"La Conquête" : Nicolas
Sarkozy pour les nuls

"Les hommes politiques sont de vraies bêtes
sexuelles", assène le personnage de Nicolas
Sarkozy dans "La Conquête", déclenchant les
applaudissements en pleine affaire DSK lors
de la première projection cannoise du film.
(c) Afp
19/05/11 à 07:06 19 réactions
Le secret orchestré par
le réalisateur Xavier Durringer semble
inapproprié à la vue de son film, une
comédie sympathique qui humanise le chef de
l'Etat. Par Olivier Bonnard, Bernard Achour
et Lucie Calet.
Xavier Durringer, le réalisateur de "La
Conquête", avait tenu à garder son film
secret avant sa projection à Cannes,
mercredi 18 mai. Le film raconte le parcours
de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007. Le
premier film sur un président en exercice en
France. Mais plutôt que d'ouvrir une
polémique, l'oeuvre de Xavier Durringer
dresse un portrait humain du chef de l'Etat.
"La Conquête" à Cannes par Nouvelobs
Nicolas Sarkozy pour les nuls, par Olivier
Bonnard
L’an dernier, c’est "Hors la loi", de Rachid
Bouchareb, qui faisait scandale avant même
que qui que ce soit l’ait vu.
Le sujet était sensible, mais le film,
parfaitement académique, n’avait au final
rien de scandaleux, si ce n’est sa présence
en compétition. Cette année, c’est "la
Conquête", de Xavier Durringer, qui faisait
polémique.
Là encore, personne n’avait pu visionner le
film, qui retrace l’ascension au pouvoir de
Nicolas Sarkozy, de 2002 à 2007 – pas même
le principal intéressé.
Mais le buzz enflait. On allait voir ce
qu’on allait voir.
On a vu.
Une bombe ?
Un pétard mouillé, plutôt.
"La Conquête", présenté en séance spéciale
hors compétition, a un petit côté spectacle
de fin d’année. C’est un gros téléfilm,
genre "Nicolas Sarkozy pour les nuls".
Scolaire, mais pas désagréable. Amusant,
même.
On est loin de "The Queen", de Stephen
Frears, ou même "W", d’Oliver Stone, mais
louons l’initiative – inédite en France – de
faire fiction de tout bois, y compris de
l’actualité la plus brûlante.
Tout y est. L’affaire Clearstream. Le "Je ne
pars pas sur un coup de cœur, je pars sur un
coup de tête" de Cécilia, qui part, donc,
avec Richard Attias, avant de revenir faire
son devoir de "conseillère en tout".
Le discours de gauche préparé par Henri
Guaino.
Et puis Nicolas fait du vélo. Nicolas fume
un cigare. Nicolas rencontre des ouvriers,
pour corriger son image d’ultralibéral
atlantiste et communautariste et piquer les
voix de Le Pen.
Pour les révélations, il faudra repasser.
Le film se contente d’illustrer sagement
tout ce qu’on savait déjà, comme un album
d’images, avec sa galerie d’acteurs-sosies,
et Denis Podalydès dans le rôle principal.
Le sociétaire de la Comédie française fait
une prestation que n’aurait pas renié Jean
Roucas.
Amusant, donc. Et parfaitement inoffensif.
Quoique.
Car en humanisant ainsi Sarkozy, en le
réduisant à un enfant qui doit tuer le père
(Chirac), un type qui se "bat à découvert"
et "dit toujours la vérité" (contrairement à
cette fouine de Dominique de Villepin), le
film, peut-être malgré lui, rend le
président de la République extrêmement
sympathique. Il n’en fait pas tout à fait un
héros, mais presque.
Nicolas Sarkozy n’a plus à s’inquiéter.
Il devrait même envoyer un petit mot de
remerciement.
Olivier Bonnard, envoyé spécial à Cannes -
Le Nouvel Observateur
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