C'est la
première fois dans toute
l'histoire de la saga des James
Bond qu'un film fait suite au
précédent. L'argument
scénaristique a de quoi allécher
les fans de la planète.
Donc, Quantum
of Solace, 22e épisode officiel
de la plus ancienne des
franchises de l'histoire du
cinéma, commence une heure après
la mort de la belle Vesper Lynd
(Eva Green). Soixante petites
minutes séparent ce nouvel
épisode de l'époustouflant
Casino Royale… À elle seule,
cette perspective laissait
présager presque deux heures de
bonheur, tant, il y a deux ans,
l'adaptation du premier roman de
Ian Fleming avait renouvelé le
personnage de 007 sous la férule
de Martin Campbell, lui-même
déjà aux manettes de Goldeneye
(1996).
Cette fois,
James Bond (toujours incarné par
le blond aux yeux bleus Daniel
Craig, plus « poutinien » que
jamais) part à la recherche de
ceux qui ont forcé la femme
qu'il aimait à le trahir. Même
s'il a été très critiqué par les
fans au départ, la prestation de
Daniel Craig est remarquable.
Dorénavant, l'acteur « EST »
James Bond. En chemin, 007
rencontre Camille (insignifiante
Olga Kurylenko) et traque le
nouveau méchant du film, un
certain Dominic Green,
interprété par le Français
Mathieu Amalric, qui parvient
tout de même à tirer son épingle
du jeu.
Un
divertissement sans âme
D'emblée, le
réalisateur Marc Forster (à qui
l'on doit À l'ombre de la haine
ou Les Cerfs-Volants de Kaboul)
brouille les pistes. Le titre de
son film est, en lui-même,
incompréhensible. Que peut
signifier au juste Quantum of
Solace ? Reprenant l'expression
d'une courte nouvelle de Ian
Fleming, cette formule se
traduit par : « Minimum de
réconfort ». N'allons pas par
quatre chemins : ce minimum de
réconfort, l'amateur de 007 ne
l'obtiendra pas cette fois-ci.
Ce 22e James
Bond n'arrive pas à la cheville
du précédent. Quelle déception !
Comment, avec une enveloppe
financière aussi confortable
(230 millions de dollars), a-
t-on pu réaliser un
divertissement aussi
passe-partout, sans âme et
conventionnel ?
Bien sûr,
l'équipe du film a tenu à
respecter le cahier des charges
des films d'action à gros
budget. Les scénaristes ont
aligné des séquences d'action,
des courses-poursuites en
voiture sur des corniches
rocheuses, des batailles sur les
toits de Sienne, des slaloms en
hors-bord, voire des explosions
pyrotechniques impressionnantes.
On a même droit à une référence
à Goldfinger. Mais cette fois,
au lieu de retrouver la « Bond
girl » recouverte d'or, celle-ci
a été inondée de pétrole…
Quant à 007,
lui aussi a perdu un peu de ses
dorures. Où est allé se nicher
son flegme britannique, son
élégance naturelle, son sens de
la dérision distinguée ? Sous
prétexte de revenir aux sombres
origines du personnage créé par
Fleming, de faire évoluer
l'espion « au permis de tuer »
en une énième métamorphose à la
mode, les producteurs Michael
G. Wilson et Barbara Broccoli en
ont fait un héros brutal, noir
et violent, finalement sans
nuances.
En imaginant
une intrigue inédite, n'ayant
plus aucun rapport avec les
romans de Fleming, les
scénaristes Paul Haggis, Neal
Purvis et Robert Wade, suivis en
cela par le réalisateur, ont
semble-t-il oublié de surveiller
le précieux dosage du cocktail
bondien, qui lui donne depuis
quarante-six ans son inimitable
saveur.
Exit les
gadgets ! Le légendaire « Q » ne
se montrera pas, sans parler de
la pauvre Miss Moneypenny, qui a
disparu corps et biens. Finies
les parties de poker endiablées
dans les palaces ou les casinos
de la Riviera ! Envolé l'humour
ravageur d'une bonne réplique
entre deux coups de poing :
James Bond est devenu une
machine à tuer, robuste,
brutale, butée, une sorte de
Terminator de l'espionnage qui
ne décoche jamais un sourire,
mâchoires serrées vers son
objectif. Certes, ce soldat de
Sa Majesté possède l'excuse de
ne pas se remettre de la mort de
la chérie qui l'a trahi (et que
l'on ne verra pas du film, même
en flash-back).
Hystérie
brouillonne
On espérait
un brin d'exotisme et de
légèreté dans ce monde de
brutes, cernées de comploteurs
machiavéliques. Las ! Le film
s'écoule dans une hystérie
brouil- lonne jusqu'à son
dénouement. Sans la moindre
originalité. Le tout ressemble à
la trilogie vengeresse des Jason
Bourne ou à la série 24 Heures
chrono.
Alors, et
James Bond dans tout cela ? Il a
perdu son âme à force de vouloir
se conformer aux canons de l'air
du temps. La preuve en est qu'à
la fin du film, alors que défile
le générique, on entend soudain
la mélodie cuivrée du James Bond
Theme original signé Monty
Norman et John Barry. C'est à ce
moment qu'on prend conscience
d'une chose : on vient de voir
un James Bond. Que faire sinon
noyer son dépit dans un vodka
Martini… « au shaker, pas à la
cuillère », comme aurait dit
James.