Le
chlordécone aux Antilles Françaises
Aux
Antilles, l’utilisation du chlordécone,
pesticide organochloré, a été
interdite en septembre 1993, en raison
des risques potentiels qu’il
présentait pour la santé
humaine. Cet insecticide organochloré,
que l’on pourrait qualifier
de pesticide de « première
génération » puisque
sa synthèse remonte au début
des années 1950, fut d’abord
produit aux Etats-Unis, avant d’être
homologué en France au début
des années 1980, pour lutter
contre le charançon du bananier.
Compte
tenu de sa rémanence dans l’environnement,
les autorités administratives
de Guadeloupe et de Martinique, en
application du principe de précaution,
ont pris différentes mesures,
depuis plusieurs années, afin
de limiter l’exposition des
personnes. Ceci s’est traduit
par la mise en œuvre de plans
d’actions visant la protection
des ressources en eaux, la surveillance
de la teneur en résidus des
aliments, l’élimination
des derniers stocks de pesticides
non utilisés et l’évolution
rapide des pratiques agricoles. Par
ailleurs, en 2003, dans les deux départements,
la réalisation d’analyses
de sols préalables à
la plantation de cultures vivrières
a été imposée
par arrêté préfectoral.
Afin
de compléter ces mesures, le
Gouvernement a demandé à
l’AFSSA d’évaluer
le risque de l’exposition alimentaire
de la population antillaise au chlordécone
et de proposer des limites maximales
de résidus pour les aliments
les plus contaminés. En effet,
il existe très peu de données
chez l’homme et il est donc
nécessaire de compléter
les informations disponibles.
Parmi
les éléments connus
actuellement, on peut citer les principaux
effets rapportés chez des travailleurs,
généralement plus exposés
que la population générale,
d’une usine américaine
qui produisait du chlordécone
aux Etats-Unis, en 1976, et qui sont
des effets neurologiques (tremblements,
irritabilité, troubles visuels
et céphalées), des signes
d’hépatotoxicité
et une atteinte de la spermatogenèse.
Chez l’animal de laboratoire,
on observe également des atteintes
rénales (néphrotoxicité)
et des effets sur la reproduction
dont notamment une dégradation
de la spermatogenèse. Ces effets
ont été observés
à des doses nettement plus
élevées que celles auxquelles
les populations des Antilles sont
actuellement exposées.
C’est
la raison pour laquelle des études
épidémiologiques sont
actuellement menées par l’INSERM
en Guadeloupe (étude HIBISCUS,
étude TIMOUN) pour mettre en
évidence des effets éventuels
en population générale.
L’exposition au chlordécone
a lieu en consommant des aliments
contaminés, principalement
les produits végétaux
mais aussi, dans une moindre mesure,
les produits d’origine animale.
En effet les animaux (volailles, caprins,
bovins) ont pu aussi être eux-mêmes
contaminés en consommant des
végétaux. Les produits
de la pêche (poissons, crustacés)
peuvent être également
contaminés s’ils vivent
dans des zones où le chlordécone
a pu s’accumuler (sédiments).
L’eau de boisson peut aussi
contribuer à cette exposition
si elle provient d’une source
contaminée et si elle n’a
pas été traitée.
Le
rapport de l’AFSSA , élaboré
au vu des études et données
disponibles, a été rendu
public en octobre 2005. Son analyse
a conduit les ministères concernés
à prendre deux arrêtés
qui définissent ces teneurs
maximales :
- pour les denrées d’origine
végétale, la teneur
maximale autorisée pour les
plus consommées d’entre
elles, carottes, concombres, dachines
ou madères, ignames, melons,
patates douces et tomates, est fixée
à 50µg/kg ; pour les
autres végétaux, cette
teneur maximale est de 200 µg/kg.
- pour les denrées d’origine
animale, la teneur maximale autorisée
pour la viande de volaille, la plus
consommée, est de 50 µg/kg
(ces teneurs sont déterminées
par rapport au poids de produit
à l’état frais)
pour les autres denrées,
la teneur maximale est de 200 µg/kg.
En
ce qui concerne les personnes consommant
des produits cultivés dans
des jardins familiaux sur des sols
susceptibles d’être contaminés,
l’AFSSA recommande, dans l’attente
des résultats d’une étude
plus approfondie sur le sujet, de
limiter leur consommation de légumes
racines (dachine ou madère,
et patate douce) à deux fois
par semaine environ.
Le
Gouvernement a désigné
une
mission d’inspection interministérielle
qui s’est rendue aux Antilles
en janvier 2005 , laquelle a dressé
un constat positif des actions mises
en place et émis des recommandations
portant sur les plans sanitaire, environnemental
et agronomique. En terme d’évaluation
du risque, elle recommande notamment,
en insistant sur la nécessité
d’une démarche concertée
entre les deux départements,
de renforcer le suivi des résidus
de pesticides dans les denrées
locales et importées, dans
les ressources en eau, les écosystèmes
et les sols et de poursuivre les études
d’exposition des populations
en fonction des habitudes alimentaires
et des modalités d’approvisionnement.
En terme de gestion du risque, elle
préconise sur les zones jugées
prioritaires, le renforcement de plans
d’action destinés à
sensibiliser les agriculteurs à
la nécessaire évolution
des pratiques agricoles.
Toutes
ces recommandations sont complémentaires
de celles formulées par
une mission parlementaire qui a publié
un rapport sur le même sujet
en juillet 2005 . Cette mission,
créée en octobre 2004,
sur proposition de M.Philippe Edmond-Mariette
et cosignée par les députés
de la Guadeloupe et de la Martinique
(Joël Beaugendre, Gabrielle Louis-Carabin,
Eric-René Jalton, Alfred Marie-Jeanne,
Alfred Almont, Louis-Joseph Manscour)
a depuis lors été chargée
de suivre dans l’évolution
des mesures prises.
Comme
préconisé par la mission
d’inspection, un comité
interministériel de pilotage,
chargé d’assurer la coordination
de l’ensemble du dispositif
a été constitué.
Par
ailleurs, une mission prospective
composée d’experts de
l’AFSSA, de l’INRA et
du CIRAD mandatés par le Gouvernement
travaille à l’élaboration
d’un rapport permettant d’analyser
les scenarii envisageables pour faire
face à la contamination des
sols, tant en ce qui concerne l’évolution
des systèmes de production
que les mesures d’accompagnement
pouvant être mises en œuvre
par l’Etat.