L'art de la menace du Brésilien
Bruno Beltrao

LE MONDE | 27.06.09 | 18h51 • Mis
à jour le 27.06.09 | 18h51
Pour être envoyé, c'est envoyé.
Balancé net comme un missile sur sa
cible. Cinquante minutes de fureur,
de surprise, d'invention, c'est H3, chorégraphié par le
Brésilien Bruno Beltrao pour neuf
danseurs masculins de la compagnie
hip-hop Grupo de rua, basée à
Niteroi (Brésil). Créée en 2008,
cette pièce redoutable est
programmée au festival Montpellier
Danse avant une tournée en France à
la rentrée.
On le savait déjà, on en est sûr
dorénavant. Bruno Beltrao, 29 ans,
sait faire de la danse hip-hop un
outil chorégraphique jamais vu. Quel
que soit le biais par lequel on
attaque le spectacle - gestuelle,
occupation du plateau, dramaturgie
-, H3, cinquième opus
présenté en France depuis 2002 (la
compagnie a été créée au Brésil en
1996), tient le coup avec une
sobriété qui frôle l'ascétisme. La
bande-son est fine comme une semelle
de basket usée d'avoir trop frappé
le bitume : elle se réduit à un
brouhaha urbain lointain grêlé de
quelques percussions.
H3 attaque le plateau vide
comme une place forte et lui fait
rendre les armes. Les danseurs, en
tee-shirt et pantalon, foncent pied
au plancher dans une obscurité
propice aux explosions de danse. Des
images apparaissent comme des
mirages pour se laisser recouvrir
par d'autres, et ainsi de suite.
Haché ou étiré, le vocabulaire
hip-hop, avec ses jeux de jambes,
ses dislocations, ses chutes, en
voit de toutes les couleurs sans se
perdre en route. Il y a soudain du
flamenco dans les jambes et les
reins, des arts martiaux dans les
élans, de la castagne dans les coups
de boule.
La danse hip-hop redevient un art
de la menace, mais passé au crible
d'une pensée sophistiquée qui sait
énerver l'espace en tableau vivant.
Diagonales, cercles dans tous les
sens, descentes frontales, quelle
frénésie dans les corps qui semblent
parfois aboyer leur danse. Quel
rythme dans les traînées fulgurantes
des interprètes, qui courent à
reculons et explosent en l'air comme
des ballons multicolores.
AU BORD DE LA CHUTE
Sans devenir un artifice de
représentation, la rage hip-hop
s'inscrit dans une logique
spectaculaire qui fait de
l'agressivité une question
artistique, traitée sans racoler.
Toujours à la limite de se laisser
embarquer par leur course et éjecter
dans le décor, les interprètes font
couiner leurs chaussures, dérapent à
coups de claquements secs ou de
glissades amorties.
Dans le silence qui s'abat
régulièrement, la danse se bruite en
traquant le mouvement au bord de la
chute. H3, aussi abstrait
soit-il, rappelle que la prouesse
technique est au centre du hip-hop.
Danser l'exploit fait survivre. Par
pur goût du jeu. Pour la beauté du
geste.
H3,
de Bruno Beltrao. Festival
Montpellier Danse. Théâtre de
Grammont. Du 27 au 29 juin. 22
heures. De 15 à 22 euros. Tournée en
France à partir du 20 novembre.
www.montpellierdanse.com
Article paru dans l'édition du
28.06.09 Le monde
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