A l'affiche
Cinéma
Expositions
Musique
Théâtre

 

 

 


powered by

FreeFind

Lien1
Lien2 Lien3
 

Jan Fabre jouit franc-jeu

 

Danse. «L’Orgie de la tolérance», nouveau spectacle marquant de l’artiste flamand.

 

Marie-Christine VERNAY

 

Tout commence avec une immense branlette collective coachée par des gugusses pas très catholiques : des sortes de collabos-maquisards, la carabine en bandoulière, qui comptent les points. A qui jouira le premier ou la première, Viagra ou pas : là où le sexe est devenu un sport, une performance, un challenge. Le metteur en scène et chorégraphe belge Jan Fabre ne s’est pas calmé. Tapageur, subversif, il s’en prend ici à la société de consommation pour en dénoncer la vulgarité, la cochonnerie, les tristes pitres et moniteurs de sport. Jan Fabre le fait au premier degré, frontalement, irrité par la marchandisation de tout ce qui tombe entre les mains des profiteurs : le cul, Dieu, le plaisir, la jouissance, le désir… Son Orgie de la tolérance est une énorme farce, une mascarade avec un seul mot d’ordre : fuck you.

Godemichés. Pendant deux ans, il a travaillé à partir de dessins puis d’improvisations avec neuf performers irrésistibles. Ensemble, car il est évident qu’il s’agit d’une création collective, ils ont exploré de nombreux thèmes comme la course à l’orgasme, l’instrumentalisation du religieux, les pratiques consuméristes, le sofa comme prolongement de la libido ou encore le glissement du politique vers l’extrême droite. La troupe rend aussi un hommage décalé aux Monty Python, à leurs sketchs gaulois et délirants des années 70. Et hormis quelques scènes un peu faciles, comme la valse de la supérette, on rit franchement, des autres et de soi-même.

La scène est occupée en continu par les interprètes surexcités, clopant d’un bout à l’autre du spectacle. Ils sont tour à tour nazillons, bourreaux, rockeurs élégants, mères de famille qui accouchent, à même les chariots de supermarché, de paquets de chips, de produits vaisselle… Sinon, godemichés sur le nez, ils mentent comme Pinocchio quand ils ne sont pas fesses à l’air ou fleurs au fusil, pour parler poliment.

Chacun a beau inventer sa propre façon de se branler, par exemple avec la roue d’un vélo, ou de fantasmer, tout est rattrapé et mis dans le même panier de l’addiction. Au beau milieu de ce déferlement de cris, d’images, un Christ éberlué se promène, bling-bling à souhait, promis aux magazines people. Il a une copine qui porte divinement bien la cagoule du KKK.

Pochetrons. C’est formidable, d’autant que les acteurs ne savent pas se retenir et possèdent un répertoire d’injures racistes et sexistes toutes aussi violentes qu’ordinaires. Au salon, madame et monsieur s’enquièrent de leurs dernières acquisitions pour leur collection de musulmans et leurs trophées juifs. Personne n’est épargné, surtout pas le milieu de l’art, Jan Fabre en première ligne, directeur tout de même d’une petite entreprise.

La salle s’excite elle aussi. Les injures sont prêtes à fuser. Mais le spectacle prend habilement une autre tournure. Sous tension, les corps doivent libérer une énergie contenue. On assiste alors à une danse finale endiablée qui met à mal le mobilier de marque. Tous éructent, se balancent sur les pauvres éléments de décor.

Les guerriers de la beauté, la garde rapprochée de Jan Fabre sont encore là et remportent la bataille. Pas totalement d’ailleurs, puisque le spectacle se termine par une grimace. Un couple de vieux pochetrons à la rue, image même de la misère, qui traîne son chariot vide, a encore assez de vitalité pour insulter une mère. Putain de ta race !

La tolérance en prend un sale coup, le respect de la différence aussi.

 

 

--__-

Le pouvoir et le président de la République en particulier sont la cible des protestations sur l'île. Crédits photo : AFP

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Libération 02/04/2009 à 06h52