Michel Caserta,
directeur de la Biennale de danse du
Val-de-Marne, orgnisée du 6 mars au
6 avril, explique les difficultés à
attirer le public hors de Paris
CHORÉGRAPHE dans les années
1970, directeur de la Biennale
de danse du Val-de-Marne depuis
sa création en 1981, Michel
Caserta arbore le sourire
gourmand de celui dont l'appétit
de danse ne sera jamais
rassasié. Sans cesse différé en
raison de difficultés
budgétaires, le Centre de
développement chorégraphique,
situé à la Briqueterie de
Gournay, à Vitry-sur-Seine
(Val-de-Marne), va ouvrir son
espace de 3 000 m2 en 2008. En
attendant, l'édition 2007 de la
Biennale met en avant
trente-cinq compagnies,
additionne dix créations et
soixante représentations dans
une douzaine de villes du
Val-de-Marne du 6 mars au 6
avril.
Votre programmation met en
avant des personnalités parfois
peu connues, comme Daniel
Dobbels ou la Guyanaise Norma
Claire. Sur quels critères
opérez-vous vos choix ?
Plus le temps passe, plus la
difficulté de monter une
programmation est grande dans le
contexte actuel - plus de cinq
cents compagnies françaises et
beaucoup d'étrangères - et la
situation géographique de la
Biennale.
Il y a une sorte de
resserrement de l'affiche avec
moins d'artistes, mais des
séries plus longues pour que les
pièces aient une chance d'être
mieux vues. Je ne fonctionne pas
au coup de coeur. Je veille à ce
que chaque théâtre qui collabore
avec la Biennale trouve un
chorégraphe qui lui convienne et
vice versa. Je suis un
distributeur de cartes : opérer
les bons rapprochements entre
les artistes et les salles. Une
grande partie de mon travail
consiste à parler des
chorégraphes et de leurs pièces
avec les directeurs de salles
pour les convaincre de
programmer de la danse, et c'est
de plus en plus dur.
Comment expliquez-vous cette
difficulté du public, depuis
quelques années, à se projeter
dans des spectacles de danse
contemporaine ?
La frilosité des théâtres
reflète celle de leur public.
Nous traversons une période de
marasme. Qu'est-ce qu'attend un
spectateur d'une pièce de danse
? Il désire être saisi sans
décodage trop savant. Je suis
triste de constater que nombre
de chorégraphes ont un peu
oublié leur public. Les
spectateurs le sentent et se
détachent de pièces qui ne les
concernent pas.
Parallèlement, l'augmentation
de nombre de propositions met le
public devant un dilemme : que
choisir quand on ne sait à quoi
peut ressembler un spectacle de
danse aujourd'hui ? A part
quelques exceptions, la balance
se fait pour la Biennale entre
les grands noms comme Montalvo-Hervieu
et de jeunes inconnus sur
lesquels on parie.
Quel sens prend un festival
de danse contemporaine pointue
en banlieue parisienne ?
La banlieue pèse sur nos têtes.
Depuis quelques années, il est
de plus en plus difficile de
travailler en banlieue et de
faire venir le public en dehors
de Paris. Les transports en
commun ne facilitent pas les
choses et les gens en ont moins
le désir. C'était le contraire
dans les années 1970-1980. Avec
les grands noms du théâtre,
comme Antoine Vitez ou Jacques
Lassalle, la banlieue était à la
mode et tous les Parisiens y
allaient. C'était presque du
dernier chic. Ce n'est plus le
cas. Les conséquences se font
sentir sur la fréquentation des
salles. On a beau mettre au
point des systèmes de navettes
pour les Parisiens, rien n'est
jamais gagné. La lutte est
permanente mais ça ne me fait
pas peur. Le succès du Musée
d'art contemporain MAC/VAL de
Vitry, qui participe cette année
à la Biennale, en est un
exemple. A condition d'avoir les
moyens.
Quel changement apportera
l'ouverture du Centre de
développement chorégraphique de
Vitry-sur-Seine ?
L'important est d'avoir un lieu
repéré et identifiable, donc
crédible. Une confusion est
levée. Les gens y vont en ayant
une idée sur ce qu'ils y verront
et se trouvent dans un état de
réceptivité différente. Le
public a besoin de repères dans
un univers artistique qui part
dans tous les sens. Il sait ce
qu'il trouve dans les théâtres
généralistes, mais il peut être
attentif à la création qui est
en train de se faire dans des
petits lieux. Il suffit qu'il le
sache.
Propos recueillis par
Rosita Boisseau
Biennale de danse du
Val-de-Marne.
Domaine Chérioux. 4, route de
Fontainebleau, Vitry-sur-Seine.
Du 6 mars au 6 avril. Tél. :
01-46-86-17-61. De 4 ¤ à 30 ¤.