Faut-il se
méfier des
lampes basse
consommation ?
|
|

|
|
--__- |
Une
ampoule basse consommation (© AFP
Justin Sullivan)
|
Alors que les
ampoules à
incandescence
classiques, trop
énergivores,
sont peu à peu
retirées du
marché, les
lampes
fluocompactes
soulèvent
quelques
inquiétudes.
Fondées ?
Une ampoule
basse
consommation (©
AFP Justin
Sullivan)
On nous bassine
depuis des mois
- voire des
années - avec
l’arrivée
révolutionnaire
des lampes basse
consommation (LBC),
qui divisent par
quatre notre
facture
électrique. Et
notre impact
écologique.
«C’est bon pour
la planète et
pour le
porte-monnaie»,
nous dit-on.
Sauf qu’ici et
là, des petites
voix s’élèvent
pour alerter sur
les dangers
potentiels de
ces lampes, qui
contiennent du
mercure,
émettent des
ondes
électromagnétiques,
et même des
rayonnements
ultraviolets
selon une étude
anglaise. Y a
t-il des raisons
de s’inquiéter?
Les réponses aux
questions que
vous vous posez
(ou pas).
Pourquoi doit-on
se séparer de la
bonne vieille
ampoule à
filament?
Inventée en 1878
par l’Américain
Thomas Edison,
la lampe à
incandescence
classique a bien
vécu. On lui
reproche sa
consommation
énergétique
excessive, elle
produit
essentiellement
de la chaleur
(95%) et très
peu de lumière
(5%). Dans le
cadre du plan
climat-énergie,
l’Union
européenne a
arrêté un
calendrier de
retrait
progressif des
ampoules
traditionnelles
(d’ici 2012). La
France a décidé
d’anticiper, en
les interdisant
à l’horizon
2010. Ainsi,
depuis mardi,
les ampoules 100
watts sont
retirées du
marché, elles
disparaîtront
progressivement
des magasins,
une fois les
stocks écoulés.
Objectif du
ministère:
tripler d’ici un
an la part de
marché des
lampes basse
consommation.
Aujourd'hui, on
en compte 23
millions sur 180
millions
d’ampoules
vendues chaque
année.
Les lampes basse
consommation
sont-elles
vraiment plus
écologiques?
«Oui, sur le
plan global, il
n’y a aucun
doute
là-dessus»,
répond du tac au
tac Bernard
Duval, délégué
général de
l’Association
française de
l’éclairage, qui
représente 3.000
professionnels.
Selon l’Ademe,
«le remplacement
aujourd’hui de
toutes les
ampoules
permettrait
d’économiser 8
térawatts-heures
de consommation
d’électricité à
l’horizon 2016
(soit
l’équivalent de
deux fois la
consommation
annuelle
d’électricité
des habitants de
Paris).»
Si l’ampoule à
incandescence
classique est
très coûteuse en
kilowatts-heures,
elle n’a en
revanche aucun
impact sur
l’environnement
en tant qu’objet
(du verre et un
filament de
tungstène). On
ne peut pas en
dire autant de
la lampe basse
consommation (LBC)
qui, fabriquée à
partir d’un tube
fluorescent
plié, contient
du mercure.
«Bien sûr c’est
une substance
dangereuse à
forte dose, mais
là, les
quantités sont
très faibles,
insiste Bruno
Lafitte, expert
à l’Ademe. En
moyenne 3 mg de
mercure par
ampoule. En
comparaison, les
néons
contiennent en
moyenne 7 mg de
mercure/tube.»
A la différence
des ampoules
classiques,
donc, les LBC ne
doivent pas être
jetées à la
poubelle mais
rapportées par
exemple dans un
magasin en vue
d'être
recyclées.
(Toutes les
infos sur
Recylum,
l'éco-organisme
agréé la
collecte des LBC).
Ces lampes
présentent-elles
un risque pour
la santé?
Concernant la
présence de
mercure, il n'y
a pas de risque
quand la lampe
est allumée.
Seul danger: si
l'ampoule se
casse. Et
encore, insiste
l’Ademe, «elle
ne contient que
0,005 % de
mercure mélangé
au gaz inerte
contenu dans le
tube, le risque
est donc très
faible».
L’association de
l’éclairage
conseille par
précaution de
bien ventiler la
pièce si
l’ampoule se
brise.
Autre point, qui
soulève des
inquiétudes, les
composants
électroniques
contenus dans la
LBC. Qui dit
électronique,
dit champ
électromagnétique. L’association
Criirem, qui
milite pour
obtenir des
normes plus
restrictives en
matière
d’exposition aux
ondes, s'est
penchée sur ces
lampes. «On a
découvert que
ces ampoules
émettaient des
ondes
importantes,
jusqu’à 300
volts/mètre. Ce
fut un peu par
hasard. On a été
appelés pour
faire des
mesures chez une
dame qui se
plaignait des
dysfonctionnements
de son
pacemaker. Au
départ, on
suspectait une
antenne relais
pour téléphone
mobile,
installée par
très loin de
chez elle. C’est
en faisant les
mesures qu’on
s’est rendu
compte que ce
n’était pas
l’antenne mais
l’ampoule LBC»,
raconte Myriam
Galbrun,
technicien
mesureur au
Criirem, qui
assure avoir
alerté les
pouvoirs publics
dès 2007.
L'Agence
française de
sécurité
sanitaire de
l'environnement
et du travail (Afsset)
a alors été
chargée
d’établir un
protocole de
mesure (lire
ici) pour
vérifier ces
résultats. «Le
protocole nous a
été remis en
février. On
vient de lancer
l’appel
d’offres, les
mesures
devraient être
réalisées dans
les prochains
mois, répond
Bruno Lafitte de
l’Ademe. Mais,
nous ne sommes
pas inquiets,
vous vous doutez
bien que de
nombreuses
études ont été
réalisées avant
la mise sur le
marché de ces
lampes, et à
part la Criirem,
tous les comités
d’experts ont
conclu à
l’innocuité de
ces ampoules».
En attendant ces
derniers
résultats, la
Criirem
conseille aux
consommateurs
d’«éviter de les
utiliser en
lampe de chevet
et en lampe de
bureau».
A –t-on vraiment
le choix ?
Dès lors que les
ampoules à
filament ont
vocation à
disparaître,
existe-t-il
d’autres
alternatives aux
lampes basse
consommation ?
«Oui, martèle
Bernard Duval,
débitant sa
plaquette
d’information.
Il y a par
exemple
l’halogène
amélioré.
Avantages:
qualité de
lumière,
allumage
instantané, elle
ressemble comme
deux gouttes
d’eau à
l’ampoule
d’Edison.
Inconvénient:
elle consomme
beaucoup plus
qu’une LBC et
donc vouée à
disparaître à
terme.»
Autre option, la
diode
électroluminescente
(LED). Utilisée
surtout
aujourd’hui à
faible puissance
comme voyant sur
les appareils
ménagers, elle
est en plein
développement.
«Et d’ici 2020,
la LED pourra
concurrencer la
LBC», parie
Bernard Duval.
«C'est important
de rappeler ces
lampes
alternatives.
Car au fond, ce
qui irrite les
consommateurs,
c'est de se
sentir obligé,
de ne pas avoir
le choix.
Surtout pour
quelque chose
qui touche à
l'intime comme
la lumière.»
Libé 04/09/2009
à 09h51