Quand il
aime, Pierre Cardin ne compte
pas. Marco Polo, c'est lui.
Dix-sept danseurs dont dix de
hip-hop, une création musicale,
trois chanteurs sur scène, six
mois de répétitions. Sans doute
le projet le plus coûteux que ce
grand mécène ait jamais porté :
«J'ai découvert cette danse il y
a très longtemps dans la rue, en
Californie, et elle m'a
émerveillé», dit-il. Il a glissé
à Marie-Claude Pietragalla qu'il
admire le hip-hop et la Chine.
Elle en a fait Marco Polo, le
seul spectacle français
présenté à Pékin pendant les
Jeux olympiques, sous le haut
patronage du président de la
République.
«J'ai
toujours trouvé que le hip-hop
est une technique remarquable»,
dit la chorégraphe, qui, pour
avoir été étoile du Ballet de
l'Opéra de Paris, en sait long
sur la question. «Il est dansé
par des gens qui travaillent
beaucoup, dans une vraie
rigueur. Exactement comme la
danse classique. Et j'ai
toujours regretté qu'on utilise
cette danse dans un univers
caricatural, en laissant les
danseurs en baggys, baskets et
casquette. Je trouvais
intéressant de les faire évoluer
dans d'autres costumes, vers
d'autres emplois que ceux qu'ils
tiennent d'habitude. Les
danseurs que j'ai auditionnés
étaient très en demande de ça ;
même si leur faire lâcher leur
type habituel n'a pas été
facile.»
Un conte
fantastique
De fait,
Marie-Claude Pietragalla les a
emmenés très loin. Avec son
compagnon et complice Julien
Derouault, ils ont transformé Le
Livre des merveilles du monde de
Marco Polo en un conte
fantastique dans une esthétique
de jeu vidéo. On y voyage du
monde de l'eau, symbolisé par
Venise, à celui du bois, de la
terre, du feu et du métal. Trois
chanteurs jouent les passeurs.
Marco Polo, dansé par Julien
Derouault, y poursuit une Dame
blanche, incarnée par
Pietragalla. «C'est un peu comme
une quête à la rencontre de
soi-même. La danse est l'art du
sensible : chaque spectateur
pourra inventer son voyage,
disent-ils. Nous avons construit
le ballet dans la grande
tradition du XIXe siècle. Il
s'agissait de raconter une
histoire avec le corps à partir
d'un livret et d'une musique
originale composée par Armand
Amar.»
Les deux
danseurs disent être sortis de
ce voyage métamorphosés : «Le
hip-hop porte l'énergie
d'aujourd'hui. C'est une danse
pétrie de violence mais aussi de
fraternité et d'un esprit de
compétition très franc. Dans les
“batailles” comme le Juste
debout qui a lieu ce dimanche à
Bercy, les danseurs se défient
pour être le meilleur. Et quand
ils entrent en scène, ils se
donnent à fond. à mille lieues
des danseurs contemporains, qui
se demandent toujours s'ils
n'ont pas mal quelque part.»
L'aventure
aura des lendemains. À Bagnolet,
Marie-Claude Pietragalla et
Julien Derouault sont en train
d'acheter sur leurs fonds
propres un terrain où bâtir un
lieu d'accueil pour la compagnie
et son théâtre du corps, ouvert
aux danses urbaines : «Il y aura
des cours de hip-hop, d'arts
martiaux, de classique, de
contemporain, de graff, ouverts
aux amateurs et aux
professionnels.»
» Marco Polo
au Palais des congrès du 6 au
15 mars. Juste debout, bataille
de hip-hop à Bercy le 1er mars,
à 14 heures et 22 heures. Points
de ventes habituels;