Equateur :
Les marais
noirs de
Texaco
De 1967 à
1990, la
compagnie
pétrolière
américaine a
exploité
sans
scrupule la
région de
Lago Agrio
et
empoisonné
sols et
habitants.
Elle
entrave,
depuis
quatorze
ans, le
procès
intenté par
30.000
Indiens et
paysans.
Le ciel est bas.
Il pleut. Des
ruisseaux se
forment dans l’avenida
Quito,
principale
artère de la
ville, ce qui
lui vaut d’être
très vaguement
pavée. Dans les
rues adjacentes,
on patauge
carrément dans
la gadoue. La
saison des
pluies rend
l’endroit encore
plus sinistre.
Et lorsque la
nuit tombe, il
devient
dangereux.
Bienvenue à Lago Agrio,
capitale de la
province de
Sucumbíos, 35
000 habitants,
600 kilomètres
au nord-est de
Quito, dans
l’Oriente
amazonien, à
quelques
encablures de la
Colombie. Cette
proximité avec
une zone grande
productrice de
coca provoque un
afflux de
réfugiés
colombiens. Elle
a aussi fait de
Lago Agrio,
ville-champignon
nourrie à l’or
noir exploité
par les
multinationales,
un condensé de
violence et de
criminalité :
trafic de
drogue, armes,
laboratoires
clandestins,
tueurs à gages,
prostitution… En
août dernier, la
chef de la
police a été
froidement
abattue par deux
hommes de main
engagés par un
tenancier de
bordel qui
entendait
continuer à
employer des
mineurs dans son
établissement. A
Lago Agrio, il y
a plus de
maisons de passe
que d’écoles.
Des centaines de
bassins emplis de
déchets toxiques
C’est dans cette
ville qui ne
ressemble à rien que
se déroule, depuis
octobre 2003, devant
la Cour supérieure
de justice, logée au
quatrième étage d’un
immeuble crasseux,
le plus grand procès
environnemental de
l’histoire : 30
000 indigènes et
paysans, réunis au
sein du Frente de
Defensa de la
Amazonía (FDA),
contre le géant
Texaco (devenu
Chevron-Texaco),
quatrième compagnie
américaine,
17 milliards de
dollars de bénéfice
en 2006. Un procès
«exemplaire»,
dit Luis Yanza,
coordinateur de
Selva Viva, qui
veille aux intérêts
du FDA. «C’est la
première fois que
les victimes d’un
désastre
environnemental,
cinq nations
indigènes – siona,
secoya, cofan,
waorani, quechua –
portent directement
plainte contre le
pollueur. De plus,
ce dernier est
soumis à la loi d’un
pays du
tiers-monde.»
La genèse de
l’histoire remonte
à 1964, l’année où
le gouvernement
équatorien octroie à
Texaco une
concession
d’exploitation de
1 million d’hectares
dans la jungle
amazonienne, gorgée
de pétrole. «Nous
vivons depuis des
millénaires ici,
raconte Humberto
Piaguaje,
porte-parole des
490 Indiens Secoya.
Et nous n’avions
aucune idée de ce
qui se passait. Qui
était cette
compagnie, ce
qu’elle venait
faire. Ils ont
commencé à faire de
grandes trouées, à
construire un
héliport. On a
simplement entendu
qu’ils cherchaient
de l’or noir. Mes
grands-parents
voyaient bien cette
substance pâteuse
comme du goudron,
qui colle et sent
mauvais, envahir
notre territoire,
mais personne ne
savait que c’était
nocif pour la santé.
Je me souviens que
ma grand-mère et ma
mère allaient
ramasser ce
“goudron” et s’en
servaient de
combustible pour
faire de la lumière
ou en enduisaient
les pilotis de nos
maisons pour que les
fourmis ne grimpent
pas. Nous
continuions à boire
l’eau des rivières.»
Le premier puits a
été foré le 29 mars
1967. Petit à petit,
Texaco va en creuser
338 autres en pleine
forêt, construire
22 stations de
production,
exploiter 15 champs
pétrolifères… et
semer la désolation.
Car, au lieu de
réinjecter dans le
sous-sol les eaux
dites de séparation
mêlées au brut
extrait, le groupe
américain a
simplement creusé
des centaines de
bassins (20 mètres
par 8, la taille
d’une piscine
semi-olympique) où
il stocke ses
déchets toxiques. Le
temps et les pluies
faisant leur œuvre,
les piscines ont
débordé, leur
contenu s’est
infiltré dans la
nappe phréatique et
a contaminé les
rivières. «A la
même époque, le
pétrolier exploitait
des champs au Texas,
mais jamais il n’a
fait ce qu’il a fait
en Equateur»,
dit Luis Yanza.
«Les premiers
symptômes
apparaissent au
milieu des
années 70,
reprend Humberto.
Des avortements
spontanés chez les
femmes, ce qui
n’était jamais
arrivé avant dans
les peuples secoya
et cofan. Et puis
des maladies de
peau, les enfants
qui meurent dans des
vomissements, des
diarrhées.»
Combien ? «Je ne
sais pas, dit
Humberto. Il y en
avait deux une
semaine, trois la
suivante, cinq celle
d’après, et ainsi de
suite. “Morimos como
pollos” [«on crève
comme des poulets»,
ndlr], disait ma
grand-mère. Ce fut
terrible. Les gens
de Texaco sont des
assassins. Ils ont
profité de la
richesse de notre
sous-sol et nous ont
laissé en échange la
maladie et la mort.»
Jusqu’en 1990, date
de leur départ.
Un coup monté pour
faire pression sur
le juge
Et puis, en 1992,
Manuel est arrivé.
Manuel Pallarez est
un étudiant en
biologie de
l’université de
Quito venu faire des
recherches en
Amazonie. Il voit
cette anormale
mortalité des hommes
et des animaux. «Il
a dit qu’il fallait
faire quelque chose.
Il connaissait un
avocat américain né
en Equateur,
Cristóbal Boniface.
C’est grâce à lui
que les choses se
sont enclenchées,
explique Humberto
Piaguaje. Seuls, les
Indiens n’auraient
rien pu ni su
faire.»
En 1993, une
première plainte est
déposée à la Cour
fédérale de
New York. Elle
accuse Texaco
d’avoir pollué
l’environnement et
affecté la santé des
habitants de
l’Amazonie en
utilisant une
technologie obsolète
et bon marché. Des
allers-retours et
des changements de
juges retardent la
procédure. En 2002,
enfin, la cour
d’appel de New York
ordonne à Texaco de
ne pas invoquer la
prescription et de
se soumettre à la
juridiction
équatorienne.
Voilà quatorze ans
maintenant que les
protagonistes
luttent pied à pied.
Texaco nie les
accusations, prétend
avoir réparé les
dommages et réfute
tout lien entre ses
activités passées et
le développement des
cancers. Il
n’empêche : avec sa
puissance de feu,
ses batteries
d’avocats, la
multinationale tente
de faire pression
sur le juge, Germán
Yánez, et multiplie
les incidents pour
retarder la
procédure, empêcher
les investigations
sur le terrain.
