"We Want
Sex Equality" :
rouge gauchiste
et
rose bonbon

On a rarement l'occasion
d'employer les termes " trotskiste " et "
mièvre " dans la même phrase, alors,
profitons-en. Inspiré de la grève que les
ouvrières d'une usine anglaise de Ford
menèrent en 1968, We Want Sex Equality mène
une charge impitoyable contre la
bureaucratie syndicale et le grand capital
(on croirait alors que le film a été écrit
par un militant du très trotskiste Socialist
Workers Party) tout en déchaînant des
torrents lacrymaux dès que les prolétaires
quittent leur poste de combat pour leur
foyer, où la vie est aussi mièvre qu'un
livre de Barbara Cartland.
Nigel Cole, le réalisateur de cette bluette
aux reflets rouges, avait déjà témoigné de
son attachement à la cause des femmes avec
Calendar Girls, également inspiré de faits
réels (une poignée de dames patronnesses
posaient dans le plus simple appareil pour
une bonne cause). Cette fois l'inspiration
surgit du fond des âges - 1968, donc. Cet
été-là, les ouvrières de l'atelier de
sellerie de Dagenham, d'où sortaient les
Cortina qui transportaient l'Angleterre de
Harold Wilson, se mirent en grève pour
demander non seulement une augmentation de
salaire, mais la parité de traitement avec
les hommes.
A l'écran, la direction de ce combat a été
confiée à Sally Hawkins. Les spectateurs de
Be Happy se souviennent de l'optimisme à
toute épreuve dont l'avait dotée Mike Leigh.
Il semble que la greffe ait bien pris,
puisque Ms Hawkins est presque aussi
exaspérante ici que dans Be Happy. Elle
jongle entre la mobilisation de ses
collègues à l'atelier, les négociations avec
des patrons sans cœur et des dirigeants
syndicaux sexistes et la gestion de son
couple. Autour d'elle, un échantillon
représentatif de stéréotypes féminin monte
aux barricades: la quinquagénaire usée par
la vie qui reprend espoir, le beau brin de
fille qui rêve d'échapper à sa condition, la
bonne copine sur qui l'on peut toujours
compter. Sans parler de l'épouse du
directeur de l'usine qui se révèle être une
sympathisante opprimée du combat ouvrier.
En face, les hommes sont lâches ou obtus, à
la notable exception du vieux délégué
syndical (Bob Hoskins) qui se range aux
côtés des grévistes en souvenir de sa maman
célibataire qui l'a élevé envers et contre
tout (car le scénario de William Ivory n'est
pas du genre à laisser une question sans
réponse). Le film est habillé des couleurs
vives du "Swinging London", les chansons de
la bande originale sont puisées à la même
source que celles de Good Morning England.
Ce spectacle sympathique et parfois agaçant
fera rêver les bénéficiaires des tarifs
seniors au temps où les luttes ne se
livraient pas le dos au mur. Les titulaires
de la carte Imagin'R (et vous voudrez bien
excuser ce parisianisme) s'agaceront
probablement de cette nostalgie.
Film britannique de Nigel Cole, avec Sally
Hawkins, Bob Hoskins, Miranda Richardson,
Rosamund Pike. (1h53)
Thomas Sotinel
Le Monde.fr | 08.03.11
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