Mon enfant, mon
royaume
Ballet-théâtre mis en
scène par Frédéric Salard
Chorégraphié et
interprété par Laurence Couzinet et
Thierry Sirou
Une production Compagnie Car-Av-An
Un Ballet-théâtre aux accents
métissés de l’un à l’autre où
s’opposent, se complètent dans leur
forme, se haïssent et s’harmonisent
les ressentiments contrariés de
parents dont l’enfant est partie
gagner de quoi les sauver de la
misère… mais n’est jamais revenue.
Durant 15 ans, ils portent en eux ce
désespoir. On peut imaginer quel
bouleversement se produit dans le
tumulte, dans les nuits de
l’angoisse, des croyances, de
l’imaginaire et de la solitude,
quand l’espérance ou la détresse
rivales, complémentaires à la fois,
comme le sont la danse et le
théâtre, font le spectacle uni où le
sentiment humain perceptible aux
nuances et aux extrêmes, verse sa
fragilité nue dans l’opposabilité et
l’alliance de ces deux brûlures que
rythme le spectacle.
« L’humour, c’est la politesse du
désespoir »
Tout le remue-ménage de la pièce,
n’est rien d’autre que le
remue-méninges exalté d’un conflit
psychologique vécu par ces parents
en proie à une tentation de fuite
hors la réalité, dans l’expression
d’un amour devenu fou agité. Tel est
le sentiment profond que le père,
surtout, ressent dans ses abîmes
intérieurs. Il cherche une issue,
une lumière. La mise en scène le
délivre de l’obéissance aveugle, de
la désillusion et du néant, de
l’immobilisme et de l’absence, en
déplaçant leur malheur dans d’autres
axes d’humour, d’autres arguments
imaginaires. Dans un rêve étoilé de
palais et d’impératrice, jusqu’à
l’expérience de la folie. Seul
l’amour efface les limites et
l’humour magicien désigne une autre
modalité de prise de la parole.
« L’humour c’est la politesse du
désespoir ». Là, l’obstacle épure et
purifie quand les postures et le
geste se développent contre la
blessure et l’extase. On entend le
cri des corps dans cette
chorégraphie qui se veut audacieuse
et d’une bouleversante sensibilité.
Le père danse et montre ce qu’il ne
peut dire : une sublimation, un
exorcisme public par la danse
majeure, le sourire en plus, qui
exprime et glisse sa démesure à la
mesure de l’attente d’un public qui
sait apprécier ce don total de soi
tant le spectacle est sacerdoce.
Les enfants des « Arts & Dialogues »
La danse classique, volontairement
contemporaine, nous retient dans son
ressort, ses attendrissements et ses
rebonds qui sont autant la force de
l’interprétation parfaite de cette
chorégraphie que sublime un texte en
demi teinte, dans l’ombre et la
manifestation d’un vocable heureux.
De cette volonté de survie à cette
noyade dépression : une possibilité
d’arraisonner la folie. On ne manque
pas de relever dans la transparence
de ce ballet-théâtre tétanisé
d’élégance, la texture érudite qui
s’exprime par ces artistes.
N’oublions pas, Laurence Couzinet et
Thierry Sirou sont les enfants d’un
long voyage artistique aux confins
de disciplines accomplies comme la
danse classique, la danse moderne,
la comédie musicale, le cabaret,
l’opérette et l’opéra, le
music-hall… car c’est bien là que le
talent a ses racines.
Christian Antourel
Photos C.A
25
Mars 2006