Les
Marais de Kaw
La mine d'or
qui mobilise la Guyane
Par
Eliane PATRIARCA
Libération vendredi 02 juin
2006

La
mobilisation a fini par payer. Face
au projet très controversé
de mine d'or à ciel ouvert
en Guyane, la ministre de l'Ecologie
est sortie du mutisme. Le 23 mai,
Nelly Olin a annoncé l'envoi
sur place d'une inspection générale,
dont les conclusions devraient être
rendues au plus tard début
septembre, sur ce dossier qu'elle
qualifie de «sensible».
C'est
surtout un projet qui a fait l'unanimité
contre lui, des associations locales
de protection de la nature (le collectif
Quel orpaillage pour la Guyane, l'association
Kwata...) aux ONG (Amis de la Terre,
Mountain Wilderness, France Nature
Environnement) en passant par les
élus locaux, les partis politiques
(Verts, Cap 21, Parti socialiste guyanais,
Attac), le parc régional de
Guyane, les réserves naturelles
de France et l'UICN (Union internationale
de conservation de la nature)... Car
le gisement, que le groupe canadien
Cambior veut exploiter, se situe sur
la montagne de Kaw : un site réputé
pour sa haute valeur écologique,
en pleine forêt primaire, dans
le parc naturel régional de
Guyane, et à huit cents mètres
d'une réserve naturelle exceptionnelle...
Pétition.
C'est en 2004 que Cambior a obtenu
du gouvernement Raffarin une concession
minière de 30 km2, à
quarante-cinq kilomètres au
sud de Cayenne. Mais, échaudés
par la pollution et l'insécurité
dues à la recherche d'or alluviale,
les Guyanais refusent cette installation
industrielle. La pétition adressée
au ministère de l'Ecologie,
qui a recueilli 15 000 signatures,
souligne que l'exploitation entraînera
une déforestation et une pollution
«néfastes pour la faune
et la flore». Le site abrite
«700 espèces de végétaux
dont 18 endémiques, près
de 100 espèces de mammifères,
254 d'oiseaux, et des milliers d'insectes»,
s'insurge l'UICN, et il est le «sanctuaire
des derniers caïmans noirs».
Les opposants s'inquiètent
des «énormes quantités
de produits toxiques qui seront transportées».
Selon Cambior, sur sept ans, plus
de 12 millions de tonnes de roches
seront broyées et mélangées
à 30 000 tonnes de produits
chimiques : cyanure, chaux, nitrate
de plomb...
La
firme explique avoir prévu
une station d'épuration des
résidus miniers, et assure
que l'effluent final sera sans risque
sanitaire ou environnemental. Pourtant,
Cambior a demandé une dérogation
pour rejeter 10 à 15 fois plus
de cyanure que la norme...
Cyanure.
En cas d'accident industriel ou routier,
les Guyanais redoutent le déversement
des résidus cyanurés
dans les rivières et la contamination
des captages d'eau potable. Les camions
de Cambior emprunteront notamment
un pont qui se trouve à cinquante
mètres de la prise d'eau de
l'agglomération de Cayenne.
Autre risque : la contamination lente
et continue des sols, soumis à
une forte pluviométrie et déjà
bourrés de mercure.
«Si
vraiment on donne la priorité
à l'environnement, ce projet
doit être annulé»,
insiste Jean-Philippe Palasi, chargé
de mission à l'UICN. De son
côté, Cambior, qui veut
débuter l'exploitation en 2007,
publie dans la presse guyanaise des
publicités vantant un projet
«responsable».
http://www.liberation.fr/page.php?Article=386974