Exemple : «En
2005, raconte
Emergildo Criollo,
représentant de la
nation cofan, la
plus touchée avec
une cinquantaine de
morts, une
inspection
judiciaire du site
pétrolifère de
Guanta avait été
ordonnée par le
juge. C’était la
première inspection
sur le territoire
cofan pour
recueillir des
témoignages
indigènes. La
veille, la compagnie
américaine a fait
“fuiter” un prétendu
rapport des services
secrets militaires
affirmant que les
Cofan projetaient
d’attaquer l’équipe
d’inspection et de
prendre en otages
les représentants de
Chevron.» Forts de
ce document, les
avocats de Chevron
demandèrent au juge
d’annuler la visite.
On découvrira plus
tard qu’il
s’agissait d’un coup
monté avec la
complicité
(rétribuée) de
certains officiers
de la base militaire
Rayo-24 de
Shushufindi,
épicentre du
désastre pétrolier.
«Ils ont le temps
et l’argent, dit
Luis Yanza. Ils
espèrent sans doute
qu’on se lassera ou
qu’on ne pourra pas
suivre
financièrement.
Notre force, c’est
l’unité des gens. Et
la solidarité que
nous manifestent des
organisations de
droits de l’homme
aux Etats-Unis et en
Europe, l’appui de
vedettes du
show-business comme
Sting, Daryl Hannah,
de défenseurs de
l’environnement
comme Al Gore ou
l’ONG Amazon Watch.
Nos avocats
travaillent aussi à
leurs frais. Si on
gagne, ils seront
payés, sinon, on ne
leur devra rien.»
«Même les oiseaux ne
chantent plus»
A
Shushufindi, l’air
empeste le pétrole.
Une odeur âcre qui
s’insinue dans les
bronches, se mêle à
la sueur, imprègne
les vêtements. A
certains endroits,
il suffit de planter
un bâton dans la
terre pour en
ressortir du
goudron, comme le
montre Monica Carmen
Torrez. Cette femme
de 45 ans vit près
d’une «piscine»
depuis 25 ans avec
ses enfants.
«Tout est pollué
ici, la rivière, le
sol derrière la
maison. Les poissons
ont une odeur
horrible, un goût de
pétrole, et c’était
notre seule
ressource. On ne
peut même pas
cultiver. On sème,
oui, pour avoir
l’illusion, mais
lorsque les racines
atteignent la nappe
de pétrole, elles
sèchent. Quand il
pleut, tout déborde,
et mon champ se
remplit de pétrole.
Mes enfants
souffrent d’un
retard de
croissance, de maux
de tête. Je n’ai
nulle part où aller.
Ici, c’est ma
maison.»
Cofan, Secoya,
Waorani, Quechua,
Siona, les peuples
indiens, déjà les
plus pauvres du
pays, sont
contraints, pour
survivre, de rompre
avec leur mode de
vie traditionnel.
«Il n’y a plus de
gibier à chasser,
plus de poissons à
pêcher, dit Humberto
Piaguaje. Même les
oiseaux ne chantent
plus. Nous cherchons
une autre forme de
vie, de cultures :
maïs, manioc, café…»
Même la médecine
traditionnelle se
perd. Les plantes
qui poussaient sur
les berges des
ruisseaux et des
rivières ont
disparu.
«L’objectif, dit
Pablo Fajardo,
avocat du Frente de
Defensa de la
Amazonía, est
d’obtenir que la
compagnie nettoie la
forêt et l’eau,
qu’elle emporte son
maudit brut, que les
poissons remplissent
à nouveau les
rivières, que l’air
perde son odeur, que
les gens ne meurent
de rien d’autre que
de vieillesse.»
Evaluer les
dommages, c’est la
mission confiée par
le juge Yánez à un
expert indépendant,
Richard Cabrera,
depuis début juin.
L’expert parcourt
les anciens puits de
Texaco et localise
les fameuses
piscines grâce à des
photos aériennes
militaires des
années 90. Certaines
ont été nettoyées
mais d’autres sont
encore là, dans la
forêt, à fleur de
terre. «Nous
voulons déterminer
si elles contiennent
des substances
contaminantes»,
dit-il. Près de lui,
la présence insolite
de deux policiers.
«Le juge a estimé
prudent que je sois
protégé compte tenu
de la tension entre
les parties»,
poursuit Richard
Cabrera. «Ils
sont également là
pour s’assurer que
les échantillons
arriveront bien aux
laboratoires chargés
des analyses.»
Ambiance.
Les résultats de
cette expertise
devraient être
connus à la fin de
l’année. Ils
détermineront le
montant des
dommages. Le Front
de défense de
l’Amazonie avance le
chiffre de
6 milliards de
dollars. Au cours de
ses
vingt-trois années
d’exploitation,
Texaco a déversé
dans la nature près
de 640
000 hectolitres de
brut et 700 millions
d’hectolitres d’eau
polluée. Les experts
de la partie civile
évaluent les dégâts
environnementaux à
30 fois ceux de l’Exxon
Valdez, Mais le
naufrage du
pétrolier, en 1989
au large de
l’Alaska, était un
accident. Dans la
forêt équatorienne,
la catastrophe
aurait pu être
évitée.
Babette Stern
Envoyée spéciale à
Lago Agrio (Amazonie
équatorienne)
QUOTIDIEN
LIBERATION :
mercredi 24 octobre
2007

Amazonie : la compagnie
chevron texaco dans le
box des accusés
Photographies Lou
Demetteis
Le juge
du procès de
ChevronTexaco, Alberto
Guerra Bastidas -
président de la Cour
suprême de justice à
Lago Agrio - debout
devant une peinture
murale représentant la
« justice amazonienne »,
alors qu’il s’adresse à
une salle d’audience
bondée, le premier jour
du procès.
Lago Agrio, Équateur -
Entassés sous la
marquise du magasin
d’appareils ménagers La
Ganga, près d’une
centaine d’hommes, de
femmes et d’enfants
autochtones et leurs
voisins campesinos
(fermiers-paysans)
tentaient de garder
leurs corps au chaud et
leurs bonnets au sec.
L’une des pluies les
plus intenses de la
saison avait commencé la
nuit précédente et ne
semblait pas vouloir
cesser dans l’immédiat.
« La forêt pleure, elle
pleure toutes ces années
d’injustice », explique
Luis Yanza, un chef
paysan du Front de
défense de l’Amazonie,
l’organisation régionale
de base qui chapeaute
les communautés
indigènes et
d’agriculteurs. « Mais
il pourrait s’agir de
larmes de joie
signifiant que notre
jour est enfin venu »
ajoute Emergildo Criollo,
chef indigène des
Cofanes.
Peu après 8 heures, la
foule avait atteint 200
personnes, et elle avait
commencé à marcher à
travers la ville vers le
Palais de justice, en
chantant « Justice et
vérité ! » Ils
arrivèrent pour y
trouver la police
anti-émeute et quelques
soldats armés formant
une barricade à
l’entrée. Un camion
semi-remorque à plateau
apparut, équipé de
haut-parleurs, et des
bannières sur lesquelles
on pouvait lire
« Justice » et « Libérez
l’Amazone de
ChevronToxique »
enveloppaient les
balcons des immeubles de
l’autre côté de la rue.
Des femmes Huaorani en
habits traditionnels,
aux visages peints en
rouge avec de l’achiote,
entamèrent le chant « Hermanos
unámonos », un chant
traditionnel entonné
lorsque la communauté
doit s’unir pour défaire
l’ennemi. Ils
poursuivirent ce chant
atonal et hypnotique
toute la journée.
