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Pesticides : le scandale qui empoisonne les Antilles

par Jean-Marc Plantade

 

 

Les pesticides sont-ils à l'origine d'un désastre sanitaire en Martinique et en Guadeloupe ? C'est ce qu'affirme le professeur Belpomme, cancérologue qui rendra public demain à l'Assemblée un rapport accablant sur cette affaire.

 

Des morts avérés, des cancers de la prostate en surnombre, des femmes enceintes et des nouveau-nés contaminés, des sols et des eaux durablement pollués... Le scandale du chlordécone, ce puissant pesticide massivement utilisé aux Antilles, que notre journal a révélé le 28 août, prend désormais une tout autre ampleur. C'est ce qu'affirme aujourd'hui le professeur Belpomme, un cancérologue français de renommée internationale, pour qui l'usage généralisé des pesticides aurait provoqué des dégâts irrémédiables en Martinique et en Guadeloupe. Après avoir conduit une mission aux Antilles au printemps dernier, à la demande d'associations écologistes, le scientifique - qui rendra public demain à l'Assemblée un rapport* explosif de 52 pages - assure même que cette « affaire » dépasse de loin celle du sang contaminé.

Au coeur des débats du prochain Grenelle

Selon lui, l'ensemble des populations insulaires se trouve « empoisonné », notamment par le chlordécone (interdit en métropole en 1990, mais seulement en 1993 aux Antilles et utilisé clandestinement jusqu'en 2002) ainsi que par le paraquat. Pis : la durée de vie de ces produits chimiques s'étalant sur des siècles, les conséquences sanitaires devraient se faire sentir longtemps, y compris sur les générations nées après l'interdiction du chlordécone.

Même si aux Antilles le dossier pesticides est encore tabou - il a fallu plusieurs années pour que la justice locale déclare recevable une plainte - en métropole, l'affaire agite sérieusement le milieu politique. Contrairement à ses prédécesseurs, Michel Barnier, le nouveau ministre de l'Agriculture, vient de faire interdire le paraquat et promet des aides pour dépolluer les sols. Au ministère de l'Environnement, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet ne dissimulent pas « l'ampleur » du dossier. Enfin, chez les producteurs de bananes antillaises, on se dit désormais prêts à lever le pied, sous condition, sur les pesticides. Le sujet est plus brûlant que jamais : les pesticides et leur usage massif en France seront au coeur des débats du prochain Grenelle de l'environnement, dans moins d'un mois.

* Rapport d'expertise et d'audit externe concernant la pollution par les pesticides aux Antilles : conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires, et propositions d'un plan de sauvegarde.

lundi 17 septembre 2007 | Le Parisien

Une situation «très grave», selon Michel Barnier

 

Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier a estimé ce matin sur Europe 1 que la situation était «très grave» aux Antilles, où l'utilisation massive de pesticides dans l'agriculture a conduit à un «désastre sanitaire», selon le rapport du professeur Dominique Belpomme qui doit être rendu public demain.

Le ministre a expliqué que cette situation était imputable à une gestion dans le passé qui a «des conséquences sanitaires aujourd'hui», notamment sur la «qualité des terres». «Nous traiterons la question du chlordécone, en ce qui nous concerne, avec la plus grande transparence», a-t-il encore assuré.

Il a fait valoir qu'après le désastre du cyclone Dean, qui a ravagé en août de multiples plantations de bananes, l'occasion se présentait de replanter «avec peu ou pas de pesticide, d'aller vers la banane zéro pesticide». Il a fait interdire le pesticide paraquat et a promis des aides pour dépolluer les sols.

lundi 17 septembre 2007 | Le Parisien

Dans l'Hexagone, des produits sur la sellette

 
 

LES PESTICIDES laissent des traces sur les grappes de raisin que vous achetez au marché, dans l'air que vous respirez, les fleuves, les nappes phréatiques... Mais quels sont leurs effets sur les hommes, les poissons, les abeilles en France, qui est le troisième consommateur au monde d'insecticides, herbicides et fongicides ? Pour l'heure, beaucoup de questions restent sans réponse, mais certaines études s'avèrent inquiétantes.

