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Ken Loach a des
cousins en
Uruguay : ils ont posé
leur caméra à Melo, tout
près de la frontière
avec le Brésil que,
chaque jour, des petits
trafiquants inoffensifs
traversent à vélo - en
rêvant d'avoir une moto
! Beto est de ceux-là,
pédalant sans relâche,
moustache au vent, pour
le compte d'un
commerçant local, à qui
il rapporte du pays
voisin, plus prospère,
toutes sortes de denrées
de base. L'annonce du
voyage du pape -
Jean-Paul II sillonna
effectivement la région
en 1988 - secoue la
petite communauté, qui
parie sur l'afflux de
riches pèlerins
brésiliens. Chacun
s'affaire à préparer des
stands de chorizos et
autres empañadas, ce qui
donne à Beto une autre
idée : bâtir dans son
jardin des toilettes
payantes pour croyants
repus. Reste à financer
l'installation du
(saint) siège...
Les comédiens sont
amateurs, le style quasi
documentaire, et
pourtant les deux
cinéastes (le second est
le chef op attitré de
Fernando Meirelles,
nommé à l'oscar pour
l'image de La Cité
de Dieu, et il
adopte ici une tout
autre esthétique)
mitonnent une
mini-comédie locale
pleine de verve. Son
charme doit beaucoup à
la maladresse du
personnage principal,
loser sympathique assez
vite dépassé par les
événements, et à la
peinture pittoresque de
la communauté qui
l'entoure - piliers de
bistrot, douanier ripou
et jeune fille qui rêve
d'un ailleurs. Les
embûches vont se
multiplier sur la route
de la petite entreprise
d'aisance (porter des
chiottes à dos de vélo,
bonjour la galère...),
mais le film suggère
avec empathie que
l'endurance est la
qualité nécessaire aux
gens de peu. Le pape ne
fait que passer, eux
resteront...
Aurélien Ferenczi
Télérama, Samedi 22 mars
2008