C’était le 21 octobre
2003, un mardi. Un
nouveau chapitre plein
d’espoir de l’un des
pires désastres
écologiques et sociaux
de l’hémisphère Ouest
était sur le point de se
dérouler. ChevronTexaco,
la deuxième compagnie
d’énergie du monde,
devait se présenter
devant la cour pour
faire face à des
accusations portées
contre la compagnie par
30’000 indigènes et
paysans équatoriens -
des gens forcés de vivre
avec l’héritage toxique
laissé par les activités
du géant de l’énergie
dans la forêt tropicale
de l’Oriente, le nom
donné à l’Amazonie
équatorienne. Dans un
premier temps défendue à
New York il y a dix ans,
la cause fut rejetée
parce que, parmi
d’autres raisons, la
compagnie (‘Texaco’
jusqu’à sa fusion avec
Chevron en 2001) a
récusé la juridiction
américaine. Ce fut l’un
des premiers procès
environnementaux jamais
entrepris aux États-Unis
par des plaignants
étrangers accusant une
compagnie américaine
d’avoir violé le droit
international en causant
une pollution à
l’étranger.
La signification du
procès va bien au-delà
des murs de la minuscule
Cour de justice de cette
ville provinciale.
Plusieurs considèrent
l’événement comme le
procès de la
mondialisation. Alors
que les promesses de
bénéfices de la « marée
montante » du
libre-échange sans
entraves et du
capitalisme mondial ne
se sont pas réalisées,
des millions de
personnes dans les pays
du Sud pensent que les
entreprises
multinationales ont
moissonnés des milliards
de dollars de profits en
laissant des écosystèmes
ravagés derrière eux,
des crises de santé
explosives, et une
décadence
socio-économique - et
cela en se protégeant de
toute responsabilité
derrière des
filiales-écrans. « Si la
globalisation produit
les conditions pour la
venue des compagnies
multinationales, elle
devrait à coup sûr
produire les conditions
pour les mettre devant
leurs responsabilités »,
affirme Yanza.
C’est peut-être le cas.
Lorsque les Cours de New
York rejetèrent
l’accusation contre
Union Carbide menée au
nom des victimes
indiennes d’une fuite de
gaz mortelle à Bhopal,
la question fut
entièrement abandonnée
aux cours indiennes.
Mais le procès contre
ChevronTexaco - produit
au nom de la Loi de
réclamation de 1787 sur
les préjudices commis à
l’étranger (1787 Alien
Tort Claims Act) - a
préparé la voie à
d’autres procès
actuellement plaidés
devant des Cours
américaines, en rendant
une décision remarquable
l’année dernière : la
Deuxième Cour d’appel de
New York a ordonné à
ChevronTexaco de se
soumettre aux lois
équatoriennes, un pays
d’Amérique latine où
elle n’a plus
d’intérêts. La Cour
s’engage à faire
appliquer tout jugement
pour préjudices rendu
contre le géant
pétrolier. Les experts
en réhabilitation
environnementale ont
évalué les préjudices à
6 milliards de dollars
US.
« Selon ce que nous
savons » affirme John
Bonifaz, un membre de
l’équipe légale des
plaignants, « c’est là
le premier cas de cette
espèce de l’histoire
mondiale : une compagnie
américaine est forcée
par une Cour américaine
à comparaître devant la
Cour d’un autre pays, et
à respecter le jugement
que produira cette Cour
de justice. »
Des
anciens du peuple
équatorien Secoya
rejoignent des centaines
de manifestants marchant
en direction du palais
de justice de Lago Agrio.
Gains et pertes
Il y a vingt ans, les
forêts tropicales dans
la région amazonienne au
nord de l’Équateur
étaient vierges. Elles
abritaient l’une des
plus grandes diversités
de plantes et de vie
animale du monde. Dans
ces régions, où le
fleuve Amazone prend ses
multiples sources, une
population indigène en
pleine santé tirait
l’eau potable et pêchait
dans les rivières
Aguarico et Napo. Les
écosystèmes forestiers
et fluviaux ont été à la
base de la subsistance
de ces communautés
traditionnelles, à la
fois d’un point de vue
environnemental et
spirituel, depuis des
milliers d’années.
Depuis l’arrivée de
Texaco au début des
années soixante-dix
cependant, les Peuples
Autochtones - Cofan,
Secoya, Siones, Huaorani,
Quichua - et
l’environnement dont ils
dépendent ont été amenés
au bord de
l’effondrement.
Selon les mots d’Inocencion
Macanilla, un dirigeant
Quichua : « Avant
l’arrivée de Texaco,
nous étions les gardiens
de toutes les richesses
de l’Amazonie.
Aujourd’hui nous sommes
les gardiens de la
contamination. Nous
sommes les gardiens de
la pauvreté et de la
maladie. Tous les
Peuples Autochtones de
l’Amazonie font face à
la mort. »
Lorsque des réserves de
pétrole ont été trouvées
dans l’Oriente à la fin
des années soixante,
Texaco fut la première
compagnie pétrolière
internationale à être
invitée pour installer
dans le pays sa
technologie de forage et
l’oléoduc de plus de 800
kilomètres nécessaire à
l’acheminement à travers
les Andes du pétrole
vers la côte pour son
exportation. Au nom de
ses partenaires (Gulf
Oil et la compagnie
nationale de pétrole
Petroecuador, connu au
départ sous le nom de
CEPE), Texaco a
planifié, géré et
contrôlé toutes les
opérations du consortium
de 1971 à 1992 dans une
région d’un million
d’hectares de forêts
tropicales jusque là
intouchées. Lorsque le
contrat de Texaco expira
en juin 1992, les avoirs
et les structures de
Texaco furent remises à
Petroecuador. Les
centaines de fosses où
se trouvaient des
déchets toxiques,
éparpillées près des
communautés, des
rivières, des ruisseaux,
furent simplement
abandonnées.
À l’origine de ce
désastre, on trouve la
décision de Texaco de
réduire ses coûts, une
décision qui mena à la
plupart des dévastations
environnementales et aux
crises de santé dans la
région. Durant
l’extraction, les
opérations de forage
amènent régulièrement à
la surface des déchets
toxiques mélangés à de
l’eau. L’accusation
affirme que Texaco,
plutôt que d’inclure
dans son protocole
d’activités la
réinjection en
profondeur de ces eaux
souillées dans les
sous-sols d’où elles
étaient issues - une
pratique régulière dans
l’industrie à
l’époque -, a choisi de
déverser ce mélange
dangereux qui incluait
du benzène, du toluène,
de l’arsenic, du plomb,
du mercure, du cadmium,
directement dans les
cours d’eau et leurs
affluents. (ChevronTexaco
fut incapable de citer
un autre exemple d’une
telle pratique dans ses
autres installations de
par le monde.) Les
parties civiles
affirment que ces
pratiques illégales ont
permis à la compagnie
d’épargner de l’argent,
celle-ci se souciant peu
d’inonder de ces
substances dangereuses
les communautés locales,
qui se sont retrouvées
au coeur d’un
environnement détruit et
contaminé - un triste
héritage qui saute aux
yeux dans les systèmes
fluviaux pollués, dont
les autochtones et les
communautés de fermiers
font usage pour boire,
se baigner, pêcher, se
laver, et pour nager. Au
plus fort de ses
activités en Équateur,
ChevronTexaco déversait
quotidiennement 16.3
millions de litres
d’eaux usées toxiques
directement dans
l’environnement. Au
total on parle de
464’766’540 barils, soit
approximativement 74
milliards de litres
durant les 21 années
d’activités.
