Le président Colom a déclaré l’état
d’urgence nationale après la mort de 500
personnes, dont 54 enfants. Le pays affronte
la pire sécheresse depuis trente ans
Cette année au Guatemala, ce ne sont pas les
ouragans et les pluies diluviennes qui ont
détruit les récoltes, mais le soleil et la
chaleur, un effet meurtrier du Niño, ce
courant chaud qui court le long des côtes
pacifiques. La sécheresse touche l’ensemble
du Guatemala mais, dans sept départements,
90 % des cultures de maïs et de haricots
noirs ont séché sur pied.
Le manque d’eau affecte les communautés
indiennes et paysannes qui vivent dans ce
que l’on appelle le « couloir sec » qui
s’étend le long de la frontière Nord du pays
et qui descend pratiquement jusqu’à la
capitale, englobant la région du Quiché, où
habite le peuple indien du même nom. Le
ministre de la santé a déclaré que 462
personnes dont 54 enfants sont mortes de
faim et que 120 000 familles se trouvent en
situation critique.
La crise a obligé le président du Guatemala,
Alvaro Colom, à déclarer l’état d’urgence
nationale pour permettre au gouvernement
d’acheter des aliments en évitant les
arcanes bureaucratiques de l’appel d’offres.
Les finances guatémaltèques sont au plus
mal, et Alvaro Colom a dû lancer un appel à
la communauté internationale pour obtenir
100 millions de dollars (68 millions
d’euros).
L’Europe a promis 15 millions d’euros.
Olivier Schutter, le responsable du
Programme alimentaire mondial de l’ONU, est
très inquiet car l’organisme d’aide
alimentaire est en train de distribuer les
dernières tonnes de galettes nutritives qui
lui restent. Ses critiques visent le
gouvernement d’Alvaro Colom mais surtout le
Congrès qui fait obstacle aux réformes dont
le Guatemala aurait besoin pour affronter
les crises alimentaires. Contrairement aux
promesses, les autorités n’ont pas augmenté
les capacités productives du pays qui ne
dispose pas de réserves stratégiques de
céréales.
7 millions d'habitants souffrent de carences
alimentaires
Un Guatémaltèque sur deux (52 %), soit
environ 7 millions d’habitants, souffre de
carences alimentaires. Cette population,
majoritairement indigène, se nourrit de maïs
et de haricots noirs, mais ne mange
pratiquement pas d’œufs ni de viande.
Le déficit en protéine est tel que 49 % des
enfants de moins de 5 ans sont aussi
dénutris qu’à Haïti, le pays le plus pauvre
d’Amérique. Pour attaquer le problème de la
pauvreté, Alvaro Colom, le premier président
progressiste du Guatemala en 50 ans, a lancé
le programme « Mi familia progresa » (Ma
famille progresse) qui fournit une
allocation familiale de 38 dollars (26 €)
par mois aux mères qui envoient leurs
enfants à l’école, mais cette somme est loin
d’être suffisante pour enrayer la
dénutrition.
Les communautés catholiques et évangéliques
se sont associées pour faire un front contre
la famine et faire parvenir nourritures et
médicaments aux hôpitaux des régions les
plus touchées par la sécheresse. La FAO,
agence des Nations unies pour l’agriculture
et l’alimentation, a commencé un travail de
fond avec 90 000 familles du « couloir sec »
pour améliorer les cultures, récupérer
sources et rivières et construire des
réservoirs d’eau « afin d’éviter que la
famine ne se nourrisse de la vie des plus
pauvres ».
La crise économique mondiale, le prix élevé
des aliments et la chute des envois d’argent
des travailleurs émigrés aggravent
considérablement la situation. Cette
catastrophe met en relief les terribles
inégalités sociales du pays. La réforme
agraire que voulait mettre en œuvre le
président Jacobo Arbentz, renversé par les
militaires en 1954, est sans cesse repoussée
par la poignée de grands propriétaires qui
possèdent 65 % des terres irriguées du
Guatemala.
La croix>22/09/2009
Patrice GOUY, à Mexico