|
 |
Scarlett Johansson
avec le réalisateur
Woody Allen pour son
nouveau film, "Vicky
Cristina Barcelona",
le 4 août 2008.
(REUTERS/Fred
Prouser) (REUTERS)
|
Woody Allen
raconte avec une coupable
candeur qu’il ne comprenait rien
aux paroles que s’échangeaient
devant la caméra Javier Bardem
et Penélope Cruz. S’exprimant
dans leur langue d’origine, les
deux vedettes brodaient, tandis
que le cinéaste, lui, se
contentait de filmer. Ou de
faire la sieste ? Car, avec le
recul, on trouve le procédé
d’autant plus désinvolte que
Vicky Cristina Barcelona
manque précisément de
consistance, variation
romantique dont la nature
volatile tranche avec plusieurs
antécédents autrement affûtés du
New-Yorkais.
Vicky…
boucle en fait sur une note
ensoleillée une campagne
européenne entamée en Angleterre
(Match Point, Scoop, le Rêve
de Cassandre), avant retour
au pays (à suivre : Whatever
Works). Non moins en roue
libre que le metteur en scène,
deux jeunes et jolies
Américaines au tempérament
opposé - c’est précisé d’emblée
par une voix off expéditive -
s’en viennent en Espagne faire
la tournée des vieilles pierres
et, pourquoi pas, tâter de
l’étalon ibère. Justement, la
blonde et la brune rencontrent
Juan Antonio, un chaud Latin -
le système pileux fait foi -,
artiste peintre qui ne demande
qu’à les croquer, tout en ayant
encore pas mal de trucs à régler
avec son ex, une brunette non
moins méditerranéenne et
caricaturale.
Avachi dans
les stéréotypes mordorés, Woody
Allen, 72 ans, filme tout cela
avec une obligeance qui suggère
la myopie quand, à la série de
portraits qui n’élève jamais un
débat englouti dans les mœurs
bohèmes, se superpose un décor
pesamment patrimonial (tous les
poncifs touristiques défilent,
mais Allen, de Paris à Venise,
est coutumier du fait).
Parmi tous
les noms prestigieux qui ornent
l’affiche, aucun ne signe une
prestation mémorable ; sinon,
dans un registre hystérique
pénible, Penélope Cruz, à qui
personne n’a eu la présence
d’esprit de crier : «Coupez
!»