Après le Costa Rica, Cuba et
d'autres îles des Caraïbes, le
département est touché à son tour.
Le plan de surveillance a été
déclenché.
LA CELLULE
de gestion des risques
épidémiques, réunie vendredi à
Fort-de-France, a déclaré
officiellement « un début
d'épidémie de dengue en
Martinique ». C'est la
Direction de la santé et du
développement social (DSDS) qui
en a fait l'annonce. Depuis le
début du mois d'août, 1 300
personnes ont consulté pour un
syndrome évocateur de dengue, et
40 d'entre elles ont été
hospitalisées.
La décision
n'a pas surpris. En effet, déjà
en 2006, les épidémiologistes du
plan de surveillance et d'alerte
de la DSDS avaient observé
pendant douze semaines un nombre
hebdomadaire de cas suspects ou
confirmés dépassant le seuil
épidémique. La situation
épidémiologique y était
« caractérisée par l'existence
de foyers épidémiques isolés sur
un fond de faible transmission ».
On était alors en phase 2,
niveau 1 du plan de surveillance
et d'alerte. Or les dernières
données pour les trois premières
semaines d'août « confirment
le dépassement des seuils
épidémiques de la dengue ».
La cellule de
gestion a donc décidé le passage
à la phase 4, niveau 1 du plan.
Ce niveau prévoit des actions de
démoustication dans les zones
les plus touchées et demande à
la population de se munir de
moustiquaires et de répulsifs
contre le moustique vecteur,
Aedes aegypti.
Tentative
d'éradication
La dengue,
qui peut être provoquée par
quatre types de virus (1, 2, 3,
4), a été à l'origine
d'importantes épidémies : en
1897 en Australie, en 1926 aux
Seychelles, en 1927 à Tunis, en
1928 à Athènes (1 250 morts), en
1931 à Formose... Elle sévit
aujourd'hui dans toute la zone
intertropicale, et plus
particulièrement en Asie et en
Amérique du Sud.
Autrefois
limitée à l'Asie du Sud-Est
(440 000 cas en Chine en 1980,
200 000 cas en Thaïlande en
1987), la dengue ne cesse de
s'étendre, à l'océan Indien au
Pacifique sud (32 800 cas à
Tahiti et Moorea, en Polynésie
française, en 2001) et surtout à
l'Amérique latine, où le nombre
de cas annuels rapportés a été
multiplié par 60 entre 1989 et
1993, comparativement à la
période 1984-1988.
La dengue
hémorragique a réapparu en 1996
à Cuba après quinze ans
d'interruption, malgré une
tentative d'éradication du
moustique Aedes aegypti.
Cette inquiétante résurgence en
Amérique latine et dans les
Caraïbes semble largement due à
l'érosion des programmes
d'éradication du moustique
vecteur dans cette région. La
croissance démographique,
l'urbanisation non contrôlée,
les catastrophes naturelles et
la paupérisation sont en cause.
Cette maladie
a un impact économique important
pour certains pays. Au Costa
Rica, 180 cas et deux décès ont
été répertoriés depuis mai 2007
(16 000 cas depuis le début de
l'année).
La CGT
Outremer a demandé au ministre
de la Santé, Roselyne Bachelot,
de suspendre le transfert de
l'État vers les conseils
généraux des services de lutte
contre les moustiques vecteurs
de la dengue. « Le travail
des agents de l'État est de
lutter contre les moustiques en
tant que vecteurs de maladies,
alors que le conseil général a
simplement pour rôle d'éviter
les nuisances aux touristes »,
a déclaré Luc Rotardier,
secrétaire général CGT.