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Une " zon-mai " pour vingt et un danseurs venus d'ailleurs

 

 

C'est une maison à l'envers. Une Zon-Mai sans porte, ni fenêtres. Pas question d'y entrer. Tout est à l'extérieur, projeté sur les quatre murs de toiles et les deux faces du toit. Tout, même l'intimité des vingt et un interprètes que le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui et le vidéaste Gilles Delmas ont choisi d'y projeter. Ils sont dans leur salon, leur cuisine, leur chambre à coucher ou leur salle de bain. Burkinabé, Sud-Africain, Islandais, Indien, Belge ou Français, ils vivent tous en Europe, à Paris, Anvers, Londres, Stockholm, Copenhague... Et ils dansent. Magnifiquement, seuls ou à deux, sous une table ou sur un bord de fenêtre. Ils dansent, comme si leur vie en dépendait, comme si à chaque instant celle-ci pouvait prendre un virage imprévu et essentiel.

Présentée depuis le 15 mars et jusqu'au 5 mai, dans la halle aux textiles de la Condition publique, à Roubaix (Nord), cette Zon-Mai n'est pas seulement la " vision du monde " du chorégraphe. Pas juste " une carte de - son - paysage intérieur " où graviterait ses camarades de voyage, " jalons d'une vie nomade " : Damien Jalet, Erna Omarsdottir, Serge-Aimé Coulibaly, Akram Khan, Alexandra Gilbert...

Elle est aussi une ambassadrice, la première oeuvre produite par la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, qui doit ouvrir le 1er juin dans l'ancien pavillon d'accueil de l'Exposition coloniale, porte Dorée, à Paris. Une ambassadrice itinérante, qui après Roubaix gagnera Bruges et d'autres villes en Europe. Ou, plutôt, une ambassadrice migrante, à l'histoire bousculée par les aléas des terres d'accueil.

A l'origine, Zon-Mai devait trouver place, à partir de décembre 2006, dans la grande salle des fêtes du pavillon. Ses images se voulaient réponse aux immenses fresques classées qui en ornent les murs. Le créateur avait cependant pris soin d'installer des roulettes. " On ne sait jamais ", aiment à dire les migrants.

Le chantier a pris du retard. Décembre 2006, avril 2007... la date d'ouverture a finalement été fixée à juin. La Cité en a profité pour déplacer sa créature, commencer à vivre hors les murs et lancer des partenariats.

 

EXPOSITIONS ET EXPRESSIONS

 

Installée dans une région, une ville et même un quartier de forte migration, la Condition publique offrait le cadre idéal. Comme la Cité, le lieu avait connu une première vie, industrielle celle-ci. Le hasard voulait qu'il eut été transformé par le même architecte, Patrick Bouchain.

La Cité, qui rêve pour Zon-Mai de grands voyages, envisage cependant d'abord un passage par la maison. " Peut-être le 14 juillet ", indique Patricia Sitruk, sa directrice générale. Entre-temps l'institution aura connu son baptême le 1er juin, avec l'ouverture de la collection permanente. Accueilli par une installation interactive figurant la carte des flux migratoires depuis le XIXe siècle, le visiteur poursuivra son parcours sur 1 100 m2 de " repères " : des archives, des objets, des reconstitutions, mais aussi des oeuvres d'art contemporain acquises par le musée.

Le 18 juin, et jusqu'au 9 septembre, est prévue la première exposition temporaire, consacrée aux réfugiés arméniens au Proche-Orient et en France. Elle doit être suivie, du 12 novembre au 24 décembre, par une présentation des photographies prises entre 1905 et 1920, par Augustus Frederick Sherman à Ellis Island, le centre new-yorkais de tri des candidats au rêve américain.

Toutefois, la Cité de l'histoire de l'immigration ne se veut pas seulement un musée. Elle entend faire oeuvre pédagogique, accueillir un centre de ressources (ouverture en 2008), organiser des colloques et soutenir les chercheurs. Elle prévoit aussi d'offrir un lieu privilégié d'expression aux multiples associations spécialisées. Elle souhaite enfin favoriser l'action culturelle et artistique, sans doute convaincue, avec Sidi Larbi Cherkaoui, que " le spectacle est la plus belle célébration de la coexistence ".

Nathaniel Herzberg

LaZon-Mai,

de Sidi Larbi Cherkaoui et Gilles Delmas, à la Condition publique, 14 place Faidherbe, Roubaix, du 15 mars au 5 mai. Tél. : 03-28-33-57-57.

 

© Le Monde 24/03/07