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Le Trophée dessiné
par l'artiste Julie Bessard |
Le comédien, et donc réalisateur Patrice Le
Namouric a remporté la compétition de la
deuxième édition du Festival "Prix de court"
avec un film de huit minutes vingt-six
secondes "Noire Ode". L'action se déroule dans un futur
éloigné, en 2171. Madinina devenue
capitale de l'Empire Karaib concentre le
pouvoir médical, notamment en ce qui
concerne la reproduction. Une jeune femme,
Madame Cordy, interprétée par Daniely
Francisque, s'adresse a un médecin ( Patrice
Le Namouric pour guérir d'une "maladie" de
peau sexuellement transmissible : elle a la
peau noire! On ne se sépare pas d'une
obsession encore vivace. Entre négritude et
"black is beautiful" perdure en 2171, du
moins c'est l'hypothèse du film la folie du
blanchiment de la peau. Madame Cordy veut un
enfant blanc. L'intérêt de la projection
dans le futur est de montrer que les effets
de la domination ne prennent pas fin
avec la domination. Vérité dont nous vivons
les manifestations plus de cent soixante ans
après la fin officielle de l'esclavage ici
dans les Antilles. Le film de Patrice Le Namouric est d'un grande richesse picturale,
le jeu sur les couleurs, ou l'absence de
couleur, le blanc en l'occurrence est
saisissant de beauté plastique. Danielly
Francisque, perruque et faux-cils démesurés
de couleur orange est méconnaissable tout
comme la passion de son personnage,
Madame Cordy, pour le blanc est
méconnaissance d'elle-même. L'univers décrit
est glacé, aseptique, on le devine sans
odeur, ici règne "la science sans
conscience". Si Patrice le Namouric
joue avec brio avec les références
picturales du vingtième siècle il
n'oublie pas de faire un clin d'oeil à un
peintre plus ancien, Courbet dont il nous
montre transformée masquée comme par
pudeur (?), sa célèbre "Origine du monde".
"Noire ode" a très justement remporté la
palme par la maîtrise technique et le
professionnalisme dont il fait preuve. Une
belle réussite.
Au palmarès on retiendra le Prix du meilleur
scénario décerné par Air Caraïbes pour...
"Trou d'air", ça ne s'invente pas! Un
travail intéressant là encore par le jeu sur
les couleurs et sur les lumières, la
justesse des cadrages et bien sûr
l'originalité du scénario. Une ancienne
hôtesse de l'air, on ne sait pas si elle est
retraitée ou en arrêt pour dépression
ou autre longue maladie, simule dans sa
maison les gestes professionnels qui
caractérisent ce métier, survient un
cambrioleur qui la menace. Et tout à coup la
situation se renverse c'est le cambrioleur
qui se sentant menacé implore sa clémence,
avant un ultime retournement à l'issue
fatale. Un film de peu de moyens qui
toutefois a su réunir une équipe de qualité
pour un résultat tout à fait prometteur. A
propos de peu de moyens "Le pense-bête" de
la martiniquaise Nadia Charlery réalisé avec
un téléphone portable est un petit bijou, un
vrai clip publicitaire pour les "Post-it".
Le prix du public (1200 appels sur le
serveur internet) a été décerné à une
pochade, conçue comme un sketch illustratif
de la notion d'habitus chère à Pierre
Bourdieu ou encore du discours des objets et
ses "lapsus" de Jean Baudrillard. On s'y
moque d'une Antillaise qui voulant imiter
les us et les coutumes de la classe
dominante retrouve lors d'un conflit avec un
vendeur des "archaïsmes (?)", des façons de
faire et de parler qui signent une origine
tout autre. Cà s'appelle "Un achat
compulsif" et c'est signé Maharaki.
On ne dira rien du long métrage qui
clôturait la séance de remise des prix. On
peut d'ailleurs se demander pourquoi un long
métrage dans un festival de court? On n'en
dira rien parce que d'un sujet bien
intéressant, la paternité aux Antilles, la
réalisatrice a fait une série de cartes
postales sans doute en remerciements au
Conseil Régional de Guadeloupe qui la
finançait et une enfilade de poncifs gluants
de pathos. On n'en dira rien. Promis.
Fort-de-France, le 16/04/11
Roland Sabra
PALMARES
DU FESTIVAL PRIX DE COURT :
LE PRIX
DE COURT
: NOIRE
ODE de Patrice Le Namouric
* LE PRIX AIR CARAIBES DU MEILLEUR SCENARIO
:
TROU D’AIR de Karine Gama
LE PRIX
DU PUBLIC :
UN ACHAT COMPULSIF de Maharaki
LE PRIX MOBILE
FILMS : LE PENSE
BÊTE de Nadia Charlery
PRIX SPÉCIAL DU
JURY : FICHUES
RACINES de Marie-Claude pernelle
COUP DE COEUR :
LES SECRETS DE
L’ANSE VATA de Teddy Albert
MENTIONS SPECIALES DU JURY
Meilleure actrice
Lucile Kancel de FICHUES RACINES
Meilleur acteur :
Ruben Daphné de Schiz “oeuf” Phrénie de
Antoine Munch
Encouragements :
Esaie Carpentier – Patrick Bideaut –
William Marcin de “Jacques à dit”
Humour :
UN ACHAT COMPULSIF de Maharaki