Santé : les paysans en première ligne
Selon la Mutualité sociale agricole, un agriculteur sur cinq se plaint de « troubles » liés à l'utilisation de produits phytosanitaires. Le grand public ne serait pas, non plus, à l'abri des effets nocifs de certains pesticides. Des scientifiques évoquent les conséquences pour la santé des résidus de ces « tueurs de parasites » que l'on retrouve sur la moitié des fruits et légumes. Selon eux, ces molécules pourraient être à l'origine de certains cancers. Lors d'une étude de l'Institut national de la consommation effectuée sur 150 lots de fruits et légumes, des substances chimiques non autorisées avaient été détectées sur des carottes et des salades.

Anomalies génitales chez les bébés
En 2001, un professeur du CHU de Montpellier a constaté un taux élevé d'anomalies de l'appareil génital chez des nouveau-nés issus de familles de viticulteurs et d'agriculteurs de la région vivant dans des zones exposées aux pesticides. Autre observation troublante d'un biologiste de l'université de Caen : l'herbicide baptisé Roundup serait susceptible de provoquer des fausses couches, des avortements spontanés et des malformations chez les femmes enceintes. Il serait même potentiellement cancérigène, selon une autre étude.

Des nappes souterraines et des rivières souillées
La consommation massive de pesticides entraîne une « pollution chronique » des eaux jugée « préoccupante » par l'Institut français de l'environnement. Selon ce dernier, 96 % des rivières et 61 % des nappes souterraines sont concernées, ce qui lui vaut les coups de semonce réguliers de la part de la Commission européenne. Cette présence conduirait à une fragilisation des populations aquatiques : baisse des « performances de reproduction » des poissons et vulnérabilité accrue à la prédation. Sans parler du coût : le traitement pour rendre l'eau potable coûte très cher aux collectivités.

Un ennemi des abeilles
Au début des années 2000, les apiculteurs du Sud-Ouest ont découvert des milliers de cadavres dans leurs ruches. Accusé : le Régent, un insecticide dont la vente a été suspendue en France le 23 février 2005. L'Union européenne envisage d'autoriser de nouveau ces prochaines semaines - et sous certaines conditions - la molécule active de ce produit, le fipronil.

Vincent Mongaillard

 
Le Parisien , lundi 17 septembre 2007

Les industriels se défendent... en taclant l'Etat

 

MAL-AIMÉS de la filière agricole dans un pays où la consommation est l'une des plus fortes d'Europe, les producteurs de pesticides s'efforcent de se montrer rassurants. « A tous les niveaux, il y a une grande méconnaissance de notre activité », déplore Jean-Charles Bocquet, le président de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), l'organisation professionnelle des producteurs. « Tous les produits font l'objet d'une autorisation de mise sur le marché. Les risques potentiels sur l'environnement et sur la santé des consommateurs sont donc évalués avant commercialisation », rappelle l'industriel.

« Les risques peuvent être maîtrisés »

Concernant le délai particulièrement long mis par la France pour interdire le chlordécone, Jean-Charles Bocquet renvoie habilement la balle du côté « des autorités qui ont dû considérer que la balance bénéfice/risque penchait davantage vers le premier point ».

Pas invités à participer aux débats du Grenelle de l'environnement, les industriels affirment aujourd'hui avoir un seul credo : la gestion des risques. « Les produits phytosanitaires sont intrinsèquement dangereux, mais s'ils sont utilisés correctement, les risques peuvent être maîtrisés, affirme Jean-Charles Bocquet. Certes, il y a encore des progrès à faire de la part de tous les acteurs de la filière mais nous sommes favorables à une utilisation plus raisonnée des pesticides. » Le plan interministériel « de réduction des risques liés aux pesticides », présenté l'an dernier, trouverait donc grâce auprès des producteurs, sauf sur un point : l'objectif affiché de réduire de 50 % l'utilisation de 47 substances considérées comme les plus dangereuses. « C'est une décision arbitraire, du délit de sale gueule », tonne-t-il.