La rentabilité de cette
démarche ? Selon
l’accusation, durant sa
présence de deux
décennies en Équateur,
Texaco a extrait plus de
1.5 milliards de barils
de pétrole en Équateur.
En déversant les
produits annexes plutôt
que de les réinjecter,
la compagnie a épargné
quelque 3 dollars US par
baril, soit près de 4.5
milliards...
L’accusation énumère
également quelques
autres reproches
adressés à
l’entreprise :
Des
déversements pétroliers
qui n’ont jamais été
nettoyés. Le
ministère équatorien de
l’énergie et des mines
rapporte qu’en 1991,
l’oléoduc construit par
Texaco, connu sur le nom
de SOTE (Sistema
Oleoducto
Transequatoriano) a
déversé au moins 16.8
millions de barils
depuis 20 ans. Il ne
s’agit là que de
déversements qui ont
fait l’objet d’une
déclaration officielle -
c’est-à-dire reconnus
par une instance
gouvernementale à la
fois peu désireuse et
peu capable de
surveiller et de
contrôler les abus de
l’industrie. Les
déversements
représentent deux fois
les pertes lors de
l’accident pétrolier de
l’Exxon Valdez.
Abandon
d’au moins 627 fosses
contenant des résidus
pétroliers. Ces
derniers continuent à
s’infiltrer dans les
eaux souterraines et se
retrouvent sur les
berges des cours d’eau à
l’occasion de pluies
intenses. Ils demeurent
un risque létal pour une
faune peu méfiante et
pour les enfants
curieux.
Dévastation
des forêts tropicales.
Plus d’un million
d’hectares furent
déboisés lorsque Texaco
transperça une jungle
jusqu’alors impénétrable
de plus de 480
kilomètres de routes.
Les infrastructures
liées au pétrole
créèrent de nouvelles
artères dans la forêt,
utilisées dès lors par
les autres industries
extractives, par des
colons, des
missionnaires sans
oublier les militaires -
autant de développements
qui apportèrent de
nouvelles maladies, des
intérêts étrangers et
une vision mondialisante
dans ces endroits
naguère préservés.
Texaco a également
répandu sur les routes
ses excès de brut afin
de maintenir la
poussière au sol, créant
une source de pollution
pour les affluents et
tous ceux qui marchent
pieds nus, ce que font
beaucoup d’habitants de
la forêt.
Le coût humain du projet
est difficilement
quantifiable, mais des
études menées auprès de
la population indigène
de la région indiquent
des taux de cancer et de
fausses-couches (voir
« Tchernobyl de
l’Ouest », plus bas)
anormalement élevés.
D’une manière plus
générale, la
perturbation massive des
systèmes naturels et des
sociétés humaines de la
région a contribué à un
déclin troublant des
populations locales. La
population Cofan, par
exemple, s’élevait à
15’000 personnes lorsque
les premiers puits de
pétrole furent forés sur
leurs territoires ; elle
se compte désormais en
centaines. Les Secoya et
les Siones citent
également les compagnies
de pétrole comme une
raison de leur déclin,
en partie parce que les
eaux dont ils
dépendaient autrefois
pour s’abreuver, pour
pêcher, pour faire la
cuisine et se laver sont
maintenant
dangereusement polluées
et que leurs forêts ont
subi des atteintes
irréversibles.
Mises bout à bout, les
pratiques de Texaco
étaient si maladroites
que la compagnie
nationale brésilienne de
pétrole, Pétrobras,
envoya une équipe
d’ingénieurs pour les
étudier - un modèle de
comment ne pas extraire
du pétrole dans une
forêt tropicale. Mais
comme Texaco était la
pionnière du boom
pétrolier en Équateur,
elle établit la norme
pour de futures
extractions dans
l’Oriente. Comme le nota
un reporter qui avait
couvert les opérations
de la compagnie :
« Texaco est entrée en
Amazonie équatorienne
avec la subtilité d’une
armée d’invasion. »
L’ouverture d’un procès
médiatisé à l’extrême
La scène de l’ouverture
du procès à Lago Agrio
ressemblait au tournage
d’un film, avec des
douzaines de caméras,
des anciens et des
enfants autochtones
vêtus de tous leurs
atours tribaux, les
juges en
complets-cravates, et
des centaines
d’observateurs
extérieurs qui avaient
attendu des heures afin
d’assister à cet épisode
de l’histoire en marche.
Les événements des six
jours à venir
promettaient de faire
les grands titres des
journaux dans des villes
aussi éloignées que New
York, New Delhi, et
Lagos.
À 9 heures du matin, les
plaignants et les
membres de leur équipe
juridique - deux avocats
équatoriens et leurs
collègues qui avaient
porté l’affaire devant
les tribunaux de New
York - passèrent le
barrage de la police
anti-émeute et entrèrent
dans le palais de
justice. L’édifice loué
pour l’occasion avait
une allure quasi
moderne, avec ses
fenêtres réfléchissantes
bleues en acier et sa
façade en faux-marbre. (
À l’intérieur cet effet
baissait d’un cran, en
raison des murs moisis,
d’une cage d’escalier
défraîchie, de tuiles
qui se détachaient des
corniches). Pour éviter
la foule massée autour
de la seule entrée du
palais de justice, les
avocats de ChevronTexaco
et les gardes du corps
qu’ils avaient engagés
étaient entrés dans
l’édifice une heure
avant.
La salle d’audience
permit à 40 personnes de
s’asseoir dans un décor
d’un blanc austère, à
l’exception d’une
peinture murale ornant
le mur derrière le siège
du juge, représentant
une femme tenant la
balance de la justice
sur fond de forêt
luxuriante. La pièce
était remplie
d’autochtones et de
paysans, dont plusieurs
avaient attendu ce
moment depuis 30 ans.
Les questions et les
spéculations allaient
bon train : « Lesquels
sont les avocats de
Texaco ? », (« Ils ont
une tête d’avocats
travaillant pour une
compagnie de
pétrole. »), « Le PDG
va-t-il venir ? », « Les
juges vont-ils accepter
la cause et laisser le
procès commencer ? » À
l’exception de trois
avocats de ChevronTexaco,
aucun partisan ou témoin
de la compagnie n’était
présent.
Pour le juge Alberto
Guerra Bastidas,
président de la Cour
suprême de justice de
Lago Agrio, le pétrole
n’était pas un sujet
nouveau. Il avait servi
comme conseiller
juridique du Collège
équatorien des mines, du
pétrole et de la
géologie, et conseillé
ensuite l’Agence
nationale des
hydrocarbures. En 1995,
sa première nomination
juridique en fit le juge
civil dans la province
de Pichincha, où se
trouve la capitale
Quito. Seul, il était
chargé de présider le
procès et de rendre un
verdict : Guerra déclara
à propos de sa nouvelle
responsabilité : « Je
travaille maintenant 15
heures par jour, car je
veux que notre justice
sorte renforcée de ce
procès. »
À 9h10, le juge Guerra
convoqua l’audition et
demanda à ChevronTexaco
de présenter sa réponse
à la plainte. Adolfo
Callejas, le principal
avocat de la compagnie,
ouvrit un document de
200 pages et commença à
lire. Il en lut chaque
mot jusque tard dans
l’après-midi. Mais la
première secousse se
produisit bien avant.
