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Ce James Bond n'est pas Bond 
 

Olivier Delcroix
 

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James Bond est devenu une machine à tuer, robuste, brutale, butée, qui ne décoche jamais un sourire.
James Bond est devenu une machine à tuer, robuste, brutale, butée, qui ne décoche jamais un sourire. Crédits photo : EON Productions

La nouvelle aventure du célèbre espion, qui sort sur les écrans du monde entier aujourd'hui, déçoit. Un scénario insipide, pas de gadget et une violence accrue.

« Quantum of Solace » Film d'espionnage de Marc Forster, avec Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric. Durée : 1 h 58.

 

C'est la première fois dans toute l'histoire de la saga des James Bond qu'un film fait suite au précédent. L'argument scénaristique a de quoi allécher les fans de la planète.

Donc, Quantum of Solace, 22e épisode officiel de la plus ancienne des franchises de l'histoire du cinéma, commence une heure après la mort de la belle Vesper Lynd (Eva Green). Soixante petites minutes séparent ce nouvel épisode de l'époustouflant Casino Royale… À elle seule, cette perspective laissait présager presque deux heures de bonheur, tant, il y a deux ans, l'adaptation du premier roman de Ian Fleming avait renouvelé le personnage de 007 sous la férule de Martin Campbell, lui-même déjà aux manettes de Goldeneye (1996).

Cette fois, James Bond (toujours incarné par le blond aux yeux bleus Daniel Craig, plus « poutinien » que jamais) part à la recherche de ceux qui ont forcé la femme qu'il aimait à le trahir. Même s'il a été très critiqué par les fans au départ, la prestation de Daniel Craig est remar­quable. Dorénavant, l'acteur « EST » James Bond. En chemin, 007 rencontre Camille (insignifiante Olga Kurylenko) et traque le nouveau méchant du film, un certain Dominic Green, interprété par le Français Mathieu Amalric, qui parvient tout de même à tirer son épingle du jeu.

 

Un divertissement sans âme

D'emblée, le réalisateur Marc Forster (à qui l'on doit À l'ombre de la haine ou Les Cerfs-Volants de Kaboul) brouille les pistes. Le titre de son film est, en lui-même, incompréhensible. Que peut signifier au juste Quantum of Solace ? Reprenant l'expression d'une courte nouvelle de Ian Fleming, cette formule se traduit par : « Minimum de réconfort ». N'allons pas par quatre chemins : ce minimum de réconfort, l'amateur de 007 ne l'obtiendra pas cette fois-ci.

Ce 22e James Bond n'arrive pas à la cheville du précédent. Quelle déception ! Comment, avec une enveloppe financière aussi confortable (230 millions de dollars), a- t-on pu réaliser un divertissement aussi passe-partout, sans âme et conventionnel ?

Bien sûr, l'équipe du film a tenu à respecter le cahier des charges des films d'action à gros budget. Les scénaristes ont aligné des séquences d'action, des courses-poursuites en voiture sur des corniches rocheuses, des batailles sur les toits de Sienne, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes. On a même droit à une référence à Goldfinger. Mais cette fois, au lieu de retrouver la « Bond girl » recouverte d'or, celle-ci a été inondée de pétrole…

Quant à 007, lui aussi a perdu un peu de ses dorures. Où est allé se nicher son flegme britannique, son élégance naturelle, son sens de la dérision distinguée ? Sous prétexte de revenir aux sombres origines du personnage créé par Fleming, de faire évoluer l'espion « au permis de tuer » en une énième métamorphose à la mode, les producteurs Michael G. Wilson et Barbara Broccoli en ont fait un héros brutal, noir et violent, finalement sans nuances.

En imaginant une intrigue inédite, n'ayant plus aucun rapport avec les romans de Fleming, les scénaristes Paul Haggis, Neal Purvis et Robert Wade, suivis en cela par le réalisateur, ont semble-t-il oublié de surveiller le précieux dosage du cocktail bondien, qui lui donne depuis quarante-six ans son inimitable saveur.

Exit les gadgets ! Le légendaire « Q » ne se montrera pas, sans parler de la pauvre Miss Moneypenny, qui a disparu corps et biens. Finies les parties de poker endiablées dans les palaces ou les casinos de la Riviera ! Envolé l'humour ravageur d'une bonne réplique entre deux coups de poing : James Bond est devenu une machine à tuer, robuste, brutale, butée, une sorte de Terminator de l'espionnage qui ne décoche jamais un sourire, mâchoires serrées vers son objectif. Certes, ce soldat de Sa Majesté possède l'excuse de ne pas se remettre de la mort de la chérie qui l'a trahi (et que l'on ne verra pas du film, même en flash-back).

 

Hystérie brouillonne

On espérait un brin d'exotisme et de légèreté dans ce monde de brutes, cernées de comploteurs machiavéliques. Las ! Le film s'écoule dans une hystérie brouil- lonne jusqu'à son dénouement. Sans la moindre originalité. Le tout ressemble à la trilogie vengeresse des Jason Bourne ou à la série 24 Heures chrono.

Alors, et James Bond dans tout cela ? Il a perdu son âme à force de vouloir se conformer aux canons de l'air du temps. La preuve en est qu'à la fin du film, alors que défile le générique, on entend soudain la mélodie cuivrée du James Bond Theme original signé Monty Norman et John Barry. C'est à ce moment qu'on prend conscience d'une chose : on vient de voir un James Bond. Que faire sinon noyer son dépit dans un vodka Martini… « au shaker, pas à la cuillère », comme aurait dit James.
 

Le Figaro 31/10/2008 |

 

 

VIDÉO - Le décryptage du mythe James Bond