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«Construire ensemble une écologie pour toutes et tous»
par Daniel Cohn-Bendit et José Bové
Les deux eurodéputés appellent à faire de la formation écologiste «une
grande coopérative [...] bien en phase avec la société civile», et non
«une cabine de pilotage politicienne réservée à quelques uns».
Daniel Cohn-Bendit, adhérent d'Europe Ecologie-Les Verts, et José Bové,
coopérateur d'EE-LV
José Bové et Daniel Cohn-Bendit, après un meeting à Lyon pour les
élections européennes, en
«Séismes, inondations, tsunamis… aujourd’hui Fukushima. C’est avec ces
catastrophes "naturelles", et maintenant nucléaire, que nous entrons
dans le XXIe siècle. On voit où mène l’exploitation illimitée des hommes
et des choses. La nature maltraitée et les technologies surexploitées se
rebellent. Les mondes habitables, malgré leur très grande capacité
d’adaptation, sont en péril.
Les anciennes injustices perdurent. De nouvelles apparaissent, liées à
la privation ou à la dégradation des éléments naturels (l’air, l’eau),
mais aussi au saccage des tissus culturels et humains. Plus montent les
injustices, plus montent les crispations régressives: nationalistes,
identitaires, ethnicistes, racistes. Et avec elles, la demande ou le
consentement à des politiques autoritaires et sécuritaires, le refus
égoïste de l’accueil et de l’hospitalité. Ce qu’incarne tout aussi bien
une Marine Le Pen qu’un Nicolas Sarkozy vautré dans la démagogie
électoraliste. D’inquiétantes alliances se profilent, qui évoquent les
moments sombres de notre histoire.
Dans le même temps, les révolutions tunisienne, égyptienne et lybienne,
remettent au premier plan de la mondialisation la question démocratique.
Face à des médias muselés, la Toile est devenue l'incarnation fragile
mais tenace de la liberté d'expression.
«La force-pivot d’une nouvelle alliance»
Entre crise financière et climatique, crise énergétique et sociale,
crise économique, politique et culturelle, c'est le sens même du monde
commun qu’il faut remettre collectivement en chantier. Nous pouvons
réconcilier l’humanité avec son environnement, avec elle-même, avec la
multitude de ses cultures. Nous pouvons combattre la précarité, inventer
de nouvelles manières de produire, d’habiter, de consommer, de
transporter et de circuler. Nous pouvons relocaliser les emplois,
réorienter la production vers des biens et des services durables. Faire
primer le recyclable sur le jetable. Nous pouvons sortir du nucléaire,
engager une vraie politique d’économies et de diversification
énergétiques, en finir avec le productivisme qui épuise les hommes et
les milieux de vie.
Il revient aux écologistes de bâtir et de porter cette nouvelle
espérance. Si l'écologie politique est enfin rassemblée dans notre pays,
son devoir est de s'élargir encore. En s’affirmant comme force de
réflexion, de proposition et de gouvernement autonomes, l'écologie
politique peut devenir la force-pivot d’une nouvelle alliance
démocratique, écologique et sociale.
Face à Nicolas Sarkozy ou l’un, quelconque, de ses substituts, face à
l’extrême droite, le mouvement démocratique et la gauche ne gagneront
pas sans une écologie politique forte, utile, et soudée. La très bonne
tenue des candidat(e)s écologistes, lors du deuxième tour des récentes
cantonales est un signe très encourageant. Mais nous sommes loin encore
de cette percée qui, comme en Allemagne, permettrait de réorienter en
profondeur les politiques gouvernementales.
«Les projets nouveaux se heurtent aux anciennes ambitions»
Or – il faut avoir le courage de cette vérité! – Europe Ecologie-Les
Verts vit une crise de croissance assez grave. Depuis 2008, jamais
peut-être notre nouveau mouvement n’a été en aussi grand danger, malgré
ses succès et l’indéniable place qu’il a su occuper dans le paysage
politique français et européen.
Notre mouvement s’agrandit, il s’implante, il gagne de nouveaux
responsables, de nouveaux adhérents. Les campagnes de terrain portent
leurs fruits. Nos idées et nos valeurs progressent. La coopérative de
l’écologie politique se développe et, avec elle, le réseau de nos
ressources partagées.
Mais les projets nouveaux se heurtent aux anciennes ambitions. Les
vieilles habitudes, celles qui faisaient de l’écologie l’aiguillon des
bonnes consciences de gauche ou de droite, le supplétif électoral d’une
gauche à bout de souffle, entravent aujourd’hui les forces de
l’espérance. La gestion de l’appareil, pour nécessaire qu’elle soit,
prend le pas sur le projet et sur l’élaboration collective. Et comme si
nous étions déjà un vieux parti, les conflits individuels menacent de
l’emporter sur le combat commun.
Nous voulons un mouvement à la hauteur des enjeux du temps. Nous voulons
une grande coopérative de l’écologie politique, autonome, bien en phase
avec la société civile, capable d’assumer sa diversité et les débats qui
naissent en son sein. Les associations citoyennes, les syndicalistes,
les ONG et les plates-formes qu’elles constituent, les scientifiques et
plus généralement les intellectuel(le)s et les artistes, les
éco-innovateurs, le réseau social des experts, des entreprises ou les
responsables des expériences de «transition», doivent trouver dans notre
mouvement des moyens et des services mutualisés, à la mesure de leurs
engagements et de leurs compétences.
Un appel lancé dans les prochaines semaines
Le réseau des coopérateurs d'Europe Ecologie et la société civile toute
entière ne peuvent être mis à l'écart des orientations du premier
congrès d'Europe Ecologie. La dynamique citoyenne s'inscrit au cœur de
la refondation de l'écologie politique. Un appel à participer à la
société du débat et au printemps des écologistes sera lancé dans les
prochaines semaines. La politique c'est pour toutes et tous!
Car nous voulons des débats à tous les niveaux du rassemblement, des
talents mieux partagés, des "équipes-projet" mieux soutenues, des
investitures plus ouvertes et collectivement mieux assumées. Nous
voulons des modes de participation mieux ajustés à la vie de chacun:
votes en ligne, forums d’élaboration, mise en réseau des ressources.
EE-LV doit être une vaste, transparente et démocratique effervescence,
pas une cabine de pilotage politicienne réservée à quelques uns!
L’écologie politique doit être un puissant vecteur de rassemblement, un
facteur d’universalité et de dynamisme pour toutes les couches et les
forces vives de notre société.
Europe Ecologie-Les Verts doit se dépasser, devenir une véritable
puissance militante et citoyenne pour être de plain-pied avec le nouveau
siècle. Nous pouvons consolider la perspective d’une écologie pour
toutes et tous. Travaillons-y ensemble!»
Libé+ 01/04/2011
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