En dehors du film de Bansky, qui traite du
présent le plus « contemporain » qui soit
(voir notre compte-rendu précédent), les
films projetés ce mois de mai au CMAC
étaient tous tournés vers le passé :
L’émouvant Incendies, bien sûr,
enquête sur une Libanaise condamnée à
revivre le destin tragique de la Jocaste du
mythe œdipien, mais également The Hunter
qui, bien que racontant une histoire qui se
passe dans l’Iran d’aujourd’hui, nous plonge
dans une atmosphère sombre et lourde qu’on
aurait pu croire dissipée depuis
l’effondrement des régimes de l’Europe de
l’Est (voir les comptes-rendus de Roland
Sabra). Les deux films restants se
rattachent encore plus directement au passé.
Cabeza de Vaca, tourné en 1990 au
Mexique, qui raconte l’aventure d’un
conquistador devenu esclave des Indiens
après le naufrage de son bateau près des
côtes de Floride, comme Le Petit Fugitif,
tourné en 1953, qui met en scène un petit
garçon de sept ans qui s’échappe à Coney
Island, le parc d’attraction de New-York,…
en 1953.
Le film sur les conquistadors est basé sur
l’histoire qui est réellement arrivée à un
Espagnol nommé Cabeza de Vaca. Faire un film
historique est toujours risqué. D’autant que
le réalisateur, Nicolas Echevarria, n’a
visiblement pas disposé de grands moyens.
Cela n’était pas trop grave, dira-t-on,
puisqu’il lui suffisait montrer le dénuement
des Indiens et des naufragés. Il n’en
demeure pas moins que la reconstitution de
la vie des tribus indiennes au début du XVIe
siècle, en Floride, frise bien souvent le
ridicule. On pense en particulier aux jeunes
femmes dévêtues et bien en chair, qui
évoquent davantage les pensionnaires des
maisons closes de l’époque de Maupassant,
dont on voit parfois de vieilles
photographies, que d’authentiques sauvages.
Passons donc sur ce film qui par ailleurs
traîne en longueur : 1h52, c’était bien trop
exiger du spectateur.
Changement complet avec le Petit Fugitif :
un petit bijou d’1h20 seulement, en noir et
blanc, dans des décors réels (les manèges,
la plage encombrée de baigneurs), qui
possède pour nous le charme de ce qui fut et
qui a disparu. Rien de plus dépaysant que
cette plongée dans le passé, non un passé de
carton pâte mais un passé réel. Les
comédiens, les figurants sont habillés comme
on l’était en 1953. Coney Island n’est pas
une reconstitution : nous sommes dans le
vrai Coney Island. Les baigneurs portent les
maillots de 1953, etc. Quant aux deux
comédiens principaux, le petit garçon et son
frère un peu plus âgé, ils sont tous les
deux merveilleux. L’affiche du film
reproduit une phrase de Truffaut qui dit
exactement ceci : « Notre Nouvelle vague
n’aurait jamais eu lieu si le jeune
Américain Morris Engel ne nous avait pas
montré la voie (…) avec son beau film, Le
Petit Fugitif ». De fait, ce film peut
faire penser aux Quatre Cents Coups
du même Truffaut. Quand on aura ajouté que
Le Petit Fugitif a obtenu un Lion
d’argent à la Mostra de Venise, on en aura
dit suffisamment pour convaincre les
lecteurs qui ne l’ont pas encore vu qu’un
film exhumé du passé de la cinématographie
peut n’être dépassé en aucune manière.
Au CMAC de
Fort-de-France, du 6 au 13 mai 2011.