La Suisse refuse l'extradition de Roman
Polanski vers les Etats-Unis. Le cinéaste a
quitté le chalet où il était assigné à
résidence.
Roman Polanski (Sipa) Roman Polanski (Sipa)
Le cinéaste franco-polonais Roman Polanski
ne sera pas extradé vers les Etats-Unis, a
annoncé la ministre Suisse de la Justice,
lundi 12 juillet.
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l'affaire Polanski
Le cinéaste a quitté son chalet de Gstaad,
où il était assigné à résidence. Une
employée de Roman Polanski, qui a demandé à
ne pas être identifiée, a ouvert la porte du
chalet "Milky Way" (Voie Lactée) lorsqu'une
journaliste de l'AFP a sonné. Elle a affirmé
que Roman Polanski avait quitté les lieux.
"Il n'est plus là", a-t-elle insisté.
Le bracelet électronique, qu'il portait
depuis son assignation à résidence dans son
chalet de la station huppée de Gstaad
(centre), lui a été enlevé lundi à 12h (10h
GMT).
"La demande d'extradition américaine
présentait un vice"
"Les clarifications approfondies qui ont été
menées à bien n'ont pas permis d'exclure
avec toute la certitude voulue que la
demande d'extradition américaine présentait
un vice", a déclaré la ministre Suisse,
Eveline Widmer-Schlumpf, au cours d'une
conférence de presse à Berne.
Les autorités suisses ont en outre jugé que
la mise en oeuvre du traité d'extradition
avec les Etats-Unis devait tenir compte du
"climat de confiance" qui s'était établi.
Roman Polanski a fait des séjours réguliers
en Suisse, sans être inquiété, "depuis
l'achat de son chalet à Gstaad en 2006", a
ajouté la ministre.
"Roman Polanski ne se serait certainement
pas rendu au Festival du film de Zurich en
septembre 2009 s'il n'avait pas eu confiance
dans le fait que ce voyage n'aurait pas de
conséquences juridiques", relève le
ministère de la justice dans un communiqué
publié à l'occasion de la conférence de
presse.
L'avocat de Roman Polanski, ainsi que les
ambassadeurs américain, français et polonais
ont été informés de la décision des
autorités suisses, a indiqué Eveline Widmer-Schlumpf.
Kiejman "ému"
L'avocat français de Roman Polanski, Me
George Kiejman, s'est déclaré lundi "très
heureux et très ému" de la décision de la
justice Suisse. "Evidemment je suis très
heureux et très ému, à la fois comme ami de
Roman Polanski et parce que je pense qu'il
vient de subir un long calvaire", a déclaré
l'avocat.
"Je rends hommage à la justice Suisse, son
analyse juridique est très juste", a-t-il
estimé. "Je me réjouis parce qu'il va
pouvoir retourner en France, et revoir
librement son fils, sa fille et sa femme,
Emmanuelle Seigner, à qui je rends hommage
parce qu'elle a été d'un grand courage
pendant toute cette période", a poursuivi Me
Kiejman.
"Je pense que le malentendu qui persiste
avec les autorités américaines sera plus
facile à régler, et j'espère qu'il pourra un
jour retourner aux Etats-Unis", a ajouté
l'avocat.
Pour la défense du cinéaste, la prochaine
étape consiste désormais à "convaincre les
autorités américaines que la décision rendue
à l'époque par le juge Rittenband n'avait
pas été respectée par lui, et que la peine
que Roman Polanski devait exécuter, l'avait
été", a-t-il précisé.
Assigné à résidence
Le cinéaste, aujourd'hui âgé de 76 ans,
avait été libéré contre une caution de 4,5
millions de francs suisses (trois millions
d'euros) le 4 décembre. Il était depuis lors
assigné à résidence dans son chalet de la
station huppée de Gstaad, dans le centre de
la Suisse.
L'annonce des autorités helvétiques a mis
fin à un long suspense. La Suisse, qui avait
jusqu'à présent toujours refusé de donner
des indications sur sa décision, avait
officiellement reçu la demande d'extradition
américaine en octobre.
Les avocats de Roman Polanski se démenaient
depuis des mois pour tenter d'éviter un
jugement aux Etats-Unis. Ils soulignaient
que leur client y a déjà purgé une peine de
prison de 42 jours il y a plus de trente ans
dans le cadre d'un accord à l'amiable
démenti par la suite par le juge américain
chargé de l'affaire.
L'arrestation du réalisateur en Suisse avait
provoqué un tollé dans les milieux du cinéma
et même jusque dans les rangs des
gouvernements français et polonais. Le
ministre français de la culture, Frédéric
Mitterrand, s'était ainsi attiré des
critiques en apportant un soutien appuyé au
cinéaste.
L'écrivain français Bernard-Henri Lévy
s'était montré le plus fervent soutien de
Roman Polanski mais cette affaire a
profondément divisé les milieux du cinéma de
part et d'autre de l'Atlantique, les uns
prenant fait et cause pour le cinéaste
couronné par un Oscar, les autres préférant
garder leurs distances.
(Nouvelobs.com)