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Eric Rohmer, un grand nom du cinéma français s'éteint
 

Samuel Laurent

Le cinéaste, pionnier de la Nouvelle vague et réalisateur des Contes des quatre saisons ou du Rayon vert, est décédé lundi matin à l'âge de 89 ans.

 

C'était l'un des cinéastes français les plus admirés et les plus reconnus dans le monde. Hospitalisé depuis une semaine, Eric Rohmer s'est éteint lundi matin à Paris, a annoncé en fin d'après-midi sa produtrice, Margaret Menegoz. Il avait 89 ans.

De son vrai nom Maurice Schérer, le réalisateur naît le 4 avril 1920 à Tulle, en Corrèze. Il commence une carrière d'enseignant et d'écrivain. En 1946, à 26 ans, il publie un roman, Elizabeth, sous un pseudonyme. Peu à peu, il se passionne pour le cinéma, mais d'abord en restant un homme de plume. Il écrit pour plusieurs revues sur le 7e art et fonde La Gazette du cinéma, l'un des premiers périodiques consacrés à ce médium en France. Il y publie nombre de chroniques et d'analyses, dont une thèse sur l'organisation de l'espace chez Murnau.

Grâce à La Gazette, dont il assure la rédaction en chef à partir de 1950, il fait la connaissance de futurs grands noms du cinéma français: Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, François Truffaut, ou encore Claude Chabrol. Il signe avec ce dernier un livre sur Alfred Hitchcock, qui sort en 1957. Ces critiques se retrouvent presque tous au sein d'une autre gazette, promise à un grand avenir : Les Cahiers du Cinéma. Rohmer en est le rédacteur en chef de 1957 à 1963.

 

Une filmographie en cycles

Réalisant des courts-métrages à partir de 1950, il signe le scénario de Tous les garçons s'appellent Patrick, tourné par Jean-Luc Godard en 1958. Il passe derrière la caméra pour un premier film de format moyen métrage, Le signe du lion, qui ne rencontre que peu de succès. Trois ans plus tard, il crée une société de production, Les Films du Losange, qui produira quasiment toutes ses oeuvres.

Eric Rohmer accède à la postérité avec un cycle de six films, les Contes Moraux (La Carrière de Suzanne (1963), Ma nuit chez Maud (1969), La Collectionneuse (1967), Le Genou de Claire (1970), L'Amour l'après-midi (1972)), qui traitent de sentiments et de choix de femmes, souvent jeunes. A la fin des années 1970, il réalise deux films qui ne font pas partie d'un cycle, La Marquise d'O et Perceval Le Gallois, qui reçoit le prix Méliès.

Le réalisateur, qui devient rapidement l'une des figures de proue du mouvement Nouvelle Vague, se passionne pour les dialogues et intrigues amoureuses, figurant souvent l'innocence et les premières amours de jeunes filles.

De 1981 à 1987, Rohmer poursuit un nouveau cycle, Comédie et proverbes, avec six films, dont les plus connus sont Pauline à la plage et Le rayon vert, qui obtient un Lion d'or à Venise. Chaque long-métrage est basé sur un proverbe populaire ou inventé pour l'occasion.

Les années 1990 le rendent plus célèbre encore avec un nouveau cycle, majeur : les contes des quatre saisons, qui poursuivent la thématique du hasard et des destins amoureux de jeunes femmes.

Il réalise d'autres films, comme L'Arbre, le maire et la médiatiathèque (1993), avant de se lancer dans un autre cycle, plus historique, avec L'anglaise et le duc (2001), Triple agent (2004) et Les amours d'Astree et de Céladon (2007), sélectionné à la Mostra de Venis. «Après ce film, je crois que je prendrai ma retraite», avait-il lancé lors de sa présentation.

 

«Un grand cinéaste et un grand coeur»

Réservé, pudique, discret sur sa vie privée, Eric Rohmer était le frère du philosophe René Shérer et le père du journaliste René Monzat. «Ce n'est pas un travail de faire des films, c'est une passion, comme d'autres ont la passion du jeu ou de la pêche à la ligne», expliquait-il à la fin de sa vie.

Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, a salué en Eric Rohmer «un cinéaste dont l'oeuvre était unique». «Sous l'apparente légèreté, il mettait dans ses films une rigueur qui le place parmi les plus grands metteurs en scènes de l'histoire».

La comédienne Marie Rivière, qui a tourné trois films lui, salue «un grand cinéaste» et «un grand coeur» qui «donnait sa chance aux gens, aux techniciens, aux acteurs inconnus». «Fabrice Lucchini, moi-même et Arielle (Dombasle) n'étions pas connus quand ils nous a pris». Selon la comédienne, qui l'avait vu il y a peu de temps, «les derniers jours, il voulait encore du papier et un crayon pour écrire».

Jean-Louis Trintignant parle de la direction d'acteur de Rohmer :

retrouver ce média sur www.ina.fr

Des extraits de ses principaux films :

 

 

 (lefigaro.fr) avec AFP
11/01/2010