«L'Arctique se réchauffe plus vite que le reste de la
terre. Il pourrait n'y avoir plus de glace d'ici 2030» :
ce cri d'alarme, Ban Ki-Moon, à peine rentré d'une
tournée d'inspection au Pôle Nord, l'a lancé jeudi à
Genève devant la
troisième Conférence mondiale sur le climat.
Le Secrétaire Général des Nations Unies a décrit avec
angoisse le scénario qui attend la planète si aucune
action drastique n'est entreprise à très court terme.
Les émissions à effet de serre s'accélèrent. Le
permafrost de la calotte glaciaire a amorcé son dégel et
pourrait libérer dans l'atmosphère vingt fois plus de
méthane qu'il n'y a de gaz carbonique. La mer Arctique
est désormais libre de glace et ouverte à la navigation.
La disparition des glaciers du Groenland menace
d'altérer le cours du Gulf Stream. En un siècle, le
niveau de la mer pourrait s'élever de un à deux mètres.
Des métropoles comme Le Caire, Karachi, Calcutta, Belem,
la Nouvelle Orléans, Shanghai, Tokyo et même Amsterdam
sont menacées.
La disparition de la banquise aurait des conséquences
planétaires désastreuses. «Elle accélèrera les
changements climatiques globaux», déclare Ban Ki-Moon.
«Un quart de l'humanité pourrait souffrir
d'inondations», renchérit le Fonds Mondial pour la
Nature (WWF),
en marge de la conférence.
Pour Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC, la
structure intergouvernementale sur le climat qui a reçu
le prix Nobel de la Paix en 2007, un tiers des espèces
vivantes, animales et végétales, risque d'être anéantie
si la température s'élève, comme c'est probable, de plus
de 1,5 degré : «dans certains pays africains, le stress
hydrique provoque la perte de la moitié de la production
agricole».
Les conséquences se font déjà sentir. A cette
conférence scientifique organisée par l'Organisation
Mondiale de la Météorologie (OMM),
le premier ministre de Niue a raconté sobrement comment
son île, perdue en Océanie, doit importer la totalité de
son eau potable de Nouvelle-Zélande.
Le vice-président de Tanzanie Ali Mohamed Shein a dit
sa préoccupation devant l'état des neiges éternelles du
Kilimandjaro, réduites d'un quart, et dont la
disparition provoquerait une catastrophe.
Des pays écologiquement «vertueux» comme le
Bangladesh, le Mozambique, la Tanzanie partagent les
mêmes appréhensions. «Le réchauffement climatique est la
principale menace à la croissance et au développement
durable de l'Afrique, bien que ce continent contribue de
manière négligeable à la pollution mondiale», a lancé le
président éthiopien Girma Wolde Giorgis.
La Chine a réaffirmé pour sa part qu'elle se sentait
«engagée par le principe de responsabilités partagées,
mais différenciées», une allusion au fait qu'on ne
saurait lui imposer les mêmes réductions des sources de
pollution qu'aux pays occidentaux : «nous demandons à la
communauté internationale de protéger la planète terre»,
a lancé son vice-premier ministre Hui Liangyu.
Pour le secrétaire général de l'ONU qui a convoqué à
New York le 22 septembre un sommet pour préparer la
grande conférence de Copenhague en décembre, cinq
objectifs sont prioritaires : investissements publics et
transferts massifs de technologie, réduction drastique
des pollutions, protection globale des forêts et des
écosystèmes.
Il estime «trop lent» le consensus politique pour une
action globale : «il ne nous reste que quinze jours de
négociations avant Copenhague. La planète ne peut se
permettre un échec».