Actuellement en
salles, le film
Oh My God! raconte l'invention
de l'ancêtre du sextoy. Une occasion
de revenir sur un objet qui a
participé à l'émancipation sexuelle
des femmes.
Orgasme sur ordonnance. Avec la
sortie, mercredi 14 décembre, du
film Oh My God!, le vibromasseur est
l'objet de la semaine. Voire l'objet
du siècle.
Odile Buisson, gynécologue
obstétricienne et auteure de
Qui a peur du Point G?, a
découvert le film de Tanya Wexler
avec plaisir. "C'est une comédie
pétillante, très déculpabilsante,
sur l'invention du godemiché. Et un
film sur ce thème n'aurait pas été
possible il y a quelques années."
Le film s'inspire d'une histoire
vraie. Dans l'Angleterre
victorienne, au XIXe siècle, des
"Oh!" et des "Ah!" sortent du
cabinet médical du jeune docteur
Mortimer Granville, interprété par
Hugh Dancy, spécialiste de
l'hystérie féminine. Le traitement
préconisé pour ces femmes de la
bonne société: des massages
pelviens, pratiqués par le corps
médical. Le remède par le plaisir.
Mais, à force de frictions, le jeune
praticien s'abime le poignet. C'est
donc une crampe qui l'amène à mettre
au point, avec un ami, le premier
vibromasseur. Un des premiers objets
du quotidien qui sera électrifié, en
même temps que la machine à coudre
ou le grille-pain.
La frustration sexuelle à
l'origine de troubles mentaux
A l'époque, l'hystérie était
diagnostiquée en grande partie à
cause de l'incompréhension masculine
quant à la sexualité des femmes,
assure Rachel P. Maines, historienne
américaine,
son livre,
Technologies de l'orgasme.
Frustrées par une vision masculine
de leur sexualité, focalisée sur la
pénétration, certaines femmes
développaient des syndrômes
hystériques.
Une explication dans la lignée
freudienne, puisque le père de la
psychanalyse soulignait également
que la frustration sexuelle chez la
femme pouvait être à l'origine de
troubles mentaux. Et ce manque est
d'autant plus difficile à surmonter
que la masturbation féminine fut
longtemps
réprouvée par la société.
Un tabou qui demeure, même
s'il est moins présent dans les
jeunes générations. "Une femme
honnête n'a pas de plaisir, ne se
touche pas et ne fait pas de
proposition. Nous payons encore le
poids de notre culture, même si celaavance
doucement", souligne Odile
Buisson.
Le gode, un médicament?
De nombreuses études démontrent que
sexe et santé sont liés. PourAlain
Giami,, directeur de recherche à
l'Inserm, "le vibromasseur n'est
qu'un outil pour montrer que la
satisfaction sexuelle des femmes est
un élément important de leur bonne
santé". Selon Beverly Whipple,
chercheuse sexologue américaine, les
femmes pourraient même supporter
110% plus de douleur durant
l'orgasme. Un exemple: la douleur
associée aux migraines serait
momentanément réduite. Autrement
dit, l'excuse séculaire du mal de
crâne n'a plus court sous peine de
se voir retourner l'argument: "Tu as
la migraine? Et bien justement, j'ai
un remède."
Autre bénéfice de la jouissance,
"les femmes qui ont des orgasmes
vivent plus longtemps", affirme
Odile Buisson. Quant au coït, il
serait "la meilleure prévention
contre l'incontinence urinaire", en
rééduquant le périnée.
"Le clitoris est un organe
politique"
Le vibromasseur serait également un
outil de l'émancipation féminine.
"Le film lie l'émancipation sexuelle
et le progrès des droits des femmes.
Je l'ai toujours dit, le clitoris
est un organe politique", sourit
Odile Buisson.
La morale a ainsi longtemps ramené
la sexualité féminine à sa fonction
reproductrice. D'où une recherche
médicale avancée quant à la
procréation, mais très limitée sur
le plaisir féminin. Alain Giami
confirme, "les travaux sur les
troubles de l'érection sont beaucoup
plus développés que ceux sur les
troubles sexuels féminins". Preuve
en est, le viagra n'a toujours pas
de pendant féminin.
Reste que le marché des
vibromasseurs, en pleine croissance,
a de beaux jours devant lui. Et ce
malgré leurs défauts. "Ils ne sont
pas vraiment adaptés à la
morphologie féminine", explique
Odile Buisson, qui a réalisé la
première échographie du clitoris
durant un coït. Souvent roses et à
forme phallique, "pour ne pas gêner
les représentations, poursuit-elle.
Ils croient que les femmes ont
besoin de gros phallus
phosphorescents pour être
satisfaites".
Par Lucie Soullier, publié le
17/12/2011 à 10:00
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