Depuis son fauteuil le
juge montra lui-même son
malaise de manière
notoire lorsque Callejas
affirma : « Il n’existe
pas une seule raison
pour que cette
plaidoirie se poursuive,
et vous, Monsieur le
juge, vous n’avez ni la
compétence, ni la
juridiction pour vous en
saisir. »
Après avoir affirmé
pendant 9 ans devant une
Cour new-yorkaise que
l’affaire ne devait pas
être jugée aux
États-Unis mais en
Équateur, où les
préjudices avaient été
réalisés, ChevronTexaco
venait de changer
d’idée, et jugeait
qu’après tout, la Cour
de justice équatorienne
était le mauvais endroit
pour un procès. La
compagnie affirma
également que les
plaignants poursuivaient
la mauvaise compagnie -
qu’ils devaient
poursuivre la filiale de
ChevronTexaco Texpet
(disparue au moment du
procès), qui avait mené
les opérations dans la
parcelle pétrolière.
Plus tard, la compagnie
affirma :
que
Texpet avait respecté
les lois en vigueur et
les normes de
l’industrie ;
que
la loi sur la gestion
environnementale (voir
encadré) n’était pas
rétroactive et qu’ainsi
elle ne pouvait être
appliquée à leurs
opérations, bien que les
rejets continuent à
contaminer les cours
d’eau et les sols ;
que
s’il y avait des
préjudices, la compagnie
avait déjà procédé à un
nettoyage ;
et
que même si le nettoyage
était inadéquat, le
gouvernement équatorien
avait libéré la
compagnie de toutes les
responsabilités
associées à ses
opérations par un accord
signé en 1995.
Pendant ce temps en
dehors du tribunal, le
déluge avait laissé
place aux premiers
rayons de soleil et Lago
Agrio était revenu à son
caractère habituel - une
ville prospère,
grouillante de monde
malgré la chaleur
étouffante de la jungle.
Vers la fin de la
matinée, la foule
s’était encore augmentée
de quelques centaines de
personnes représentant
des milliers de familles
vivant à proximité des
zones contaminées.
Certains avaient voyagé
des jours à pied et en
canoë ; d’autres avaient
passé de longues heures
dans des bus en
provenance de villes
comme San Carlos,
Shushufindi, et Coca.
Les canoës qui
transportaient des
douzaines de Cofanes,
des Secoyas et des chefs
Siones furent enfin
capables de traverser la
rivière Aguarico et un
bus haut en couleur les
transporta pour la
dernière heure de voyage
sur cette route
pétrolière tortueuse qui
mène à la ville.
À la mi-journée, la
ville bourdonnait des
nouvelles du procès. La
radio Sucumbios, la
station régionale qui
émet dans le but de
promouvoir les
communautés de la forêt
tropicale le long de l’Aquarico,
retransmit toute la
journée en direct. La
station pouvait être
entendue de pratiquement
tous les commerces et
dans chaque taxi qui
passait. À midi, la Cour
fit une pose pour
manger ; les plaignants
et leurs avocats
descendirent dans la rue
sous les
applaudissements
tumultueux et aux chants
« Justice ! Justice ! »
Les avocats de la
compagnie commandèrent
leur repas depuis
l’intérieur du bâtiment.
Une
ancienne fosse de Texaco
en feu à Shushufindi Sur
en Équateur.
Des
témoins pour
l’accusation
L’audition reprit après
14 heures. Callejas
poursuivit sa lecture de
la déclaration préparée
par la compagnie.
Lorsqu’il termina, le
juge Guerra se tourna
vers Alberto Wray, un
avocat équatorien très
respecté et le
conseiller principal des
plaignants, et lui
offrit la possibilité de
répondre. Wray, un
ancien de la Cour
Suprême, fit une
déclaration brève mais
qui fit un puissant
effet : « Si la valeur
de l’argumentation des
défenseurs se mesurait
au nombre de pages
qu’ils présentent, il ne
ferait aucun doute que
leur défense serait
solide. Mais ce n’est
pas le cas. »
Le tribunal n’avait pas
d’appareil sténo, le
secrétaire de la Cour
fit donc le
transcription des
auditions en utilisant
ses deux index pour
taper les déclarations
sur un clavier
d’ordinateur. Cette
procédure obligea chacun
à parler lentement,
renforçant l’emphase sur
les mots et soulignant
l’importance de chacun.
D’une façon délibérément
dramatique, Wray
conclut : « Texaco,
qu’importe sous quel
nom, sous quel
déguisement légal, a
causé des dommages
environnementaux en
Amazonie équatorienne,
ce que nous arriverons à
prouver durant le temps
qui nous sera alloué. La
compagnie a utilisé des
méthodes et des
technologies pour
conduire ses opérations
qui ont laissé derrière
elles un environnement
toxique et qui sont à
l’origine de préjudices
très importants à la
santé humaine, à la
flore, à la faune, à
l’environnement et à
l’équilibre de la
nature. Ces préjudices
existent pour des
raisons exclusivement
économiques : la
compagnie savait
parfaitement que
d’autres méthodes
d’extraction et de
gestion des déchets
existaient, des méthodes
moins dommageables pour
l’environnement et la
santé publique. »
Le juge écarta ensuite
l’offre de rejeter la
procédure suggérée par
la défense. Puis
suivirent deux jours
passés à se transmettre
de documents et à
remplir des obligations
bureaucratiques, avant
que ne débutent les
témoignages des
plaignants, le vendredi.
Dans les cours
équatoriennes, les
témoins ne sont pas
toujours questionnés
publiquement, mais
parfois par le juge dans
des chambres prévues à
cet effet. Mais vu
l’essaim d’appareils
photo, la présence
massive de la presse, et
le nombre de personnes
touchées qui voulait
entendre les
témoignages, le juge
Guerra déplaça la barre
des témoins dans une
salle plus grande.
Le premier témoin, Galo
Yépez, assis devant le
bureau du secrétaire,
prêta sermon. Yépez
était appelé pour rendre
compte son étude
exhaustive, présentée le
jour même, des décharges
et des puits créés par
Texaco avant 1990 et
soumise comme évidence à
la Cour. L’étude
utilisait la technologie
GPS (système mondial de
positionnement) et des
données fournies par
l’Agence nationale des
hydrocarbures pour
documenter chacun des
puits et chacune des
décharges créés par
Texaco. L’étude était
également illustrée de
photographies d’une
évidence aveuglante, et
incluait des témoignages
personnels et des
interviews de plus des
1’100 familles vivant à
proximité des puits de
pétrole.
Le suivant était Roberto
Bejarano, coauteur d’une
nouvelle étude de 1’200
pages préparée par
Petroecuador et le Front
de défense de
l’Amazonie. Parlant avec
une lenteur exaspérante
pour faciliter la vie du
rapporteur de la cour
qui picotait des doigts,
Bejarano expliqua
comment les enquêteurs
avaient visité les
champs pétroliers de
Dureno, Lago Agrio,
Atacapi, Shushufindi,
Yuca, Auca, et Cononaco.
Creusant à trois mètres
dans chacune des 207
fosses que Texaco
prétendait avoir
nettoyées, l’équipe
trouva chacune d’elle
encore contaminée par
des concentrations
significatives de
pétrole. Ce que les
habitants disaient
depuis des années était
donc confirmé : malgré
les déclarations de la
compagnie, rien de ce
qui aurait pu ressembler
à un nettoyage adéquat
n’avait été réalisé
(voir l’encadré). À la
conclusion de son
témoignage, Barajano
quitta la barre des
témoins et signa la
transcription de sa
déclaration. La Cour
ajourna pour le
week-end.
