Les Rencontres chorégraphiques
internationales de
Seine-Saint-Denis terminent leur
course dans le département.
Pilotée par Anita Mathieu, cette
édition s'est révélée finement
ajustée. Soutien d'artistes
percutants, risques bien
calculés selon les huit théâtres
d'accueil. Au mitan de la
manifestation, l'ouverture à un
public plus large avec Le Bal
de Brigitte Seth et Roser
Montllo a marqué des points sous
le chapiteau du parc des
Guilands à Bagnolet. Et la
détermination à parler et
incarner toutes les langues
présentes dans le département
relevait à la fois du défi et de
l'évidence.
Parmi les thèmes marquants de
cette édition, celui du féminin
a rassemblé nombre de visions
contrastées. A venir, au Théâtre
Gérard-Philipe de Saint-Denis,
celle, tranchante de la
Marocaine Bouchra Ouizguen. Dans
Déserts, Désirs, elle se
coupe de son complice masculin,
Taoufiq Izeddiou, par un rideau
infranchissable pour tenter
seule de sortir de sa gangue de
scotch. Dans Errances, la
Haïtienne Kettly Noël taille à
la hache dans ses souvenirs de
femme nomade.
PAYSAGE FÉTICHISTE
Trois lectures incisives ont
scandé ces Rencontres. Au Forum
de Blanc-Mesnil, la chorégraphe
israélienne Yasmeen Godder s'est
emparée du sujet avec sa raideur
vorace. En duo avec Iris Erez
dans Two Playful Pink,
elle veut faire mordre la
poussière aux images de pub qui
plastifient la femme. Sur des
chansons de PJ Harvey, les deux
femmes tremblent et grimacent,
mais s'arrachent la peau dès
qu'une pose " cliché ", tatouée
dans l'imaginaire féminin par
des années d'intox, les
traverse.
Sur la même longueur d'onde,
l'Autrichienne Saskia Hölbling,
au Centre dramatique de
Montreuil, proposait dans F
on a Pale Ground une version
très esthétique qui accumule les
accessoires d'un féminin
chahuté. Perruques, pièces
anatomiques de mannequins en
Celluloïd, fourrure blanche,
composent le paysage fétichiste
de trois femmes qui se voilent
la face. Deuil d'elles-mêmes ?
Désir de ne pas voir ce que l'on
obtient d'elles ? Cette rêverie
faussement douce gagnerait à
dépasser les effets de surface.
Quant à l'Italienne Maria
Donata d'Urso, en solo dans
Lapsus, elle transforme son
corps en chair à sculpture. Nue
au creux d'un anneau, elle se
démembre dans des poses
insensées. Fragments d'une
féminité qui préfère disparaître
dans un objet plastique que de
camper sur le terrain des
stéréotypes.
Rosita Boisseau
Rencontres chorégraphiques
internationales de
Seine-Saint-Denis.
Déserts, Désirs de Bouchra
Ouizguen et Taoufik Izeddiou.
Errances de Kettly Noël, La
Pornographie des âmes, de Dave
Saint-Pierre. Les 1er, 2 et 3
juin. TGP, Saint-Denis (93).
Tél. : 01-55-82-08-01. De 5 ¤ à
16 ¤.