"L'augmentation de l'intensité des
ouragans depuis les années 1970 apparaît
fortement liée à l'élévation de la
température à la superficie de la mer",
ajoutait l'expert lors de la
présentation, cet été, à Saint-Domingue,
d'un rapport de la Banque mondiale,
intitulé "Développement avec moins de
carbone : réponses latino-américaines au
défi du changement climatique".
La survie des récifs coralliens est
fondamentale pour l'écologie marine.
Près de 65 % des espèces de poissons de
la région en dépendent. Brise-lames
naturels protégeant les côtes, ils
servent de refuge à des milliers
d'autres espèces marines. Ces
écosystèmes fragiles sont aussi une
importante attraction touristique. Les
plages de Juan Dolio, à 60 kilomètres à
l'est de Saint-Domingue, ne cessent de
rétrécir : les récifs qui protégeaient
la côte sont morts, victimes de la
pollution. Cela n'empêche pas les
promoteurs de multiplier les projets,
souvent dépourvus de système de
traitement des eaux usées.
"Le secteur touristique s'est
développé en République dominicaine sans
se soucier de l'environnement. Des
mangroves ont été détruites, des zones
humides asséchées, ce qui a augmenté
l'impact des ouragans", déplore
Miguel Ceara Hatton, directeur du
programme de développement humain des
Nations unies à Saint-Domingue.
Une élévation du niveau de la mer de
13 centimètres à l'horizon 2030
submergerait une partie des
installations du pôle touristique Bavaro-Punta
Cana, le plus important de la République
dominicaine. Près d'une soixantaine
d'hôtels, représentant environ 30 000
chambres, accueillent 1,6 million de
touristes chaque année le long des 50
kilomètres de plages bordées de
cocotiers.
La multiplication des terrains de
golf accélère l'épuisement des
ressources en eau. Un terrain de 18
trous consomme en moyenne 350 000 m3
d'eau par an. Les pollueurs sont
rarement sanctionnés, dans ce pays où la
corruption reste systémique. La
fermeture temporaire, en avril, de
l'hôtel Gran-Oasis, à Punta Cana, dont
les propriétaires ont été condamnés à
une forte amende, est une exception.
L'hôtel utilisait la lagune Bavaro, une
réserve naturelle de vie sauvage, comme
égout.
La station balnéaire de Cancun, sur
la côte caraïbe mexicaine, est présentée
comme le modèle à ne pas suivre. Cette
langue de terre lagunaire est saturée
d'hôtels et de constructions sauvages
qui mettent en péril ses écosystèmes, a
mis en garde le ministère mexicain de
l'environnement. Ses plages ont été
balayées en 2005 par l'ouragan Wilma, et
la grande barrière de corail qui la
borde, est menacée.
"Les pays de la région n'ont
d'autre choix que de s'adapter au
changement climatique en accordant la
priorité aux secteurs les plus
vulnérables, comme l'eau, le tourisme,
l'agriculture et l'énergie",
soulignait Pablo Fajnzylber, l'un des
auteurs du rapport de la Banque
mondiale.
"La multiplication des ouragans
aggrave la pauvreté de la population",
rappelle aussi Miguel Ceara Hatton. L'an
dernier, quatre ouragans ont ravagé
plusieurs îles de la région. Les
autorités cubaines ont estimé que les
destructions étaient supérieures à 10 %
du produit intérieur brut (PIB). En
Haïti, les cyclones ont tué près de 800
personnes, et aggravé la crise
alimentaire touchant plus du tiers de la
population.
Les pertes provoquées par les
désastres naturels dans la région
pourraient quadrupler au cours des vingt
prochaines années, selon la Banque
mondiale. A l'horizon 2080, le coût
total du changement climatique
représenterait environ 11 % du PIB des
pays du bassin des Caraïbes. La facture
s'élèverait à 4 milliards de dollars
pour le seul secteur touristique.
Face à ces perspectives, les pays
membres de la Communauté des Caraïbes (Caricom)
réclament une réduction des émissions de
gaz à effet de serre d'au moins 45 %
d'ici à 2020 et de plus de 95 % d'ici à
2050. Responsable du dossier au niveau
régional, le premier ministre de
Sainte-Lucie, Stephenson King, a annoncé
que les pays du bassin parleraient d'une
seule voix lors des négociations sur le
climat, à Copenhague en décembre
prochain, pour tenter de faire pression
sur les grands pays industrialisés. Hugh
Riley a pour sa part appelé les
responsables du secteur touristique à
prendre des mesures pour réduire "l'empreinte carbone
" de cette
activité. Par le biais, par exemple, de
programmes de compensation des émissions
de CO2 pour les voyageurs
aériens.