Incontournables et personnalités
iconoclastes animent la rentrée
chorégraphique
Merce
Cunningham, Edouard Lock ou
encore Sidi Larbi Cherkaoui
mènent la danse pour cette
saison
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Christian Rizzo dans son
solo " Happy Day ". MARC
DOMAGE |
La rentrée chorégraphique prend
son élan sous le signe de la
singularité. Les opérations
artistiques insolites se
multiplient dans un esprit
joyeusement décomplexé et
aventureux. Faire rimer
nouveauté, plaisir et défi
spectaculaire donne le ton de
quelques-uns des rendez-vous de
ce début de saison.
A Paris, dans le cadre du
Festival d'automne, qui fait
aussi la part belle aux
incontournables comme les
Américains Merce Cunningham et
Bill T. Jones, le chorégraphe
Rachid Ouramdane, artiste en
résidence au Théâtre de
Gennevilliers, a mené des
ateliers avec des habitants de
la ville et mis au point
Surface de réparation (du 5
octobre au 27 octobre), pièce
pour sept adolescents sportifs
amateurs. Obsédé par les jeux de
construction de l'identité,
Ouramdane jette sur le grill les
valeurs sportives, leur
médiatisation, les clichés de
masse...
SOUS LE SIGNE DES "
VANITÉS "
Tout aussi passionnante à
première vue, l'entreprise d'Eszter
Salamon, chorégraphe hongroise
installée à Berlin, met en
scène, toujours dans le cadre du
Festival d'automne, les
histoires personnelles de femmes
portant le même nom et prénom
qu'elle. Rencontrées via
Internet, puis filmées, ces
héroïnes d'un jour constituent
la matière d'un documentaire
chorégraphique autour de la
famille intitulé And Then
(du 7 novembre au 10 novembre),
interprété live par trois
danseuses.
En province, et plus
précisément en Franche-Comté, à
partir du dimanche 9 septembre,
Odile Duboc, directrice du
Centre chorégraphique national
de Franche-Comté à Belfort
depuis dix-sept ans, boucle sa
dernière année de présence avec
un projet généreusement
ambitieux, La Pierre et les
Songes. Conçue en compagnie
de Françoise Michel, cette
échappée, préparée depuis un an,
rassemble trois cents amateurs
et une vingtaine de danseurs
professionnels. De la citadelle
de Besançon aux jardins du
château de Delemont, cinq sites
patrimoniaux seront visités par
cette troupe éphémère.
Plus rentre-dedans, Erna
Omarsdottir est l'invitée du
festival Les Grandes Traversées
dont le vaisseau surchargé
risque de tanguer fort sous le
poids du trop-plein d'émotions
de l'Islandaise, amie de Björk.
Blood, Sweat, Metal and Tears
(" Sang, sueur, métal et larmes
"), titre du programme, sonne la
charge. Plusieurs pièces chaque
soir pendant une semaine (du 11
au 16 novembre), dont la reprise
du solo foutraque IBM-1401, A
User's Manual accompagné par
les quarante cordes de
l'Orchestre du conservatoire de
Bordeaux.
Personnalité tout aussi
iconoclaste, Christian Rizzo
fait son Happy Day de
rentrée (le 29 septembre) à
l'Opéra de Lille, dont il est
artiste en résidence. Toute une
journée pour déployer les
facettes de son oeuvre placée
sous le signe des " vanités " et
de la beauté du néant, à travers
des films, une installation
d'objets dans la fosse
d'orchestre de la grande salle
de l'Opéra, deux solos repris
ensuite en ouverture de saison
(du 30 septembre au 6 octobre).
A Lyon, la Maison de la danse
a, quant à elle, choisi de
parier sur une comédie musicale
au casting résolument inconnu et
imprévisible. A l'affiche, rien
que des jeunes danseurs et
chanteurs africains pour
incarner Kirikou et Karaba
(du 12 septembre au 23
septembre), reprise
spectaculaire du dessin animé
Kirikou de Michel Ocelot. Et
qui tire les ficelles de cette
superproduction ? Le chorégraphe
anglais Wayne McGregor, ravi de
risquer une fois de plus sa
gestuelle joliment tordue dans
un succès populaire. Dans la
foulée, cette personnalité-phare
de la scène britannique signera
sa première création pour le
ballet de l'Opéra de Paris.
QUELQUES BELLES CURIOSITÉS
Pour entrer dans la danse,
rien ne vaut parfois un petit
coup de main. Le Centre national
de la danse à Pantin enclenche à
fond la pédale pédagogique avec
son week-end d'ouverture Et
si pour une fois, c'était vous
qui dansiez ? Soit, les 29
et 30 septembre, deux jours
complets de cours à la carte
(contemporaine, hip-hop, danses
de salon), avec séance
d'échauffement matinale pilotée
par Marie-Claude Pietragalla et
Julien Derouault. Parmi les "
profs " de cette fête
d'apprentissage : Jean-Claude
Gallotta, Robyn Orlin, Alban
Richard ou Loïc Touzé.
A Paris, le Théâtre de la
Ville annonce aussi quelques
belles curiosités. Très
attendues, la pièce du Flamand
Sidi Larbi Cherkaoui Myth
(du 25 septembre au 6 octobre)
pour quatorze danseurs et sept
musiciens autour des polyphonies
anciennes italiennes et
espagnoles (ensuite programmée à
la Maison de la danse de Lyon et
à Rouen) ainsi que celle du
Canadien Edouard Lock Amjad.
Epaulé par neuf interprètes,
hommes et femmes sur chaussons
de pointes, Lock relance les dés
de deux ballets classiques,
Le Lac des cygnes et La
Belle au bois dormant, pour
en extraire la moelle
psychanalytique (du 21 au 30
novembre). La musique de
Tchaïkovski remixée cousine avec
celle de Gavin Bryars ; elles
sont jouées live par un
orchestre de chambre. Une
équation spectaculaire minimale
pour une vision extralarge.
Rosita Boisseau
© Le Monde