«Un intérêt
scientifique
majeur»
Alain Pavé,
responsable
du CNRS en
Guyane et du
programme
«Amazonie».
Le
CNRS a
décidé
il y a
six ans
de
s’implanter
en
Guyane,
pour
quelles
raisons
?
Auparavant,
nous
n’étions
présents que
de façon
épisodique,
notamment
dans la
station
d’observation
de la forêt
guyanaise,
aux
Nouragues.
Mais la
perspective
de la
création du
Pôle
universitaire
guyanais (PUG)
nous a
encouragés à
investir
pour une
implantation
permanente
et à lancer
le Programme
interdisciplinaire
«Amazonie».
L’enseignement
supérieur
suppose un
lien avec la
recherche et
donc des
laboratoires.
Or, malgré
l’implantation
d’organismes
de recherche
publics, le
ratio
scientifiques-population
active reste
inférieur de
moitié à la
moyenne
nationale.
Il fallait
une
politique
volontariste.
Le premier
laboratoire
mixte
CNRS-université
se consacre
à la chimie
des
substances
naturelles,
en
particulier
la
végétation,
tant pour
l’étude de
leur rôle
physiologique
et
écologique
que pour des
développements
pharmaceutiques
ou
industriels.
Il a rejoint
depuis
l’unité
mixte
«Ecologie
des forêts
de Guyane»,
qui
impliquait
déjà le
Cirad,
l’Inra et l’Engref
(1). C’est
un début...
historique
pour ce
département
qui connaît
une très
vive
croissance
démographique
- 50
000 habitants
en 1970,
près de 200
000
aujourd’hui
et 400 000
dans
vingt ans.
Cela suppose
un
développement
de
l’université.
Ces
raisons
politiques
s’appuient-elles
sur des
considérations
scientifiques
?
Il faut un
intérêt
scientifique
majeur pour
justifier
cet effort.
D’abord, le
fonctionnement
des
écosystèmes
et la
dynamique de
la
biodiversité.
La forêt
guyanaise
constitue un
terrain
d’exercice
exceptionnel
pour cette
thématique
d’ampleur
mondiale,
comparable
en enjeux
scientifiques
et sociétaux
à la
problématique
du climat.
Nous sommes
au cœur du
plus grand
système
forestier
naturel
mondial avec
la Sibérie,
et l’un des
plus grands
réservoirs
de
biodiversité.
La Guyane
est le seul
territoire
de ce type
sous
administration
d’un pays
industrialisé,
bénéficiant
d’une
pression
démographique
faible,
alors que le
système
amazonien
sera
fortement
perturbé,
durant le
demi-siècle
qui vient,
par
l’expansion
démographique
et agricole
de la
région. Nous
avons donc
une
responsabilité
de recherche
qui dépasse
le seul
enjeu
français.
Mais bien
d’autres
sujets, de
toutes
disciplines,
sont liés à
ce terrain.
Environnement
et santé
humaine,
notamment
les
problèmes
dus au
mercure
utilisé par
les
orpailleurs
clandestins,
les
conséquences
du barrage
hydroélectrique
de
Petit-Saut,
les
relations
économiques
et humaines
avec le
géant
brésilien,
l’anthropologie
dans une
société qui
est un vrai
patchwork
ethnique...
Cette
politique
volontariste
a-t-elle
déjà des
résultats ?
La
communauté
qui
travaille
dans le
cadre du
programme
«Amazonie»
est bien
placée au
niveau
mondial sur
la théorie
de la
biodiversité,
ou de
l’observation
des
transformations
récentes des
forêts
tropicales.
J’en vois un
signe dans
un article
sur le rôle
de ces
forêts dans
le cycle du
carbone (2),
rédigé par
une vaste
équipe
internationale
dont le
premier
auteur est
Jérôme Chave,
le directeur
scientifique
de la
station des
Nouragues et
chercheur
dans l’unité
mixte
«Evolution
et diversité
biologique»
à Toulouse.
Mine de
rien, le
défi
scientifique
est rude
puisqu’il
faut
expliquer
une
formidable
diversité
d’arbres
(près de 2
000 espèces
différentes
en
Guyane)...
alors que la
théorie de
la niche
écologique
suggérerait
plutôt une
certaine
monotonie,
comme dans
les forêts
tempérées ou
boréales, et
que la
théorie
neutraliste,
seule,
n’explique
pas
l’extraordinaire
hétérogénéité
spatiale.
J’ai le
sentiment
que nous
sommes sur
la piste
d’une
théorie
synthétique
de la
biodiversité
(3) qui
promet de
jouer un
rôle majeur
dans
l’histoire
de notre
compréhension
de la
nature. Les
recherches
en santé
(dengue,
paludisme),
l’histoire
du
peuplement
amérindien
en Guyane
française,
l’étude
d’interactions
plantes-insectes-champignons
jusqu’au
niveau
moléculaire,
la
valorisation
des déchets
de
scierie...
Voici
quelques
exemples de
domaines
d’étude. La
sélection
par l’Agence
nationale de
la recherche
de plusieurs
équipes
ayant
répondu à
ses appels
d’offre,
l’essor des
coopérations
internationales,
avec les
Etats-Unis,
l’Allemagne,
le Brésil,
mais aussi
ce chiffre :
nos travaux
se sont
concrétisés
par
185 publications
scientifiques
entre 2003
et 2007,
dont six
articles
dans la
revue
Nature,
montrent la
vitalité de
la recherche
sur ce
territoire
attachant.
(1)
Organismes
de recherche
et école
d’ingénieurs
consacrés à
l’agriculture
et la forêt.
(2) Jérôme
Chave et
al.,
Plos Biology,
4 mars 2008.
(3) la
Nécessité du
hasard,
Alain Pavé,
EDP
Sciences,
2007,
186 pp,
19 euros.