Alors
que le gouvernement
annonçait, le 11
octobre, qu'il
n'autorisait pas le
projet de mine d'or du
canadien Cambior en
Guyane, en raison de
"quelques lacunes"
sur le plan écologique,
les Guyanais venaient
d'apprendre que François
Loos, le ministre
délégué à l'industrie,
avait accordé le 1er
août, contre l'avis des
élus locaux, des
administrations et du
préfet, un permis de
recherche de mines d'or
à la société Rexma sur
la commune de Saül... en
"zone de protection
forte" du schéma
d'aménagement régional
et en bordure d'une zone
"coeur" du projet de
parc national amazonien.
Le conseil régional a
annoncé son intention
d'attaquer en justice
l'arrêté ministériel.
La
polémique tombe en
pleine enquête publique
sur ce projet de parc -
une aire de protection
et de développement
durable de 34 000 km2
située dans le sud de la
Guyane -, lancé en 1992,
maintes fois reporté
faute de consensus
local, et dont la
création est annoncée
pour début 2007. "Le
permis que vous venez
d'attribuer va
immanquablement faire
basculer la mairie de
Saül dans l'opposition
au projet de parc
national et faire le jeu
des opposants au parc",
s'inquiète la ministre
de l'environnement et du
développement durable
dans un courrier adressé
à son homologue de
l'industrie. Dans ces
conditions, Nelly Olin
appelle François Loos à
"publier au
Journal officiel dans
les plus brefs délais un
arrêté de retrait du
permis". Le ministre
de l'industrie n'a pas
donné suite aux
sollicitations du
Monde sur ce
dossier. Dans son
courrier, Mme
Olin évoque un autre
permis de recherche
accordé par M. Loos dans
la zone "coeur" de la
commune de Maripasoula,
le 17 février... soit
quatre mois après la
communication officielle
du périmètre de
l'avant-projet de parc.
"La création du parc
va empêcher la compagnie
d'effectuer ses
recherches. Il
conviendrait de l'en
informer et d'étudier
les conséquences
éventuelles en termes
d'indemnisation",
conclut Nelly Olin à
l'adresse de François
Loos.
Ce
n'est pas le premier
loupé de l'Etat dans le
parc en gestation. En
2001, le préfet de
l'époque reconnaît
"une erreur
administrative des
services fiscaux"
qui ont accordé en 1998
à un orpailleur de
Maripasoula une
autorisation
d'occupation temporaire,
sur la rivière Waki, en
zone de droits d'usage
des Amérindiens
Emérillons. Dans la
foulée, d'autres
orpailleurs locaux se
sont introduis sans
autorisation, avivant
les tensions entre la
communauté noire
marronne, majoritaire à
Maripasoula - et dont
sont issus certains
orpailleurs - et la
communauté amérindienne.
En décembre 2000, une
grand-mère amérindienne
est tuée par un employé
d'un orpailleur local.
La semaine dernière, le
petit-fils de la défunte
a versé à l'enquête
publique sur le projet
de parc une pétition
signée par 292 personnes
des villages amérindiens
du Haut Maroni,
demandant le
rapprochement de la
"zone coeur" du parc, ce
afin d'être protégé de
l'orpaillage.
A
l'issue d'un long
processus de
concertation, le projet
actuel de parc propose
en effet une division de
la commune en deux
parties : une zone coeur,
située loin des lieux de
vie, où sont autorisées
les activités de
subsistance des
résidents - chasse,
pêche, cueillette - et
une "aire d'adhésion",
où les activités - sans
exclure l'orpaillage -
seront déterminées en
fonction d'une charte
négociée entre la
commune, les acteurs
locaux et le parc.
"Il y a eu un consensus
sur ce zonage",
assure Colin Niel, le
chef de la mission pour
la création d'un parc en
Guyane, alors que les
Verts de Guyane
dénoncent des
"pressions exercées sur
les Amérindiens de la
commune". En octobre
2005, le congrès des
conseils régional et
général a rejeté le
projet de parc en
l'état, réclamant comme
préalables une
"éradication de
l'orpaillage clandestin"
et une appropriation
locale du projet qui
permette le
développement du Sud
guyanais. "La plupart
de ces remarques ont été
prises en compte dans le
projet ou dans la loi du
14 avril 2006 sur les
parcs", précise
Colin Niel, tels "le
maintien des droits de
subsistance, la
représentation
majoritaire des acteurs
locaux au conseil
d'administration, ou le
recrutement de
contractuels sur place,
par dérogation, pour le
parc", ajoute-t-il.
Si quatre communes
concernées sur cinq ont
approuvé le projet, les
maires déplorent, dans
un communiqué du 13
octobre, "l'absence
de mesures annoncées
pour le renforcement de
la lutte contre
l'orpaillage".
A
Camopi, à la frontière
avec le Brésil, des
centaines d'orpailleurs
clandestins, ravitaillés
par des bases arrière
implantées sur la rive
brésilienne de
l'Oyapock, opèrent au
mercure (interdit depuis
le 1er
janvier sur les sites
légaux) dans le coeur du
projet de parc. "Nous
ne pouvons pas créer un
parc dans une poubelle",
s'insurge Joseph Chanel,
le maire de Camopi.
Selon une enquête menée
en 2005 dans les
villages amérindiens du
Haut Maroni, la majorité
des habitants dépassent
le seuil de
méthylmercure recommandé
par l'Organisation
mondiale de la santé. En
1998, selon l'Inserm, un
quart des enfants du
Haut Maroni dépassant ce
seuil présentaient des
signes infracliniques
d'altération
comportementale.