Ouragans: "Un
phénomène normal"
Propos recueillis
par Laura ADDA
Gustav, Hanna,
Ike, Josephine...
Chaque année, la
saison des
ouragans
terrorise
l'Atlantique,
face à un
sentiment
d'impuissance
des autorités
comme des
populations
locales.
Contactée par
leJDD.fr,
Laurence Eymard,
chercheuse au
CNRS et
directrice de
LOCEAN
(observatoire du
climat et des
océans) nous
explique ce
phénomène "normal",
en écartant
l'argument du
réchauffement
climatique.
Chaque année,
à la même
période, et dans
les mêmes
régions, on
assiste à une
succession
d'ouragans.
Comment
expliquez-vous
ce phénomène?
Ce phénomène
correspond à la
saison des
pluies dans
l'hémisphère
Nord. Donc
chaque année, à
la même période,
il est associé à
de fortes
pluies, non
seulement dans
l'Atlantique,
mais aussi en
Chine et dans
l'Asie du
Sud-Est. Quand
c'est l'été dans
l'hémisphère
sud, on a
l'équivalent
dans le
Pacifique Sud,
mais également à
Madagascar ou à
la Réunion.
L'océan
Atlantique est
chaud pendant
l'été,
c'est-à-dire
supérieur à 27
degrés à la
surface, ce qui
produit de
l'énergie. Cette
énergie entraîne
des formations
tourbillonnaires.
Une simple
dépression
devient alors un
ouragan. C'est
tout à fait
normal, il y a
une véritable
machine
thermo-dynamique
dans l'océan.
Pensez-vous
que le
réchauffement
climatique a
renforcé ces
ouragans?
L'incidence du
réchauffement
climatique est
encore difficile
à estimer car,
en réalité, les
ouragans sont en
trop petit
nombre. De plus,
l'observation ne
se fait que par
satellites,
c'est-à-dire
qu'elle se fait
seulement depuis
une trentaine
d'années. On a
trop peu
d'éléments, ou
des éléments
trop
superficiels
pour conclure
sur les effets
du
réchauffement.
La seule chose
que l'on peut
dire, avec
assurance, c'est
qu'il y a une
occupation
croissante des
zones côtières
par les
populations.
Plus de la
moitié de la
population
mondiale vit sur
les côtes. Ce
qui rend ces
régions plus
vulnérables,
notamment en
Louisiane, ou
sur les îles. Il
faut entretenir
les digues de
protection. S'il
y a plus de
dégâts, ce n'est
pas dû au
réchauffement
climatique, mais
c'est parce que
la population
est nettement
plus exposée.
Dans certaines
régions, comme
la Guadeloupe,
il n'y a pas de
victime, parce
qu'il y a une
réelle
protection.
Certains ont
estimé que les
mesures prises
aux Etats-Unis
pour échapper
aux effets de
l'ouragan Gustav
étaient
exagérées...
On ne peut
jamais dire que
c'est exagéré.
L'Amérique a été
traumatisée par
l'ouragan
Katrina (qui
a fait 1500
morts en 2005,
ndlr). Les
autorités sont
obligées
aujourd'hui de
prendre des
mesures, même
excessives.
Méteo-France,
par exemple, a
classé des zones
en France en
alerte orange.
Cela ne veut pas
dire qu'il va y
avoir des
dégâts. Mais
s'ils ne le font
pas et qu'il se
passe quelque
chose, ils se le
voient reprocher
par la
population. On
ne maîtrise pas
les cyclones, ni
leur force, ni
la date précise
à laquelle ils
arrivent sur les
côtes. Cela
dépend de
l'énergie qu'ils
ont récupérée en
cours de route.
"Nous
faisons des
simulations
(...) et nous ne
les maîtrisons
pas complètement"
Justement,
comment
récupèrent-ils
de l'énergie?
Comment
peuvent-ils
perdre ou gagner
de la puissance?
L'ouragan
récupère de
l'énergie si
l'eau est très
chaude, et
également en
fonction d'une
pression
atmosphérique
qui lui est
favorable. C'est
un processus
très complexe.
Il peut arriver
qu'il y ait des
couches froides
à la surface de
l'océan. Dans ce
cas, l'ouragan
perd de
l'énergie. Nous
faisons des
simulations pour
estimer à peu
près ce qui se
passe. Mais ce
ne sont que des
simulations, et
nous ne les
maîtrisons pas
complètement.
Aux Etats-Unis,
par exemple, on
calcule des
probabilités,
mais il y a
toujours une
part d'inconnue.
En bref, il est
difficile de
savoir
exactement à
quel endroit
l'ouragan va
prendre ou
perdre de sa
puissance. La
saison des
ouragans s'étend
d'août à
octobre, voire
novembre,
pendant les
saisons humides.
Mais ils peuvent
continuer tant
que la
température de
l'eau ne baisse
pas.
Le
réchauffement
climatique
entraîne celui
des océans...
Donc il pourrait
influer
directement sur
le prolongement
de la période
des ouragans?
Le réchauffement
climatique se
compte en
fractions de
degrés. On n'est
pas encore à 2
ou 3 degrés de
réchauffement
global. Et
encore, même si
c'était le cas,
l'eau a ce qui
s'appelle une
"inertie
thermique"
importante, ce
qui signifie
qu'elle se
réchauffe ou se
refroidit très
lentement.
Aujourd'hui, on
dit que l'océan
a gagné 0,5
degré. Mais ce
n'est pas
homogène. Pour
que la
température de
l'océan ait un
rôle direct sur
la formation
d'un ouragan, il
faut que la zone
qu'il touche se
soit réchauffée.
Ce qui peut être
le cas une année
ne l'est pas
forcément
l'année
suivante. Et
puis les régions
qui se
réchauffent ne
sont pas
nécessairement
des zones
d'ouragans.
L'Arctique et
l'Océan Indien
par exemple se
sont réchauffés.
Mais aucun
ouragan n'y a
été signalé pour
autant. Le
"réchauffement
climatique" est
une moyenne. Il
peut avoir des
effets
importants dans
certaines
régions et des
effets moindres
dans d'autres.
La fonte des
glaces dans
l'Arctique a des
effets bien plus
dramatiques sur
le long terme
que les
cyclones.
Hanna,
Gustav, Ike,
Josephine...
Comment sont
choisis ces noms
pour le moins
originaux?
Je pense qu'ils
sont pris au
hasard. Les
organismes sur
place doivent
choisir des noms
qui leur
viennent à
l'esprit, ou
qu'ils
apprécient. Mais
ce qui est sûr,
c'est qu'il y a
une alternance
entre les noms
masculins et
féminins. Et
ceci pour une
bonne raison.
Autrefois, tous
les noms étaient
féminins,
jusqu'à ce que
les associations
féministes
réagissent et
protestent. A
juste titre!
Depuis, la
coutume veut
qu'il y a ait
alternance.
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05 Septembre
2008
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leJDD.fr
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