Dix ans après
son record, le CAC 40 a
chuté de moitié
Par Marine Rabreau
Le 4 septembre 2000,
l'indice parisien était au
plus haut de son histoire,
tutoyant les 7000 points.
Dix ans plus tard, le CAC 40
a fondu. Eclatement de la
bulle Internet, crise des «subprimes»,
faillite de Lehman Brothers
et les dettes souveraines
des pays développés ont
paralysé les investisseurs.
Une décénnie perdue pour la
Bourse parisienne. Sur les
dix ans écoulés, le CAC 40 a
traversé cinq ans de crise.
Le bilan est lourd : alors
que le 4 septembre 2000,
l'indice phare de la place
de Paris touchait son record
historique, cotant à 6944,77
points en séance, dopé par
une bulle Internet
phénoménale, il évolue
laborieusement autour des
3600 points aujourd'hui.
Si la situation actuelle est
plutôt morose, l'ambiance, à
la fin des années 1990,
était pour le moins
euphorique. La bulle
technologique, qui a
commencé en 1995 avec
l'entrée en Bourse de
Netscape - fracassante -
s'est intensifiée au delà de
la raison avec l'explosion
du marché de la
télécommunication (France
Télécom était de loin la
plus grosse capitalisation
du CAC 40) et le phénomène
des start-ups. Le monde a
accueilli Internet comme la
révolution qui changerait le
monde, caractérisé par la
prospérité, l'argent facile
et la spéculation. Les
actions étaient surenchéries
sans aucun lien avec la
réalité des comptes des
entreprises.
Quand l'heure est venue de
la prise de conscience, la
descente aux enfers a
commencé. Le 13 mars 2000 à
New York, l'indice Nasdaq
des valeurs technologiques
de l'époque (eBay, Yahoo!,
AOL...) décroche brutalement
et met fin à cinq années de
hausse de suite. Le marché
européen en souffrira
quelques mois plus tard et
subira les mêmes
licenciements en masse.
Au final, les marchés ont
mis plus de deux ans à s'en
remettre. Si bien qu'en mars
2003, le CAC 40 était de
retour à ses niveaux de
début 1997, sous 2500
points. Des mouvements
excessifs qui ont permis à
l'indice de se ressaisir,
conforté par une croissance
mondiale soutenue, avec
notamment des pays émergents
qui rattrapaient à toute
vitesse les pays développés,
eux-même en rythme de
croisière. En un peu plus de
quatre ans, les 6000 points
étaient de retour. Le CAC 40
réalisait alors une
progression annuelle moyenne
de 26% !
2008, la pire année du CAC
40
Puis, soudain, en plein été
2007, les médias commencent
à expliquer le phénomène «subprimes»,
ces produits financiers
adossés à des crédits
hypothécaires, qui
consistaient à prêter aux
Américains les moins
solvables pour s'offrir une
maison. Les défauts de
paiements se sont enchaînés
et la planète finance a pris
très vite au sérieux le
krack du marché immobilier
américain. Si bien que
l'année 2007, qui avait très
bien commencé, se termine au
même niveau qu'en début de
période.
L'année qui suit est la plus
dure de son histoire. Sur la
seule année 2008, le CAC
fond de 40% (de 5550 points
à 3350 points), exactement
dans la même mesure que les
profits des sociétés du CAC
40. Mi-septembre 2008, la
banque américaine Lehman
Brothers fait faillite,
victime de la crise des
subprimes. Étant donnée sa
puissance financière,
largement supérieure à
celles de Enron ou WorldCom,
sa faillite est la plus
importante de l'histoire.
Ainsi, c'est tout un système
qui s'éffondre. La panique
se propage dans le monde
entier. La crise est jugée
pire que celle des années
1930.
Le repli du CAC 40 s'est
prolongé jusqu'en mars 2009,
avec un plus bas juste au
delà de 2500 points. Nous
voilà de retour aux niveaux
de cours observés en 1997...
Une année 2010 plate
Le reste de l'année 2009
redonne une bouffée
d'oxygène aux investisseurs.
Les bénéfices des
entreprises cotées sur le
CAC 40 font encore moins
bien (-20% par rapport à
2008 et -50% par rapport à
2007), mais les perspectives
s'améliorent - notamment de
marges -, alors qu'elles se
sont restructurées
drastiquement. Si bien qu'en
2010, elles font beaucoup
mieux qu'un an avant au
premier semestre : +86% des
bénéfices, mais seulement
+9,8% des chiffres
d'affaires.
Les marges des entreprises
sont donc améliorées, mais
les volumes de ventes ne
sont pas repartis. Il faut
dire que l'économie mondiale
est convalescente. Que les
Etats-Unis inquiètent encore
beaucoup quant à la solidité
de leur reprise. Tout en
considérant que l'Europe est
engluée dans un long
processus d'assainissement
de ses finances publiques,
dans un contexte de chômage
élevé, de consommation en
berne,et de moral touché.
Où va le CAC 40 ?
Au final, l'incertitude
règne. En témoigne la courbe
du CAC 40, qui depuis la
bulle Internet, n'avait
jamais autant stagné. Depuis
le début de l'année, grosso
modo, l'indice oscille entre
3500 et 4000 points. Où
va-t-on ? Les analystes ne
savent plus trop que dire.
L'analyse technique (étude
par les graphiques) se dit
«neutre» à moyen terme.
Autrement dit, il ne faut
pas trop bouger. De
l'analyse fondamentale
ressort que la croissance
restera molle dans les pays
développés au moins jusqu'à
fin 2011 et que le chômage
mettra encore plus de temps
à s'effriter.
A en croire les entreprises
du CAC 40, le deuxième
semestre devrait être
meilleur encore que le
premier. Un élément
rassurant qui prône en
faveur d'une hausse du CAC
40, alors que les
valorisations boursières
semblent très attractives.
Il y a dix ans, le CAC 40
capitalisait presque 25 fois
les bénéfices des sociétés.
Aujourd'hui, le niveau est à
10 fois. Tandis que la
moyenne de long terme est à
15 fois.
A quand un retour aux 7000
points ?
Selon cette tendance de long
terme, le Cac 40 pourrait
donc rebondir. Mais il ne
faut pas espérer retrouver
les 7000 points de sitôt.
Même en attendant trois ans,
il faudrait que l'indice
grimpe de 24,5% par an. Pour
justifier un tel engouement
pour les marchés d'actions -
particulièrement délaissés
-, il faudrait que tout
aille mieux, avec notamment
des croissances des PIB
européens et américain dans
les 3%... Mais pour
l'instant, le programme est
autre.
7000 points dans cinq ans ?
Le taux de croissance moyen
du Cac 40 devrait être de
14,2%. Cela paraît encore
bien utopique. Dix ans ?
L'indice devrait alors
prendre 7% par an.
Peut-être. Mais depuis le
début de l'année 2010, le
CAC 40 a abandonné 7,5%.
Le figaro 03/09/2010 | Mise
à jour : 18:12 Réactions
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