
UMOJA
: un show superbe comme une planche
de salut pour les jeunes des townships
de Soweto
Raconter l'histoire
multimillénaire
d'un peuple à travers sa musique,
ses chants et ses danses tel est le
pari magnifiquement réussi
de deux femmes sud-africaines, Thelmi
Nyandemi, ancienne danseuse étoile
d'un spectacle renommé «
Ipi Ntombi » et Todd Twala,
chorégraphe qui dans les vingt
dernières années du
vingtième siècle décidèrent
d'unir leur forces et de mettre au
service d'une noble cause : sortir
les enfants des boulevards qui mènent
au crime et leur offrir une possibilité
de s'approprier leur histoire niée
par le régime de l'apartheid.
Umoja nous conte une histoire éternelle,
universelle, parce que très
précisément inscrite
en un lieu géographique, historique,
ethnographique on ne peut plus précis,
celui du peuple Zoulou. A travers
toutes les vicissitudes de l'histoire,
mais aussi ses moments flamboyants,
dans les rites de la naissance, de
l'initiation, des mariages, de la
mort des proches et des ancêtres
UMOJA nous rappelle que l' histoire
de l'humanité n'est rien d'autre
que l'histoire des hommes et des femmes,
de leurs amours, de leurs rivalités,
de leurs différences irréductibles,
et de leurs rencontres possibles et
impossibles. Jamais la vie n'est réduite
à la survie biologique, dans
les circonstances les plus tragiques,
les situations d'oppression les plus
grandes, il y a toujours une absolue
nécessité de faire
œuvre
d'art, de poser un acte de création,
d'invention comme pour faire la nique
à la mort. La cuillère,
la gamelle, la poubelle, la paire
de bottes et la planche à laver
pour créer la musique et la
danse qui forceront les murs du camp,
du ghetto, de la prison.
Comme fil d'Ariane dans le dédale
de cette longue histoire, il faut
un narrateur, aux cheveux blancs,
vêtements à l'européenne
mais tissu de chemise africain, clin
d'oeil au père de la nation
Nelson Mandela, qui va présenter
les cinq tableaux du spectacles. Da
quoi parlent les femmes ? Des hommes!
De quoi parlent les hommes? Des femmes
! Elles disent : « Pour
les hommes le pot à boire est
toujours plein et la tête? Toujours
vide! ». Ils boivent et
elles dansent pour les défier,
les obligeant ainsi à poser
le pot à boire pour montrer
ce qu'ils savent faire. Défi
qui traverse toutes les époques,
de la société traditionnelle
avec ses guerriers couverts de plumes
et ses femmes couvertes de perles,
à l'Afrique du Sud contemporaine
avec ses musiques du Kwaito et du
Pantsula en passant par le «gumboot
dancing» avec ses bottes de
mineurs et ses poubelles en plastique
pour faire sonner les notes rugueuses
des chants de revendication. Juste
avant l'entracte, c'est la découverte
des instruments des blancs, leur récupération
pour inventer le jazz de Sophiatown,
le swinging de Jo'Burg dans « shebeens »,
les cabarets illégaux et donc
clandestins.
La deuxième partie commence
avec les gospels et rappelle l'ambiguïté
des églises dans les luttes
contre l'oppression. De la Pologne
de Jaruzelski à l'Afrique du
Sud de l'apartheid elles sont d'abord
lieu de rassemblement et de résistance
mais ensuite lieu d'aliénation
quand perdure leur fréquentation
une fois les dictatures tombées.
Cette partie du spectacle
un peu longue, verse dans une mièvrerie
humaniste démentie par la réalité
sociale du contexte. Le dernier tableau
est un hommage à la musique
actuelle de la jeunesse, traversé
d'une inquiétude concernant
la transmission de cette mémoire
des luttes pour l'émancipation
à des générations
qui en bénéficient sans
y avoir participer.
Le
public martiniquais a réservé
un accueil triomphal à la machine
UMOJA, aujourd'hui composée
de trois troupes, qui se produisent
dans le monde entier et qui est installée
à Londres.
L'organisation foyalaise
a été fidèle
a elle-même, caractérisée
par l'imprévoyance, la survente
au prix fort de places forcément
debout et les passe-droits pour les
copains, les copains des copains,
leurs femmes, leurs maîtresses
et leurs enfants. Letchimy aura besoin
de plus d'une mandature s'il veut
mettre bon ordre dans cet héritage.
UMOJA
: " The spirit of Togethernes"
Les
10 et 11 juillet au Grand Carbet de
Fort-de-France
Roland
Sabra