sud et l'Afrique
subsaharienne pénalisent leur croissance à court
et long termes
Les femmes nées en
Asie du Sud et en Afrique subsaharienne grandissent
dans des régions en proie à la pauvreté, la maladie,
la guerre ou la famine. Et elles doivent faire face
à ces problèmes avec l'inconvénient majeur... d'être
des femmes. Même si de nos jours les questions
d'appartenance sexuelle font l'objet de plus
d'attention, les inégalités persistent. Nombre de
filles des pays pauvres continuent ainsi de se voir
refuser l'accès à une éducation élémentaire. Dans le
monde, trois enfants analphabètes sur cinq sont des
filles. Notamment en Asie du Sud et en Afrique
subsaharienne, les normes culturelles et la détresse
économique empêchent les parents d'envoyer leurs
filles à l'école ou de les y laisser, s'ils doivent
y inscrire leurs fils. La solution la plus évidente
consisterait à construire plus d'écoles dans les
lieux où les filles et les garçons sont instruits
séparément. Dans les pays musulmans comme le
Pakistan, le Yémen et le Maroc, les écoles séparées
sont, en effet, la norme. Or, nombre de zones
rurales ne peuvent se permettre qu'une seule école
publique, généralement de garçons. En théorie, près
de la moitié des disparités en matière d'éducation
dans ces zones pourrait être gommée par la
construction d'écoles de filles. Partout ailleurs,
ce n'est pas le manque de moyens qui pose problème.
Les responsables politiques doivent plutôt trouver
comment renforcer les mesures visant à inciter les
parents à envoyer leurs filles à l'école. Dans les
pays où les frais de scolarité des filles sont
réduits, grâce à une politique de gratuité ou de
bourses, leur taux de scolarisation augmente.
Il est temps de
mettre à la raison ces nègres qui croient que la
révolution ça consiste à prendre la place des blancs
et continuer en lieu et place, je veux dire sur le
dos des nègres, à faire le blanc.
Césaire, La tragédie
du roi Christophe
par Edouard De Lépine
Il y a sans doute de plus grands malheurs que le
chômage pour des gens qui peuvent travailler.
Personne ne croit qu’il existe dans notre pays de
solution miracle qui permette de résoudre ce
problème dans des délais prévisibles. C’est dire
qu’aucun chômeur martiniquais conscient ne se fait
d’illusion. Mais il y en a qui n’en dorment pas.
Parmi les femmes notamment. Elles se battent tous
les jours pour en sortir. Elles dépensent certaines
semaines plus que les ASSEDIC ne leur versent
d’indemnité. Elles cherchent depuis 7 mois, de
Dillon à Terres Sainville, en passant Redoute et
Chateauboeuf, un local pour exercer un métier
qu’elles connaissent, qu’elles ont pratiqué pendant
vingt ans pour la plus grande satisfaction de leur
clientèle et…de leur employeur. Ou elles n’en
trouvent pas. Ou les prix sont exorbitants.
Attention,
les rémunérations ici révélées sont susceptibles de
heurter la sensibilité d’un public non averti. Les
revenus encaissés en 2007 par les patrons des 40
plus grandes entreprises françaises ont augmenté… de
58 %. Une hausse ébouriffante, indécente pour
certains, obtenue par l’addition de toutes leurs
rémunérations.
Pour la première
fois, L’Expansion a cumulé le salaire de base, le
bonus, le gain encaissé sur les stock-options, les
dividendes perçus et même les jetons de présence
dans les autres grands conseils d’administration. En
bas de cette longue colonne de chiffres, un total
record pour les 40 patrons : 161 millions d’euros en
2007, contre 102 millions en 2006. Le gain moyen par
tête atteint 4 millions et provient pour une part
des profits réalisés en levant leurs stock-options.
Les trois premiers du CAC 40 en ont tiré l’essentiel
de leurs revenus en 2007 : Pierre Verluca
(Vallourec) avec 18 millions d’euros, Gérard
Mestrallet (Suez) avec 15 millions et Xavier
Huillard (Vinci) avec 13 millions.
Dix ans après
le vote de la première loi Aubry, plus personne ne
s’aventure à défendre la poursuite de la réduction
du temps de travail... sauf Pierre Larrouturou,
délégué national Europe du Parti socialiste.
Entretien anti-pensée unique avec un apôtre des 32
heures, auteur de Pour en finir avec Sarkozy,
à paraître le 22 mai aux Editions du Rocher.
