C'est un chiffre dérisoire et accablant. Les entreprises
minières qui travaillent en République démocratique du
Congo (RDC) auraient dû verser en 2008 un peu plus de
200 millions de dollars de taxes, d'impôts et de
redevances au Trésor public. La somme ne paraît pas
exorbitante lorsqu'on connaît le poids du secteur minier
dans l'ex-Zaïre. Et pourtant cet argent n'est jamais
arrivé dans les caisses de l'Etat. Les sociétés minières
n'ont acquitté que 92 millions de dollars, révèle un
rapport d'enquête documenté que vient de publier le
Sénat.
Les parlementaires congolais ont constaté, sur le
terrain, pourquoi les impôts rentrent si mal. A la
direction générale des mines, à Kinshasa, un seul
ordinateur, obsolète, est en état de marche pour
répertorier des milliers de concessions. Les archives du
service ont disparu. Une partie a brûlé dans un
incendie. L'autre s'est volatilisée. Le cadastre minier
est incomplet. Les missions d'inspection, inexistantes.
La dernière remonte à 2007.
Au Katanga, la plus riche des provinces minières, les
sénateurs ont pu constater que les statistiques des
exportations de cuivre sont mensongères. Grâce aux
pots-de-vin versés à des fonctionnaires complices, les
compagnies minières ne déclarent à la douane qu'une part
dérisoire du minerai exporté vers la Zambie et, de là,
vers l'Asie ou l'Europe. C'est autant de moins pour les
caisses d'un Etat impécunieux, criblé de dettes et
souvent incapable de payer ses fonctionnaires civils et
militaires.
Ce pillage silencieux est d'autant plus scandaleux
qu'il touche un pays de la taille de l'Europe dont les
richesses minières considérables - cuivre, cobalt, or,
diamant, coltan, demain le pétrole... - devraient
contribuer à améliorer les conditions de vie d'une
population saignée à blanc par trois décennies de
dictature et dix ans de guerre.
Lorsque, en 2007, Kinshasa a signé avec Pékin une
convention prévoyant plus de 6 milliards d'euros
d'investissements chinois en échange de l'accès aux
gisements de cuivre, les Occidentaux ont crié au
scandale. Ils accusaient les Chinois de se payer sur la
bête, puisque la réfection des routes et des chemin de
fer ou la construction d'hôpitaux devaient être
financées par les profits réalisés dans le secteur
minier. Un vulgaire troc ? Rien de plus exact. Sauf que,
depuis deux ans, de multiples chantiers ont démarré,
tandis que des compagnies minières privées continuent
sans vergogne à piller le pays. Au Congo comme dans de
nombreux pays africains, misérables en dépit de leurs
richesses naturelles.