T.B. lundi 17 septembre 2007 | Le Parisien

 

 

La Cour de cassation saisie

C'EST début août que la cour d'appel de Basse-Terre (Guadeloupe) a déclaré « recevable » une plainte pour « empoisonnement ». Un qualificatif juridique très fort qui n'avait pas été retenu dans l'affaire du sang contaminé. Cette plainte des écolos antillais aurait dû conduire à la désignation d'un juge d'instruction chargé de découvrir les éventuels responsables de ce possible empoisonnement. En particulier au ministère de l'Agriculture où les produits ont été officiellement autorisés. Le parquet n'a curieusement pas suivi la décision de la cour d'appel, préférant saisir la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. C'est donc cette dernière qui aura la lourde responsabilité de dire si, compte tenu des nouveaux éléments sanitaires, l'instruction de l'affaire du chlordécone et des autres pesticides doit ou non aller jusqu'à son terme.

 

J.M.P. lundi 17 septembre 2007 | Le Parisien

Pesticides aux Antilles : "la situation est très grave"  

S.L. (lefigaro.fr) avec AFP.

 Publié le 17 septembre 2007

Actualisé le 17 septembre 2007 : 14h17

 

Le ministre de l’Agriculture admet que la Martinique et la Guadeloupe ont été véritablement empoisonnées par des pesticides toxiques, alors qu’un rapport explosif sur le sujet sera publié demain.

La situation est «très grave» aux Antilles. Sur Europe 1 lundi matin, le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, n’a pas cherché à cacher son inquiétude quant aux risques sanitaires provoqués par l’usage intensif de pesticides en Martinique et en Guadeloupe.
 

Le professeur Dominique Belpomme, cancérologue réputé, rendra public demain un rapport explosif sur le désastre provoqué par le recours massif au chlordécone, un pesticide fortement toxique, dans les Antilles. Dans Le Parisien, le médecin parle notamment d’un «véritable empoisonnement» du sol et de l’eau, et estime que cette affaire se révèle beaucoup plus grave que celle du sang contaminé».
 

Pour preuve des effets du chlordécone, mais aussi d’autres pesticides comme le paraquat et «plusieurs dizaines d’autres», employés dans «des conditions très opaques», le cancérologue cite notamment le taux «majeur» (le second mondial) de cancers de la prostate aux Antilles.
 

«Toutes les femmes enceintes et tous les enfants» contaminés
 

S’il reconnaît que les scientifiques n'ont «pas encore la preuve épidémiologique» que ces cancers sont «liés au chlordécone», il explique aussi qu’on a en revanche «pu démontrer scientifiquement que toutes les femmes enceintes et tous les enfants qui naissaient» en Guadeloupe étaient «contaminés au chlordécone».
 

Or, explique Dominique Belpomme, la France a interdit ce pesticide, pourtant signalé comme dangereux depuis 1972, seulement en «1990 sur son territoire». A l’exception des Antilles, où il a fallu attendre 1993, et où le produit a continué d’être utilisé jusqu’en 2002 de manière clandestine. Résultat : en Martinique, la plupart des sources d’eau sont polluées, de même que les fruits et légumes racines et certaines viandes.
 

Face au scandale qui se profile, Michel Barnier a martelé sur Europe 1 que l’agriculture locale était «dans un nouvel état d’esprit». Pour le ministre, il faut «gérer le passé», avec «rigueur» et «le souci de connaître la vérité». Et d’insister sur l’opportunité «de faire autrement» puisque «les bananeraies ont été détruites par le cyclone» en août dernier. «Au moment où l'on va replanter, on a l'occasion d'utiliser peu ou pas de pesticides», insiste le ministre de l’Agriculture. 
 

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a quant à elle insisté sur le fait qu'il n'existait "pas de lien scientifique" entre les pesticides et les problèmes de santé des Antillais. Elle appelle toutefois à la "plus grande précaution" pour les produits ne provenant pas des circuits commerciaux (production de jardins familiaux ou prélèvements d'eau de source), Elle recommande "de ne pas les consommer plus de deux fois par semaine".