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CÉRÉMONIE DE CLÔTURE ET PALMARÈS

La Palme à l'image d'une France "multiple"

 

 

Ce n'était pas arrivé depuis vingt et un ans, depuis la Palme d'or décernée sous les huées à Sous le soleil de Satan, de Maurice Pialat, en 1987. En 2008, le jury, présidé par l'Américain Sean Penn, a décerné la récompense suprême du Festival de Cannes à un film français, Entre les murs, de Laurent Cantet, adapté du roman de François Bégaudeau, également coscénariste, acteur dans le film – et accessoirement chroniqueur de football au journal Le Monde.

 

 

Cette décision a été accueillie avec chaleur, peut-être même un brin d'euphorie par le public du Grand Théâtre Lumière, au Palais des Festivals. C'est que le spectacle final de cette cérémonie de clôture tranchait avec la liturgie des dimanches de palmarès ordinaires : les stars primées (Benicio Del Toro, Catherine Deneuve) se fondaient dans la joyeuse cohorte des élèves et des enseignants qui sont devenus acteurs pour Laurent Cantet.

 

Pourtant, Entre les murs a attendu sa sélection plus longtemps que les deux autres films français (Un conte de Noël, d'Arnaud Desplechin, et La Frontière de l'aube, de Philippe Garrel) et n'a été admis dans la compétition que le 30 avril.

FIDÈLE À LA RÉALITÉ

Ce récit d'une année scolaire vue à travers les cours de français d'une classe de quatrième d'un collège parisien est à la fois scrupuleusement fidèle à la réalité et puissamment dramatique. Il appartient à cette minorité de films français qui affronte directement la réalité contemporaine. "Le film devait ressembler à la société tout entière, il devait être multiple, foisonnant, complexe...", a expliqué Laurent Cantet à la salle qui l'ovationnait. De fait, Entre les murs satisfait à l'exigence formulée par Sean Penn au moment de l'ouverture de ce 61e Festival de Cannes : "Il faudra que le réalisateur ou la réalisatrice de ce film se soit révélé très conscient du monde qui l'entoure." Ce souci a guidé les autres choix du jury, qui a composé un palmarès très homogène : à l'exception des Trois Singes, le film noir du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, prix de la mise en scène, toutes les œuvres primées ont pour ambition de montrer le monde tel qu'il va, et plutôt tel qu'il va mal.

VILLES RONGÉES PAR LE CRIME

Le prix du scénario, le prix d'interprétation féminine et le Grand Prix évoquent la dissolution des liens sociaux dans les grandes villes, Liège, Sao Paulo et Naples, rongées par le crime et la pauvreté. Les deux autres récompenses sont allées à des portraits de figures historiques, Che Guevara et Giulio Andreotti, montrées toutes deux, de façon radicalement différente, comme des énigmes.

Le prix spécial du jury que se partagent Clint Eastwood et Catherine Deneuve est une marque de respect, mais aussi une mise à l'écart de deux films – L'Echange et Un conte de Noël – qui s'éloignaient, l'un par son classicisme imposant, l'autre par son refus de sortir du cercle familial, de la vision du cinéma qu'a retenue cette année le jury.

On a trop souvent regretté le saupoudrage des prix pour reprocher à Sean Penn et à ses collègues leur cohérence. Elle est d'autant moins surprenante qu'elle s'applique à une sélection plutôt homogène.

Non que les œuvres présentées en compétition à Cannes en 2008 aient toutes procédé de la même économie (il y a un monde entre Che et Serbis, du Philippin Brillante Mendoza), mais la plupart des films présentés sonnaient comme des aveux de défaites : face à la brutalité économique (Linha de passe), au crime (Gomorra), à l'impuissance artistique et au temps qui passe (Synecdoche, New York)... Il a fallu entrer assez avant dans le Festival pour que l'horizon s'éclaircisse un peu, d'abord avec l'appel à la résistance de Clint Eastwood et, enfin, avec la célébration lucide de la vie en commun qu'est Entre les murs.


 

Thomas Sotinel


Le palmarès
 

EN COMPÉTITION
- Palme d'or. Entre les murs, de Laurent Cantet (France).
- Grand Prix. Gomorra, de Matteo Garrone (Italie).
- Prix d'interprétation féminine. La Brésilienne Sandra Corveloni dans Linha de passe, de Walter Salles, et Daniela Thomas (Brésil).
- Prix d'interprétation masculine. L'Américain Benicio Del Toro dans Che, de Steven Soderbergh (Etats-Unis).
- Prix du 61e Festival. Catherine Deneuve, actrice dans Un conte de Noël, d'Arnaud Desplechin (France), et Clint Eastwood, réalisateur de L'Echange (Etats-Unis).
- Prix de la mise en scène. Les Trois Singes, de Nuri Bilge Ceylan (Turquie).
- Prix du scénario. Le Silence de Lorna, de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique).
- Prix du jury. Il Divo, de Paolo Sorrentino (Italie).
- Caméra d'or. Hunger, de Steve McQueen (Royaume-Uni).
- Palme d'or du court métrage. Megatron, de Marian Crisan (Roumanie).

LES AUTRES PRIX
- Un certain regard. Prix Un certain regard : Tulpan, de Sergey Dvortsevoy (Kazakhstan). Prix du jury : Tokyo Sonata, de Kurosawa Kiyoshi (Japon). Coup de cœur du jury : Wolke 9, d'Andreas Dresen (Allemagne). Prix "K.O. du Certain regard" : Tyson, de James Toback (Etats-Unis). Prix de l'espoir : Johnny Mad Dog, de Jean-Stéphane Sauvaire (France).
- Semaine internationale de la critique. Grand Prix : Snow, d'Aida Begic (Bosnie).
- CinéFondation. 1er prix : Himnon, de Elad Keidan (Israël). 2e prix : Forbach, de Claire Burger (France). 3e prix ex aequo : Stop, de Park Jae-ok (Corée du Sud) et Kestomerkitsijät, de Juho Kuosmanen (Finlande).
- Fédération internationale de la presse cinématographique. Delta, de Kornel Mundruczo (Hongrie).

 

 

LE MONDE | 26.05.08 | 08h44  •  Mis à jour le 26.05.08 | 08h44

 

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