Un
arsenal inespéré
L’attente était forte
lundi matin car une des
étoiles du procès devait
apparaître à la barre
des témoins. Rene Vargos
Pazos, un ancien
dirigeant de la
compagnie nationale de
pétrole et ancien
ministre de l’énergie et
des mines durant la
présence de Texaco dans
le pays, était censé
témoigner au sujet de la
relation entre Texaco
Inc. et les partenaires
du consortium.
|
La loi
derrière le
procès
Pour que la
Deuxième
Cour de New
York
transfère la
cause en
Équateur, la
loi
américaine
exigeait que
le juge soit
convaincu
qu’un forum
juridique
adéquat
existait et
que les
plaignants
seraient
entendus.
Ces derniers
posèrent -
et le juge
accepta -
quatre
conditions
qu’ils
estimaient
nécessaires
pour
garantir un
tel forum.
Premièrement,
ChevronTexaco
devait se
soumettre à
la
juridiction
équatorienne.
Deuxièmement,
la compagnie
devait se
plier à tout
jugement
rendu ;
ladite
décision
serait
appliquée et
confirmée
par les
tribunaux
américains.
Troisièmement,
les
documents
internes de
Texaco,
obtenus par
les
plaignants
durant la
phase
exploratoire
de la cause,
devaient
être libérés
et rendus
disponibles
en Équateur.
Et
finalement,
l’équipe
légale eut
une année
pour se
préparer.
L’action
accusait la
compagnie
ChevronTexaco
de s’être
engagée dans
des actes
« de
négligence
destructeurs,
délibérés et
inadmissibles »
en Amazonie
équatorienne.
En outre,
elle avait
refusé de se
conformer
aux normes
acceptées
dans
l’industrie
du pétrole
en ce qui
concerne le
nettoyage et
l’élimination
de déchets
toxiques
provenant
des forages.
Les
plaignants
affirmèrent
que ces
gestes
insensés
avaient mené
à une
destruction
irréversible
et
systématique
de leurs
terres,
qu’ils
avaient
provoqué une
épidémie,
tout en
permettant à
la compagnie
d’épargner
des
milliards de
dollars, et
que le
préjudice
n’avait
jamais été
réparé de
manière
appropriée.
L’action
collective
n’existe pas
comme telle
en Équateur.
Le procès
utilise une
catégorie
similaire
connue sous
le nom
« d’action
populaire ».
Sachant que
l’affaire
pourrait
être
renvoyée en
Équateur,
les
communautés
concernées
et les
militants
pour
l’environnement
et les
droits de
l’homme se
mobilisèrent
pour faire
voter en
1999 la Loi
pour la
gestion
environnementale.
Comme la loi
américaine
appelée
Superfund,
la loi
équatorienne
est
rétroactive
et permet de
tenir les
institutions
responsables
des
préjudices
qu’ils ont
causés à
l’environnement
sans
préciser une
période de
prescription.
La cause
contre
ChevronTexaco
est le
premier test
de la loi.
La loi
permet
uniquement
une décision
concernant
les
réparations
environnementales
et qui en
est
responsable ;
elle ne
permet pas
des
réparations
individuelles.
Selon une
autre loi
équatorienne
(rédigée et
passée avec
le soutien
de l’Agence
américaine
pour le
développement
international),
une partie
qui demande
réparation
doit déposer
1 pour cent
de la somme
demandée.
Dans le cas
présent, il
s’agissait
de millions
de dollars,
un montant
bien
supérieur
aux
capacités
des
plaignants.
|
Mais tôt ce matin là,
durant les heures calmes
avant que ne débute le
témoignage, une
information précieuse,
d’une autre espèce, fut
livrée à la cour :
75’000 pages des
documents internes de
Texaco dont les
plaignants s’étaient
assuré l’accès en 1993
durant la phase
new-yorkaise de
l’affaire. Ces pages
étaient des indices
flagrants détaillant
chaque aspect des
opérations de Texaco
durant ses deux
décennies passées en
Équateur : qui donnait
les ordres, qui devrait
être tenu responsable.
Cristobal Bonifaz (le
père de John) a appelé
la cause des plaignants
un effort pour « ouvrir
une brèche dans le mur
derrière lequel se
protègent les grandes
entreprises » - faisant
dérailler la tentative
des entreprises de fuir
leurs responsabilités
derrière des
filiales-écrans sans
avoirs et dotées d’une
comptabilité
inexistante.
Par exemple, Texaco Inc.
a créé Texpet, avec une
maison de direction à
Coral Gables, en
Floride, pour procéder
aux opérations de forage
à Lago Agrio. Texpet
était une filiale dont
Texaco Financial
Services Company était
entièrement
propriétaire, elle-même
une propriété de Texaco
Overseas Developement
Company, qui elle est
propriété de Texaco
Inc.. À Lago Agrio,
ChevronTexaco avança
l’argument que Texaco
Inc. existait toujours
et qu’ainsi les
plaignants poursuivaient
la mauvaise compagnie.
Selon ChevronTexaco, ces
derniers devraient
poursuivre Texaco Inc.
puisque cette dernière a
survécu à la fusion
entre Texaco et Chevron
(en tant que filiale).
Pourtant, à New York, la
défense avait signé leur
dernière conclusion « ChevronTexaco »
et avancé que la cause
devait être renvoyée en
Californie - sous
prétexte que la
maison-mère de
ChevronTexaco s’y
trouvait et que Texaco
Inc. n’existait plus.
Les documents incluent
des transcriptions de
plus de 400 rencontres
du bureau de direction
de Texaco entre 1973 et
1986, tout comme des
mémos et des directives.
Réunis, ces documents
montrent à quel point
Texaco Inc. aux
Etats-Unis gérait au
plus près les détails
les plus triviaux des
opérations de Texpet,
approuvant des achats
pour des sommes aussi
petites que quelques
centaines de dollars.
Bien qu’elle ne détînt
qu’une part minoritaire
du consortium, en tant
qu’opérateur, Texaco
planifia, construisit,
et exploita chacun des
plus de 350 puits
construits par le
consortium. Selon les
documents, la décision
capitale de l’entreprise
de passer outre
l’installation d’une
technologie de
réinjection, et de se
défaire des déchets dans
des fosses non étanches
fut celle de Texaco Inc.
aux États-Unis. Un
représentant officiel de
Texaco écrivit dans une
lettre en 1980 : « Les
fosses dépourvues
d’étanchéité sont
nécessaires pour
l’efficacité et la
rentabilité de nos
opérations de forage. Le
coût total pour éliminer
nos anciennes fosses et
en étancher de nouvelles
serait de $
4’197’958.... Il est
donc recommandé que les
fosses ne soient ni
étanchéisées, ni
comblées. »
Le
Tchernobyl de l’Ouest ?