Quel
bilan faites-vous des lois Aubry?
La première loi était équilibrée. Pour
bénéficier des allègements de charges, les
entreprise devaient baisser le temps de travail
de 10% et créer 6% d'emplois supplémentaires.
Malheureusement, elle a concerné très peu
d'entreprises. La plupart ont signé des accords
de RTT à la suite de la deuxième loi Aubry, qui
était beaucoup plus ambiguë. Elle autorisait les
heures supplémentaires et permettait la
modification de la définition du temps de
travail : chez Michelin par exemple, les dix
minutes pour se doucher ont tout à coup été
sortie du temps de travail et assimilées à de la
RTT. Il y a eu 350.000 emplois créés, d'après
l'Insee, mais cela aurait dû être beaucoup plus
efficace. Quand la gauche a quitté le pouvoir en
2002, la baisse réelle du temps de travail était
de 4% seulement – alors qu'un véritable passage
de 39 à 35 heures aurait dû logiquement aboutir
à 10%.
Les
dirigeants d'Amérique du Sud ont officiellement
donné naissance vendredi à Brasilia à l'Unasur,
l'Union des nations sud-américaines. Cette
organisation régionale, qui prend pour modèle
l'Union européenne, regroupe les 12 pays de la
région : l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le
Chili, la Colombie, l'Equateur, la Guyane, le
Paraguay, le Pérou, le Suriname, l'Uruguay et le
Venezuela. L'Unasur constitue un ensemble de 388
millions d'habitants. Mais ses ambitions
risquent de se heurter aux rivalités politiques
entre plusieurs Etats.
Quelle est l'origine des crises financières ? Un
fait simple et qui peut se résumer ainsi : on
joue plus facilement avec l'argent des autres
qu'avec le sien. Un intermédiaire financier peut
se dire en effet : si je gagne, mes bénéfices
seront proportionnés au volume des affaires que
j'ai engagées. Si je perds, on me licenciera et
peut-être perdrai-je aussi ma réputation. C'est
une perte lourde, mais qui ne sera jamais
proportionnelle à celles que j'ai fait subir à
ceux dont j'ai géré l'argent. Une asymétrie est
ainsi créée entre les gains et les pertes, qui
pousse à l'audace. Passé un certain seuil de
risques, l'investisseur qui joue l'argent des
autres ignore le danger. Plus il joue, plus il
peut gagner, sans alourdir sa perte potentielle.
Comme tous les matins à 10 heures précises, un
attroupement se forme devant les grilles du
palais de justice, une bâtisse anonyme du centre
de San José. Debout en plein vent, une douzaine
d'hommes en blue-jeans ou en survêtement, deux
femmes en tailleur strict et un jeune couple
d'Asiatiques endimanchés consultent des listes
d'adresses et des plans de la ville tout en
bavardant. Ils attendent l'arrivée des
commissaires-priseurs, qui vont vendre aux
enchères des maisons dont les propriétaires ne
peuvent plus rembourser leurs prêts bancaires,
car les taux d'intérêt ont brutalement augmenté.
Par
tradition, en Californie, les reventes de
maisons saisies se font en pleine rue, afin que
n'importe qui puisse y participer sans
formalités. Depuis le déclenchement de la crise
des subprimes (prêts hypothécaires à taux
variable), ces enchères ont lieu quatre ou cinq
fois par jour dans chaque grande ville de
l'Etat.
Le nouveau
rapporteur de l'ONU dénonce la carence des
organismes internationaux
Des sacs de riz et de haricots sur
un marché de Port-au-Prince (Haïti). La hausse
massive des prix alimentaires entraîne de violentes
manifestations dans l'île.Crédits photo : AP
L'ère
de la nourriture à bas prix est derrière nous.
On paye vingt années d'ereurs ", affirme le
nouveau rapporteur spécial des Nations unies sur
le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter.
Dans une interview au Monde,
l'universitaire belge, ancien secrétaire général
de la Fédération internationale des Ligues des
droits de l'homme (FIDH), n'y va pas de main
morte. Prise de court par les émeutes de la faim
qui ont touché différents pays tant en Afrique,
en Asie que dans les Caraïbes, la communauté
internationale est " inexcusable ", car
nombre de spécialistes, affirme-t-il, "
criaient dans le désert depuis des années pour
qu'on soutienne l'agriculture dans les pays en
développement ".
