Mauvaises
graines
de
J. P. Géné
Le
Monde2 du 03 juin 2006
Un
documentaire américain démontre
le caractère hégémonique
des OGM et l'agressivité des
semenciers. A quand un droit d'ingérence
alimentaire dans la politique de ceux
qui nous nourrissent
Percy
Schmeiser cultivait du colza depuis
des décennies dans la province
canadienne du Saskatchewan lorsqu'un
jour « on » trouva sur
ses terres quelques plants résistant
au Roundup (herbicide). Ce type de
colza, génétiquement
modifié, ne pouvait provenir
que de semences brevetées Monsanto,
en usage dans la région. Percy
n'en utilisait pas mais certaines
avaient atterri chez lui à
son insu, portées par le vent
ou par d'autres vecteurs. Monsanto
lui en réclama paiement sous
menace de poursuites. Il refusa et
la bataille judiciaire dura des années,
jusqu'à la Cour suprême
qui trancha en faveur du semencier.
Le coupable n'était pas celui
qui avait contaminé les champs,
mais l'agriculteur qui n'avait pas
empêché cette contamination
fortuite et qui, de facto, passait
pour un voleur de brevet.
C'est
l'une des multiples histoires racontées
par Deborah Koons Garcia dans son
documentaire The Future of Food, consacré
à l'avenir de notre alimentation
face aux OGM, à la puissance
des multinationales de la semence
et à la globalisation des ressources.
Compagne de Jerry Garcia, le leader
des Grateful Dead disparu en 1995,
elle a produit ce film avec «
l'argent de Jerry ». Diffusé
en DVD et projeté dans le circuit
alternatif aux Etats-Unis depuis 2004,
il est aujourd'hui disponible en France,
où Deborah est venue le présenter
en avril lors d'une projection-débat
à MK2 Paris. Le public en est
sorti saisi. Si Mondovino était
un film polémique
avec des personnages hauts en couleur
dénc l'uniformisation du goût
et l'industrialisation du vin, The
Future Food - sans cacher son
opposition aux OGM - se pré
comme un documentaire à but
éducatif qui s'appuie s enquête
sérieuse et des témoignages
solides.
Sans
entrer dans un débat de fond
sur les OG M -je ni la place ni les
compétences -, la question
des semen peut laisser le mangeur
du XXIe siècle indifférent.
Car les ma de Percy Schmeiser le concernent
directement. Ils dénonce en
effet le caractère congénitalement
hégémonique des OGM
et l'agressivité de leurs pourvoyeurs.
A mesure que face cultivée
en OGM augmentera, la contamination
s'ac et à terme les semences
les plus « fortes », soutenues
p politique commerciale énergique,
l'emporteront. Produit vetées
et distribuées par quelques-uns
avec l'impossibilit ressemer l'année
suivante. Le paysan perdra la liberté
de autre chose autrement et le mangeur
celle de choisir le c de son assiette.
« Quiconque contrôle les
semences con nourriture », explique
fort logiquement l'un des témoins
c Peut-on abandonner nos plaisirs
de bouche à trois ou quatre
nationales plus soucieuses de leurs
bénéfices que du nôtre
celui de la planète? Bernard
Kouchner s'est battu jadis pour le
droit
d'ingérence humanitaire dans
les pays violant les dr l'homme. Celui-ci
est aujourd'hui partiellement reconnu.
Peut-étre le moment est-il
venu pour les mangeurs que nous somm
de réclamer un droit d'ingérence
alimentaire dans la politiq cole des
Etats et des entreprises qui nous
nourrissent. qu'une société
qui n'est pas libre de ses semences
n'en que de la mauvaise graine.
extra
|| Un DVD alternatif à but
éducatif |
Le DVD du film The Future
of Food, de Deborah Koons
Garcia (1 h 30, MK2 Editions, 19,90
Il est disponible en version originale
sous-titrée en français
à compter du 9 juin chez Nature
& Découvertes, Harmonia
Mundi, Fnac, Virgin, Biop, Patagonia,
etc.