Le témoignage de Vargos
Pazos a confirmé ces
faits. Il a expliqué
qu’à l’époque
lacompagnie équatorienne
appartenant à l’État
(CEPE) n’avait ni
l’expertise technique,
ni l’expertise
environnementale, pas
plus que le capital pour
conduire les opérations
pétrolières. Pazos
déclara : « Notre
travailétait de
surveiller et de
respecter le rythme de
production, lesvolumes,
l’ouverture de nouveaux
puits, la construction
des oléoducs, les
investissements et les
paiements, mais à aucun
moment nous n’avons été
informé ou eu
connaissance des normes
techniques que Texaco
utilisait. » Il ajouta
que parce que Texaco
était une compagnie
américaine, elle était
jugée comme absolument
crédible dans le
développement pétrolier,
et la CEPE faisait
confiance à la compagnie
pour l’installation de
technologies modernes
conformes aux normes les
plus récentes de
l’industrie en usage aux
États-Unis et à travers
le monde.
La liste des témoins de
l’après-midi commençait
par Segundo Tobias Ojeda,
qui avait travaillé pour
une entreprise sous
contrat avec Texaco. Il
expliqua le processus de
localisation des puits
de pétrole et des
fosses : « Premièrement,
nous trouvions un site
pour le puits et
construisions deux
fosses à côté de la
plate-forme pour
l’évacuation du brut et
de la boue provenant du
forage. Il est exact que
certains réservoirs
après le forage se
remplissaient de pétrole
et de boue, et que
durant la saison des
pluies, ils se
remplissaient d’eau et
débordaient dans
l’estuaire.... Là où
j’habite, les oléoducs
se sont rompus à de
nombreuses occasions et
je l’ai à chaque fois
fait savoir aux
ingénieurs de Texaco.
Parfois ils procédaient
à un nettoyage, en
d’autres occasions, la
situation pouvait rester
ainsi pour plusieurs
jours. Pour le
nettoyage, ils brûlaient
le pétrole ou
l’enfouissaient. »
Alejandro Rigoberto Soto
a témoigné au sujet du
puits 35 de Texaco, qui
était localisé sur la
ferme de son père.
« J’ai habité sur la
ferme avec mon père
depuis 1973 et je
voulais expliquer qu’à
l’époque, nous pêchions
avec des filets dans la
rivière qui longeait la
ferme » raconte-t-il.
« Il y avait une grande
quantité de poissons...
mais avec les
déversements
accompagnant les
forages, lorsque les
plates-formes ou les
oléoducs se rompaient,
le pétrole se retrouvait
dans la rivière et aucun
nettoyage n’était
effectué. Les
déversements
recouvraient la rivière,
la rendant noire sur
toute sa largeur, ce qui
asphyxiait les poissons.
Ceux-ci sautaient en
dehors de l’eau. Depuis
cette époque, les
espèces de la rivière
ont disparu. »
Parfois on avait
l’impression que les
plaignants étaient mis
en accusation lorsque
les questions de
ChevronTexaco, posées
par le juge Guerra,
tentaient de discréditer
leur expérience de vie
en tant qu’employés de
la compagnie ou
habitants vivant à côté
des fosses abandonnées :
"Chassez-vous ?
Tuez-vous des animaux ?
Quelle est votre
spécialité technique ?
Quelle est votre
éducation ou formation ?
Quelle expertise ou
spécialité avez-vous
pour identifier des
produits chimiques ou
des produits pouvant
mener à une
contamination ? Ne
coupez-vous pas ou ne
détruisez-vous pas la
forêt lorsque vous
faites pousser du café
ou d’autres cultures ?"
Au dernier jour du
procès, la nature offrit
un autre signe, de
chagrin (ou de joie), et
une chute parfaite à une
semaine de témoignage et
d’évidences : un déluge
qui commença à 3 heures
du matin par un
spectacle grandiose
d’orages et d’éclairs.
Les averses se
poursuivirent toute la
nuit et l’essentiel de
la matinée. À 11 heures
du matin, 200 personnes
affrontèrent la pluie et
entreprirent de marcher
à travers la ville,
rejointes en route par
la militante des droits
de l’homme Bianca Jagger
et les dirigeants des
Cofans et des Secoyas.
Cette journée produisit
certains des témoignages
parmi les plus
percutants de toute la
semaine. Le Dr Miguel
San Sebastian, un
physicien espagnol,
expliqua les résultats
de son étude novatrice
sur la santé, qui
démontrait un lien entre
les opérations
pétrolières de Texaco et
la crise de la santé
dans la région. L’étude
Yana Curi (du mot
quichua signifiant "l’or
noir") fut conduite à
San Carlos en février
1999, une ville de 1’000
fermiers qui migrèrent
en provenance d’autres
parties du pays à la
recherche de terres. La
ville et ses fermes sont
à proximité de 30 puits
de ChevronTexaco.
|
Devenir
propre ?
En 1995
alors que
les
poursuites
contre la
compagnie
faisaient
leur chemin
aux
États-Unis
et que la
colère
internationale
montait,
Texaco tenta
de conjurer
le désastre
annoncé,
tant du
point de vue
juridique et
financier
que du point
de vue des
relations
publiques,
en concluant
un accord
avec des
agences du
gouvernement
équatorien
pour un
effort de
nettoyage à
hauteur de $
40 millions.
Mais plutôt
que de
véritablement
trouver une
solution aux
polluants se
trouvant
dans les
fosses, dans
la plupart
des cas,
Texaco les
fit
simplement
recouvrir de
terre. De
plus les
fonds
étaient tout
à fait
inadéquats
dès le
départ : le
coût d’un
nettoyage
complet,
ajouté aux
compensations
des
personnes
touchées
pour les
préjudices à
leurs
personnes et
leurs
propriétés,
a été évalué
à plus de $
6 milliards.
Et l’on
estime que
Texaco, en
choisissant
ces options
destructrices,
a économisé
près de $
4.5
milliards
durant ses
deux
décennies
d’opérations
pétrolières.
Durant la
période du
nettoyage,
Texaco a
donné un
million de
dollars à
chacune des
trois
communautés,
à savoir
Lago Agrio,
Coca, et
Shushifindi.
"Je défie
quiconque de
nous dire où
est allé cet
argent. Cela
signifie que
37 millions
de dollars
étaient
disponibles
pour
nettoyer ces
fosses"
déclara
Cristobal
Bonifaz, un
avocat né en
équateur,
aujourd’hui
basé aux
USA, et qui
mena
l’effort
depuis New
York.
"L’accord
avec le
gouvernement
équatorien
est
frauduleux
pour la
raison
simple que
les fosses
n’ont pas
été
nettoyées.
Vous pouvez
aller sur
chacune des
fosses où,
selon
Texaco, la
situation
aurait été
assainie :
plantez un
bâton en
terre, et du
pétrole
ressort
aussitôt à
la surface.
Sur certains
sites, ils
ont planté
du gazon à
racines
courtes et
cela donne
une jolie
apparence au
lieu, mais
si vous
observez les
arbres
alentour,
ils sont
tous morts."
Lorsque
Texaco
arriva à un
accord avec
le
gouvernement
d’Équateur,
le conseil
de la
compagnie
convoqua
Bonifaz à
une
rencontre.
"Ils
offrirent 1
million de
dollars à
nous les
avocats, et
400 dollars
à chacune
des 25’000
personnes
affectées",
déclara-t-il.
Malgré cela,
Texaco
déclare
avoir déjà
nettoyé les
zones
contaminées
et versé des
compensations
aux
communautés
touchées et
au
gouvernement
équatorien.
Il est
difficile de
savoir
quelle est
la part des
$ 40
millions qui
a été
utilisée
pour un
véritable
nettoyage,
ou si une
partie de
cet argent
n’a pas
plutôt servi
à garnir les
coffres des
gouvernements
locaux, ou
ceux de ses
représentants.
