Seraient pénalisés également les habitants de
logements mal isolés et n'ayant pas les moyens
d'investir dans de nouveaux chauffages (malgré les aides
publiques, pompes à chaleur, panneaux solaires et autres
chauffages non polluants se vendent à prix
prohibitifs...). Mais cette réticence sociale, qualifiée
de "démagogique" par les Verts, n'est pas le seul
argument contre la taxe carbone : il y a aussi le
constat d'une sorte de vice de forme intellectuel.
La justification écologique de la taxe, c'est la
nécessité de pénaliser les usagers et consommateurs pour
les inciter à cesser de polluer ! On veut, dit-on, "changer les comportements". Certains responsables,
de droite comme de gauche, répètent qu'on peut toujours
se déplacer à vélo ou à pied au lieu de prendre sa
voiture ! Le principe, admis comme une évidence, c'est
que l'usage de la voiture pour se rendre au travail,
faire des courses, voyager, ou que se chauffer, au gaz
par exemple, etc., sont constitutifs d'un "délit
" de pollution... qu'il faut à tout prix pénaliser
financièrement. Cette pénalisation financière est censée
culpabiliser, dissuader et modifier le comportement du
consommateur... Ne pas admettre cette logique était,
jusqu'à ces derniers jours, médiatiquement "inaudible".
Mais réfléchissons un instant :
"changer les
comportements", donc orienter les consommateurs vers
un autre choix de consommation, suppose une alternative.
L'exemple de l'interdiction de vente des lampes à
incandescence dans l'Union européenne est intéressant :
des ampoules non polluantes sont désormais en vente.
Leur prix est plus élevé, certes, mais l'alternative
existe. Quel est le choix alternatif en matière de
carburants polluants ? Sauf à ressortir les diligences,
refuser de se rendre au travail, renoncer à faire ses
courses au supermarché ou considérer les déplacements
comme illégitimes (ce qui serait une régression de
civilisation), le citoyen, éloigné des transports en
commun, peut-il choisir entre véhicules à carburants
fossiles et véhicules propres (électriques, piles à
combustibles, hydrogène, etc.) ?
La réponse est "non". Est-ce la faute des usagers si
ce genre de voiture n'existe aujourd'hui qu'à l'état de
prototype ou de projet, dans les cartons des
laboratoires ? Qui n'a pas investi massivement dans ce
secteur de pointe ? Qui est à la traîne en matière de
voiture électrique ? Réponse : pas les consommateurs,
mais les constructeurs, l'industrie automobile... Le
manque d'investissement dans l'alternative énergétique
n'est-il pas, en partie, à l'origine de la crise
mondiale de l'automobile ?
Les consommateurs et usagers n'ont pas le moyen
d'exercer de choix : ils sont même plutôt victimes de la
situation. La taxe carbone serait une sorte de double
peine appliquée aux consommateurs, derniers maillons, en
bout de chaîne du processus industriel, alors que c'est
ce processus-là qui est en cause ! Aberrant, non ?
Ne serait-il pas écologiquement plus logique et plus
urgent de réorienter le processus industriel afin de
produire des alternatives non polluantes en matière
automobile et de logements plutôt que de s'acharner sur
des usagers captifs de modes de locomotion et de
chauffage polluants ?