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La pêche interdite dans les rivières et plusieurs baies

 


 

 

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C. E. France-Antilles Martinique 23.09.2009
 (Photo F. B./archives France-Antilles)
La contamination au chlordécone a conduit le préfet à prendre deux arrêtés, pour un an.

« La pollution par le chlordécone doit retenir l'attention » . Cette petite phrase aurait-elle été prononcée hier, lors d'une conférence de presse à la préfecture ? Non, elle a été écrite en 1980, par un chercheur de l'INRA, Alain Kermarrec. Il est le premier à avoir mis en évidence la contamination du milieu aquatique par le chlordécone.
Presque trente ans après, l'attention de l'administration semble avoir été retenue... Par arrêté préfectoral, « la pêche est désormais interdite sous toutes ses formes » dans les rivières. La démarche ne s'arrête pas là : « la pêche et la commercialisation en vue de la consommation humaine » de certaines espèces sont interdites dans plusieurs baies semi-fermées, situées en aval de bassins versants contaminés par le chlordécone (voir encadré). Langoustes, tilapia et thazards vont désormais pouvoir vivre en toute quiétude. Contaminés mais libres!
Contamination générale des rivières
Concernant les rivières, les résultats des dernières études sont sans appel. Sur 40 stations examinées, 96% des échantillons de poissons et crustacés sont contaminés, dont les deux tiers à plus de 50 microgrammes par kilo (1).
Certains crustacés ont montré des taux à plus 8000 microgrammes par kilo... Des animaux contaminés ont été retrouvés à des endroits qui n'étaient pas soupçonnés, comme au Carbet ou à l'Anse Céron par exemple.
Les quelques aquaculteurs d'eau douce qui restent (la moitié des aquaculteurs ayant été obligés de mettre la clé sous la porte, contamination au chlordécone oblige) peuvent continuer à produire, vu qu'ils nourrissent leurs poissons et crustacés de granulés du commerce.
Les efforts se concentrent actuellement sur la poursuite des études et la recherche de cours d'eau non contaminés.
Les baies victimes de la pollution terrestre
Aux embouchures des rivières et des baies concernées par le deuxième arrêté préfectoral, les résultats ne sont pas vraiment brillants. Cela fait déjà quelques années que l'on savait les produits de la mer contaminés et toutes les études continuent à aller dans ce sens. La direction des services vétérinaires a mis en évidence plus d'une dizaine de poissons et crustacés chlordéconés au delà de 50 microgrammes par kilo, sur 145 prélèvements effectués en 2008. Les fonds marins vaseux de ces zones seraient d'excellents vecteurs de la pollution venue de terre et les animaux se nourrissant de cette vase de bons clients pour le chlordécone.
La baie du Galion semble particulièrement touchée et présente des crabes, un thazard, une crevette et une langouste blanche qui battent des records de contamination.
Vu les fortes contaminations enregistrées, les « mesures de précaution » (un terme qui ne manque pas de piquant, avec trente ans de retard) ont donc été prises avant qu'un nouvel avis de l'Afssa soit émis, concernant les recommandations de consommation, ainsi que le renforcement des plans de surveillance et de contrôle. Cet avis devrait intervenir fin novembre.
Par ailleurs, la préfecture assure que « les espèces dans ces zones font l'objet d'une exploitation très marginale par la pêche professionnelle » . Une vision que ne partage pas le Comité régional des pêches. Prévenue il y a peu de temps de la mise en place des arrêtés, Marie Adémar maugrée que « ce n'est pas aux marins pêcheurs de payer pour ceux qui ont pollué. Certes, une étude socio-économique va voir le jour, mais il aurait fallu la faire avant. On met encore la charrue avant les boeufs! »
Après les agriculteurs et les aquaculteurs, ce sera donc au tour de certains pêcheurs de se retrouver sur le carreau à cause du chlordécone. Toutefois, certaines zones désormais interdites à la pêche se confondent avec les zones de cantonnements (le cas du Robert).
Pour la préfecture, « il convient pour le consommateur de s'assurer de la provenance des produits achetés en veillant notamment à effectuer des achats de produits de la mer locaux issus des points de débarquement identifiés auprès des professionnels de la pêche » .
(1) Limite que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, Afssa, considère comme tolérable pour protéger la population du risque lié à une exposition chronique. Depuis l'an dernier, les denrées commercialisées ne doivent pas dépasser 20 microgrammes par kilo de produit frais.
- Liste des secteurs d'interdiction
- Toutes les rivières
- Baie du Galion : zone délimitée par Pointe à Chaux et Pointe Banane
- Baie du François : zone délimitée par pointe Cerisier, pointe ouest de l'ilet Frégate, pointe ouest de l'îlet Métrente, Pointe est de l'ïlet Lavigne, Pointe la Rose
- Baie du Robert : Pointe Royale, îlet Petite Martinique, Pointe Melon.
- Baie de Fort-de-France : POinte du Bout et Pointe des Sables.
- Embouchures des rivières entre Grand-Rivière et Marigot et de Roxelane à Saint-Pierre
- Liste des espèces concernées
Baie du Galion, Baie du Robert et Baie du François à Baie du Simon, incluant la Baie de Frégate : crabe draguenelle (cirique de mer), langoustes blanche et brésilienne, thazard franc, tilapia, crevette, barbures de flaque ou argenté.
Baie de Fort-de-France : Crabe draguenelle, langoustes blanche et brésilienne, sarde à queue jaune, tilapia, barbures et crevette. Embouchures des rivières entre Grand-Rivière et Marigot : Tilapia, barbures, gorette charbonnier Embouchure de rivière Roxelane à Saint-Pierre : Tilapia et barbures
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