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Jan Fabre, le Prométhée des esprits
indigents ?

Le Prometheus de Jan Fabre DR Le Prometheus
de Jan Fabre DR
Une image spectaculaire de Prométhée
enchaîné, au cœur d'un vain tourbillon de
passions et de violences.
Mots-clés : danse, jan fabre, prométhée
Ce qui est réjouissant, chez Jan Fabre, et
au fond de bien confortable pour
l'observateur, c'est, quel que soit le sujet
qu'il prétende aborder, qu'on y trouvera des
scènes de masturbation, de sodomie, des
acteurs en compissant d'autres, des femmes
et des hommes montrant leur anatomie sous un
angle de préférence dégradant, bref toutes
sortes de gaietés d'escadron qui sont trop
récurrentes pour ne pas être
obsessionnelles.
Prométhée enchaîné
Elles étaient apparemment indispensables
dans ses autres ouvrages. Elles semblent
l'être tout autant dans "Prometheus
Landscape II", sa dernière invention que
s'empresse de montrer le Théâtre de la Ville
comme s'il s'agissait d'une urgence absolue,
comme s'il y allait de notre compréhension
du monde. Quoi en effet de plus pertinent
pour mieux saisir et le mythe et le monde
qu'un homme à genoux se masturbant
curieusement au pied de Prométhée enchaîné ?
Qu'un gros lard sodomisant un éphèbe ou
qu'une femme fessée dévêtue pour évoquer le
titan condamné par Zeus pour avoir volé le
feu et l'avoir donné aux hommes ?
De l'incandescence solaire à la froideur
lunaire
Côté visuel, le spectacle, si l'on ose
apposer ce terme presque dégradant à ce qui
se veut rien de moins qu'une réflexion
philosophique, le spectacle s'ouvre sur un
tableau impressionnant : celui d'un héros
athlétique et quasi nu, encordé en croix
dans les airs sur fond d'astre du jour en
éruption permanente ou sur fond de lune
grise. Une image indéniablement superbe qui
se maintiendra telle durant toute la soirée,
passant tour à tour de l'incandescence
solaire à la froideur lunaire, et bientôt
brouillée à profusion par des jets de vapeur
blanche (de l'air comprimé ?) ou des jets de
sable.
De l'esbroufe
Interventions hurlantes de figures divines :
Héphaistos, Athéna, Hermès ; évocations
hystériques de Héra : "Prometheus Lanscape"
suit son chemin dans une confusion
extraordinaire, sans que le propos de
l'ouvrage n'apparaisse clairement, sans
surtout qu'il en demeure quelque chose qui
prêterait à réflexion. De l'esbroufe, rien
de plus, mais spectaculairement mise en
images. Par rapport aux débordements
précédents de Jan Fabre, c'est une œuvre
sage, presque sereine : deux masturbations,
une seule scène sodomie, quelques moments
d'hystérie, une scène de carnage à la hache,
des visions réjouissantes à la Jérôme Bosch
ou à la Pasolini où l'on met littéralement
le feu au cul d'un protagoniste... bref bien
peu de chose, quasiment de quoi animer à
peine un ouvrage de matinée classique au
Théâtre français dans les années 1950. Mais
l'on s'y ennuie bientôt comme devant une
tragédie mal jouée, puisque tout cela ne
semble être qu'une accumulation de gadgets
sans propos affirmé.
Délire hagiographique
Ce qui en revanche prête plus à réflexion,
c'est le délire hagiographique inscrit dans
le programme du Théâtre de la Ville où l'on
n'est jamais à court d'éloges hallucinants
sur les artistes programmés. On y fait de
Jan Fabre rien de moins qu'un nouveau
Prométhée, un Prométhée d'aujourd'hui.
"C'est en rebelle (qu'il a toujours été) que
Jan Fabre saisit dans l'incomparable
constellation de la mythologie grecque la
figure d'un autre rebelle, Prométhée".
Et plus loin : "A la fois rebelle et
démiurge, solitaire et généreux à l'infini,
l'artiste selon Jan Fabre est cet éternel
Prométhée qui prend le risque de transmettre
le feu d'une passion et d'en faire cadeau
aux mortels.
D'autres artistes de sa génération ont
sacrifié aux sirènes du pouvoir ou ont fait
juteux commerce d'un certain cynisme. Pas
Jan Fabre".
Statue dorée
Pas Jan Fabre qui a vendu une ignoble statue
dorée à son effigie pour plusieurs centaines
de milliers d'euros, laquelle statue exposée
à Avignon a dû être payée par des fonds
publics devant le légitime refus d'un
sponsor du Festival d'acheter ce produit
d'un narcissisme délirant ? Pas Jan Fabre
qui n'a pas hésité, première dans les
soixante ans d'histoire du Festival
d'Avignon, à se représenter lui-même sur
l'affiche du festival dont il était
l'artiste associé ?
Tant de flagornerie laisse sans voix.
Raphaël de Gubernatis -Nouvelobs.com
"Prometheus-Landscape II" de Jan Fabre.
Jusqu'au 8 avril. Théâtre de la Ville ; 01
42 74 22 77
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