Mais pour
Mariana
Jemenez, une
paysanne
dont la
terre
entoure une
des fosses à
ciel
ouvert : "Si
Texaco
nettoyait et
nous
compensait,
je crois que
nous le
saurions."
C’est en
fait toute
l’essence du
procès -
quel que
soit
l’accord
signé par le
gouvernement
équatorien.
|
L’étude du Dr San
Sebastian attribua 10
décès à San Carlos à 8
différents types de
cancer, avec un 11ème
cas estimé comme
probable. L’étude
suggère que le risque de
tous les cancers dans la
population de San
Carolos atteint 2.3 fois
le taux prévisible. Les
hommes de San Carlos
subissent un risque 30
fois supérieur aux
prévisions concernant le
larynx, 18 fois
supérieur concernant le
cancer de la voie
biliaire, 15 fois
supérieur concernant le
cancer du foie ou le
mélanome, 4.6 fois
supérieur pour le cancer
de l’estomac, et 2.6
fois supérieur
concernant la leucémie.
Le Dr San Sebastian
déclara : "Le niveau de
pollution dans la
principale rivière de la
ville fut estimé entre 5
et 250 fois au-delà des
limites permises pour
l’eau potable. Nous
avons évalué que le
risque de
fausses-couches pour les
femmes qui vivent à
proximité des puits de
pétrole est 2.5 fois
plus élevé que celui de
femmes ne vivant pas à
proximité de tels
puits."
Les coûts humains
complets pourraient ne
jamais être connus, mais
des efforts ont été
faits pour attribuer un
prix à la réparation des
dommages perpétrés par
Texaco. Lors de son
témoignage, l’ingénieur
chimique Dave Russell,
propriétaire de Global
Environmental Operations
Inc., une compagnie
spécialisée dans la
remise en état de sites
affectés par le pétrole,
a fait une estimation
préliminaire du
nettoyage des anciens
sites de Texaco et des
zones touchées en aval
qui se chiffre à 6.14
milliards de dollars US.
Russell a passé deux
semaines à visiter les
anciens sites et a
conclu : "La dévastation
environnementale en
Équateur ne peut être
comparée qu’à celle de
Tchernobyl."
Même si ces 6 milliards
de dollars devaient être
dépensés, le leader
Secoya Umberto Piaguaje
estime que le nettoyage
environnemental n’est
possible que jusqu’à un
certain point : "Nous
disons qu’avec l’argent
du procès, il y aura
réparation, mais je ne
crois pas qu’il sera
possible de rendre à la
forêt son état originel.
"
Un
garçon debout sur un
oléoduc qui traverse la
jungle à proximité de
Lago Agrio
Maîtriser la destruction
De retour à Quito le
vendredi, le
porte-parole de Texaco
tint une conférence de
presse pour tenter de
donner une allure
positive à cette
semaine, en fait
désastreuse pour
l’entreprise dans les
médias. La compagnie
déclara une fois de plus
que ChevronTexaco
n’avait aucune
responsabilité dans la
dégradation des régions
de l’Oriente. Mais ils
firent face à une presse
critique et bien
informée." Permettez-moi
de bien comprendre"
affirma un reporter du
Wall Street Journal (ndt :
un journal économique
réputé très
conservateur), "ChevronTexaco
reporte ses gains sous
une forme consolidée,
mais lorsqu’il s’agit de
coûts externes (liabilities),
ils sont répercutés sur
ses filiales ?" Un
porte-parole de la
compagnie s’essuya le
front, fit une pause,
commença à chercher ses
mots, et se lança dans
ce qui peut être décrit
comme une explication
non linéaire des
hiérarchies que l’on
retrouve dans les
multinationales,
concluant sur : "En
fait, bien entendu que
Texaco fait partie de la
même compagnie, mais les
deux sont tout de même
séparées."
Fait inimaginable dans
un tribunal aux
États-Unis, le procès
s’est conclu sans que
ChevronTexaco eût appelé
à la barre un seul
témoin, ou présenté la
moindre évidence pour sa
défense. Cela pourrait
laisser présager des
délais supplémentaires
et une autre bataille
face à des Cours
américaines. "Ce que
vous avez vu se passer
cette semaine avec la
police anti-émeute
n’était rien d’autre
qu’une mascarade"
déclara John Bonifaz.
"En demandant la
protection policière, en
ne sortant pas de la
salle d’audience, cela
leur permet de retourner
aux États-Unis et de
prétendre que la Cour
équatorienne était hors
de contrôle."
Les avocats des
plaignants pensent que
le juge Guerra pourrait
rendre une décision dans
les six mois. On
pourrait appeler de sa
décision devant la Cour
suprême de Quito et en
dernier recour devant la
Cour suprême d’Équateur.
Quel que soit le
résultat, l’aspect le
plus historique de ce
procès reste que tout
jugement rendu contre
ChevronTexaco sera mis
en application par une
Cour américaine, en
accord avec la décision
de la Deuxième Cour
d’appel l’année
dernière.
Pendant ce temps, le
Front de défense de
l’Amazonie organise un
réseau des communautés
affectées afin de suivre
les activités du juge et
les développements
quotidiens au Palais de
justice, jusqu’au
verdict. Ce suivi de
proximité est nécessaire
pour se préserver de
toute irrégularité,
considérant l’histoire
de la corruption et le
manque de transparence
inhérents au pays, et
l’importance de la
décision. ChevronTexaco
aura des membres de son
équipe juridique
présents au Palais de
justice tous les jours
jusqu’au jugement.
Le procès de Lago Agrio
a dénoncé un crime de
grande ampleur et
démasqué ceux qui l’ont
commis. La vérité sur
les maladies et la mort
des populations
indigènes et des
habitants locaux ainsi
que les images de leur
souffrance revinrent en
boucle aux nouvelles du
soir en Équateur, et
eurent un écho dans la
presse du monde entier.
Cette calamité pour
l’environnement et pour
les droits de l’homme
s’accomplissait sous le
nez de chacun, "grosse
comme une montagne". Le
procès a révélé les
secrets de l’industrie
et a mis en lumière le
coût humain de leurs
opérations.
À Lago Agrio, il fut
démontré qu’une
compagnie pétrolière ne
peut plus considérer que
ses fosses toxiques, la
destruction de la forêt
et l’empoisonnement des
communautés resteront
cachés, ou à défaut
seront facilement
oubliés. Dans une ère de
mondialisation conduite
par les entreprises
multinationales et leurs
alliés, le procès contre
ChevronTexaco et la
campagne publique qui
l’a accompagné offrent
une chance de commencer
à refaire les règles du
commerce international.
L’attention aux
populations locales et à
l’environnement doit
s’équilibrer avec le
commerce. Il est urgent
que les normes
environnementales et de
santé publique dans les
pays en développement
soient élevées au niveau
que l’on trouve dans les
pays industrialisés.
Kevin Koenig
est le coordinateur pour
Amazon Watch de la
Campagne pétrole en
Amazonie, une
organisation à but non
lucratif basée en
Californie pour protéger
l’environnement et faire
progresser les droits
des Peuples Autochtones
dans le bassin
amazonien. Un suivi du
procès ChevronTexaco est
disponible sur le site
www.amazonwatch.org
Photographe : Lou
Dematteis a couvert les
questions sociales,
politiques et
environnementales autour
de la planète depuis 25
ans.