Quand des jeunes de banlieue se
dressent contre l'homophobie

Des membres de la troupe de
jeunes amateurs. ERIC CHÂLOT
" Place
des Mythos ", comédie
musicale interprétée par des
amateurs
Le spectacle Place des Mythos
est une anomalie au royaume de la
comédie musicale. A travers cette
pièce écrite et mise en scène par
Catherine Régula, une troupe de
jeunes amateurs se dresse contre
l'homophobie. Ils étaient une
trentaine, dont deux tiers issus de
l'immigration, lors de sa création
en 2004. Trente représentations plus
tard, ils sont une quinzaine sur le
plateau des Rencontres de La
Villette, à Paris.
Le 30 octobre, à
la MJC de Ris-Orangis (Essonne), où
est né Place des Mythos,
l'atelier-théâtre bat son plein sous
la caméra de l'éducatrice Vanda
Gauthier. Le thème de
l'improvisation est " rencontré un
vieux pote perdu de vue ", pour
Bibiche, Claudia, Carole, Doua,
Justine, Medy, Naïm, Sabrina,
Thibaut et Victoria, vedettes de
Place des Mythos.
" Les
réactions du public ont été
tellement fortes qu'on a eu le
sentiment de briser un tabou,
commente Carole. Au début de
chaque représentation, on entend
toujours des gros rires dans la
salle, et puis c'est le silence et
on vient nous dire "merci". Certains
amis du groupe ont même révélé leur
homosexualité. "
Place des
Mythos est un endroit explosif,
la plaque tournante d'une ville de
banlieue où l'on échange mensonges
et injures. Kader se fait tabasser
parce qu'il est homosexuel. Il
affirmera son choix devant sa soeur
qui ne le comprend pas, car " un
musulman ne peut être pédé ".
Pour la bande et les caïds, "
c'est trop la honte d'avoir un
copain homo ".
" Lors des
discussions au début des
répétitions, on a réalisé que la
rumeur, la réputation de quelqu'un
était très importante, se
souvient Claudia. On a vite fait
de dire qu'une fille est une
pute, et un gars sans copine une
tapette. Le sujet a déclenché dans
le groupe des réactions incroyables.
Etre homo, c'était sale, brûlant
d'enfer, bref, on s'est tous
engueulés et on a décidé d'en faire
une pièce. "
Rude, droite,
moqueuse, Place des Mythos
n'y va pas de main morte dans sa
dénonciation des clichés de la cité.
" Il est clair que les banlieues ne
sont pas plus homophobes que les
beaux quartiers, précise
Catherine Régula. Sauf que ça se
dit plus franchement et plus
crûment. La force brutale, clanique,
qui opère ici, doit être remise en
question. Et cette pièce permet de
comprendre les mécanismes humains de
la violence. "
Depuis sa
création, de nombreux interprètes
ont choisi d'arrêter et ont été
remplacés. " Il faut le porter ce
spectacle, c'est un fardeau tout de
même, glisse Thibaut. J'avais
des idées très arrêtées sur le sujet
moi aussi, et j'ai dû apprendre à
assumer ce que je dénonce. "
Auprès des familles, des copains,
évoquer l'homophobie n'est pas une
mince affaire.
La plupart des
parents et des amis sont venus voir
Place des Mythos. Pas
toujours d'un pas joyeux ni
convaincus par l'engagement des
jeunes. " J'appartiens à un
milieu méditerranéen très macho, et
personne ne comprend ce que je fais
ici, ajoute Claudia. Ça ne
m'apporte rien selon eux. Je dois
juste penser à me marier et à faire
des enfants. "
Sur scène, les
archétypes, les rôles assignés par
la société et la religion aux filles
" soumises " et aux garçons "
violents " volent en éclats.
Place des Mythos, selon Bibiche,
" donne du courage pour choisir
sa vie ".
Rosita
Boisseau
Le Monde
02-XI-07
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