Dans son immense dénuement, la Birmanie avait malgré
tout réussi à assurer son autosuffisance en riz,
aliment de base dans ce pays, grâce à la production
des rizières du delta de l'Irrawaddy. En submergeant
le " grenier à riz " des Birmans, le cyclone Nargis
a tout anéanti. La FAO, l'organisation mondiale de
l'alimentation, estime à 80 % la proportion de
récoltes détruites. Il va falloir importer. Au drame
humain s'ajoute un désastre agricole, qui va
provoquer une pression supplémentaire sur le marché
mondial du riz, très agité depuis plusieurs mois.
Avant
l'arrivée de la dictature militaire et le lancement
de " la voie birmane vers le socialisme ", en 1962,
la Birmanie avait été le premier exportateur mondial
de riz. Puis le pays s'est enfoncé dans la misère
et, ces dernières années, le sort des agriculteurs a
été encore compliqué par une innovation du régime :
remplacer par endroits, de manière parfaitement
décousue selon des humanitaires sur place, la
culture du riz par celle d'une plante non comestible
qui permet de produire un biodiesel, le jatropha,
sans tenir compte des propriétés de la terre ni des
capacités des cultivateurs à transformer le jatropha.
La catastrophe birmane rappelle jusqu'à la
caricature le dilemme qui apparaît de plus en plus
crûment aux pays en développement ou émergents.
Faut-il donner la priorité à la protection de
l'environnement ou au nombre de bouches à nourrir ?
Discours du Président devant le Congrès, flou sur le
contrôle des nominations du Parlement, abandon des
mesures concernant la limitation des cumuls des
mandats: Marie-Anne Cohendet, professeur de droit
constitutionnel à l'université Paris I, décrypte les
faux semblants du projet de révision
institutionnelle.«De très nombreuses
dispositions de ce projet laissent planer la plus
grande incertitude en renvoyant à une future loi
organique ou aux règlements des assemblées,
explique-t-elle. On demande donc aux membres du
Congrès de voter les yeux fermés ». Voir ici la
première partie de son analyse consacrée au pouvoir
du Président en matière de défense nationale.
L’approche des Jeux olympiques accentue
l’aboulie mentale des démocraties
occidentales. Face aux puissances
ex-communistes, l’incohérence domine, les
diplomates ne savent pas à qui ils
s’adressent, ni les experts de quels régimes
ils parlent. La brutale répression des
moines et des civils laïcs au Tibet a choqué
l’opinion mondiale, mais accélère la danse
du ventre de nos élites devant les autorités
chinoises. Ira ? Ira pas ? Beaucoup de
leaders découvrent soudain un agenda trop
chargé pour se rendre à l’inauguration
solennelle des JO. Cependant seuls quelques
responsables - polonais, tchèques, bulgares…
- osent proclamer qu’ils boycottent cette
ouverture politico-planétaire qui couronne
un régime bafouant les droits de l’homme.
Majoritairement, l’hypocrisie domine et les
plates «excuses» multipliées par la France
n’honorent personne : entre le respect
entourant la torche olympique et celui dû
aux assassinés et aux torturés de Lhassa,
les Parisiens ont choisi, quitte à prendre
au dépourvu la diplomatie locale et
mondiale.
Faut-il opposer le 22 mai au 27 avril comme on tend
à le faire depuis une trentaine d'années, après
avoir, il est vrai, outrageusement privilégié le 27
avril par rapport au soulèvement du 22 mai qui a
conduit à l'abolition anticipée de l'esclavage à la
Martinique et à la Guadeloupe ? S'il est vrai que
c'est la France qui a introduit l'esclavage dans ses
colonies et qu'il n'y a pas lieu de se confondre en
actions de grâce pour la remercier d'avoir aboli ce
qu'elle avait établi, rien ne nous oblige à donner
raison à ceux qui pensent qu'il " y a des services
si grands qu'on ne peut les payer que par
l'ingratitude ".
C'est dire combien il nous paraît ridicule de faire
comme si la commémoration du 22 mai devait supprimer
la reconnaissance du 27 avril. Il n'est pas
seulement ridicule, il est absurde d'ignorer ou de
minimiser l'une ou l'autre de ces deux dates dans
notre histoire. La commémoration du cent
cinquantième anniversaire de l'abolition peut être
l'occasion d'une réévaluation des apports
réciproques du mouvement abolitionniste en France et
de l'opposition anti-esclavagiste aux colonies, dans
toutes les colonies et pas seulement à la
Martinique. Elle ne doit en aucun cas être un
prétexte à une mutilation de notre histoire.
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