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DANSE LA TERMITIÈRE A ÉTÉ INAUGURÉE LE 16 DÉCEMBRE 2006

Un lieu pour la chorégraphie contemporaine à Ouagadougou

 

 

La sueur jette des arabesques dans la lumière crue des projecteurs flambant neufs. Dans une Afrique de l'Ouest où la danse traditionnelle reste partout présente, la chorégraphie contemporaine s'offre une salle unique en son genre au Burkina Faso. Pour l'inaugurer, la compagnie Salia nï Seydou se mesure avec l'ensemble instrumental Ars Nova : deux expressions d'aujourd'hui qui se défient, qui se frottent.

Les musiciens prennent visiblement beaucoup de plaisir à coloniser la scène, les danseurs restent tendus à l'extrême. Ce soir de décembre, à l'occasion de cette sixième édition du festival Dialogues de corps de Ouagadougou, Salia Sanou et Seydou Boro présentent Un pas de côté, la première pièce donnée sur ce plateau du Centre de développement chorégraphique La Termitière.

Voilà huit ans que l'inséparable tandem de chorégraphes s'efforce d'obtenir ce lieu à fois salle de spectacles équipée au standard occidental, studio de création, de formation et résidence pour des artistes internationaux. Ils en sont les directeurs, la France en a financé la construction (650 000 euros). Quant au gouvernement du Burkina Faso, il a donné ce qu'on attendait de lui : son autorisation et l'engagement de régler les notes d'électricité et d'eau.

Lors de l'inauguration, le 16 décembre, l'ambassadeur de France souligne qu'il s'agit là d'un signe tangible de confiance accordée à des artistes professionnels. La Termitière n'est, en effet, pas confiée à des fonctionnaires mais à une association chapeautée par un conseil d'administration. Voilà un montage novateur, carrément audacieux même pour le continent.

L'itinéraire de Salia Sanou et Seydou Boro a quelque chose d'exemplaire. Repérés ensemble en 1992 par Mathilde Monnier, qui les invite à rejoindre sa compagnie, puis lauréats de concours pour leurs propres créations, ils sont actuellement artistes associés à La Passerelle, la scène nationale de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), encore une fois, c'est une première. Comme avant eux la pionnière Germaine Acogny avec son Ecole des Sables au Sénégal, comme Kettly Noël au Mali, qui puise dans ses cachets de l'étranger pour faire vivre sa structure de formation, L'Espace, ouverte aux enfants des rues, Salia Sanou et Seydou Boro se démènent sans compter depuis des années pour l'épanouissement de la danse contemporaine sur leur terre d'origine.

Chaque fois qu'ils s'y produisent, ils dispensent des cours gratuitement. Au Burkina Faso, leur activisme a généré les rencontres Dialogues de corps, soutenu par Culturesfrance, une structure interministérielle qui agit en faveur du développement et de la professionnalisation de la culture en Afrique.

" Les gens ne comprenaient pas pourquoi nous avions besoin d'un parquet, d'une hauteur sous plafond, qu'une salle dont on pousse les tables ne suffirait pas ", sourit Salia, le diplomate du tandem. L'obstination a payé, mais pas au point de les autoriser à prendre la parole pendant la cérémonie officielle. Le protocole est implacable. Alors ils dansent. Avec leurs nombreux stagiaires venus de France, de Belgique, d'Italie, du Kenya, du Bénin du Mali, Salia et Seydou s'emparent de tout l'espace, vaste, jusqu'au sommet du mur d'enceinte. Le martèlement des pas des danseurs traditionnels et des percussionnistes se mêle à leurs improvisations. Le public du quartier populaire environnant n'en perd pas une miette, pas plus que la vingtaine de programmateurs, directeurs de scènes nationales et chorégraphiques débarqués de France. La nouvelle danse africaine captive la culture européenne. Et commence juste à s'attirer un début de reconnaissance sur place.

" Il est vrai qu'artiste n'est pas considéré comme un métier dans notre Constitution, mais comme appartenant au secteur informel non porteur ", admet la ministre de la culture et du tourisme, Aline Koala. Elle ne connaît pas exactement le montant de son budget, mais elle le situe au douzième rang des trente ministères du gouvernement burkinabé. Cette femme du sérail - elle a notamment dirigé la télévision locale - se dit convaincue que " la culture est la carte d'identité du Bukina Faso ".

L'essor de la danse, allié notamment au Fespaco, le principal festival de cinéma de l'Afrique de l'Ouest, confère à ce pays dirigé par le même homme depuis 1987, le capitaine Blaise Compaoré, une image de dynamisme et de stabilité du meilleur aloi auprès des bailleurs de fonds internationaux, estime-t-elle.

Prévues du 9 au 22 décembre, les Rencontres chorégraphiques ont néanmoins été interrompues le 19, car des accrochages entre militaires et policiers ont causé cinq morts et plusieurs blessés à Ouagadougou.

Martine Valo

© Le Monde DU 1ER JANVIER 2007