L'actrice française et le
danseur britannique brillent
dans " In-I "
C'était joué d'avance. Une star
(Juliette Binoche), un thème
inoxydable (l'amour toujours),
un chorégraphe anglais d'origine
bangladeshie (Akram Khan), et
voilà un pas de deux parti pour
faire le tour du monde. Et alors
? In-I, titre de
l'événement, à l'affiche du
Théâtre de la Ville à Paris
jusqu'au 29 novembre, est un
vrai bon boulot, une love
story grand public entre
bluette et rock, fièvre et
castagne.
On connaît évidemment la
chanson, mais on apprécie
toujours d'en découvrir une
nouvelle variation. Celle de
Juliette Binoche et Akram Khan
tient de l'hybride
danse-théâtre-cinéma, versant
glamour avec textes écrits par
les protagonistes en anglais.
S'ils ne réinventent en rien les
scènes de la vie conjugale -
tout le monde s'y reconnaît
jusqu'à en sourire ou grimacer !
-, ils en extraient quelques
pépites bien taillées.
Le panache du duo est un
régal. Juliette Binoche, qui n'a
jamais suivi de cours de danse,
se révèle fonceuse et vive,
filant dans l'espace comme une
flèche. Akram Khan, toujours
aussi épatant avec ses vrilles
acrobatiques, est meilleur
conteur et comédien que jamais,
bien plus juste que dans le duo
Sacred Monsters (2006)
chorégraphié et interprété avec
la danseuse Sylvie Guillem. Les
deux font donc la paire et cause
commune dans un dialogue parfois
musclé comme un bras de fer.
Amoureux, In-I ("
dans moi, à l'intérieur de moi "
en anglais) sait aussi se faire
cru et raide, drôle aussi, comme
le quotidien. La diagonale du
désir qui fout le camp entre la
cuvette des chiottes et la
couette soudain trop petite pour
deux est arpentée dans tous ses
états par le couple
Binoche-Khan. Entre tango et
judo, l'immense mur du fond
conçu par le fameux plasticien
britannique Anish Kapoor se
colorise comme un écran magique
pendant que la partition un brin
violonneuse de Philip Sheppard
sert cette comédie sentimentale
à la manière d'une musique de
film.
Juliette Binoche et Akram
Khan se sont rencontrés par
l'intermédiaire d'une amie de la
comédienne, masseuse spécialiste
de shiatsu - technique de
toucher japonaise -, femme du
manager du chorégraphe, par
ailleurs expert en kathak, style
traditionnel indien. La grâce
tremblée d'une femme en colère,
l'attaque virtuose d'un homme
tiraillé, " Yes, they Khan ".
Rosita Boisseau
In-I
de Juliette Binoche et Akram
Khan. Théâtre de la Ville, Place
du Châtelet, Paris-4e. M°
Châtelet. Jusqu'au 29 novembre.
A 20 h 30, le dimanche à 15
heures. Tél. : 01-42-74-22-77.
De 23,50 € à 30 €.
Juliette Binoche. Exposition
chez Artcurial, 7, Rond-Point
des Champs-Elysées, Paris-8e. M°
Franklin-Roosevelt. Du 25
novembre au 8 décembre. Tél. :
01-42-99-20-20.
Livre.
Portraits In-Eyes, éd. Place
des Victoires, 160 pages, 30€.
Rétrospective des films.
Jusqu'au 8 décembre.
Cinémathèque française, 51, rue
de Bercy, Paris-12e. M° Bercy.
Tél. : 01-71-19-33-33. De 5€ à 6
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