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Le pouvoir
et le
président de
la
République
en
particulier
sont la
cible des
protestations
sur l'île.
Crédits
photo : AFP |
« Esprit de
contradiction, fredaine, méfiance joyeuse,
raillerie sont signes de santé. Toute forme
d’absolu, relève de la pathologie »
CHRISTIANE EMMANUEL
LE LAC DES SIGNES
Depuis plus de 20 ans, Christiane Emmanuel,
est de celles qui construisent l’édifice
patrimonial martiniquais du spectacle de la
danse contemporaine, habitée de multiples
langages, signes manifestes d’une
indépendance tranquille. Ses nouveaux
spectacles viennent renforcer la place
particulièrement fondamentale et définitive
qu’elle occupe dans la danse à la Martinique
et dans tout l’espace caribéen. Elle
officialise le travail de création des
visions qui la hantent… Et nous sommes en
présence d’une écriture qui peut paraitre
hermétique ou a l’inverse outrageusement
extravertie. Une démonstration farcesque
réussie qui nous dépossède de toutes
habitudes résiduelles. Tout ce qui n’est pas
interdit, est autorisé : c’est un principe
constitutionnel et la munificence baroque,
nourrie de très nombreuses références,
moderne-jazz, Afro-cubains bélè, stimulées
par l’impulsivité, l’instinct ou l’animalité
que balance Christiane, dresse un portrait
significatif du rôle et du fonctionnement de
la danse où même le critique observateur est
tenté de se laisser aller a l’assimilation
abusive des mots. Il faut aller voir ce qui
se passe dans notre dos, quand nos artistes
sont attaquées dans une misogynie ciblée,
semble t’il viscérale, qui s’accouple dans
l’écrit d’un antinubisme autosatisfait :
cette expression vomie du racisme contre les
noirs, est une insulte et nous apostrophe.
Même la DRAC, Direction Régionale des
Affaires Culturelles, y est éclaboussée,
giflée sans vergogne par ses hautains
solitaires, juste privés de distinction.
Evidemment délaisser brutalement
l’académisme, ne peut aller sans poser
quelques problèmes aux censeurs
autoproclamés. ; A ceux-là qui macèrent dans
le silence amniotique d’une pensée altérée
de sursauts has been, qui prétendent à
l’indépendance culturelle, mais qui sont à
la solde de leurs aprioris ou sous influence
politique, peut-être à la botte d’une ligne
éditoriale alimentaire. Ou s’agit-il d’un
égarement dans un galimatias abondant, juste
pour se faire mousser ? N’en déplaise aux
analphabètes du genre, en perpétuelle
méfiance, qui ne savent imaginer et admettre
un instant qu’il puisse exister des
spectacles d’essences radicalement
différentes. Parce qu’il s’agit de bien
tordre la langue pour appréhender la danse «
Le critique se doit de donner a voir
clairement ses propres outils de travail »
Le chorégraphe, le danseur, est autre chose
qu’un pantin qui lève la patte dans un
ensemble de salamalecs plaisant et courtois.
Il est pourvu d’un cerveau a circonvolutions
laborieuses d’où il pétri la pate d’une
syntaxe chorégraphique, d’un vocabulaire
élaboré d’idées finaudes, pas toujours en
accord avec une bienseillance pitoyable et
c’est cela le défi, sa force, sa différence.
Parce qu’il n’y a pas davantage d’identité
absolue qu’il n’y a de règles immuables qui
puissent résumer le corps dans son
expression fantasque et généreuse. Son
travail retors et opiniâtre doit il lui
donner tord ? Le cheminement de Christiane
ne va pas de travers, pour qui sait
décrypter l’éclat dans la pierre brute et se
donner la peine d’y décrypter la
substantifique moelle. Que ces détracteurs
faisant œuvre d’un manichéisme absurde se
remettent en cause plutôt que de régler des
comptes dans des avis de comptoirs de cafés.
Quand la chorégraphie rend justice a la
dénonciation d’une société en désarroi, qui
sublime l’élan tragique, violent et souvent
douloureux; le style volontairement abrasif
et loufoque calque la société t’elle qu’elle
est. Et si cela semble parfois farfelu,
c’est efficacement redoutable. Alors même
que visiblement il existe une demande à en
juger par l’intérêt du public, nous ne
pouvions botter en touche ces propos
désobligeants quand la preuve du double
monde est faite sous nos yeux. D’une part
une femme, pire, une artiste, une danseuse
et chorégraphe, soucieuse du devenir de
notre île et qui œuvre chaleureusement à
susciter des rencontres humaines et
artistiques. De l’autre une critique
débridée qui veut la poussée dans le trop
plein de l’adversité… Alors que tout fini
entre vos mains spectateurs. « Vox populi,
vox Dei » Ceci dit » Ou pé ké anpéché
lariviè koulé » : il est inutile d’essayer
d’arrêter les médisances. Toujours
interrogée par la dimension métaphysique de
l’existence, pour Christiane, le principal
problème est de faire advenir des vertus de
totem, dans un changement psychologique
fondamental, radical et révolutionnaire. Sa
chorégraphie anticonformiste et frontale
brise les marges de la vie et dresse des
mises en scènes hallucinées dans une
succession de risques et de périls
maitrisés, dont aucun n’a vraiment préséance
sur les autres. Par sa rigidité psychique et
son immuabilité synchronique des signes,
elle éclate les marqueurs de la
dégénérescence sociétale et dit la crudité
des épithètes dans sa danse qui restitue la
brutalité du réel en déliquescence…Quand le
spasme hystérique de l’art est un signe fort
et pertinent, Christiane Emmanuel, encombrée
d’aucune doctrine, est une femme debout,
éprise de son île.
Christian Antourel . Novembre 2010.
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